Petit renard dans le zombilailler



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Mer 8 Mar - 9:54

Novembre frappait Détroit, enveloppant ces alentours d’une chape de froid arrivant du nord.
L’hiver s’annonçait rude et même si les températures n’étaient pas encore dangereuses pour la santé, il valait mieux se préparer au froid à venir.
C’est la réflexion que se faisait Karine en mettant le nez dehors ce matin là. Une brise glacée lui caressait le visage, refroidissant la température pourtant pas si basse. Cette nuit et pour une fois la fillette avait dormi à l’abri ce qui expliquait les frissons qu’elle ressentit en se levant. A vrai dire, la veille, elle était tombée sur ce qui semblait être une ancienne tour de garde-forestier à l’abandon. Après avoir vérifié qu’elle l’était bien, elle s’était installée dans un coin de la minuscule cabane sur pilotis et s’était endormie, vaincue par l’épuisement et la faim.
Un gargouillement de ventre sortit Karine de ses pensées, lui rappelant qu’elle n’avait pas mangé depuis la veille au matin. Encore une fois, la question de la nourriture était un gros problème et elle commençait à se dire que la forêt ne pouvait offrir qu’un abri précaire. Si elle voulait survivre à l’hiver qui arrivait, elle allait devoir se résoudre à changer de cachette et s’aventurer sur les routes vers des endroits plus civilisés… Elle n’avait vraiment pas envie, mais la survie passait par dessus sa peur, pour le moment du moins.
Remettant ses inquiétudes à plus tard, elle entreprit de descendre de l’échelle qui montait dans la tour et d’aller se trouver quelque chose à manger. Aussitôt au sol, une ombre poilue se jeta sur elle en ronronnant.

“ Salut Nox ! lança joyeusement la fillette en attrapant son chat dans ses bras. T’as rien trouvé cette nuit j’imagine ? “ ajouta t-elle en constatant sa gueule vide.

Elle gratouilla le félin entre les oreilles en souriant. Tant pis, elle devrait se débrouiller. Il faut dire que l’hiver arrivant, Nox avait de plus en plus de mal à trouver des proies à ramener à la fillette, déjà qu’il devait avoir du mal à se nourrir lui même.
Posant le félin par terre, la fillette serra les boucles de son sac à dos et se commença sa route.

Mais après une matinée et la moitié d’une après-midi de recherches infructueuses elle du se rendre à l’évidence : elle ne trouverait rien dans cette forêt… Aussi, la boule au ventre, se résolut-elle à s’aventurer une fois de plus en dehors des bois. Elle choisit de partir vers le sud-ouest, encore inexploré, en se fiant à l’emplacement du soleil.
Il lui fallut presque une heure de plus pour atteindre l’orée de arbres. Des rails de trains abandonnés depuis des mois s’étiraient sous ses yeux. Elle décida de les suivre vers le sud, essayant de ne pas se laisser influencer par ses angoisses. Au moins pour le moment, elle n’avait encore croisé aucun rôdeur, sans doute l’endroit était encore trop isolé et sauvage.
La nuit commençait doucement à tomber lorsque la chance décida enfin de sourire à la fillette : un peu plus loin à travers les arbres encore présent, elle distingua la silhouette de ce qui semblait être une ferme. Se sentant à la fois inquiète et ragaillardie, elle s’y dirigea. A quelques mètres de distance elle se stoppa et observa l’endroit, à l’abris derrière un buisson sauvage. L’ensemble de bâtiments, composé d’une grange, d’enclos et d’une maison assez grande semblait étonnement vide… Ce qui ne rassurait pas pour autant Karine.
N’y aurait il pas dû y avoir des témoins de la présence de survivants ? Ou des rôdeurs errant un peu partout ?...
Quelque chose attira alors son attention sur la droite. Là, non loin des arbres et d’une sorte de cabane qui devait servir à ranger des outils, un petit campement de fortune était dressé. Fortifié à l’aide d’un immense tronc d’arbre allongé pour éviter les angles morts, il semblait être récent vu le léger filet de fumée qui se dégageait du tas de pierres et de cendre au centre. Mais ce n’est pas ça qui attirait plus le regard de Karine : là contre la cabane dans un coin, à côté d’un sac de voyage, il y avait un homme dormant dans un sac de couchage, et un peu plus à droite une glacière.
A la simple idée de ce qu’elle pourrait trouver dans cette dernière, la fillette entendit son ventre gargouiller. Mais l’angoisse la figeait sur place pour l’instant. La personne qui dormait semblait immense malgré la couverture qui la recouvrait. D’un autre côté, elle n’aurait peut être pas de meilleure chance.
La fillette déglutit. Ce n’était pas la première fois qu’elle volait un survivant endormit, mais à chaque fois cela lui procurait une sensation d’angoisse intense. Après tout, elle avait toujours été douée pour se faufiler, et personne ne l’avait attrapée pour l’instant.
Et puis elle avait tellement faim…

Finalement, après plusieurs minutes d’indécision, elle finit par quitter sa cachette, poussée par cette même faim. Elle se faufila jusqu’au camp, faisant attention à chacun de ses pas et restant le plus accroupi possible.
Telle une ombre, elle arriva finalement à quelques mètres de la fameuse glacière. Son regard examina le survivant endormit pendant presque une minutes. Elle ne voyait pas très bien dans l’obscurité qui arrivait, mais il semblait profondément plongé dans son sommeil. Le plus délicatement possible, elle avança ses mains et ouvrit la glacière d’un air fébrile. Son visage s’illumina alors. Des fruits ! Des boîtes de conserve ! Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas vu un tel butin. Avec empressement elle s’empara de deux conserves et d’une pomme qu’elle plaça dans son sac à dos avant de refermer la glacière. Il ne lui restait plus qu’à…
La fillete se figea. Un dernier rayon de soleil venait de percer derrière les arbres, éclairant le survivant endormit… et révélant qu’il ne l’était plus. Ses yeux ouverts étaient braqués sur elle.
Karine sentit son coeur s’accélérer à toute vitesse. Son esprit lui hurlait de courir, mais pour l’instant elle était toujours figée face à l’immense inconnu.
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Jeu 9 Mar - 8:39

Le golem de chair couvert de scarifications immondes s'était retrouvé dans les bois par envie et une certaine nécessité. Voilà plusieurs mois qu'il hantait les rues dévastés et remplis de danger de Grosse Pointe. Le colosse balafré avait combattu nombreuses menaces pestilentielles, des hommes ayant laissé libre court à leur bestialité au lieu d'entretenir le peu d'humanité qui restait dans ce bas monde. Mais la détermination et la résilience de l'homme difforme, comparable à un massif rocheux qui fendait sans relâche les marées d'ergots acérés et de mandibules avides de chaires fraîches, avaient fait en sorte qu'il respirait encore et toujours l'air éviscérer de ce monde infernal. Il avait vadrouillé les vestiges d'un monde à l'abandon, encaisser le rejet et la méfiance des survivants à cause de son apparence de gargouille de pierre à peine sculpté. Mais grâce à quelques êtres des lumières, des anges purs et grandioses pour l'esprit lent et pathétique de la bête de foire, Robert s'était vu accueillir dans un groupe. Un groupement de gens d'exception qui représentait à son regard océanique la lueur d'espoir pour ce monde en pleine déchéance. Des chercheurs, des scientifiques et des médecins qui travaillaient d'arrache-pied pour trouver la solution à cette pandémie épouvantable qui avait réduit l'humanité en de petites poches de résistance. Des âmes solitaires qui se défendaient de leurs mieux contre les armées putrides de la Faucheuse au sourire carnassier. N'ayant aucune connaissance, aucune expertise en matière médicale, le goliath des temps modernse avait donc usé de ce que la nature lui avait fait don à sa naissance. Sa force colossale, son endurance phénoménale et son expertise en combat de rue furent des plus prisés pour ce groupe. Mais avant ses prouesses physiques, c'était l'immensité de son cœur lézardé de cicatrices, de sa candeur surnaturelle et de son affection pour ses anges jumeler à l'esprit protecteur de la lie de l'humanité qui le plaça dans le rôle de vigie immuable. Si le mineur ne travaillait pas à la maintenance du refuge, érigeait des barricades pour protéger sa famille adoptive ou bien concevait des pièges qui lui furent enseigner par son grand-père, il se plaçait dans le grand hall à surveiller les environs sans relâche. Mais aujourd'hui il était de sortie pour accomplir un simple souhaite, une demande de la personne qui le rendait réellement heureux. Bonheur. Ce mot qu'il n'avait put prononcer depuis la perte de sa sœur et sa nièce il y a près d'un an. Elsa avait avoué qu'elle adorait manger des pommes, que c'était son fruit favoris. Il n'en fallut pas plus pour que le géant au cœur d'or demande une permission à l'ange hispanique pour aller dans la forêt qu'il connaissait si bien. Il parla de pommes, de chalets et de fermes inexplorés pour attiser la curiosité de Santana. Celle-ci lui fit un immense sourire, remplis de tendresse et de confiance, avant de lui donner son accord. La reconnaissance et une joie enfantine avait adoucit les traits atypiques de l'homme difforme et il s'était équipé pour la sortie.

Le trajet s'était très bien dérouler. Bobby avait emprunté une moto d'un des survivants du groupe qui semblait plus sympathiques que plusieurs. Au guidon du cheval d'acier, un sentiment de liberté grisante avait capturé l'esprit lunatique de l'armoire à glace répugnant. Même si des goules levèrent leurs bras atrophier à son encontre, que le bitume était éventrer par endroit ou encore il devait se faufiler entre les épaves des voitures rouillant ici et là, le golem de chair n'en avait cure. Il aurait aimé avoir l'ange du savoir assise en arrière de lui, ses bras célestes enserrant sa taille. Sa chevelure magnifique ressemblant aux ailes d'un corbeau majestueux virevoltant au gré des courants d'air. Mais au fond du cœur de la bête, il préférait savoir la scientifique en sécurité au laboratoire. Il eut un pincement au cœur quand il arrêta sa monture dotée de chevaux vapeur près d'une vieille remise. Il ne pourrait jamais lui avouer les sentiments qui assaillaient son cœur et son âme. La chose n'était qu'un monstre et s'approcher trop d'un être divin comme la jeune femme sera comparable à la fable d'Icare. Bobby se rapprochera trop de la magnificence de la belle et il se brûlera, souffrira du rejet qu'Elsa lui dira en retour à sa déclaration gauche, mais honnête et douce. Il s'écrasera lourdement au sol et il ne pourra plus se rapprocher de l'ange du savoir, de peur et de honte de l'avoir offensé en lui avouant ses premiers gargouillis en matière amoureuse. Robert préféra se taire et préserver une amitié, une joie d'être avec celle qui semblait l'apprécier au plus haut point.

Poussant un soupir à faire fendre les pierres, le monstre de foire laissa promener son regard océanique sur le paysage qui s'offrait à lui. Tout près il y avait une maison de campagne immense avec une grange plus imposante encore. Un enclos entre les deux annonçait sans peine la vocation de la fermette. Les lieux n'étaient pas étrangers au colosse balafré. Il savait que tout près il y avait, perdu dans la densité des bois, une tour de rangers. Respirant à plein poumon le doux parfum de propreté et de pureté de la campagne. L'homme difforme avait vécu une partie de sa vie loin de tout, surtout des jugements hâtifs et de la méchanceté humaine. Les animaux ne le jugeaient aucunement, voyant plutôt l'aura de bienveillance et de douceur qui jaillissait de son corps ingrat. Il fit quelques pas et trouva le pommier sauvage qu'il avait vu en bougeons ce printemps. Des pommes s'étalaient dans le tapis de verdure de la parure de l'arbre qui commençaient à changer doucement pour revêtir l'orangée de l'automne. Après avoir jeté un regard pour s'éviter des mauvaises surprises, le golem de chair entre prit de cueillir les fruits savoureux. En peu de temps un sac de plastique d'épicerie fut rempli juste à la gueule. Satisfait Bobby retourna à la moto. Mais le ciel bleuté commençait à s'assombrir pour laisser place à la nuit. Examinant la petite remise, la bête remarqua qu'il y avait déjà un système de sécurité sommaire. Des cordes étirées avec des bouts métalliques qui s'entrechoquèrent lorsqu'une abomination s'accrochait dessus. Les monstres n'ayant pas la dextérité requise pour enjamber le filin, le bruit alertait les survivants qui pouvaient réagir en conséquence. Un immense tronc coucher au sol formait une barricade de fortune. Soulevant ses larges épaules, le mastodonte décida de dormir à la belle étoile. Il sera protégé et il pourra faire un feu de camp comme lors des jours heureux où sa famille chéri était encore de ce monde. Les flammes s'élevèrent rapidement et bientôt la bête, après avoir installé son sac de couchage au sol, entreprit de faire une fouille sommaire de la remise. Une glacière et un sac à dos attira son attention. Le contenant regorgeait de conserves de toutes sortes. Le sac à dos n'avait qu'un nécessaire de toilette, un ensemble cadeau à la senteur de pommes sauvages. Aussitôt, il rangea sa découverte dans son sac à dos avec un sourire béat. Elsa adorerait cette petite pensée et imaginer le doux sourire de celle-ci fut l'image qui accompagna l'erreur de la nature dans un sommeil agréable. Des rêves éveillés de son ange du savoir, lui murmurant des délices de tendresses, furent un nirvana de plaisirs pour Robert. Sandra fut aussi présente, apprenant des nouvelles paroles d'un chant qu'elle lui avait composé dans l'au-delà.

