In a breath Hallelujah is heard | PV : Robert Smith

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Mer 5 Avr - 13:38




Heaven & Robert




Agenouillée devant la fatalité, le corps se balance d'avant en arrière alors, que les oreilles se voient obstrués par ses mains tremblantes. Dans un souffle désespéré, un murmure bien faible, elle récite une prière qu'elle pense devenir une formule à force de dire le nôtre père. Croyante jusqu'au bout des ongles, il n'y a plus que ça pour continuer à réfléchir pour s'en sortir de cette marée de morts vivants qui s'étalent devant elle. Des vagues gluantes et carmines. Un chant funeste qui perce avec violence son ouïe et qu'elle chasse le plus loin possible. Ouvrir les yeux, ce serait se confronter à une réalité qu'elle se refuse d'admettre. Heather n'était plus. La moitié de son âme avait tout donné pour que la plus faible des jumelles puissent continuer à vivre malgré les difficultés qui se présenteront à elle. Heaven ne pouvait admettre cela, c'était trop dur. Trop injuste. Pourquoi elle ? Pourquoi la vie a-t-elle choisi de la préserver et non pas sa sœur qui a toujours été la plus forte des deux. Celle qui n'était pas du genre à pleurer lorsqu'elle tombait. Heaven se savait faible. Trop pour un monde pareil que la mort serait une bien douce délivrance pour cette dernière. Mais, non, Heather avait joué le sacrifice pour préserver sa jumelle comme à son habitude. Mordu, elle s'est su immédiatement condamné alors, il avait mieux fallu pour elle d'aider Heaven en priorité. Peut-être que dans son esprit, une connaissance valait mieux qu'aucune.

D'avant en arrière, elle continue de se balancer en chantonnant une berceuse pour parvenir à tout stopper. Tout effacer de sa mémoire. Mais, rien ne réussit. Tout se poursuit inlassablement dans sa tête comme un mauvais replay. Elle refuse d'admettre qu'elle saura à présent seule. Comme si cela ne suffisait la douleur du corps s'ajoute à celui de l'esprit. En osant ouvrir les yeux, Heaven voit des zombies s'adonnaient à leur repas. Celui des hommes qui les avaient enlevé. Leurs tripes étaient sortis du carcan de leur misérable corps. Refermant les yeux pour ne pas voir les mains blafardes et déchiquetés de ces choses ployer vers elle, comme s'ils adulaient une divinité quelconque. Celle capable de leur offrir le sacrifice de sa chair et de son sang.

Combien de fois a-t-elle murmuré sa prière ? Depuis combien de temps se trouvait-elle dans cette position ? Elle ignorait. Le temps n'avait plus de réel importance pour Heaven qui ne voyait aucune solution. Au final, les efforts de sa sœur se révéleront vains tout comme ceux de Tyler dont l'alliance régnait en une reine bien solitaire à son doigt. Heaven possède tellement peu de souvenir de sa vie d'avant. Ceux de son esprit semblent se dissiper pour ne laisser place qu'à l'horreur des pertes subies et de l'abandon de son père. Comment a-t-il pu la laisser comme ça alors, qu'il avait juré de prendre soin de ces deux filles.

Sous une impulsion soudaine, la dernière sans doute pensa-t-elle sur le moment, Heaven se redressa doucement. Ses jambes lui firent sentir la douleur d'être resté trop longtemps dans cette position inconfortable. Le regard cible de nouvelles larmes qui perlent le long de ses joues, elle observe le ciel qui semblait démuni de tout cela mal rampant sur terre. Mains jointent contre sa poitrine, dont les battements de son cœur se firent lentement plus régulier, elle salua à nouveau Dieu d'une nouvelle prière. Un Hallejuah doux et léger qui s'envolera sans doute jusqu'au Créateur qu'elle finira par rencontrer peut-être dans peu de temps. Il n'y avait aucune échappatoire, il fallait se rendre à l'évidence. N'ayant pas d'arme à feu pour détruire son cerveau, la manière la plus radicale pour échapper au sort d'errance éternelle de corps en décomposition. Heaven se disait que se jeter dans les bras souillés de ces choses étaient un sort des plus juste. Dans sa prière, elle demandait à ce que quelqu'un vienne à la libérer d'une balle dans la tête. Que cela soit par simple jeu ou pour sauver sa vie. La jeune femme s'en moquait tant qu'on la libérerait d'un sort que personne ne souhaitait.

Comme une réponse, un halo de lumière transperça les nuages qui s'étaient fait bien trop gris pour la jeune femme. C'est comme si Dieu lui-même lui accordait son dernier vœu.

Le regard se baisse doucement pour se confronter au sort qu'elle se réservait et autant dire que ces choses semblaient apprécier le repas qui se profilait à l'horizon.

