Nobody said it was easy, no one ever said it would be so hard || Kelly



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We have ashes, fire and hope
Juliet I. Whitman
Matricule n°001
We have ashes, fire and hope
Lun 13 Mar - 11:39


Deux jours, trois…peut-être même quatre. Juliet ne savait plus vraiment. Depuis la mort d’Eulalie, chaque jour, chaque minute, chaque instant se ressemblait. Tous mornes, vides, sans aucune vie. Pendant plus d’une dizaine d’années, chaque moment de la vie de la jeune femme était rythmé par la présence de sa fille : lever, midi, goûter, soirée, coucher. Eulalie était partout. Elle emplissait leur petit appartement de ses rires et de sa bonne humeur d’enfant, et le cœur de sa maman d’un amour inconditionnel. Bien que l’apocalypse soit venue perturber leur emploi du temps, comme elle avait perturbé celui de milliards d’autres personnes sur Terre, ce n’était pas pour autant que Juliet avait négligé son rôle de mère. Elle s’était battu pour sa fille, chaque jour, et en particulier ceux où elle avait envie de tout abandonner. Mère et fille avaient survécu ensemble, des premiers rôdeurs jusqu’à Grand Marais Street, où elles vivaient désormais avec Kelly.

Mais maintenant….maintenant Eulalie n’était plus là, et la seule chose qui restait à Juliet était son intarissable douleur, des tas de souvenirs, et un vide sans fin. On la voyait rarement la journée, elle ne voulait plus sortir, et affronter le regard des autres survivants, c’était trop. Elle errait, comme une âme en peine, attendant Dieu seul savait quoi. La nuit, elle ne dormait pas, enfin, très peu. Elle somnolait, se réveillait en sursaut pour une raison qui lui échappait, pensait toujours à la petite dans ces moments là, avant que l’horrible réalité ne se rappelle à sa mémoire. Eulalie n’était plus là, et ne reviendrait jamais. Les pleurs suivaient généralement cette pénible constatation, des pleurs et une douleur à n’en plus finir.

La nuit était déjà bien avancée, et Juliet ne trouvait pas le sommeil, comme les nuits précédentes. Elle avait l’impression d’étouffer, dans cette chambre, dans cette maison même. Sans même réfléchir à ce qu’elle faisait, elle attrapa sa veste près de la porte d’entrée, et quitta la maison. L’air était frais dehors, presque froid, et un frisson courut bientôt sur ses bras, mais elle ne sembla même pas le remarquer. Son regard se porta sur la croix blanche qu’elle devinait au loin, mais Juliet fut incapable de s’approcher plus de la tombe de sa fille. C’était encore bien trop tôt. Au lieu de ça, elle traversa la rue, et entra dans la maison dans laquelle elle était venue se réfugier avec Logan, juste après l’enterrement. Sans trop savoir pourquoi, Jules lui trouvait un certain côté…apaisant. Après être entrée, elle déambula dans le salon, dans la cuisine, et finit par emprunter les escaliers pour se rendre à l’étage, où elle n’avait encore jamais mis les pieds. Un long couloir s’étalait devant elle, et Juliet compta 4 portes. Elle ouvrit la première qui se présentait à elle, et découvrit la chambre d’un petit garçon. Elle y vit des petites figurines de soldats, un globe terrestre, un panier de baskets, quelques livres. C’était comme si cette chambre attendait encore que son occupant revienne y passer la nuit. Ju ressortit, et prit la porte juste en face, celle des parents.