Un petit craquement tout près de son oreille tira du monde des songes la  créature de cauchemar. Il ouvrit ses yeux et son regard océanique se posa sur une petite forme qui fouilla dans la glacière. Le temps était encore entre chien et loup, mais le lune n'allait pas tarder à se lever pour inonder les survivants de sa lueur fantomatique. Le golem de chair songea à un rêve éveillé juste au moment où la silhouette, maigre et surement celle d'un enfant, tourna la tête vers lui. Le géant crut que son cœur immense venait de rater un battement. Les yeux de la bête s'agrandirent sous l'effet de l'incompréhension la plus totale et de la surprise. Les lèvres exsangues s'ouvrirent et se refermèrent rapidement, un peu comme un poisson hors de l'eau. Les traits atypiques à peine sculptés de l'horrible faciès balafré fondirent et pâlirent sous l'assaut de sentiments contradictoires. De l'espoir, de la résignation et de la tristesse se bataillaient ferment pour prendre le dominion des pensées de la chose pathétique. Sous le masque de crasses et de saleté, Robert crut reconnaître sa nièce bien-aimée. Même couleur de cheveux, brun comme du chocolat au lait et le bronze à fusion de ses yeux.Une partie de son esprit en pleine tourmente essaya de lui souffler que l'enfant avait des yeux bleuté. Mais le colosse préféra sa vision. Un mince sourire s'afficha alors sur le masque d'incrédulité du mineur. Il essaya de se relever, dévoila du même coup sa tête en forme d'œuf et son oreille soufflée par une déflagration d'un projectile d'arme de poing. La voix rocailleuse, mais aux mots baignant dans une douceur des plus surprenant, brisa la quiétude des lieux.

Robert- Sandra c'est bien toi?


Il était persuadé que le cadavre animé de son ange, de sa raison de vivre, l'avait mordu cet été. Mais il avait pu se tromper. Bobby voulait s'être trompé et retrouver celle qui aurait donné sa vie. Cette fillette qui était arrivée dans son monde et qui lui avait donné une raison d'endurer tous ces tourments, ces souffrances. Le monstre de foire essaya de se relever, mais sous le coup de l'émotion il avait oublié le sac de couchage. Il retomba lourdement au sol, restreint dans ses mouvements par le matériel de camping. Étouffant plusieurs jurons, il essaya de sortir de son entrave pour serrer le spectre de son ange contre son cœur aimant…

_________________

Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...


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Dernière édition par Robert Smith le Jeu 9 Mar - 15:38, édité 1 fois
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Jeu 9 Mar - 14:52

Karine restait immobile, l’esprit aussi glacé que son échine, face à l’homme qui émergeait et maintenait le contact visuel avec elle. Les rayons du soleil qui éclairaient le visage du survivant qu’elle était en train de voler révélaient un visage… au moins impressionnant si ce n’est effrayant.
Des traits durs, une mâchoire et un menton taillés à la serpe, des yeux enfoncés dans leurs orbites et des sourcils et pommettes saillants. Le tout bardé de nombreuses cicatrices et accompagné d’un nez dont la force suggérait qu’il avait déjà dû être cassé plusieurs fois. Cette tête était posée sur un cou épais et des épaules musculeuses. Et maintenant qu’il s’était légèrement redressé, Karine se rendait compte qu’il n’était pas immense… Il était gigantesque. Sa carrure musculeuse lui donnait l’impression de se retrouver face à un véritable colosse sorti de la mythologie.
Pourtant, le visage du géant ne lui adressait aucune colère, aucune marque de méchanceté. Juste une surprise totale à laquelle s’ajoutait une étrange lueur dans le regard. C’était comme si plusieurs sentiments se battaient dans sa tête, comme s’il ne savait pas comment réagir. La fillette pour sa part était restée dans la même position accroupie et figée, ce qui commençait à lui donner une attitude un peu ridicule si on ajoutait ses yeux écarquillés par la crainte. Après un court moment durant lequel le temps semblait s’être étonnement figé, le colosse réagit finalement en premier. Un sourire léger s’étira doucement sur son visage, adoucissant légèrement ses traits durs et il commença à se relever doucement, exhibant un crâne rasé et une oreille mutilée par ce qui devait être une brûlure au troisième degré. Sa voix s’éleva alors dans une question simple et pourtant étrange :

“ Sandra c’est bien toi ? ”

Sa voix était douce, un contraste impressionnant avec son apparence. Malgré cela, Karine ne s’en rassura pas pour autant, bien au contraire. Ses pupilles diminuèrent de volume et dans ses yeux la lueur de crainte se transforma en une profonde peur proche de la panique. Néanmoins, ses muscles ne se réactivèrent que lorsque le géant voulu se redresser et chuta en se prenant le bas du corps dans son sac de couchage. Le son mat qu’il produisit en heurtant le sol suivit du grognement mécontent réveilla l’esprit embrumé par la stupeur de la fillette. Alors que le colosse se débattait avec son sac de couchage, la petite voleuse tourna les talons et détala aussi vite que ses jambes le lui permirent, passant sous le fil tendu qui servait d’alerte anti-rôdeur. Vaincue par la panique, elle ne réfléchit même pas au fait que la forêt était de l’autre côté, derrière le géant et couru dans le sens opposé au colosse.
Une seule idée envahissait son esprit : se mettre hors de vue et de portée du mastodonte. Il avait beau avoir affiché un visage souriant, la peur des autres humains qui frappait Karine depuis plusieurs mois maintenant ne lui avait montré qu’une vision faussé : un homme fou à la carrure monstrueuse qui l’avait prise la main dans le sac alors qu’elle le volait. S’il l’attrapait, ce serait sans doute pour la tuer lui aussi.
Sans s’occuper de reprendre son souffle, sans ralentir son rythme une seule seconde, sans même se retourner pour voir s’il l’avait suivie, Karine continua à courir à toute allure à travers le terrain de la ferme, tel un animal en panique qui chercherait un abri où se terrer. Son premier réflexe fut de se diriger vers la grange, plus proche et de tirer comme une folle sur les l’un des battant de la porte d’entrée. Elle parvint à peine à entrouvrir le montant de bois mais cela lui suffit pour se glisser à l’intérieur. Elle prit enfin le temps de s’arrêter quelques secondes et respira bruyamment pour reprendre son souffle.
Mais sa pause fut de courte durée et elle failli s’étrangler en avalant sa salive lorsqu’elle découvrit enfin pourquoi l’endroit était aussi étrangement vide. Dans l’obscurité de la grange, une bonne vingtaine de silhouettes erraient sur le sol de paille. Une atroce odeur de charogne envahissait l’air et les grognements rauques qui s’élevait dans l’air laissait un indice sur la nature des personnes présentes.
Karine écarquilla une nouvelle fois les yeux : son entrée avait attirée l’attention des silhouettes qui se dirigeaient dans sa direction en grondant de plus belle. Cette fois, heureusement pour elle, cette vision lui fit l’effet d’un choc électrique. Ses cordes vocales enfin libérée, elle poussa un hurlement terrifié et fit demi-tour, se faufilant dans l'entrebâillement de la porte plus vite qu’à l’arrivée. Dans la panique, elle s’écorcha la main sur le bois abimé et plein d’échardes, mais il n’y fit pas attention sur l’instant. De nouveau dehors, elle n’eut pas le temps d’essayer de refermer la porte qu’une nouvelle vision la fit paniquer : le colosse s’était libéré de son sac de couchage et accourait dans sa direction. Avec une nouvelle exclamation de frayeur, elle détala dans le sens opposé alors que les zombies se jetaient déjà sur la porte de la grange.
Sa course finit par la mener, hors d’haleine à mi-chemin entre la grange et la maison campagnarde. D’autres rôdeurs, alertés par les cris étaient en train de sortir de la maison en question.
L’esprit en pleine panique, la petite sauvageonne tourna la tête dans tout les sens avant de repérer quelque chose. Là, un peu plus sur sa droite, elle apperçu du regard une sorte de trappe rond en métal directement sur le sol. Sans réfléchir elle s’y dirigea, espérant avoir trouvé un abri. Il lui fallut toute sa force et sa volontés octroyés par la peur pour soulever la plaque ronde qui bloquait l’entrée du souterrain. La vieille trappe rouillée finit par se laisser soulever avec un grincement effroyable suivit d’un bruit de métal lorsqu’elle retomba dans l’autre sens. Les morceaux d’acier usés qui volèrent alors dans les airs annoncèrent que les gonds avaient lâchés, empêchant toute nouvelle fermeture.
Mais Karine n’y faisait pas attention, occupée à observer le tunnel verticale qui s’ouvrait à elle. Une petite échelle accrochée sur la paroi permettait de descendre et elle avait l’impression de voir le sol pas très loin en bas. Angoissés par la course-poursuite, elle n’hésita pas longtemps et descendit pour se cacher.
Quelques mètres plus bas, elle posa sa botte sur un sol de terre couvert de planches. Son regard parcouru les alentours. Elle se trouvait dans une sorte de complexe souterrain qui lui faisait un peu penser aux images d’abris anti-atomiques de la guerre froide qu’elle avait vu un jour dans un livre d’histoire. Il y faisait très sombre mais un bouton à sa droite qu’elle clipa par curiosité démarra un générateur de secours qui éclaira l’endroit à l’aide de néons au plafond. Le couloir devant elle semblait être le principal et mener aux différentes pièces. Mais ce qui lui mis un espoir au coeur fut le panneau sur le mur à sa droite qui indiquait “Sortie coupe-feu”. Elle ne prit pas le temps de regarder derrière elle en haut pour voir si quelqu’un l’avait suivie et s’engagea dans le couloir d’un pas déjà plus soutenu. En passant, elle ne pu s’empêcher de jeter un regard à droite et à gauche aux différentes portes qui se présentaient à elle. Toutes semblaient fermées, mais elle n’avait pas envie de s’attarder pour le vérifier. Elle voulait juste échapper à ses poursuivants et retourner se cacher dans la forêt la plus proche…
Au bout du couloir, elle arriva enfin devant une lourde porte en métal au dessus de laquelle était de nouveau indiqué “Sortie coupe-feu”. L’espoir fit faire un bon à son coeur à cette vue, mais des bruits provenant de l’entrée de l’abri la convainquirent de se dépêcher. Elle attrapa à deux mains la grande barre d’acier que formait la poignée et tira dessus de toute ses forces. Elle tira, tira et tira encore, mais elle refusa de bouger…
Sentant la panique revenir, Karine s’acharna de toutes les forces qui lui restait mais elle ne parvint qu’à s’écorcher un peu plus les mains. Les paumes et muscles douloureux, à bout de souffle et de forces, elle finit par lâcher la poignée. L’angoisse était revenue à l’assaut de son esprit et les bruits au fond du couloir se rapprochaient de plus en plus derrière elle. Alors, résigné, tel un animal acculé, elle eut la seule réaction qu’elle pouvait encore avoir. Elle tira son couteau de sa poche et, se plaquant contre la porte bloquée, le brandit devant elle en se retournant pour faire face à ou aux arrivants...
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Lun 13 Mar - 7:20

Réussissant de ses doigts gourds et maladroits à atteindre la fermeture éclair, le golem de chair réussit à se libérer de sa fâcheuse situation. Se relevant avec grande peine, redressant cette corpulence comparable à une colline n’étant pas chose aisé, Robert essaya de voir où sa nièce était rendu. Un peu avant sa chute il avait discerné dans le regard de Sandra la terreur la plus pur qu’il soit. Comme si la nièce bien-aimée de l’erreur de la nature n’avait pas reconnu son nounours, celui qui lui chantait des chansons à l’hôpital et qui passait ses nuits à veiller sur son sommeil en demandant à Dieu et tous ses saints de guérir la fillette atteinte de leucémie. Tout en ajustant sa ceinture à outils, seule précaution que l’esprit pathétique et dérisoire de la bête de foire imposait pour la sécurité de l’homme difforme, le regard de l’homme tomba sur la cicatrice de l’ancienne morsure sur son avant-bras gauche. La petite partie rationnelle, rescapé du flot d’espoir qui submergeait tout l’être de l’erreur de la nature, hurla pour lui rappeler que c’était Sandra transformé en goule qui lui avait cette marque sur son corps disgracieux. Mais en voyant la petite forme doté d’une célérité presque surnaturelle, la terreur donnait des ailes, le cœur immense et plein d’affection du géant couvert de cicatrices ignora superbement cette pensée parasitaire.