La jeune femme se préparait à entamer son dernier pas et au loin, il lui semble que l'ange de la mort patientait pour la rencontrer. Comme un garde veillant sur sa nouvelle protégée. Mais, une ombre au loin la stoppa. Géante. C'était le premier mot qui traversa son esprit. Mais, plus elle approchait et plus ce doute se confirmait de plus en plus. Elle était plus mobile et maîtresse de ses gestes loin de ceux des zombies qui encore attiraient par les effluves de sang qui gouttaient sur le sol de par les blessures légères que sa peau comportait. L'opale et le rubis se rencontrant pour former une harmonie différente et certaine.

La silhouette déjà bien menaçante de loin s'approchait permettant à Heaven de découvrir un être protégé de toute part par un équipement bien compliqué. La peur la paralysa sur place. Comment un dément, il s'était avancé pour s'arrêter proche de la jeune qui s'était apprêté à se laisser tomber pour se faire dévorer le corps et emprisonné l'âme, jusqu'à ce que la détonation d'une arme ne la libère d'un trou dans la tête.

La peur lui fit alors, émettre un mouvement de recule...  


© TITANIA

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Frankenstein
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Jeu 6 Avr - 1:10


Les pas chancelants du colosse creusaient dans la neige opaque des tranchées plus ou moins parallèles. Il sortait d'un terrain vague pour rejoindre la rue. Plissant ses yeux océaniques, ayant la bonté et l’innocence d’une humanité si frappante, le géant à la silhouette déformée laissa planer son regard sur les étendues dévastées de la société en plein déclin. Le reflet vicieux du soleil sur les carrosseries des épaves éblouissait quelque peu l’erreur de la nature. Le manteau du brouillard matinal semblait recouvrir la déchéance que la civilisation venait de subir il y a quelques mois de ça. Tant de colère, de peur et de drame étaient maintenant camouflés par la froideur du paysage sans vie. Portant tout doucement ses mains qui pouvaient se transformer en boulet de canon mortel en cas de grandes nécessités à sa bouche, l’ancien mineur du Kentucky laissant s’échapper un souffle chaud de la fine barrière de ses lèvres émincées et exsangues. Un mince nuage de vapeur réchauffa brièvement des doigts ayant la circonférence de saucisses et les paumes des grandes paluches de Robert se frictionnèrent pour permettre au sang de circuler de nouveau dans les extrémités, engourdies par la froideur de cet hiver qui tirait à sa fin. Levant son regard bleuté et si pur, qui ressemble à s’y méprendre aux vaguelettes d’une mer bercée sous la douceur bienfaitrice d’un soleil matinal, vers le ciel nuageux de ce jour merveilleux et Bobby sourit. Même si le malheur semblait prendre un malin plaisir à tourmenter les mortels qui semblaient résister au destin funeste qui rodait de manière chancelante et vorace, l’homme était heureux comme un enfant.

Il venait de s’affranchir de la captivité, des sévices et de la méchanceté à l’état pur d’un groupe de fou furieux. Comme à son habitude, le colosse balafré s’était désigné comme l’être sacrifiable de son groupe pour éviter souffrance et douleur à des gens de bien. Que valait sa vie, lui monstre de foire laid comme le pêché et simplet comme tout? Rien en comparaison des êtres qui pouvaient emmener un remède, une cure à ce virus trois fois maudit. Pendant deux mois il était devenu le souffre-douleur, le larbin et l’instrument de torture psychologique du chef de ce groupe sûrement parrainer par Satan lui-même. À sa grande surprise, Robert s’était fait offrir de rester à cause de ses compétences en construction et surtout sa fureur lors des combats. Comme de raison la chose immonde avait refusé, sa candeur et sa gentillesse presque surnaturelle n’ayant pas leur place dans ce monde infernal qu’était leur quotidien. Mais le venin du charismatique chef de groupe avait fait des ravages. Bobby se doutait maintenant du bienfondé de sa famille d’adoption. Il n’était pour eux qu’un rempart de chair utile, un sujet d’expérience au mieux. Sinon la majorité l’évitait, ne sachant pas si la créature de cauchemar allait se transformer tout de même en cannibale assoiffé de chair humaine.  Donc depuis quelques jours il errait le nez au vent, simplement heureux de goûter à une liberté retrouvée.

C’est lors de sa lunatique marche qu’il entendit quelques coups de feu et la plainte reconnaissable entre mille des goules qui festoyaient sur de la chair fraiche. Une tristesse sans nom et une culpabilité s’inscrivirent alors sur les traits atypiques de la chose. Encore une fois il n’avait pas su porter secours à des gens, des humains. Son destin de monstre était de protéger les derniers simulacres d’humanité éparpillée dans ce monde chaotique. Soulevant ses larges épaules de dépit, l’homme difforme en armure hétéroclite commença à tourner le dos à cette nouvelle tragédie. Mais son mouvement fut stoppé à la seconde quand une voix céleste, sublime et aérienne, caressa son ouïe déficiente.