En d’autres circonstances, la mère l’aurait surement trouvé assez belle, avec une décoration agréable, mais pas ce soir. Ce soir, tout ce qu’elle voyait, c’était des photos d’une famille qui semblait unie. Partout, des tas de souvenirs, l’empreinte de pied d’un bébé dans du plâtre, un globe de neige avec la photo d’un nouveau-né à l’intérieur, une photo sur laquelle on voyait deux mariés rire aux éclats. Tous les vestiges de ce qui avaient été une famille et une vie heureuse. Tout ce qui lui avait été enlevé, en somme. Son sang ne fit qu’un tour, et sans même se rendre compte de son geste, Juliet attrapa le morceau de plâtre, et l’envoya voler contre le mur d’en face, où il éclata en morceaux. Puis elle répéta l’opération, avec la première photo de bébé, le cadre du mariage, tout ce qui se trouvait sur la commode et avait le malheur de tomber entre ses mains. De tous ces souvenirs, il ne resta bientôt plus que des débris de verre, des cadres démontés. Les larmes s’étaient mises à couler sur le visage de Juliet, qui n’avait rien remarqué. C’était la peine qui parlait, mais aussi une certaine forme de rage, de colère, qui sommeillaient en elle sans qu’elle n’ait pu le soupçonner. Ce n’est qu’en portant son regard sur le large miroir au-dessus de la commode qu’elle vit ses yeux rougis, et les larmes sur ses joues. La colère prit une nouvelle fois le dessus, et Juliet envoya son poing sur le miroir, qui s’orna aussitôt d’un large éclat semblable à une toile d’araignée. Les pleurs de la jeune femme redoublèrent, et sans chercher à combattre plus la tristesse qui lui vrillait le cœur, ou peut-être parce qu’il n’y avait plus rien à détruire dans la pièce, Juliet se laissa tomber sur le sol, le dos contre le lit, et laissa sa peine s’exprimer librement.
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We have ashes, fire and hope
Kelly Steele
Matricule n°001
We have ashes, fire and hope
Lun 13 Mar - 17:24

Le froid me réveille. Comme un courant d'air. J'entrouvre les yeux, les sens aux aguets, avant d'entendre la porte se refermer. Je me relève à moitié du canapé où je me suis écrasée il doit y avoir moins de quelques heures en clignant des paupières, pour essayer de m'habituer à l'obscurité. Ne pas dormir aux côtés de Juliet me pèse, mais de un, je suis rentrée trop tard de ma garde et je n'allais certainement pas prendre le risque de la réveiller —dans le cas où elle aurait trouvé le sommeil, bien sûr—, et de deux, je sais que je dois lui laisser de l'espace. Comprenant sans trop de peine qu'elle vient de sortir, je balance mes jambes hors de ma couette faite de ma veste de treillis pour marcher jusqu'à la fenêtre.

Je ne manque pas de l'apercevoir, silhouette devenue fantomatique, à peine plus qu'une ombre de la bulle de lumière que pouvait être l'ancienne elle. Il va sans dire qu'elle accuse durement la mort de sa fille, et personne ne peut prédire quand elle parviendra à cicatriser. Le pire, c'est que je ne peux pas réellement l'aider. Je ne partage pas sa douleur autant que le pourrait Logan. Eulalie, malgré le fait que nous nous entendions bien, n'est pas ma fille. Je ne peux même pas comprendre ce que c'est que de perdre son enfant. Tout ce que je peux imaginer, c'est que la perte doit être bien plus terrible que toutes celles que j'ai pu connaître dans ma vie de famille et de soldat. Et cette idée est tout simplement terrifiante.

Juliet finit par entrer dans la maison d'en face, et je fronce un instant les sourcils. Bien que répondant présente à tous mes devoirs dans la journée, je ne manque pas de garder un œil sur elle, personnellement, ou par le biais d'autres. Je ne sais pas ce qu'elle fait toute la journée, même si je peux m'en douter un peu. Je ne sais pas non plus quel est son état d'esprit. Je ne sais pas ce qu'elle va faire dans cette maison. Ce que je sais, c'est que je n'aime pas l'idée de la voir entrer dans une maison que je sais par ailleurs vide. Je ne devrais sûrement pas être aussi curieuse, mais j'ai simplement peur qu'elle ne fasse quelque chose d'irréparable. Je prends ma décision rapidement. Je ne ferais qu'écouter. Je n'interviendrais pas. Elle ne saura jamais que je l'ai épiée. J'étouffe un bâillement, avant d'attraper mes Rangers que j'enfile promptement. Je passe ma veste, et attache le holster de mon pistolet, juste au cas où.

Je sors dans la rue, frémissant un instant face au froid, avant de me diriger, à demi pliée, vers la maison. J'entre en silence au moment où quelque chose vient se fracasser contre un mur. Mes sens en alerte, je situe aussitôt les sons à l'étage, et je m'y dirige furtivement, ma main droite posée par habitude morbide sur la crosse de mon arme. Je pourrais interpréter les bruits comme les signes d'une lutte, mais il n'y ni cri, ni grondements de rôdeurs. Non, je ne sais que trop bien à quoi tout cela rime. Je m'approche de la pièce, mon sang battant de plus en plus fort. Si je comprends sans peine que mes craintes de voir Juliet s'ôter la vie semblent infondées, reste à savoir si je me découvre, ou si je rentre sans mot dire à la maison.