Robert- SANDRA REVIENS!

Le sosie du monstre de Frankenstein ne voulait pas perdre de vue celle qui avait sa vie, qui avait donné un but dans son existence misérable. Il commença donc à courir, essayant d’activer la monstrueuse machine de puissance brute et de résilience phénoménale que Dame Nature lui avait léguer à sa naissance dans ce monde superficielle. Un pas chancelant après l’autre, la course erratique du mastodonte gagna en vitesse et bientôt il ressembla à un minotaure de l’antiquité lancé à fond de train. Un cri d’horreur pur, dans les octaves que seules les enfants ou bien les castras d’une autre époque pouvaient atteindre, fit rugir de fureur et de peur le golem de chair de cauchemar. Il vit près de la grange sa nièce adorer l’apercevoir, figer de nouveau et sprinter vers la maison, mais les occupants décervelés et putrides lui fit faire volte-face. Les portes de la grange s’ouvrir alors en grand, déversant une marée d’ergots et de mandibules acérer et ayant une préférence morbide pour la chair humaine. Sandra rejoignit un petit monticule et sembla forcer pour dégager une porte ou tune trappe dans le sol. Mais la bête de foire ne put pousser son observation plus avant, des râles de faim et des gémissements d’impatience fit porter ses mains immenses et rugueuses à sa ceinture. Les goules trop longtemps emprisonné dans cette ferme des horreurs venaient de trouver des proies sur qui assouvir leur faim impie. Tenant de sa main droite le marteau de couvreur et de sa gauche son pied-de-biche, le colosse balafré bifurqua sa course pour rejoindre la fillette qui venait de disparaître subitement à l’horizon. Frappant de part et d’autres, déboitant une genou, repoussant une main doté d’ergots tranchants comme un rasoir ou bien fracassant des mâchoire béant , le géant ne dévia de sa trajectoire d’un iota. Les bras et les jambes de l’homme difforme ressemblaient aux turbines d’un moteur lancé à pleine vitesse, une locomotive dont aucun conducteur ne dirigeait. Une aberration sauta dans une sorte de trou avant que Robert n’arrive. Voyant que le couvercle rouillée ne pourrait plus se refermer, le mastodonte haussa ses épaules en signes de résignation. S’accrochant sans peine aux barreaux d’échelles qui ornait la paroi, la créature immonde descendit. Trop près de lui les râlements d’un chœur ignobles semblait se réjouir de voir leur proie se mettre lui-même en mauvaise posture. Mais Bobby n’en avait cure. Il ne voulait que protéger sa petite lueur d’espoir dans ce monde de fou. Elle était importante, un ange qui pourrait changer la donne pour les gens de ce monde infernale. Lui n’était qu’un monstre tout bon qu’à essayer de combattre les légions de Lucifer qui avaient franchis le Styx pour hanter les mortels.

Étant un ancien mineur, le regard océanique de Robert était habituer à la noirceur et était presque nyctalope. Sortant de nouveau son marteau et une lampe de poche de sa ceinture, l’erreur de la nature vit une trace noirâtre. D’instinct il sut que c’était le fluide corrompu d’une aberration. Suivant le dédale de tunnel presque étroit pour son imposante silhouette, des bruits mats le fit retourner à demi. Un long frisson glacé parcourra l’échine de l’homme difforme quand il vit qu’une goule venait de se laisser choir dans le trou d’homme. Suivit d’une autre et d’une autre. La meute infernale des molosses sataniques et en pleine putréfaction étaient sur la piste des deux survivants et rien les arrêteraient. Courant maintenant, ne voulant que retrouver sa nièce pour la protéger de cette marée de corruption qui déferlerait dans le tunnel, il entendit le gémissement de victoire de la goule en avant de lui. Celle-ci devait avoir trouver sa proie. Le géant hurla de toute ses forces pour captiver l’attention de l’émissaire de la mort qui se rapprochait de la fillette qui se tenait devant un porte en acier.

Robert- NON TOUCHE PAS À SANDRA!

Le réceptacle pourri privé de son âme s’arrêta et pivota sa tête à demi pour voir l’imprudent qui venait de lui hurler après. Les yeux blanchâtres de la créatures se posèrent sur l’immense golem de chair qui lui asséna un coup d’une puissance épouvantable de sa barre à clous d’acier. Le corps tomba au sol, mort pour la seconde fois dans des spasmes post-mortem. Le faisceau de lumière éclaira le visage de la quête de l’homme et celui-ci sentit son sourire disparaître. Un air de confusion s’inscrivit alors sur l’horrible faciès de l’homme. Ce n’était pas Sandra. La fillette était plus grande que la nièce bien-aimée de Robert. Sandra avait la phobie des couteaux et des lames en générales et encore le regard noisette qui avait charmé le géant n’était plus. Des grand lacs parsemer de jade remplis d’effroi dévisageait l’erreur de la nature. Dans un réflexe un peu idiot, Bobby essaya de cacher sa laideur. Sa voix douce et rauque s’éleva dans le concert de gémissement exprima la tristesse à peine contenu dans le cœur saturer de cicatrices de l’être indigne.

Robert- Tu n’es pas Sandra… Euh… Veut pas te faire peur tu sais… Euh… Juste aider.

Sentant une main décharner effleurer son dos, le golem s’avança rapidement près de la fillette. Lui tendant la lampe, il posa ses mains immenses sur la poignée de la porte coupe-feu. Malgré sa force phénoménale, le battant refusa de bouger. Soupirant de frustration, il vit alors la grille d’un conduit de ventilation. Utilisant son pied-de-biche comme d’un levier, l’homme aux muscles disproportionnés fit basculer la grille. Se penchant alors au niveau de la fillette, la voix douce et remplis de sollicitude de la bête de foire parla de nouveau.

Robert- Euh… Tu vas être en sécurité là-haut… Euh… Ça va déboucher à l’Extérieur… Euh… Tu vas vivre ok?

Faisant preuve d’une candeur et d’un sacrifice de soi surnaturelle, il prit avec délicatesse celle qui avait ravivé des faux espoirs et la plaça dans le conduit de ventilation. La fillette avait la lampe de poche de l’homme difforme donc elle pourra s’orienter dans la noirceur. Alors le colosse balafré commença à chanter. Un chant d’une pureté exceptionnelle, d’une douceur nette d’une tendresse que peu d’interprètes auraient pu atteindre. Il sortit ses armes de fortunes et se prépara à emmener le maximum de créatures infernales avec lui dans la tombe. Chaque goules éliminer étaient un poursuivant de moins après sa famille d’adoption, après la fillette qu’il venait de sauver…

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Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...


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Lun 13 Mar - 16:12

Alors qu’elle attendait, le coeur battant plus que jamais dans sa poitrine, Karine essayait de calmer sa respiration accélérée par la peur et les tremblements qui agitait ses bras armés du couteau de sa mère. Les pas lents continuaient de se rapprocher dans le couloir. La lumière des néons eut alors un sursaut et tous s’éteignirent, plongeant la fillette dans le noir. Le générateur, sans doute de mauvaise qualité, venait de lâcher... Karine se retint de pousser un nouveau cri réflexe devant cette absence soudaine de luminosité plus intense encore que les nuits en forêt.
Les pas raclaient le sol, se rapprochant de plus en plus. Et soudain, devant elle, la fillette distingua une ombre qui se rapprochait en traînant des pieds. Un grondement rauque retentit dans le couloir, mais de part la démarche gauche et lente la petite fuyarde avait déjà deviné la nature du nouvel arrivant…
Elle se recula le plus possible en arrière, s'aplatissant contre la porte comme pour y disparaître. La peur fit trembler de plus belle ses bras et son rythme cardiaque repartit à plein régime. Une boule d’angoisse lui serrait la gorge. Elle ne s’était encore jamais faite piéger par un rôdeur. Sa mère lui avait fait répéter les gestes d’auto-défense pour immobiliser ou tuer un adversaire un nombre incalculable de fois, à tel point qu’elle les connaissaient comme une table de multiplication. Mais ça n’était pas la même chose de se retrouver véritablement dans une situation où elle devait les utiliser… Elle déglutit et sentit la panique monter à son esprit alors que la créature cannibale se rapprochait d’elle. Lorsqu’elle ne fut plus qu’à quelque mètres, celle ci poussa un râle qui semblait presque… satisfait à l’approche de sa victime, comme si l’unique lueur de conscience qui lui restait lui transmettait la satisfaction à l’idée d’un bon repas.
Alors que la peur de la mort saisissait Karine, celle ci eut un sursaut de volonté et, prenant une mine agressive et presque résignée, leva son couteau avec plus d’assurance. Pas question de mourir sans se battre !

“ Tu m’fais pas peur gros ogre ! ” siffla t-elle entre ses dents serrées.

Pour toute réponse, elle eut droit à une nouveau râle. Elle serra très fort son couteau et s’apprêta à bondir sur le côté ou encaisser l’attaque du rôdeur. Mais au même moment un rugissement retentit derrière lui dans le couloir.

“ NON TOUCHE PAS À SANDRA ! ”

La créature tourna lentement sa tête, attirée par le bruit, juste avant de recevoir sur la tête une sorte de barre cloutées. Le coup fut asséné avec une tel puissance que le crâne du zombie s’enfonça comme s’il n’avait été qu’une coquille d’oeuf, faisant gicler un amas de chair pourrie et de sang poisseux un peu partout. Karine se cacha le visage en réflexe de ses bras pour ne pas être aspergée. Lorsqu’elle regarda de nouveau, ce qui restait du rôdeur était affalé au sol, secoué de spasmes. Une lumière l’ébloui alors, l’obligeant à plisser les yeux et pencher la tête sur le côté. Le propriétaire de la lumière arrêta alors de la braquer sur elle et elle pu le distinguer. Elle ouvrit des yeux ronds et inquiets.
Le géant ! Celui qu’elle venait de voler quelques minutes auparavant !
Elle s’écrasa de nouveau contre la porte en serrant son couteau contre elle dans un geste défense courageux mais peu crédible combiné à la peur qui brillait dans ses pupilles. Elle aurait préféré affronter un rôdeur. L’homme était immense et musculeux et s’il décidait de la punir pour ce qu’elle avait fait, elle ne ferait jamais le poids face à lui. Ses lèvres tremblèrent lorsqu’elle tenta de parler mais aucun son ne sortit de sa bouche.
Mais l’immense bonhomme ne montra aucun signe d’agression. Au contraire, il eut un étrange geste qui consista à mettre ses mains devant son visage carré et balafré. Au delà de sa crainte, Karine ressentit de la surprise. Est ce qu’il tentait… de se cacher ? De lui cacher maladroitement son visage ? Comme s’il avait peur de l’effrayer…
Derrière lui des dizaines de râles monstrueux commençaient à se rapprocher. Une sueur froide parcouru le dos de Karine. Un géant aussi force qu’une montagne et maintenant d’autres rôdeurs… Elle n’avait pas eu aussi peur depuis qu’elle avait vu son amie Lily se faire manger vivante.
L’homme lui resta très calme et prit la parole. Sa voix douce et en total contraste avec son apparence effrayante frappa alors la fillette de plein fouet.