Ces mots céleste, vibrant d’une angoisse et d’un supplice firent stopper net le pas fuyant du monstre de foire. Un peu plus et Bobby entendit la douce voix de sa nièce réclamer de l’aide qu’il n’avait pas pu lui apporter. Serrant ses dents mal alignées à s’en faire sauter l’émail et laissant à un paroxysme des plus légitimes, l’être qui voulait toujours aider et protéger les autres reprit place au dominion de l’imposante masse musculaire et sans penser cette fois-ci à sa relative sécurité, les pas du géant se transformèrent en une course effrénée dans les ruelles étroites de la ville fantôme. Quelques obstacles ressemblant à des monstres d’un conte pour enfants, griffues comme les mains décharnées de la mort, essayèrent de ralentir la formidable progression du mastodonte. Celui-ci n’en fit aucunement attention, tous ses sens étant portés sur les mouvements frénétiques qui se dessinaient devant son regard bleuté. Des écorchures zébrèrent ici et là sur les anciennes cicatrices parcourant le cuir tanné des avant-bras monstrueux du géant, tentatives pathétiques de la végétation urbaine de ralentir la charge de ce Goliath des temps modernes. Une éraflure sanglante apparue sur son flanc, une zone peu protéger par l’armure rapiécer, mais le golem de chair l’ignora totalement.

Le pas pesant et peu gracieux du monstre de foire le porta à une messe impie où les acolytes de la Faucheuse festoyaient sur des cadavres chauds. Mais le regard océanique du sosie du monstre de Frankenstein se focalisa sur une apparition divine. En haut d’un muret, baigner par un rayon étincelant de l’astre solaire, ce qui devait se rapprocher le plus d’un ange se tenait fièrement. Mains légèrement écartées comme pour prendre son envol vers un paradis, l’être de lumière scintillait de mille feux. La chevelure tissée en de filaments dorés absorbait la lumière des cieux pour augmenter le charisme de la belle, laissant entrevoir un visage qui semblait être ciselé par Michel-Ange lui-même. Des cristaux liquides couraient librement sur les joues de pêches, démontrant sa détresse de voir pareil carnage.  La voix qui sortait à peine de ses lèvres qui promettaient une rédemption à n’importe quel homme était la symphonie d’un chœur divin pour l’ouïe de la chose pathétique. Une main immense et rugueuse, parsemée de douloureux sévices d’une vie de rejet, défit la jugulaire de son casque à visière et la tête en forme d’œuf de Robert sorti de sa protection. Il voulait être sûr de ne pas être en face d’un mirage. Il progressa rapidement pour empêcher un plongeon fatal à l’ange dépourvu d’ailes.  Mais à sa vue l’être de lumière eut un recul de frayeur tout `;a fait légitime. L’erreur de la nature sentit de nouveau une forte douleur dans sa poitrine, là où son cœur débordant de douceur venait de subir une autre lacération du jugement hâtif des gens. Mais le monstre de foire ne pouvait pas en tenir rigueur à la belle, réaction commune que tous avaient devant la bête.
 
S’arrêtant brusquement dans son élan, les pieds bien ancrés sur le bitume recouvert de neige, le spectacle pitoyable de la laideur du colosse se dévoila à la femme qui ne pouvait d’être d’origine céleste. Un rayon soleil venait d’inonder de manière traîtresse la silhouette de cauchemar de l’homme. Des pantalons noirs à bretelle, une chemise ayant connu des jours meilleurs et les manches roulés au niveau de ses coudes. Une armure de type antiémeute protégeait tant bien que mal la silhouette immense et immonde. La désespérée pouvait deviner aisément une puissante et solide ossature, des muscles volumineux et même disproportionnés cachés à grand-peine dans l’armure de tissus. Des mains géantes et grosses comme des boulets de canon. Une d’entre elles resta cachée à cause du casque que l’homme difforme tenait en main. L’autre main, ayant des doigts de la circonférence de saucisses, était levée dans un signe universel de peur ou bien de supplication. Elle ressemblait un peu à une immense araignée de couleur chair. Les pieds, extraordinairement pointés vers l'extérieur et des plus stables, se dandinaient sous l’effet de la gêne et surtout de l’angoisse de ce moment stressant. La cage thoracique bien développée et un cou aussi large que son crâne. Des trapèzes laissant présager une force conséquente dans le haut de ce corps impressionnant. Robert devait dépasser la totalité des hommes d’une bonne trentaine de centimètres et devait peser presque le double. Devant le regard menaçant de la jeune femme, le géant devait être plus associé au monstre des films d’horreur qu’au genre humain. Ce mastodonte peut sembler être sorti droit des rêves fous d'un savant ayant perdu le contact avec la réalité. Une vieille ceinture à outils enserrait une taille immense. Plusieurs outils battaient ses flancs. Une hache, un marteau, un pied-de-biche, une immense matraque en acier et les gants accompagnés étaient les plus visibles. Une tête en forme d'œuf, une dentition irrégulière, une mâchoire carrée et virile, des lèvres minces et presque exsangues, une fossette entre ses deux sourcils, des oreilles décollées, une barbe et des cheveux châtains rasés d'une main malhabile et des orbites enfoncées. Une balafre serpentait la joue gauche juste à son orbite et une oreille manquante, soufflée par un projectile, rendait le tout encore plus hideux. Tout pour qualifier ce visage aux traits atypiques de faciès monstrueux et repoussant. De son angle de vu, la divine apparition pouvait dénombrer la multitude de cicatrices qui lézardaient sur les mains et les avant-bras de la chose difforme en face de lui.