La réponse, évidemment, ne met pas plus d'un quart de seconde à s'imposer. Ne faisant plus attention à être discrète, j'entre dans la chambre transformée en champs de bataille. Juliet est là, affaissée contre le lit, et un rapide examen me permet de voir quelques coupures sur sa main. Je m'avance vers elle, mes bottes crissant sur les débris jonchant le sol, m'agenouillant devant elle pour prendre délicatement sa main, dépliant ses doigts pour déterminer si des éclats se sont coincés dans sa chair. Je ne parle pas —que pourrais-je dire ?—, avant de m'asseoir à ses côtés, écoutant ses sanglots dans le silence renouvelé de la nuit.

J'ai, à vrai dire, déjà été confrontée à des parents dont leurs enfants sont morts, mais cela me semble tellement dérisoire maintenant. Ces enfants avaient choisis de risquer leur vie pour leur pays, Eulalie n'a rien choisi du tout, elle n'a pas choisi ni les rôdeurs, ni l'épidémie. Elle est simplement une victime que je n'ai pas pu sauver. Je ne suis pas doctoresse, mais j'avais des responsabilités. Et j'ai échoué à rendre à ses parents une petite fille. Qu'est-ce que je pourrais dire ? Non, tout n'ira pas bien. Non, tout ne va pas s'arranger. Non, un monde meilleur n'existe probablement pas. Non, non, et non. Sauf qu'à tous ces non, il y a des oui. Oui, nous sommes un couple, enfin, techniquement. Oui, je peux apporter un début de soutien. Oui, je suis avec elle.


« Je suis là, Ju', dis-je faiblement. »


Evidemment, elle pourrait me dire de partir. J'obtempérerais. Evidemment, elle pourrait ne pas réagir. Je la suivrais. Evidemment, elle pourrait m'en vouloir. Je ne serais que trop d'accord avec elle. Mais peut-être qu'elle pourrait aussi s'ouvrir un peu. Laisser aller sa peine, sa colère, tous ses sentiments, contre moi, en moi. Pour moi. J'absorberais le tout, parce que je ne peux lui offrir qu'une chose, et une seule en ce moment. Je ne pourrais lui renvoyer que mon amour.

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We have ashes, fire and hope
Juliet I. Whitman
Matricule n°001
We have ashes, fire and hope
Ven 17 Mar - 13:36


La douleur dans sa poitrine irradiait dans tout son corps, gagnant la moindre de ses cellules, ne lui offrant aucun répit. Elle avait beau tout faire pour penser à autre chose, pour éloigner ses pensées de son chagrin, mais tout la ramenait à l’absence de sa fille : le salon bien trop rangé, la chambre que la petite occupait jusqu’alors désormais vide, la maison au silence oppressant. Il ne restait rien d’Eulalie, rien de sa chaleur, de sa présence, de son sourire, rien d’autre que les souvenirs qui venaient hanter Juliet, et briser sa moindre chance de pouvoir faire son deuil. Eulalie avait toujours été au centre de toutes ses pensées, depuis qu’elle avait pointé le bout de son nez, et il ne s’était pas passé un seul instant ces dix dernières années où Juliet n’avait pas fait d’elle sa priorité. Même lorsqu’elles n’étaient pas ensemble, lorsque la petite était à l’école, chez ses grands-parents, chez Logan, même dans ces moments-là, Eulalie était partout. Et maintenant que la petite avait quitté ce monde, cela n’avait pas changé, et sa fille emplissait toujours la moindre de ses pensées, mais Juliet n’en tirait désormais plus aucun réconfort, plus aucune chaleur. Et même si elle aurait voulu penser à autre chose, elle en était tout simplement incapable. Ses pensées la rongeaient, la suivait partout, et où qu’elle aille, elle ne pouvait rien faire pour y échapper.