“ Tu n’es pas Sandra… Euh… Veut pas te faire peur tu sais… Euh… Juste aider. ”

Il n’y avait… pas la moindre violence dans sa voix. Rien qu’une candeur et une tristesse presque enfantines. L’incompatibilité avec sa carrure et son visage défiguré marqua assez Karine pour qu’elle sente sa surprise prendre le dessus sur sa peur et qu’elle abaisse légèrement son arme, curieuse.
Mais lorsque le colosse s’approcha rapidement, le petit animal acculé en elle réagit violemment en relevant son couteau, prêt à frapper avec l’énergie du désespoir.
Pourtant, aucun geste sec ou violent ne vint du géant de chair. Il se contenta de lui tendre délicatement la lampe torche qu’il utilisait pour éclairer les lieux. Figée par la surprise, la fillette finit par attraper délicatement et prudemment l’objet qu’il offrait comme une bouée à un naufragé. Totalement vaincu par la surprise déclenchée par les gestes du colosse elle l’observa attraper la barre de la porte en métal et tirer dessus de toutes ses forces. Il voulait vraiment l’aider ?... Il ne lui en voulait pas pour avoir volé ses réserves ?... C’était si bizarre, si inattendu que la fillette aurait pu croire à un piège. Mais dans la voix et les yeux de l’homme immense, elle n’avait rien perçu qui se rapprochait à de la malice. Il semblait juste… plein de bonté.
Malgré sa force, le colosse renonça finalement à tenter d’ouvrir la porte, elle semblait bloquée de l’intérieur. Pendant ce temps les rôdeurs se rapprochaient, plus affamés que jamais. Karine se mit à respirer plus fort en éclairant inutilement la horde qui se rapprochait d’eux et se bousculait grossièrement dans le couloir souterrain.
Elle lâcha un petit gémissement désespéré et angoissé et lutta pour ne pas fermer les yeux.
Qu’il l’ait entendu ou pas, l’homme n’y fit pas attention. Quelque chose au plafond avait capté son attention et il se servit de la barre de métal courbée qu’il avait en main pour trifouiller. Il y eut alors un bruit de métal et une grille s’ouvrit au dessus d’eux, trop petite pour un adulte mais assez grande pour un enfant…
Le colosse s’accroupit alors devant la fillette sidérée qui plongea son regard au plus profond du sien.

“ Euh… Tu vas être en sécurité là-haut… Euh… Ça va déboucher à l’Extérieur… Euh… Tu vas vivre ok ? ”

Karine se sentit perplexe et… bizarre.
L’homme à la voix aussi douce que de la laine proposait ni plus ni moins de lui sauver la vie… en échange de la sienne.
Elle n’était pas bête, elle savait que s’il la plaçait là haut, lui même devrait affronter les nombreux, trop nombreux, zombies qui s’approchaient d’eux. Il avait beau être immense et fort, il n’échapperait pas à une morsure… Karine avait déjà vu l’effet qu’avaient les morsures sur les gens. Ils devenaient des ogres eux aussi… Affamés comme tous les autres.
Elle sentit un sursaut étrange saisir son coeur. Pourquoi est ce qu’il la sauvait comme ça ? Pourquoi se sacrifier pour quelqu’un qu’on ne connaissait même pas et qui, en plus, venait de le dérober juste avant ? Elle ne comprenait pas…
Perturbée, elle ne pensa même pas à réagir nerveusement ou agressivement lorsque le colosse l’attrapa délicatement par la taille et la souleva de terre pour la mettre dans le conduit d’aération, hors d’atteinte des rôdeurs qui n’étaient plus qu’à quelques pas.
La fillette lui jeta un dernier regard, incapable de réfléchir correctement sous l’effet du choc. Finalement, après quelques secondes d’hésitation, elle prononça enfin son premier mot :

“ Merci... ”

Puis, marchant à quatre pattes après avoir rangé son couteau, elle se faufila rapidement dans le conduit. Son coeur fit un nouveau soubresaut lorsque de derrière elle un chant s’éleva. A l’image de sa voix douce, la chanson du géant était délicate et pleine de pureté. La fillette qui avait toujours été fasciné par le chant sentit quelque chose rouler sur sa joue. Elle s’efforça à ne pas s’arrêter malgré les sentiments que faisait naître ce chant en elle.
Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour atteindre une nouvelle grille qui débouchait de l’autre côté de la porte en métal. Par chance, la rouille l’avait envahi les vis et un simple coup de pied dedans ouvrit le passage. La petite fuyarde se glissa dans l’ouverture et atterrit par terre avec souplesse. Un sursaut d’espoir gonfla dans sa poitrine lorsqu’elle aperçu plus loin devant elle grâce à la lampe une échelle qui remontait de nouveau à la surface. Il lui suffisait de fuir par là et à courir vers la forêt et elle serrait à l’abri !
Elle s’apprêta à faire un pas en avant, mais des bruits de combat lui rappellèrent le sacrifice qu’avait fait pour elle le colosse. Elle jeta un regard en arrière et aperçut la porte bloquée qu’elle venait de franchir grâce à lui. Une manivelle ronde se trouvait de ce côté, sans doute celle qui fermait le mécanisme. Karine hésita. Son regard passa de la porte à la sortie et de la sortie à la porte. Il aurait été facile, et plus prudent, de rejoindre l’échelle maintenant. Sa mère lui avait toujours dit de se tenir lui des autres survivants qui étaient d’après elle “égoïstes et pleins de mauvaises intentions”. Mais cette description ne correspondait pas au géant… Pas après ce qu’elle avait vu…
Alors est ce qu’elle pouvait vraiment le laisser là derrière après qu’il ait sauvé sa vie ?...
Elle déglutit, taraudé entre son instinct de survie et son coeur. Mais finalement le coeur l’emporta et elle fit volte face pour foncer vers la porte. Elle saisi la manivelle et tira de toute ses forces. Encore légèrement huilé, celle ci finit par bouger et tourna sur elle même. Un tour suffit à débloquer le mécanisme qui cliqueta pour annoncer qu’il était ouvert. Sans perdre de temps, Karine se jeta sur la porte et poussa avec toutes ses maigres forces. Heureusement, déjà malmenée par le colosse, la porte n’opposa plus beaucoup de résistance et pivota sur ses gonds dans un affreux grincement de métal. Karine bondit alors de l’autre côté et, apercevant le géant qui se battait comme un lion face aux rôdeurs, courut vers lui. Elle saisit son bras massif de ses deux petites mains déjà occupée par la lampe torche et tira inutilement en arrière pour l’attirer avec elle.

“ Venez monsieur ! Il faut y aller ! Allez ! ” cria t-elle en essayant de capter l’attention du géant par dessus les grondements des créatures.
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Mar 14 Mar - 12:30

Les douces paroles de la triste mélopée se mélangeaient à merveille avec le chœur macabre des aberrations qui s’avançaient dans le couloir de la mort. Le simplet au cœur d’or chantait pour la dernière fois pour ses fantômes qui accompagnaient ses pas depuis si longtemps. Sandra, Rosalie, Charlee, Rocky, Monsieur Thompson, Emma et Amalya. Un chant d’amour et d’espoir pour les êtres divins et de lumières qui avaient accepter sa présence indigne et que l’homme couverts de scarifications savaient en sécurité. Santana, Charlie, Ruth, Aaron, Elsa et la fillette qui venait de le remercie avant de s’enfoncer dans la pénombre du conduit de ventilation. Robert savait maintenant qu’il allait tirer sa révérence, payer sa dette à la Faucheuse impitoyable. Malgré sa force phénoménale, sa résilience hors du commun et sa combativité qui semble bénie par les bersekers des temps anciens, la vingtaine de goules auraient doucement le dessus. Le colosse balafré et répugnant était certes immunisé au baiser dégoulinant du virus trois fois maudits, mais les ergots tranchants et les mandibules acérés des abominations putrides le dépèceraient sans merci. Au moins avant de mourir l’erreur de la nature aurait remplis son office, sa raison d’exister. Il avait permis à une âme pur et innocente de s’enfuir de cet enfer souterrain. Un monstre mourrait et un ange survivait. Un marché honnête. Sortant ses armes improvisés, des outils à vrai dire, de sa ceinture. Sa lampe de poche accompagnant la fillette qu’il avait prise pour sa nièce double décédé, le chainon manquant percevait de plus en plus les ombre décharnés qui se bousculaient pour être les premiers à la curée sanglante.

Le géant en armure de chair rapiécé, tel un gladiateur dans un fosse aux lions putrides et sans peurs, laissa mourir le chant avec tendresse et douceur. Un peu comme si les derniers mots pourraient prendre leurs envols pour caresse l’ouïes des anges de sa vie misérable. Maintenant chaque souffle, chaque poussée d’adrénaline était porté vers la vengeance et la rédemption. Rugissant sa haine et sa rage envers les réceptacles vides d’âmes qui lui avaient ravis ses anges, sa famille, le golem de chair commença à frapper tel un ouragan. Frappant en alternance de ses deux mains massives, agrémentant de coups de pieds pour libérer un peu d’espaces, Robert commençait à perdre pieds à causes des flaques de fluide corporelle corrompu. Des griffes acérés comme les serres d’un aigle déchira la chemise de coton, laissant entrevoir l‘ampleur des sévices d’une vie de préjudices. Un bruit de métal tordu, grincement comparable à des ongles d’acier sur un tableau noir, fit redressé le poils sur le corps de la chose. Une petite pair de main agrippa le biceps démesurer et ce contact fit l’effet d’une pluie revigorante. Le monstre de foire revit sa nièce, les jeux qu’ils faisaient quand elle allait bien. Pivotant un peu la tête de la horde sanguinaire, le regard océanique remplit de douceur et de sollicitude se posa sur le visage terrifier, mais aussi lumineux, de la filette. Elle lui demandait de la suivre. Sans demander pourquoi ni comment, se fiant entièrement à la petite fille débrouillarde, Robert donna un immense coup de pieds dans un torse. Des os craquèrent sous la puissance du coup et il y un effet domino.

Robert- Je te suis.

Et comme promis il suivit l’enfant qui courait vers une échelle de secours. Refermant la porte d’acier, le Goliath des temps modernes fit que les pentures n’endigueront pas la pression des corps morts qui allaient s’effondrer dessus d’un instant à l’autre. Mettant ses armes couverts de sang coaguler dans sa ceinture à outils, il fit un rempart de son corps pour protéger l’ascension de la petite souris. Dès qu’il le put il agrippa les anses d’acier de ses mains puissantes et rugueuses. Un bruit épouvantable se fit entendre quand la porte fut arracher des mains saisirent les jambes et les pieds de l’homme difforme. Des dents claquèrent dans le vide, avide de plonger leur râtelier maudit dans la chair du colosse balafré. Mais Robert resta calme, un peu comme l’œil de la tornade. Il encourageait la fillette à continuer à monter.

Robert- Un barreau à la fois…Euh… Très bien continue.

À grand renfort de coups de talons dévastateurs, Bobby réussit à se dégager et bientôt l’étrange duo refit surface à l’air libre. Mais un dernier couvercle en acier fut forcé pour y parvenir. Le colosse dut faire usage de sa force pour tourner la manivelle et pousser le lourd métal. Des nymphes scintillant commençait à poindre dans le ciel. Des formes chancelantes semblaient errer sans but. Mais le géant n’en avait cure. Plaça un genou au sol pour se mettre au niveau de la petite sourire brune, le sourire sincère et doux de l’homme remerciait la courageuse fillette. Tout ce qui importait a cet instant était l'enfant et savoir qu'elle allait bien. Reprenant haleine, réorganisant ses forces pour les futurs combats qui seront certainement livrés dans les prochaines minutes. Le ton était rauque, mais la douceur du regard océanique de la lie de l'humanité semblait bercer l'air de tendresse et de bonté. Une bienveillance presque surnaturelle impropre a ce corps ingrat.

Robert- Merci d’être venu me chercher… Euh… Moi c’est Bobby ou Robert… Euh… Beaucoup de gens pense que je suis un monstre mais j’en suis pas un… Euh… On doit se cacher… Euh… Je ne veux pas que les méchants qui mordent te font du mal.

Se redressant, l'imposant mineur regarda autour de lui. Le duo était loin de la ferme, de la moto de Robert et de son équipement. Tendant une main immense et rugueuse, mais d'un geste doux et remplis de tendresse, le golem de chair parla avec la candeur et la sincérité qui le caractérisait si bien.

Robert- Ça va aller... Euh... Si tu es fatiguer je peux te porter tu sais... Euh... Je vais te ramener a l'abri et si je peux prendre mon sac on pourra manger si tu veux... Euh... Tu connais une bonne cachette? Je te fais confiance.