Tel un duel à la Tombstone, le regard des belligérants se fracassa dans onde de choc. Robert ne pouvait aucunement deviner les intentions de la jeune femme, mais celle-ci pouvait lire comme un livre ouvert l’amalgame d’émotions qui pulsait du regard bleuté de la chose. Elle pouvait plonger au travers des yeux de Bobby et contempler ces fenêtres donnant un libre accès à l'âme de cet imposant individu. Un mélange saisissant de mélancolie, d’angoisse, de prudence se reflétait dans les iris de l’homme déformé. Mais aux fins fonds des yeux, aux reflets dansants faisant penser au bleu si profond d'un océan par temps clair, doux et rempli de compassion. Un mystérieux mélange d’humanité grandiose et de bienveillance des plus déplacés dans ce corps d’être digne de figurer dans le bas échelon de la société humaine. Robert prit une seconde respiration, son ton rauque s’éleva alors dans l’air froid de ce jour d’hiver. Les mots furent mâchés, mastiqués même avec des roulements de pierres dans la bouche. Un ton intimidant si une trace de gentillesse et de bonté n’accompagnait pas la pitoyable envolée de mots.

Robert- Euh… Ne sautez pas madame…Euh… Je ne veux pas vous faire peur OK? J’ai l’air d’un monstre, mais j’en suis pas un… Euh…

Déglutinant avec peine, les traits atypiques de l’homme étaient maintenant un masque de honte et de gêne. De la terreur aussi si l’ange sautait à cause de la vision de cauchemar qu’il devait représenter.

Robert- J’ai entendu des gens toute ma vie me traiter de monstre… Euh… J’en suis pas un j’espère… Euh… Je m’appelle Robert ou Bobby… Euh… Les autres me surnomment souvent la chose ou le monstre…


Reprenant un souffle un peu normal, Bobby rajouta timidement quelques mots. Il essaya de rejeter quelque peu sa gêne et sa timidité au loin, mais après tant d’années à endurer des sévices des gens, le géant avait accepté sa condition particulière. Le survivant de ces trop nombreux mois d’apocalypse, d’errance solitaire près des rives du Styx. Mais au travers de son chagrin de sa peur du rejet, le golem de chair fit preuve de sa gentillesse extraordinaire et de sa candeur surnaturelle.

Robert- Je veux pas que vous ayez mal… Euh… Vous emmenez en sécurité loin des mordeurs.

Alors de sa besace une tête poilue montra son museau. Le chiot jappa une fois, totalement sous le charme lui aussi de l’être de lumière. Aussitôt le chiot sauta au sol et courut vers la forme effrayée de l’ange gracile. La langue pendante, Rocky alla fêter la blonde. Bobby ne l’avait pas vu aussi enjoué depuis sa captivité. Chez les Punishers l’animal ne s’approchait aucunement des membres du groupe. Seule Billie, seule personne qui avait tendu la main au monstre, semblait pouvoir s’approcher du chiot sans qu’il ne montre les dents. Un sourire doux, affectueux, s’installa sur les lèvres exsangues de la chose immonde.

Robert- C’est Rocky… Euh… Il ne va voir que ceux qui sont gentils, vous savez…

Mais dans le dos du géant, une ombre chancelant à l’appétit vorace venait de se dessiner. Des mains dotées d’ergots tranchants comme des rasoirs se tendirent vers la proie trop absorbée par cette vision du paradis pour se rendre compte de la dangerosité de la situation.

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Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...