Elle ne releva pas la tête lorsqu’un morceau de verre fraîchement brisé craqua sur le sol, sous le poids d’un pas. Juliet ne craignait pas de se faire attaquer par un quelconque rôdeur, elle savait les lieux sûrs, Logan s’en était assuré. Peu importait de qui il s’agissait, Juliet n’avait pas envie d’affronter ce regard, cette pitié qui brillerait sans doute au fond des yeux du nouvel arrivant. Elle n’avait toujours pas bougé lorsque les pas se rapprochèrent, et qu’une paire de genoux se posa juste devant elle. En sentant la délicatesse des doigts qui s’emparèrent de sa main, l’identité du nouveau venu ne fit plus aucun doute aux yeux de Jules. Ce ne fut qu’à cet instant qu’elle remarqua le sang sur sa main, conséquence de son excès de colère soudain. Elle n’en avait ressenti aucune douleur, sans doute parce que celle qui palpitait dans sa poitrine effaçait toutes les autres. Elle laissa Kelly examiner sa main sans bouger, et n’esquissa pas le moindre geste lorsque cette dernière s’installa à ses côtés, à même le sol.

Le silence s’étira une nouvelle fois, uniquement perturbé par les sanglots de la mère éplorée. Elle ne savait pas quoi penser de la présence de Kelly à ses côtés. La jolie soldate avait été un incroyable soutien pour Juliet lorsque tout avait commencé, et c’était grâce à celle-ci qu’Eulalie et elle avaient réussi à se faire une place à l’hôpital où la mère et la fille avaient trouvé un refuge. Elle savait que quoi qu’il puisse se passer, Jules pourrait toujours compter sur Kelly, et la réciproque était également vraie. Pourtant, la mère savait que depuis qu’Eulalie était morte, elle ne passait que peu de temps avec sa compagne. Lorsque celle-ci n’était pas en train de veiller à la sécurité du camp, Juliet la fuyait, préférant se retrouver seule avec sa douleur plutôt que de la partager, avec qui que ce soit. Et pourtant, malgré son attitude envers elle, Kelly était toujours là, prête à l’aider à aller de l’avant, ce qu’elle ne tarda pas à confirmer, lui renouvelant son soutien.

Les mots de sa compagne furent suivis d’un nouveau silence, et ce fut avec une certaine lenteur, comme si ce simple geste était pénible, que Juliet releva son regard perdu sur celle qui partageait désormais sa vie. Elle essuya ses larmes du plat de la main, avant de renifler doucement. Elle dévisagea la jeune femme assise à ses côtés de longues, très longues secondes, avant de lâcher un petit rictus : « -Et qu’est-ce que tu peux faire ? Hein, Kelly ? » demanda-t-elle d’une voix éraillée par les pleurs. Il n’y avait rien à faire pour Juliet, aucun mot pour taire sa peine, aucun geste pour apaiser la douleur. Il n’y avait rien d’autre à faire qu’à attendre, attendre que le temps fasse son œuvre, et rende l’absence de la petite fille un peu plus supportable. Jules secoua lentement la tête de droite à gauche. « -Tu peux rien faire…personne ne peux rien faire… » murmura-t-elle au bout de quelques instants, essuyant une nouvelle larme qui coulait sur sa joue. Elle ramena les jambes contre sa poitrine, se faisant toute petite, et entoura ses genoux de ses bras. A cet instant précis, elle aurait voulu être l’une de ces femmes qui parvenaient si facilement à exprimer leurs sentiments, à dire exactement ce qu’elle ressentait. Lorsqu’elle était plus jeune, on lui avait toujours répété qu’elle était bien trop secrète, qu’elle ne se confiait pas assez, et que cela finirait sans doute par lui jouer des tours. Elle n’avait pas appris à le faire, jamais, et il fallait souvent lui arracher les vers du nez pour qu’elle accepte de lâcher la moindre de ses pensées. Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de se demander si s’ouvrir un peu à Kelly ne l’aiderait pas, au moins un tout petit peu. Doucement, Juliet prit une première inspiration, mais ses lèvres restèrent hermétiquement closes, comme si l’exercice lui coûtait vraiment énormément. Elle réitéra l’opération une seconde fois, et cette fois, parvint à articuler tant bien que mal « -Elle me manque tellement… » Ses épaules se secouèrent de sanglots de plus belle, tandis qu’elle cachait son visage dans ses mains.
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