L'homme monstrueux n'était que réconfort et bienveillance à cet instant. Il fera tout pour ramener la petite chez ses parents. Du trou béant de l'abri s'éleva alors une plainte, des gémissements de frustration des créatures infernales qui venaient de manquer leur ripaille. Mais leur appel sera perçu comme un phare pour leurs semblables sans âmes qui bifurqueront pour se mettre en chasse eux aussi...

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Jeu 16 Mar - 15:16

L’intervention de la fillette sembla faire l’effet d’un coup de jus au géant qui se cessa presque aussitôt son carnage pour tourner un regard toujours aussi doux vers Karine.
Il renversa les rôdeurs d’un coup puissant et répondit d’une voix calme :

“ Je te suis. “

La petite sauvageonne n’attendit pas plus et fit demi tour pour foncer vers la sortie. Des pas lourds derrière elle suivis des cris rageurs des zombies lui confirmèrent que le colosse la précédait.
Néanmoins, lorsqu’elle arriva au bas de l’échelle elle ne put s’empêcher de se retourner pour voir le géant fermer grossièrement la porte sur les rôdeurs avant de la rejoindre. Sans perdre plus de temps, Karine commença à gravir l’échelle de métal qui remontait à la surface. Les barreaux étaient humides et glissants et rendaient l'ascension difficile. La fillette devait progresser lentement malgré l’angoisse déclenchée par les grognements de leurs poursuivants.

“ Un barreau à la fois…Euh… Très bien continue. “ l’encouragea l’homme derrière elle qui, lui, gardait un calme olympien malgré la horde qui se rapprochait de lui.

Karine se concentra sur sa voix et fit son possible pour ignorer l’angoisse qui aurait pu à tout moment la déstabiliser assez pour qu’elle rate un barreau.
Finalement, après quelques secondes de progression tendue, la fillette se retrouva face au même genre de plaque de métal qu’elle avait du dégager pour entrer dans le souterrain. Mais l’épuisement avait dévoré les forces de la fillette qui malgré tous ses efforts ne parvint pas à la faire bouger. Le gigantesque bras du colosse derrière elle passa alors par dessus sa tête et il tourna avec force la manivelle d’ouverture qui céda sous la puissance déployée, leur ouvrant enfin l’accès à l’air libre.
Karine fonça dehors et se pencha sur le trou pour aider le géant à finir de remonter à son tour en le tirant par le bras. Un geste inutile compte tenu du manque de force de la fillette et de la taille du balafré.

Karine se recula alors et sentit ses jambes tremblotter. Vaincue par l’épuisement de ses membres, elle se laissa alors tomber au sol sur le genoux, reprenant son souffle par grandes bouffées. Ils étaient sortis… Ils avaient survécus à ce cauchemar… La peur était encore présente en elle mais elle était à présent dépassée par une sensation grisante de soulagement.
Percevant un mouvement face à elle, Karine releva la tête. Le géant qui avait été son compagnon de fortune dans cet abri s’était agenouillé pour se mettre à son niveau. Et il lui souriait. Un sourire plein de douceur et de reconnaissance qui étirait étrangement ses traits durs.

“ Merci d’être venu me chercher… Euh… Moi c’est Bobby ou Robert… Euh… Beaucoup de gens pense que je suis un monstre mais j’en suis pas un… Euh… On doit se cacher… Euh… Je ne veux pas que les méchants qui mordent te font du mal. ” prononça t-il de cette voix maladroite qu’il avait l’air d’adopter à chaque fois qu’il lui parlait.

La fillette plongea son regard bleuté dans le sien tout aussi coloré.
L’angoisse un peu passée avec ce qui venait de se passer, elle parvint à ne pas baisser les yeux et même à répondre.

“ Ka.. Karine… Je m’appelle Karine... ”

Ce n’était peut être pas très prudent, et contraire aux règles établies par sa mère, de donner son nom comme ça. Mais elle avait le sentiment profond que le colosse n’avait aucune mauvaise intention contrairement à ce que laissait croire son apparence. Elle lisait ça dans la tendresse qui se dégageait de ses yeux, véritables gemmes dans un golem de glaise érodé par le temps. Et puis il avait l’air si maladroit, presque simple d’esprit, la petite sauvageonne voyait en ça une honnêteté qu’aucune personne intelligente n’aurait pu autant transmettre.
Sans quitter son regard apaisant et sa voix tendre, le géant qui s’était fait appeler Robert reprit la parole en lui proposant sa main comme aide :

“ Ça va aller... Euh... Si tu es fatiguée je peux te porter tu sais... Euh... Je vais te ramener à l'abri et si je peux prendre mon sac on pourra manger si tu veux... Euh... Tu connais une bonne cachette ? Je te fais confiance. ”

La fillette jeta un coup d’oeil au ciel. La nuit était presque tombée et les premières étoiles apparaissaient en même temps que la lune.
Une cachette ? A vrai dire elle n’en connaissait qu’une : courir dans les bois. Les rôdeurs étaient toujours ralentis par les arbres quand il y en avait trop. Et surtout elle n’avait pas confiance dans les cachettes “humaines” telles que les maisons et autres bâtiments…
Un hurlement rauque la ramena à la réalité. La plainte qui s’était élevée du trou qu’ils venaient de quitter lui glaça le sang. C’était comme un appel effrayant et inhumain lancé au ciel. Elle ne savait pas exactement pourquoi les rôdeurs avaient produit ça, mais pour les avoir déjà entendu le faire elle n’avait qu’une envie en l’entendant, fuir.
Acceptant la main du géant après une hésitation digne des animaux sauvages, elle se releva en refusant sa proposition d’une petite voix déterminée :

“ N… Non ça va je peux marcher… J’suis forte et... ”

Mais ses jambes ne semblèrent pas de son avis et se mirent à trembler aussitôt qu’elle fut dessus. La fatigue et le manque de nourriture combinés à la course poursuite qu’elle avait réalisé venaient à bout de ses dernières forces. Frappée par l’épuisement, elle retomba directement à terre de manière beaucoup moins élégante et se redressa en crachant de la terre qu’elle avait avalé. Une couche de crasse supplémentaire sur ses vêtements et son visage, elle dû se résigner à ravaler son inquiétude et sa fierté et accepter l’aide du géant. Celui ci la hissa son dos comme si elle ne pesait rien, ce qui était probablement le cas pour lui. La fillette n’eut qu’à s’accrocher et, perturbée se laissa emporter par son immense porteur.

“ On pourrait… repartir dans la forêt ?... proposa t-elle pour répondre à la question du géant. C’est plus difficile pour les ogres de suivre là bas... ”

Alors que Robert revenait sur ses pas pour retrouver son campement et son sac, Karine se mit à penser à cette étrange rencontre qui la troublait.
Avec la peur qu’avait suscité leur rencontre quelques minutes plus tôt, elle était étonnée de ressentir autant de bonté chez le géant. A vrai dire, il était le premier humain qui lui déclenchait autre chose que de le terreur. Mais peut être qu’il n’était pas tout à fait humain. Il avait dit ne pas être un monstre et ce n’était pas vraiment comme ça qu’elle le voyait bien que son apparence l’avait d’abord impressionné et renforcé sa peur. En fait, il lui rappelait plutôt les géants des livres qu’elle lisait avant, ceux qui terrorisait tout le monde par leur apparence mais avaient en fait un coeur en or que personne ne voyait. Tout comme les créatures mythiques, l’homme était immense et semblait doté d’une force hors du commun. Et tout comme eux il faisait preuve de bonté de manière inattendue.
Au delà de son malaise, Karine sentait que quelque part, être sur les épaules du colosse lui déclenchait une sensation de sécurité.
Des mouvements sur leur droite la sortirent de ses réflexions. D’autres silhouettes errantes s’approchaient d’eux dans l’ombre, sans doute attirées par les plaintes des rôdeurs dans les souterrains. Heureusement, elles étaient lentes, ce qui n’empêcha pas Karine de déglutir sous l’effet de l’inquiétude. Elle se sentait vraiment faible, si le colosse décidait finalement de la laisser là, elle n’aurait pas la moindre chance de fuir…
Elle doutait que l’homme fasse ça, mais elle ne pu tout de même s’empêcher de poser une question pour s’en assurer :

“ Dîtes monsieur Robert… Pourquoi… Pourquoi vous m’avez sauvée tout à l’heure ?... Et pourquoi vous m’aidez maintenant ?... ”

L’inquiétude se percevait clairement dans sa voix, comme si elle redoutait que la réponse ne soit pas aussi rose que ce qu’elle avait osé imaginer.
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Lun 20 Mar - 13:35

L’ancien mineur hocha la tête à l’affirmation de la fillette quand elle déclare de sa petite voix essoufflée qu’elle était forte. Hochant sa tête en forme d’œuf pour assurer à Karine qu’elle l’était. Elle avait évité une horde de goules plus cauchemardesques les unes que les autres. La petite brunette avait plongé dans un trou où la noirceur était à découper au couteau et qu’elle ignorait totalement si des abominations sanguinaires se dissimulaient dans les entrailles des tunnels. Summum de la bravoure et la candeur de l’enfant fut, selon l’erreur de la nature, quand elle revient sur ses pas pour libérer le golem de chaire du traquenard putride qui allait consumé son âme. Robert était une créature certes limitée intellectuellement, mais empathique à l’extrême. La gargouille à peine sculptée avait ressenti, comme des griffes acérées déchiquetant en lambeau son cœur lacéré de plaies à peine cicatrisées, la frayeur et le dégoût que suscitait son apparence ignoble à la survivante. Mais elle avait affronté cette peur bestiale pour ouvrir la porte et secourir l’homme difforme de la masse d’ergots et de mandibules qui allait submerger le vaillant colosse balafré. Plusieurs auraient profité de la naïveté et de la candeur de la créature de Frankenstein pour prendre la poudre d’escampette et l’abandonner à son triste sort. Maintenant elle lui avoua son nom et le regarder dans les yeux pour y découvrir l’âme trop humaine et lumineuse qu’abritait la montagne de muscles disproportionnés. Les traits atypiques du géant au cœur d’or se fondirent en un masque d’inquiétude quand celle qui ressemblait à Sandra tomba au sol complètement exténué. Le regard océanique de la bête de foire débordait alors d’une bienveillance et d’une bonté alors qu’il tendit ses mains immenses et rugueuses pour les passer sous les aisselles de Karine. D’un mouvement qui était étrangement doux pour un être capable de faire des tours de forces phénoménales, Bobby souleva le corps chétif et maigre de la fillette pour l’assoir sur ses épaules massives. Bloquant ses petites jambes avec ses grosses paluches pour l’empêcher de basculer vers l’arrière, le mineur attendit que les petites mains de l’ange de l’innocence enserrer son crâne dégarni. Quand elle fut stable, le colosse balafré commença à avancer d’une démarche qui rappelait comiquement la démarche d’un ours savant. Un nouveau chœur de gémissement et de plaintes de frustrations d’outre-tombe s’éleva de l’accès des souterrains de la mort. Les goules prisonnière hurlèrent leur rage en sentant leur proie glisser entre leurs ergots.

Avoir ce petit poids sur ses épaules disproportionner fit tomber légèrement l’esprit pathétique du géant dans une sorte d’état lunatique. Il se revoyait dans les bois, en train de faire une imitation rigolote d’un hennissement de cheval monstrueux, pour le plus grand plaisir de sa nièce adorée. Celle-ci disait qu’elle pourrait presque toucher les nuages juchés sur les trapèzes de la petite colline humaine qu’était son oncle. Des instants de purs ravissements que l’homme difforme gardait précieux dans son cœur, revoyant une des trop peu nombreuses scènes heureuses de sa vie parsemer de douleur. Au loin des êtres maléfiques, des réceptacles dont l’âme fut arrachée par les ravages de la pandémie, bifurquaient vers l’étrange duo pour essayer de les saisir. Mais la foulée gigantisme du colosse distançaient sans peine le cortège de décervelés qui les avaient pris en chasse. Près du campement de fortune du goliath des temps modernes, une petite voix aérienne et légère comme la brise d’un doux vent vint chatouiller l’oreille épargnée de Robert. Une question avec un fond d’inquiétude, de peur même, vint ralentir la foulée monstrueuse de Bobby. Sans un mot, il se pencha en petit bonhomme et souleva de nouveau la fillette pour l’assoir sur une buche. De nouveau il mit un genou au sol et la regarda dans les yeux. Le regard de la bête n’était qu’un océan paisible où la bienveillance, la douceur et une affection sans borne se déversaient pour sécuriser et dorloter la petite brunette.