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Ven 7 Avr - 18:12




Heaven & Robert


Qui est-il pour se figer ainsi dans cette rivière où la mort chante son besoin de chair. Qui est-il pour se mesurer ainsi à eux sans craindre quoi que ce soit. Cet être semble démuni de toute peur que la jeune femme elle-même ressentait depuis que tout ceci avait débuté. Si Heaven était arrivée jusque là, c'est uniquement due au soutient de son fiancé et de sa jumelle. Sans eux, elle aurait été probablement dévoré depuis bien longtemps. C'est pour cela qu'en écartant les bras, la demoiselle s'apprêtait à entrer dans une existence toute nouvelle, dans un monde dénué de mal et de douleur. La recherche du Paradis apaisant, ce jardin d'Eden n'existant que dans les pensées de tous les croyants et qui espèrent un jour pouvoir s'y rendre par la grâce de Dieu. Cependant, durant un moment, la jeune femme se demanda si son dernier acte ne lui fermerait pas les portes de Saint-Pierre. Elle avait hésité tellement longtemps qu'au final, elle avait désiré jouer le tout pour le tout sans même imaginer le face à face qui se profilait à l'horizon. Une ombre attirée par son dernier appel désespéré et qui dans son peu d'assurance faisait face à la jeune femme. Sa première réaction fut d'être effrayé non pas par l'aspect déroutant et impressionnant de l'individu, mais bien parce que les rencontres faites depuis le premier jour du chaos l'ont confronté à des êtres plus horribles les uns que les autres. Et puis aussi armé qu'il pouvait l'être, cet homme devait être un gladiateur dans cette immense arène crée par Lucifer lui-même. Un frisson la parcourut sous cette brise soudaine et plus fraîche que la précédente. Figée par ses multiples émotions qui passent en elle autant que toutes ces questions qui se bousculent dans sa tête, Heaven ne sait vraiment pas comment réagir. Elle préfère jouer d'un silence entrecoupé par la voix des morts qui semblent soudainement parvenir comme dans un écho lointain, presque inexistant. C'est comme si tout ce qui se trouvait autour de ces deux êtres n'existaient plus. Une impression étrange naît alors dans le cœur de la jeune femme lorsqu'elle se met à lire dans les yeux de ce géant. Oh, il est loin d'être séduisant de prime abord, tout est disproportionné, comme si mère nature avait joué un mauvais tour, mais il résidait dans ce regard plein de candeur, de peur et de bonté cachée, quelque chose d'attirant et d'hypnotique qui le rendait... Séduisant. Une confiance certaine se dessinait dans ces pupilles d'azur. Une faible lueur qui semblait renaître, un peu comme le phœnix qui reprenait vie dans ses propres cendres.

C'était tellement étrange comme sensation.

C'est comme si une douce couverture chaude vous enveloppe pendant un hiver rude. Un regard qui transmet tellement d'émotion, c'est comme une peinture qui vous touche au plus profond de vous, vous tordant les tripes de la plus belle façon qui soit ou bien comme un livre qui vous arrache un sourire, une larme et un rire.

En fermant doucement les yeux, la jeune femme ressent plus encore cette impression et la première chose qui lui vient à l'esprit, c'est de s'accrocher à la positivité qu'il transmet. Honnêtement, il n'en fallait pas énormément pour toucher le cœur de la jeune femme, mais cette petite voix qui lui hurlait méfiance dans un écho désagréable et infini résonnait encore dans sa tête. Alors, Heaven se contenta de rester figé sans comprendre ce qu'elle devait faire, dire ou quel mouvement effectué. Devait-elle s'avancer et pleurer tout contre lui, toutes ses larmes qui ne demandaient qu'à s'exprimer ou bien se jeter dans la vague de morts et de se laisser dévorer consciente de la douleur qu'elle éprouverait. Mais, la question était : Serait-elle pire que celle qu'elle connaît déjà ?

- Euh… Ne sautez pas madame…Euh… Je ne veux pas vous faire peur OK? J'ai l'air d'un monstre, mais j'en suis pas un… Euh…

Déposant à nouveau ses yeux sur l'étrange homme, Heaven l'écouta. Sa voix autant profonde que hésitante se trouvait très clairement une teinte un peu rude, mais dont, étrangement, les bons sentiments balayaient par l'attention généreuse qu'il souhaitait montrer envers la jeune femme qui restait muette encore prisonnière par les chocs qui se sont accumulés depuis la perte de son fiancé, l'abandon de son père et enfin la mort de sa jumelle.

- J'ai entendu des gens toute ma vie me traiter de monstre… Euh… J'en suis pas un j'espère… Euh… Je m'appelle Robert ou Bobby… Euh… Les autres me surnomment souvent la chose ou le monstre…

« C'est horrible. » S'exprima-t-elle finalement. C'est murmure étouffé par les larmes menaçant d'apparaître. « Le monstre, c'est celui insulte... Et non celui qui reçoit l'insulte. » Elle essaya de sourire, mais c'était extrêmement dure parce qu'une larme puis une autre roula successivement le long de ses joues rosit par l'air hivernal. « Moi ? On m'a toujours dit que j'étais belle et ce n'est franchement pas mieux parce que plus de la moitié de ces gens ne faisaient cela que par intérêt. »

Le fait de parler lui était devenu comme une chose inconnue. Les voix se sont tu depuis longtemps. Parfois, il y avait des discutions avec son fiancé ou encore sa sœur. Mais, la plupart du temps, le fait de ne pas s'exprimer permettait de mieux se préparer au danger qui menaçait non loin d'eux. Plus d'une fois, cela les avait aidé.

- Je veux pas que vous ayez mal… Euh… Vous emmenez en sécurité loin des mordeurs.

Baissant vers lui un regard plein d'espoir, Heaven faillit accepter immédiatement, mais qui lui disait que ce n'était pas une manière de l'entourlouper. De la tromper pour mieux profiter d'elle ? Malgré cette pensée bien sombre, la jeune femme ne pouvait y croire. Le regard de cet homme traduisait tout sauf la méchanceté. Cependant, il y a toujours quelque chose pour la retenir, à présent, qu'elle se retrouve seule ici-bas, Heaven doit se montrer plus prudente. Il n'y aura plus personne pour la défendre ou encore la pousser au-delà des limites que par moment, elle s'impose un peu trop.

Soudain, un petit jappement se fait entendre. Un son harmonieux qui électrisa le cœur de la jeune femme comme pour le faire revive. Un chiot qui s'avançait fièrement vers elle. Attirée comme un papillon à la flamme d'une bougie, la jeune femme descendit de son perchoir pour approcher l'animal. Cela semblait sortir de cette réalité qu'elle ne connaissait que trop.

- C'est Rocky… Euh… Il ne va voir que ceux qui sont gentils, vous savez…

« Il est... Vraiment adorable... » Fit-elle en caressant le chiot qui remuait frénétiquement la queue, heureux d'avoir de l'attention de la jeune femme. Un sourire sincère se dessina alors sur les lèvres de Heaven qui se détendaient de plus en plus. Une pensée nouvelle la traversa alors, si ce chien était ainsi, alors son maître ne pouvait être que quelqu'un de bien.

Des pas traînants se firent entendre derrière Heaven qui se figea et sans même réfléchir outrepassant les grognements de l'animal, elle prit Rocky dans ses bras et se dirigea vers Robert qui devenait alors, sa bouée de sauvetage. Au fond, son apparition était devenue presque inespérée pour la jeune femme qui le voyait comme un ange ayant répondu à sa prière. Ne plus être seule et trouver une bonne âme qui pourrait l'aider.

« C'est la providence qui vous envoie... Dieu a répondu à ma prière... M'envoyer un ange pour me protéger... »

Autant avait-il pu le croire, Heaven ne le voyait pas comme une personne laide. Loin de là, certes, les multiples cicatrices recouvrant son corps pouvait être effrayante, mais la jeune femme en avait plus peur pour une raison que n'importe qui ressentirait. C'était tout simplement la raison de leur présence. Autant dire que sa vie n'avait pas dû être simple tout autant que la survie. La jeune femme pouvait constater que certaines semblaient bien plus vieilles que d'autre. Que s'est-il passé ? Voilà ce qui hantait son esprit. En fait, Heaven était le genre de personne qui ne pouvait concevoir qu'un humain fasse du mal à un autre. L'unique raison acceptable, c'était pour se protéger, mais la violence gratuite restait une chose que la demoiselle ne pouvait pas supporter.
 
Laissant l'immense gladiateur s'occuper du danger les entourant tout en serrant le chiot contre elle, un peu comme une enfant prenant contre elle sa peluche favorite pour se réconforter d'un cauchemars.

Heaven ne préféra pas regarder, détournant le regard du massacre qui se déroulait sous ses yeux. « Je m'appelle Heaven... » Fit-elle pour se présenter alors, que son regard se levait vers le géant qui fait deux ou trois têtes de plus qu'elle... Non, bien plus. Elle finit par déposer le chien à terre, mais en se relevant , par le manque de force, de sommeil et du sang sur elle, elle bascula vers l'avant butant contre l'immense étranger. Contre lui, elle resta finissant par l'entourer de ses bras frêles et tremblants. « Je n'osais plus y croire... Je croyais que...Je devais mourir. Je ne voyais plus que cette solution... » C'est alors, qu'elle se serra un peu plus contre lui, ne pouvant plus lutter contre ses larmes. « J'ai... tout perdue... Mon fiancé... Ma jumelle... Je vous en supplie... » Supplia-t-elle en agrippant le bas de son haut. « Ne me laissez-pas seule. La... survie... n'est pas pour moi... » Elle continua dans un murmure d'épuisement alors, que ses jambes commençaient à chanceler. « Je... me sens tellement faible. J'ai mal... Ils nous ont fait tant mal. »

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Frankenstein
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Ven 7 Avr - 20:14

Musique d'ambiance:
 

Le mastodonte n’esquiva pas un geste, ne tenta même pas de faire une respiration durant l’agonie de la terrible attente. Le géant déformé savait pertinemment ce qui allait se produire dans les prochaines secondes. La jeune dame allait changer d’attitude. Son visage, qui semblait être ciselé par des mains divines, portera les stigmates de la terreur en détaillant l’apparence horrible de la bête de cirque. Le regard doux et si merveilleux de la blonde ange deviendrait tout à tout rempli d’une dose de dégoût. Après avoir réussi à dire une première phrase des plus boiteuses, le regard bleuté de Bobby plongea vers le sol. L'homme était honteux de la parodie d'humanité qu’il était. Avant que les mots suivants puisent franchir le barrage de ses dents mal alignées, un bruit se fit entendre. Un jappement qui venait d’inclure le chiot courageux dans cet échange entre la belle et la bête dans une atmosphère apocalyptique. Un grincement d’une pierre sous un pied signala au colosse désillusionné que l’ange tombé du paradis venait certainement de se sauver de l’aura d’épouvante du golem de chair. Bientôt le bruit sec et sans équivoque d’une porte qui se referme brutalement fendra l'air. Son qui va sonner le glas du début de la relation plus d’incertain. Le sifflement sera semblable à celui de la hache du bourreau qui se ficherait dans la bûche après avoir accompli son sanglant office. Un supplice pour le phénomène de foire. Quelques mots jaillissants de peine et de misère d’une gorge serrée par ce déluge d’émotions alimenté par ces visions néfastes. Pathétique défense contre l'inévitable conséquence de la laideur de l'homme. Mais un jappement joyeux fut projeté par une petite gorge, permettant au calvaire de celui qui se croyait un homme de se terminer. Le regard du mastodonte regarda alors la forme de la divine apparition. Inquisiteur et docile à la fois, l'homme osa à peine bouger. Un souffle poussé avec lenteur de la part de la magnifique dame fit naître un petit sourire sur le faciès monstrueux du géant déformé. Robert fut captivé par chaque mot, gravant des runes de douceur dans son âme mise si souvent à mal depuis si longtemps. Mais quelques gémissements ramenèrent alors le sosie de Frankenstein dans la violente réalité qui était devenue sienne depuis si longtemps.