Robert- Je t’ai aidé, car on doit s’aider Karine… Euh… J’aide les gens toujours, mais surtout les gens que je sens qui ont un bon fond… Euh… Tu as une bonne âme, tu sais. Je vais t’aider toujours si tu veux… Euh… D’habitude les gens que j’aide se sauvent après ou me laissent me débrouiller… Euh… Toi tu es revenu. Je ramasse toutes mes choses et ensuite on va se cacher OK? Euh… On va manger et demain matin on prend la moto et je t’emmène où tu veux.

Un sourire à la dentition inégal certes, mais débordant de sincérité et d’honnêteté fut adressé envers l’ange de l’innocence. Ramassant le sac de couchage et son sac à dos, le monstre de foire réajusta les courroies de son sac à dos pour une marche forcée dans les bois. La luminosité était agréable, la lune éclairant d’une lueur blanchâtre les arbres dénudés de leurs parures majestueuses. Les branches ressemblaient à des doigts griffus qui semblaient vouloir agripper les deux survivants pour les déchiqueter comme du papier de construction par un enfant turbulent. Se penchant de nouveau, les outils de sa ceinture s’entrechoquaient de par les mouvements de la bête, le colosse tendit de nouveau sa main pour inviter l’ange à se relever.

Robert- Allez Karine… Euh… Je sais que tu es forte, mais des fois il faut accepter une main tendue… Euh… C’est une amie qui m’a dit ça.

Quand le petit ange fut assez près de lui, l’homme difforme accueillit la petite silhouette dans ses bras immenses. Mais il ne se dégageait qu’apaisement, chaleur et douceur de l’être indigne de tenir l’ange de l’innocence collé à son torse large comme une barrique. Les battements du cœur du géant ressemblaient à un battement de tambour hypnotique et calme. L’immense homme, habituer de se promener en forêt, n’eut aucun mal à distancer les poursuivants lents et chancelants à souhait. Des fois des branches traîtresses se dressaient sur le chemin du golem. Mais Bobby faisait attention alors que le corps de la fillette soit épargné, faisant un rempart de chair en pivotant ou bien en se penchant vers l’avant. Bientôt un poste de rangers, une cabane sur pilori dotée d’une échelle pour y accéder, fut comme une bouée de sauvetage providentielle pour l’erreur de la nature et son précieux fardeau dans ses bras. Attendant quelques instants, l’être à hideux à souhait parla avec douceur et surtout dans un murmure.

Robert- Un bon endroit… Euh… En hauteur et on va pouvoir être en sécurité… Euh… Ça te va ou on cherche encore?

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Mar 21 Mar - 11:46

La réponse de son gigantesque porteur mit quelques secondes à arriver. Sans doute réfléchissait-il à ce qu’il allait dire. Karine patienta, tranquillement perchée sur les épaules du colosse, partagée entre l’inquiétude et la curiosité.
Entre temps ils étaient arrivés au campement de fortune du géant qui se pencha et l’attrapa à nouveau pour la descendre de son perchoir et s'asseoir sur une bûche. Genou à terre, plongeant son regard bleuté et paisible dans le sien, il répondit enfin.

“ Je t’ai aidé, car on doit s’aider Karine… Euh… J’aide les gens toujours, mais surtout les gens que je sens qui ont un bon fond… Euh… Tu as une bonne âme, tu sais. Je vais t’aider toujours si tu veux… Euh… D’habitude les gens que j’aide se sauvent après ou me laissent me débrouiller… Euh… Toi tu es revenu. Je ramasse toutes mes choses et ensuite on va se cacher OK ? Euh… On va manger et demain matin on prend la moto et je t’emmène où tu veux. ”

Captivée, Karine avait écouté ses paroles avec attention et ne détourna pas un seul instant ses yeux de ceux doux de l’homme musculeux. Malgré sa voix hésitante, à laquelle elle commençait à s’habituer, le géant avec parlé avec une sensibilité impressionnante. Il disait les choses sans détour et semblait parler avec son coeur plus qu’avec sa tête.
La fillette finit par approuver d’un hochement de tête un peu hésitant. Ce n’est pas qu’elle n’avait pas confiance en ce colosse au grand coeur, à vrai dire elle était même étonnée d’avoir si peu peur de lui maintenant ; il fallait croire qu’échapper à une horde d’ogres créait des liens de confiance. Non, en vrai, elle n’était surtout pas très à l’aise avec les conversations après tant de temps passé seule et ne savait pas comment y réagir.
Le colosse lui adressa un sourire maladroit mais plein de gentillesse. Karine ne lui rendit pas. Encore une fois, il n’y avait aucune volonté de blesser le géant ainsi, mais elle ne souriait plus depuis qu’elle avait fuit le camping-car et que son monde s’était effondré. Alors, elle se contenta d’un nouveau hochement de tête qui se voulait reconnaissant.
Elle l’observa ensuite rassembler rapidement ses affaires et boucler le tout dans son sac à dos sous la lueur de l’astre nocturne. Un coup d’oeil derrière lui lui indiqua que les rôdeurs se rapprochaient, mais pas assez vite pour qu’ils n’aient pas le temps de fuir, enfin s’ils n’attendaient pas trop. Lorsqu’elle reporta son attention sur le colosse, celui ci lui tendait de nouveau la main en guise d’invitation.

“ Allez Karine… Euh… Je sais que tu es forte, mais des fois il faut accepter une main tendue… Euh… C’est une amie qui m’a dit ça. ”

Karine observa la main, le regard pensif.
Elle avait toujours voulu se débrouiller seule depuis que sa mère avait disparu. En partie parce qu’elle n’avait aucune confiance dans les autres survivants, et en partie aussi à cause de la fierté étrange qui la poussait à ne jamais vouloir montrer de faiblesse. Pourtant, face au conseil du géant, elle se sentit étrangement démunie de toute réplique.
Alors, elle tendit de nouveau sa main et la posa dans celle immense du colosse, acceptant son aide. Robert l’aida à se relever en l’attirant à lui. Il la saisit dans ses bras puissants avec une douceur que ne laissait pas deviner son apparence et la souleva de terre pour la porter contre lui. Un peu mal à l’aise, Karine se laissa pourtant faire et s'agrippa à la chemise du colosse, réalisant que de toute façon elle était trop faible pour réagir autrement.
Puis le géant s’élança à travers les arbres qu’elle avait quitté plus tôt, à grandes foulées.
Tenue contre son torse, la fillette observa son porteur écarter les branches sur leur chemin sans s’arrêter un seul instant. Elle entendait son coeur résonner à travers sa cage thoracique, donnant presque un rythme à ses pas, étrange tambourinement parmi les sons de plus en plus lointains des rôdeurs. Elle se sentait… perturbée. Troublée de se sentir aussi étrangement… en sécurité en cet instant.
Elle garda le silence tout le long du voyage, luttant à moitié contre le le sommeil comateux qui l’attirait de plus en plus. Qu’est ce qu’elle avait faim…
Robert s’arrêta enfin.

“ Un bon endroit… Euh… En hauteur et on va pouvoir être en sécurité… Euh… Ça te va ou on cherche encore ? ” prononça t-il dans un murmure.

La fillette tourna faiblement la tête et observa le lieu qu’il avait trouvé. Devant eux se dressait un abri de garde-forestier, comme de nombreuses autres tours similaires dans les forêts de la région. Une cachette parfaite pour échapper aux rôdeurs qui ne savaient pas grimper.
Elle hocha positivement la tête pour toute réponse et demanda au géant de la poser au sol. Une fois les pieds en contact avec la terre, elle s’accrocha à l’échelle pour éviter de vaciller et observa le sommet de la tour avec détermination. Ce n’était pas très haut, il devait bien lui rester assez de force pour grimper là haut. Un mouvement sur la droite attira alors son attention et remit ses sens en éveil. Une petite silhouette noire sortit d’un buisson pour s’avancer vers eux à pas légers.

“ Nox ! “ prononça la fillette, heureuse de voir que son chat l’avait retrouvée comme toujours.

Le félin s’approcha de la petite sauvageonne et braqua ses yeux verts brillants sur le géant non loin. Il leva le museau et huma l’air, comme pour sentir l’odeur du colosse et déterminer si c’était une menace ou non.
La fillette se laissa glisser le long de l’échelle pour arriver à hauteur du chat et le caresser entre les oreilles.

“ Il s’appelle Robert Nox, il est gentil. ” murmura t-elle à l’animal qui ne cessait d’observer l’homme musculeux.

Karine se releva sans cesser d’agripper son support. Elle observa de nouveau le sommet de la tour et prit une inspiration pour saisir son courage à deux mains. En utilisant toutes ses dernières forces, elle attrapa les premiers barreaux et commença à gravir l’échelle. Marche par marche, avançant lentement, elle monta vers l’abri. Il lui fallut tout de même faire une pause en plein milieu à cause du tournis qui la saisissait. Derrière elle, elle entendait Robert la suivre, surveillant sans doute qu’elle lâche pas prise. Mais la fillette tint bon et arriva finalement en haut. Elle poussa la trappe qui permettait d’entrer et se glissa dans la cabane. Puis elle se retourna pour s’assurer que le géant parvenait sans encombre au même endroit. Lorsque le colosse la rejoignit, la silhouette noire de Nox le suivit en grimpant l’échelle avec agilité grâce à ses griffes.
Pouvant enfin souffler, Karine rampa en arrière pour s’appuyer contre un mur et observa les yeux alors que son chat venait se frotter contre elle en ronronnant. L’endroit n’était pas très grand et dénué de meubles ormi une caisse de bois posée dans un coin deux accroches de métal qui devaient autrefois soutenir un hamac. Sans doute les anciens propriétaires étaient ils parties avec tout ce qui était utile. Ou peut être que des survivants avaient déjà pillé l’endroit.
La fillette reporta son attention sur Robert. Après une courte hésitation, elle finit par dire simplement :

“ Merci. ”

Sa voix était faible, mais pleine de sincérité, tout comme ses yeux azur qui observaient le géant.
Soudain, le malaise marqua son visage et elle baissa les yeux alors qu’elle décrochait son sac à dos de ses épaules. Elle fouilla dedans et en sortit lentement la pomme et les deux conserve qu’elle avait prit dans la réserve du colosse.

“ Je… Je suis désolée… De vous avoir volé… Je voulais juste… Désolée… “ balbutia t’elle, sa voix devenant de plus en plus faible au fur et à mesure.

D’ordinaire, elle n’aurait eu aucun remord à voler quelqu’un, surtout lorsqu’elle avait faim. Mais bizarrement cette fois, et après l’étrange complicité qu’ils avaient partagé, elle se sentait honteuse d’avoir tenté de dérober ses vivres au géant alors que lui n’avait été qu’une démonstration de gentillesse depuis leur rencontre.
Elle posa les trois victuailles devant elle et ramena ses jambes contre son torse, incapable à présent de regard l’homme dans les yeux. Mais c’était peut être aussi la fatigue qui sait.

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Ven 24 Mar - 14:50

Avec une douceur surnaturelle qui semblait être imprégnée au plus profond de l’âme de la chose au corps déformé, les mains immenses et rugueuses de la bête déposèrent le corps frêle de l’ange de l’innocence au sol. Le regard océanique de Robert, pureté de tranquillité et débordante de bienveillance, fit la fillette parler à un chat noir de jais. Souriant de toute sa dentition mal alignée, le colosse balafré salua le félin qui semblait l’évaluer de pied à cape. La voix rauque du monstre de foire s’éleva dans un murmure. Comme si le golem de chaire craignait que son ton qui ressemblait à deux pierres qui s’entrechoquaient puisse assombrir la tranquillité de la nature et corrompre la pureté des lieux.

Robert- Salut Nox… Euh… Tu es un beau chaton… Euh… Tu viens avec nous?