Maintenant les marionnettes dirigées par les doigts squelettiques de la faucheuse commençaient à converger vers le duo de survivants si différents. Rocky, bien niché dans les bras de l’être de lumière, grogna doucement de manière menaçante. L’instinct de protection du berger allemand était déjà très développé pour son jeune âge. Sortant sa hache de pompier de sa ceinture le géant commença à faire un peu de tintamarre en frappant l’acier sur son casque. Poussant un rugissement pour attirer l’attention de goules assoiffées de chair fraiche, il vit l’ange s’avancer vers lui. Comme si elle était immunisée au monstre qui venait de surir devant elle, la laideur de la lie de l’humanité n’avait pas de prise sur la blonde qui semblait à cet instant à la quintessence de la bonté humaine. Les traits atypiques et ensanglantés du géant se transformèrent alors en masque de pierre. Une résolution et une intransigeance d’acier se profiler dans ses yeux bleutés si purs. Une mince grimace de douleur s’était déposée sur ses lèvres minces et exsangues. Faisant un pas de titan, le gladiateur monstrueux venait de faire un rempart de son corps parsemé de scarifications horrible, quitte à donner son dernier souffle pour préserver cette lueur d’humanité vacillante loin des souffles fétides des goules.

Le rythme des armes improvisées qui s'entrechoquaient était maintenant lent, en diapason avec les battements de son cœur. Les goules tendaient leurs bras décharnés pour frôler les rebords de la veste du géant, Robert commença à se transformer. Parti le gentil géant, parti l’être timide. Il était maintenant un berseker, un être de mort et de combat. De cette manière, la grande majorité de la vague putride qui émergea de la ruelle détourna vers le massif roché qu’était le géant à l’armure de chair rapiécée et de plaque antiémeute. Au moins, Rocky et l’ange qui avait su toucher le cœur et l’âme de la chose immonde étaient hors de danger.

Se tournant vers le regroupement d'ombres vacillantes qui commençaient à l’encercler totalement, Robert serra les dents. Il devait faire face aux mandibules gorgées de virus cannibalismes. Chaque créature sans âmes qu'il trancherait le fil de la non-vie avec sa hache sera une menace de moins contre la blonde apparition si lumineuse et Rocky. Laissant une fureur froide s'emparer de toute sa masse musculaire impressionnante, l'adrénaline courait à flot dans les veines du colosse balafré. Les feux de la rage illuminaient les yeux bleutés habituellement si doux de la bête. Serrant le manche de sa hache à s'en faire blanchir les jointures, Robert hurla son défi à la face du diable et de Dieu. La plaie de son bras saignait tout doucement, expulsée goutte à goutte par son cœur immense et torturé. Pour se donner du cœur au ventre, le berseker des temps modernes entreprit de réciter des versets de la Bible qui étaient gravés dans sa mémoire. La voix rauque et tonitruante, semblable à un coup de tonnerre dans un ciel d'été, s'abattit sur les fils de la mort grimaçante.

Robert- Quand je marcherais dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal. Mon amour pour ma famille me fera tenir contre vent et marée, même contre la mort elle-même… Euh… Je ne crains pas les myriades des âmes impures qui m’assiègent de toutes parts.