L’enfant épuisé surprit alors le géant au cœur d’or en commençant à escalader l’échelle de bois gorgée d’humidité qui menait au refuge. Lieu qui semblait à une bouée de sauvetage salvatrice pour le duo de survivants éreinter par cette course poursuite. Démontrant une force et une détermination qui forçait l’admiration de la lie de l’humanité, Karine parvint à se faire basculer la trappe de bois et entra dans la petite pièce vidée de son contenu. Pillé surement juste à la dernière miette par des gens paniqués qui ont profité de l’aubaine inespérée. Passant à son tour son imposante carcasse de justesse dans le trou d’homme, le mineur ressemblait à cet instant à un chien de prairie qui avait eu une pénible rencontre avec un véhicule tout-terrain au milieu du désert de Mojave, Robert dut se tortiller pour s’extraire de sa position précaire. Déposant ses mains qui ressemblaient à des battoirs de boucheries à plat sur le sol de bois patiner par des milliers de pas de ses précédents occupants, le chainon manquant de l’humanité s’extirpa du trou comme un monstre des sept mers creva la surface de l’eau. Voyant que la fillette s’était adossé au mur pour se reposer, le géant au cœur d’or fit un sourire rassurant et bienveillant en commençant à refermant la trappe qui allait garantir leur anonymat. Une forme noire, semblable à du vif-argent et dotée d’une dextérité animale spectaculaire, s’infiltra de justesse dans le refuge provision du duo. Aussitôt Nox alla se blottir près de sa maîtresse pour recevoir une dose massive d’affection de sa part. Un petit mot, un murmure ayant la légèreté d’un souffle dans les feuillages d’un érable ancestral, parvint à l’ouïe diminuée du golem de chaire balafré de toute part. Le regard de l’homme, véritable océan de candeur et de gentillesse surnaturelle, pivota alors vers la petite forme qui venait de déposer la pomme et les deux conserves dérobées à son sac à dos remplissent d’une tonne de matériels hétéroclite. Une excuse parvint aussi au géant qui venait de mettre un genou au sol pour sortir son sac de couchage.

Le regard de Karine, presque similaire en couleur, mais tout autant en pureté, plongea vers le sol de honte. Elle avait ramené ses jambes rachitiques contre son torse comme le faisait la nièce adorée du mineur quand elle cherchait du réconfort. Prenant la ganse de la fermeture éclair entre ses doigts peu agiles, la créature de cauchemar fit de son sac de couchage une immense couverture. La déposant au sol, la voix rocailleuse du golem de chaire résonna avec douceur et surtout une bienveillance qui semblait n’être qu’origine céleste.

Robert- Karine… Euh… Tu peux me regarder s’il te plaît?

Lorsque leurs regards se croisèrent, un instant de béatitude de complicité grandiose fit naître dans le cœur suturé de cicatrice de la bête un lien fort. Une amitié et une affection que rien ni personne ne saura détruire. La fillette pouvait aisément ressentir la bienveillance et la douceur du simplet, lui qui ne pouvait aucunement cacher ses émotions sur son horrible faciès à peine sculpté.

Robert- Il n’y a pas faute, tu sais… Euh… Tu as faim et j’étais un étranger, tu sais… Euh… Mais ce qui est à moi et à toi si tu veux… Euh… Je te pardonne de m’avoir pris ca mais c’est comme ça qu’on se connait maintenant…Euh… Heureux qu’on se connaisse… Euh… Chaque médaille à deux revers tu sais. Tiens il va faire froid.


Soulevant la couverture de fortune, Bobby la déposa sur les épaules chétives de l’enfant rependant. Emmitouflant la fillette qui ressemblait à s’y méprendre à son ange disparu, le mastodonte aux muscles de béton entendit le chat ronronner de plaisirs d’avoir cette nouvelle source de chaleur. Souriant tendrement, le géant à l’armure de chaire qui semblait s’être reproché à de multiple reprise sortit un petit réchaud à gaz et ouvrit une conserve. Du ragoût irlandais. Dans une casserole il commença à faire chauffer la pitance du repas. La petite bouille du chat sorti de son antre de tissus vint lécher la grosse main de libre du Goliath des temps modernes. Robert fut pris d’un petit rire. Ses immenses épaules se secouèrent comme si c’était une montagne qui subissait une avalanche. Un rire honnête, franc s’extirpa de la gorge cauchemardesque de l’homme. Flattant à son tour la petite tête poile, grattant d’un index monstrueux entre les oreilles pointues du félin, Robert parla avec sincérité.

Robert- Les animaux semblent voir que je suis pas un monstre comme beaucoup d’adultes le croient, tu sais… Euh… Les enfants aussi m’appellent souvent le gentil géant ou nounours pendant que leurs parents m’insultent et se sauvent… Euh… Différent donc pas humain comme certain disent… Euh… J’ai un chiot où j’habite.
Rocky… Euh… Je l’ai empêché de se faire manger par un mordeur.


Un doux effluve de patate et de viande commença à flotter dans la cabane juchée sur pilori. Sortant son vieux couvert en acier cabossé par tant d’utilisation, l’homme servit une bonne portion de nourriture à Karine. Acte de générosité qui semblait innée chez la lie de l’humanité, il découpa quelques morceaux de viande pour en mettre devant un Nox enthousiasme.

Robert- Tiens Karine… Euh… Bon appétit et fais attention c’est chaud OK?

Il déposa sa gourde d’eau près de l’enfant et souriant de manière niais mais si douce et gentille. Soulevant ses épaules massives, il piqua une pomme de terre de la vieille fourchette pour la porter à sa bouche. Une idée lui parvint alors et le colosse balafré sortit une tablette chocolatée de la poche de son sac à dos.

Robert- Tien pour le dessert… Euh… Tu peux aussi te servir comme tu veux Karine… Euh… Déjà souper… Euh… Mais fais-toi pas mal au ventre OK?

Respirant alors lentement, le géant osa poser une question qui lui trottait dans la tête depuis si longtemps.

Robert- Demain tu veux que je te ramène où? Euh… Tes parents doivent s’inquiéter non?

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Lun 27 Mar - 8:53

Face à sa culpabilité, l’homme prit d’abord le temps de déplier son sac de couchage avant de répondre. Du moins c’est ce que jugea Karine par rapport aux bruits et mouvements qu’elle perçut les yeux baissés.

“ Karine… Euh… Tu peux me regarder s’il te plaît ? ”

Comme si elle attendait son autorisation, la fillette osa relever doucement les yeux et croisa ceux du géant au grand coeur. Quelque chose passa alors dans cet échange. Un fort sentiment de complicité, comme une compréhension muette et naturelle entre les deux êtres au contraste évident. La douceur qui se dégageait des yeux bleus du colosse frappa plus que jamais la petite sauvageonne, droit dans son coeur rendu méfiant par ce qu’elle avait vécu et ce qu’elle avait dû faire pour survivre. Cette transmission d’émotions complices dura quelques secondes et marquèrent Karine à chaque instant, au moins autant que les paroles et gestes de Robert qui suivirent.

“ Il n’y a pas faute, tu sais… Euh… Tu as faim et j’étais un étranger, tu sais… Euh… Mais ce qui est à moi et à toi si tu veux… Euh… Je te pardonne de m’avoir pris ca mais c’est comme ça qu’on se connait maintenant…Euh… Heureux qu’on se connaisse… Euh… Chaque médaille à deux revers tu sais. Tiens il va faire froid. ”

Il se rapprocha alors et lui passa une couverture épaisse autour des épaules. Un geste plein de prévenance qui figea la fillette. Elle passa ses doigts fins sur les bords du tissu, le faisant glisser entre ses doigts. Bien sûr, elle avait elle même une couverture dans son sac, mais là ce n’était pas pareil. Ce geste d’affection de la part du géant faisait remonter en elle des souvenirs à la fois joyeux et douloureux, à l’époque où sa mère faisait de même avec elle lorsque le temps se refroidissait dans le camping-car.
Perturbée, la petite sauvageonne ne sut plus quoi dire et se contenta de lancer un regard empli de reconnaissance au colosse balafré, qui lui sourit en retour. Collé à ses jambes, Nox ronronna de plaisir en se retrouvant à moitié caché sous la couverture.
Karine observa alors Robert sortir un petit réchaud de ses affaires ainsi que l’une des conserves et une petite casserole. Il semblait être un vrai fourbi mobile. Lorsqu’il commença à préparer le contenu de la conserve et qu’une bonne odeur se répandit dans la pièce, la fillette sentit la faim la tirailler plus que jamais, faisant gargouiller bruyamment son ventre. Incapable de paraître plus polie, elle fixa avec des yeux écarquillés le contenu de la casserole et laissa sa langue sortir quelques secondes. Nox lui même quitta l’abri de la couverture en reniflant l’air. Il s’approcha tranquillement du géant et alla lui lécher affectueusement la main. Karine fut étonnée de voir qu’il avait totalement accepté le colosse. En tout cas ce dernier le prit en riant franchement et gratifia le félin d’une gratouille sur le sommet du crâne qui le fit ronronner.

“ Les animaux semblent voir que je suis pas un monstre comme beaucoup d’adultes le croient, tu sais… Euh… Les enfants aussi m’appellent souvent le gentil géant ou nounours pendant que leurs parents m’insultent et se sauvent… Euh… Différent donc pas humain comme certain disent… Euh… J’ai un chiot où j’habite. Rocky… Euh… Je l’ai empêché de se faire manger par un mordeur. ”

Karine qui l’écoutait attentivement se mit à réfléchir à ses paroles. Elle imaginait sans trop de mal les mauvaises réactions que devaient avoir certaines personnes à l’égard du géant au visage dur. Elle même avait fuit devant lui en le voyant, mais il fallait dire aussi qu’elle était effrayée par tous les humains qu’elle croisait, le physique du colosse n’avait pas aidé sa peur. Néanmoins à présent qu’elle commençait à le connaître, et à l’apprécier, elle se sentait un peu mal d’avoir réagi comme ça dès le début.
Pourtant, maintenant qu’elle avait regardé dans le regard et l’âme de cet homme, elle voyait en lui plus d'honnêteté et de gentillesse qu’elle n’en avait jamais vu chez un autre être humain. Ce qui lui laissait penser qu’il était plus géant qu’humain.
Elle n’osa pas répondre, ou n’y pensa pas, plongée qu’elle était dans ses réflexions. Elle en fut rapidement tirée par l’assiette remplie de victuailles que lui offrit le colosse.

“ Tiens Karine… Euh… Bon appétit et fais attention c’est chaud OK ? ”

Oubliant toute règle de bienséance sous l’effet de la faim, la fillette attrapa vivement la gamelle. Dans sa hâte, elle en manqua l’avertissement du géant et enfourna directement une bonne bouchée de ragoût dans sa bouche, se brûlant immédiatement la langue. Elle toussa plusieurs fois et se retint de ne pas recracher la bouchée dans son assiette. Elle s’efforça à avaler et, du coup, se brûla également la gorge. Mais ceci ne refroidit pas pour autant son ardeur et elle se jeta de nouveau à l’assaut de l’assiette avec un appétit vorace.
Alors qu’elle avalait presque sans mâcher les portions de ragoût, son bienfaiteur posa une gourde à côté d’elle puis sortit de son sac un sachet qu’il tendit à la fillette. Celle ci, qui avait déjà entamé aux trois quart sa portion et sentait enfin sa faim se rassasier un peu releva les yeux, les contours de la bouche pleins de ragoût. Pour le coup elle ressemblait vraiment à un petit animal qui se jeterait sur de la nourriture après plusieurs jours de privation.

“ Tiens pour le dessert… Euh… Tu peux aussi te servir comme tu veux Karine… Euh… Déjà souper… Euh… Mais fais-toi pas mal au ventre OK ? ” annonça le géant.

La fillette observa ce qu’il avait dans les mains. Elle reconnut immédiatement un sachet de tablette chocolatée, comme celle que lui ramenait parfois sa mère avant. Redevenue un peu hésitante elle avança timidement sa main et s’empara de la friandise. La simple vue de l’image sur le papier lui redonna faim. Elle s’essuya la bouche d’un revers de sa veste et jeta un regard empli d’une reconnaissance sans limite au géant.
Si elle avait été moins sauvage, sans doute se serait elle lever pour aller enlacer de reconnaissance son bienfaiteur. Mais elle était encore trop renfermée pour ça et ça n’allait pas changer en quelques heures.
Elle reprit bien vite son repas, engloutissant ce qui restait de nourriture dans sa gamelle. Plus concentrée qu’avant tout de même, elle parvint à manger sans s’en mettre partout et pu même noter que Robert avait fait don de quelques morceaux de viande à Nox qui mangeait avec plaisir à quelques centimètres du colosse. Celui ci posa d’ailleurs une question qui stoppa le repas de la petite sauvageonne.

“ Demain tu veux que je te ramène où ? Euh… Tes parents doivent s’inquiéter non ? ”

Karine s’arrêta net et reposa sa fourchette, baissant son assiette sur ses genoux en même temps que la direction de son regard, plongé dans le vague.
Plusieurs émotions semblèrent passer dans ses yeux bleus, négatives pour la plupart.

“ Je… Je sais pas. Quelque part dans le forêt. Avec Nox on voyage surtout au milieu des arbres. ”

Elle jeta un regard au chat qui ronronnait en se régalant de sa pitance. Puis une ombre passa dans son regard et elle ajouta d’une voix étrangement neutre :

“ Ma maman peut pas s’inquiéter pour moi… Je pense pas… Et mon père... ”

Se reprenant, elle haussa les épaules et compléta d’un ton détaché :

“ Je sais pas qui c’est, maman me l’a jamais dit. ”

Elle termina plus calmement la dernière bouchée de son plat, l’air de rien. Malgré tout, intérieurement, parler de sa mère lui avait serré le coeur. Même si elle gardait l’infime espoir qu’elle soit encore en vie, elle doutait vraiment que ça soit le cas. Le collier, les dires de l’homme mauvais, le fait qu’elle ne l’ait pas retrouvée malgré le temps qu’elle avait passé non loin du camping car dans les premiers jours… Tout indiquait qu’elle était morte…
Un peu moins enjouée, Karine essaya de changer de sujet.

“ Moi je pense pas que vous soyez un monstre monsieur Robert. ” dit elle en relevant un regard plein de candeur et d’admiration vers le colosse. “ Vous êtes plutôt un géant, comme Gentigigan dans le conte. Et les géants c’est pas méchant, pas comme les ogres. Les humains… c’est eux les monstres... ”

Elle observa, pensive, la tablette de chocolat qu’elle tenait en main gauche. Puis après quelques seconde, elle sembla oublier sa réplique peu joyeuse et déballa la friandise avec gourmandise.
Lorsqu’elle croqua dedans, de douce pensées vinrent réchauffer son coeur en même temps que le goût du chocolat, venues d’un temps où elle n’avait encore à se soucier que de ce qu’elle allait faire comme jeu pour s’occuper. Si elle ne sourit pas, son regard s’illumina de joie et elle en ferma même les yeux.
Ses yeux bleutés recroisèrent ceux du colosse et elle parla avec son coeur.

“ Merci, pour tout ça monsieur Robert. ”

Ces mots étaient simples mais vibraient d’une sincérité frappante.
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Lun 3 Avr - 20:36

L’empathique créature, la lie de l’humanité si peu sociale avec les gens qui osaient lui adresser la parole, ressenti au plus profond de son âme le contrecoup de son indiscrétion. Toute la tristesse, la détresse et la douleur d’une enfant qui venait de perdre sa famille assaillir la pathétique bête de foire. Il se maudit un nombre incalculable de fois, de sa carence intellectuelle qui n’avait pas pu lui permettre de faire le lien entre la petite sauvageonne et l’absence d’adultes avec elle ou son incapacité à comprendre la nature humaine tout simplement. Le regard bleuté océanique de la gargouille couverte de scarification était au diapason pour le maelström de sentiments qui pulsait de ceux de Karine. Comme si le golem de chaire se regardait dans un miroir. Un mince sourire, débordant de candeur et de douceur, effleura les lèvres exsangues de l’homme difforme quand la petite lui assura qu’il n’était pas un monstre. Que c’était les humains en général qui étaient la cause de leurs soucis. Quand elle remercie l’horreur à peine humaine, Robert hocha la tête. Sa voix caverneuse, rauque, mais aux mots baigner par une gentillesse presque surnaturelle flotta avec douceur dans les airs.

Robert- Ça me fait plaisir Karine… Euh… Je suis désolé pour ta mère tu sais… Moi aussi j’ai perdu ma nièce et ma sœur… Euh… Mais aussi longtemps que je vis elles vont rester vivantes dans ma tête et mon cœur… Euh… Et je serais toujours là pour toi tu sais… Euh… Attends.

Le colosse balafré prit alors son sac à dos et déroula le tapis coupe froid de camping. Une isolation qui servait aussi à apporter un peu de confort pour dormir à même le sol. Le plaçant tout près de l’ange de l’innocence, le géant fit un oreiller de fortune avec quelques vêtements qui trainaient dans le fond de son sac.

Robert- Voilà tu seras bien pour dormir Karine… Euh… c’est un beau nom que t’as, tu sais… Euh… Facile à dire et surtout à me rappeler… Euh… Pas trop bon cerveau pour retenir plein de trucs.

Respirant une goulée d’air tiède pour puiser un peu de courage dans sa volonté immuable, le géant au cœur d’or posa alors une question à l’enfant rassasié.

Robert- Il y a des gens gentils, tu sais… Euh… J’aide un groupe qui est dans un lieu sécuritaire… Euh… C’est moi qui ai construit les murs et les pièges contre les mordeurs… Euh… Ils m’acceptent même si je suis pas comme eux… Euh… Tu sais normal avec un bon cerveau… Euh… Si tu veux venir je pourrais t’y conduire… Euh… Je pourrais t’aider et je serais toujours là pour toi… Euh… Mais je veux pas t’imposer un truc que tu voudrais pas OK? Je peux te préparer le sac à couchage pour ton sommeil?


Enlevant avec délicatesse, une affection même qui semblait se tisser entre l’enfant et le monstre de foire, Bobby plaça l’attirail de camping et ouvrit le battant pour permettre à l’ange aux yeux d’azurs de s’y glisser. Le chaton s’y glissa avec délectation, ronronnant d’aise tout en prenant ses repères. Quant à lui, le colosse s’appuya dos au mur tout près du lit de fortune.

Robert- Tu voudrais y penser pour la nuit… Euh… Je vais veiller sur ton sommeil si tu veux… Euh… Repose-toi bien Karine et rien ne viendra te faire du mal, tu sais.

Après avoir bordé délicatement et avec une tendresse fraternelle la fillette dans le sac de couchage quatre fois trop grand pour elle, le géant se colla dos au mur. Ses avant-bras gros comme des cuisses d’homme en santé reposant sur ses genoux, le golem de chair se prépara pour une nouvelle nuit sans récupérer une once de repos.

Des fois la nuit, quand Morphée refusait de prendre dans ses bras l’imposante carcasse de Bobby pour le laisser broyer du noir en silence, les oreilles du mineur percevaient des gémissements lointains qui brisaient le lourd silence et le repos éphémères des rues environnantes. Et quand la fatigue remportait finalement le bras de fer contre l’angoisse et la peine du géant, ce dernier revivait sans cesse la scène macabre qui l’avait anéanti. Mais dans ces songes cruels, les voix accusatrices de Sandra et Rosalie attaquaient les minces défenses psychologiques du géant et le tourmentaient avec des mots cruels et sans équivoques. Toujours le monstre de foire se réveillait en sursaut, son corps déformé et musculeux ruisselant de sueurs et le cœur voulant s’arracher de son torse.

Mais cette nuit là, à la lueur de la lune, le regard de l’homme se perdit dans la douceur du tapis d’astres lumineux. La fraicheur du temps fit apparaître des petits nuages de vapeur à la sortie des lèvres exsangues du géant et ce dernier ne se doutait aucunement de l’éveil de l’ange endormi. Se frottant les mains l’une sur l’autre dans une tentative de se réchauffer et de se rassurer, l’être à la carapace hideuse sentait le désespoir le gagner de nouveau. Des pensées envers sa nièce et sa sœur adorées s’envolèrent vers les cieux, seul lieu de refuge pour deux âmes si merveilleuses selon le mineur. Une prière toute simple fut formulée par l’esprit lent de l’homme du Kentucky et prononcer dans un murmure pour ne pas déranger l’ange endormit.

Robert- Sandra, Rosalie, j’aimerais être avec vous… Venez me chercher, car je ne sais plus quoi faire…

Des larmes salées creusèrent alors des rigoles dans la poussière qui parsemait l’horrible faciès du géant. À cet instant précis, la volonté de l’erreur de la nature se fissura. La tristesse et le chagrin tombèrent sur Robert comme la hache d’un bourreau impassible. Des craquements avaient résonné sur le parquet du mirador, mais celui-ci n’entendit rien durant ces instants de détresse impitoyable. Sortant le petit miroir qu’il avait trouvé un peu plus tôt, Bobby regarda sa laideur renvoyer parle reflet poli. Une voix céleste se manifesta soudainement. Une paire de bras translucides l’étreignit alors avec force et de stupeur le colosse laissa tomber l’instrument de beauté de sa main immense. Sentant une tête fantomatique se poser sur son torse, les narines du monstre frémirent alors. Une senteur familière venait de déclencher un souvenir profond au subconscient de Robert. Le shampoing à la fraise que Sandra affectionnait particulièrement. Aussitôt les mains de l’homme du Kentucky se déposèrent avec amour dans le dos et sur la tête de l’être translucide. Des ruisseaux salés se transformèrent alors en des rivières au fort débit. Flattant une chevelure que lui seul pouvait toucher, une voix faible s’échappa alors de la gorge nouée d’émotion du mastodonte.

Robert- Sandra, je m’ennuie de toi et de ta maman… Euh... Je veux vous rejoindre…


Une voix chantée répondit alors directement à l’âme terrifiée, mais bonne et avenante de la pathétique créature.

Sandra- Nous aussi on s’ennuie de toi oncle Bob, mais ce n’est pas le temps tu le sais… Tu as une personne sur qui veiller et quelques soit la décision ou l’attitude qu’elle va prendre, dis-toi que tu es la merveilleuse personne qu’on apprécie toujours même dans l’au-delà et que tu fais le bien comme pas un.


Pendant quelques instants, le sosie de Frankenstein puisa du courage dans l’être fantomatique et les larmes se tarirent tout doucement. L’air changea subtilement, se remplissant d’éclats de rire fugaces et perceptibles seulement perçus par l’ouïe fatiguée du colosse. Sentant une traction imaginaire vers le bas, le torse large comme une barrique se pencha vers l’avant et des lèvres douces et translucides se déposèrent sur la joue mal rasée de Robert. Tous les doutes, les peines et les peurs du géant s’évanouir alors comme des nuages gris devant la pureté des sentiments de la nièce du monstre de foire. Une dernière parole caressa alors l’âme reconstruite de la bête.

Sandra- Chante-moi la chanson quand j’étais malade je t’en supplie oncle Bob…


Ne pouvant rien refuser à son ange, le mineur commença alors à fredonner. Mais avant que le contact imaginaire soit rompu, le mastodonte parla avec amour et franchise de sa voix rauque.

Robert- Je t'aimerais toujours ma choupinette et aussi tu peux dire à ma sœur que je l’aime aussi?

Sandra- Bien sûr mon gros nounours! Allez essuie toi le visage mon gros bêta…


Souriant grandement de la joie et de l’allégresse tout à coup rendues à son cœur mis en charpie, la beauté intérieure du monstre se manifesta alors de la plus belle manière qui soit. Un chant pur à la sonorité presque parfaite se produisit alors. Le don caché par la montagne de muscles déformés se dévoila au grand jour. Un don si pur qu’on aurait pu jurer que les grands chanteurs d’autrefois s’étaient réincarnés dans ce réceptacle répugnant. Perdu dans des notes magnifiques rattachées à des souvenirs tristes et heureux à la fois, le colosse tapa du pied en mesure. Les yeux presque fermés, essuyer du passage des larmes sur son horrible faciès par sa main titanesque, lunatique et perdue dans un état de rêve des plus soyeux, le monstre de foire farfouilla dans sa poche pour son délice chocolaté. Tout à ses souvenirs, l’esprit lent du mineur ne vit aucunement la forme angélique se redresser dans le sac à couchage. La voix chaude, rauque souhait continuait de faire le prodige qui charmait totalement les oreilles chanceuses d’en percevoir le chant. Il déchira le scellé de l’enveloppe de la barre de chocolat et il vit enfin une ombre. Le chant mourut subitement et la honte apparut sur le grotesque faciès du monstre. Arrêtant de respirer, la bête savait pertinemment l’image que la personne percevra pendant un instant. Un horrible sosie d’humanité de plus de deux mètres, aux muscles déformés et aux cicatrices labourant ses mains et ses bras. Une création d’un savant fou en quelque sorte. Les gens s’arrêtèrent là en général, oubliant de regarder dans le regard bleuté du colosse. De la pureté, de la gentillesse et de la compassion parcouraient son regard comme des vaguelettes sur un océan calme. Timidement, rassuré quelque peu d’avoir pu dissimuler sa carcasse ignoble, la voix rauque et aux mots à peine mâchés de Bobby se manifesta dans un murmure.

Robert- Je suis désolé d’avoir chanté Karine… Euh… de t’avoir réveillé… Euh…Je me tais promis? Euh…

Chanson:
 

_________________

Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...


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