Les premiers assaillants putrides vinrent alors tâter de la hache du monstre furibond qui ressemblait à cet instant à un titan qui balayait des simples mortels du sommet de sa montagne. Les quelques minutes qui suivirent furent d'une violence inouïe, membres et têtes furent projetés autour du colosse comme des offrandes sanglantes pour sa gloire combative. Continuant de réciter d’une voix douce les versets de la sainte Bible, rajoutant les noms de sa famille défunte et présente pour ne pas faiblir, le golem de chair était maintenant un phare aveuglant pour les goules des environs qui se pressaient vers cette source de bruit. Quelquefois des charognards réussirent à passer les arcs d'aciers de la machine combative et essayèrent de planter leurs mandibules pourrîtes dans les chairs de l'homme difforme. Mais les vêtements renforcés de kevlar encaissèrent les assauts des âmes en peine et épargnèrent de terribles blessures au géant balafré. Rugissant de dégoût et de fureur, le Minotaure percuta alors les goules du poing ou du pied pour les faire chuter sur le bitume, les exécuter d’un puissant coup de hache pour les faire disparaitre de la face du monde. Une danse macabre qui décida de la survie ou bien de la fatalité de Robert s'exécuta, les attaques tourbillonnaient sans cesse des deux côtés. Et alors le silence tomba subitement faute de combattant morbide. Et la dure réalité frappa le colosse balafré aussi durement qu’un train. Si l’être divin n’avait pas peur du doux géant, maintenant elle serait angoissée par le monstre couvert de sang noirâtre qui se tenait près d’elle. Il se cacha de nouveau dans une zone ombrageuse pour remettre son casque et serrer sa hache luisante des fluides de ses victimes Rigor Mortis.

La créature fut submergée par le doute. L’ange déploya ses dernières forces dans la bataille qu’elle livrait pour se maintenir debout, fit deux pas hésitants vers la cachette grossière du monstre de foire. Cet acte insensé tenter par l’être dont l’aura chatoyant semblant pulser que de bonté et de gentillesse renversa totalement le géant au cœur déchiqueter. En réponse de ce mouvement, la crainte fit faire un pas vers l’arrière à l'être monstrueux pour s’enfoncer dans l’obscurité bienfaitrice. Un prénom, prophétique à l’ascendance divine de l’être si merveilleux, caressa l’ouïe de la bête de foire. Rocky fut déposé au sol et alors l’impassable se produisit. Le corps fatigué, mais céleste et surnaturellement gracile s’appuya sur celui disgracieux de l’engeance d’Arès. La divine apparition étreignit de ses bras la barrique qu’était la poitrine de la gargouille de granit à peine sculpté. Il cessa de respirer, gêner au-delà de la proximité de la blonde. Personne ne l’avait étreint depuis sa famille. Qui voulait vraiment serrer dans ses bras une erreur de la nature.

À ce moment le regard bleuté du monstre de foire devint nostalgique et un mince sourire embellit quelque peu le faciès monstrueux camouflé dans l’ombre. Tel un animal au caractère doux, mais qui a été battu par son ancien propriétaire, Bobby resta près de la source lumineuse que représentait Heaven . Un peu comme un papillon de nuit aux allures grotesques qui s’avance avec crainte vers la beauté absolue de la flamme d’une bougie solitaire, hypnotisé par sa fin prochaine. Prenant un instant pour permettre à son esprit lent de bien décortiquer le flot de paroles de la bonté réincarné, Bobby avala sa salive. Son ton lent et trainant, aux mots à peine mâcher franchit alors les lèvres exsangues de la chose. Le regard qui scintillait au tréfonds du visage aux traits durs du massif homme n’était que pluie d’étoiles qu’on pouvait nommer sympathie, bonté, gentillesse et tendresse.

Robert- Vous n’êtes plus seule madame Heaven… Euh… Rocky et moi on va vous aider... Euh pas un ange vous savez... Euh... Mais une voix qui est celle d'un ange, du paradis, m'a guider juste à vous avec le chant.

Bobby ne savait plus quoi faire ni quel geste poser pour essayer de réconforter la jeune femme. Le rouge gagna les joues mal rasées du monstre de foire. Il avait passé sa vie loin des gens normaux pour leur éviter d’avoir à endurer sa présence grotesque. À part Rosalie et Sandra, l’être au cœur torturer de cicatrices n’avait réellement eu l’occasion de démontrer le doux côté qu’il cachait derrière sa cuirasse répugnante. Robert comprit alors qu’elle était sous le choc combiné de son acte héroïque, à savoir être près des abominations sans âme, et de la vue de l’être affreux qui se tenait près d’elle. Au loin le concert de gémissement prit un peu plus d’ampleur, ne laissant rien présager de bon. Mais au travers de toute la honte, le dégout envers lui-même et la sollicitude que le géant éprouvait dans un maelstrom d’émotion des plus chaotiques, une petite voix fit descendre les yeux vers l’ange. Ne comprenant pas le pourquoi, un sourire de gratitude et presque de soulagement se posa sur les lèvres minces de la caricature humaine. Le regard bleuté, si pur en comparaison de la grisaille du ciel affligeant, pétilla d’une bonté et d’une humanité sans borne. L’ange se releva alors avec difficulté et dit alors en tremblant des pieds à la tête.

Robert- On doit partir… Euh… Il en a plus que ceux que j’ai dû tuer… Euh…


Peu soucieux de se coltiner de nouveau avec des aberrations trébuchantes et malodorantes, Robert attrapa Rocky pour le mettre dans sa besace. Mais une douce voix le fit dresser l’oreille. Une voix spectrale, si douce et désirée, venait de chatouiller son ouïe.

Sandra- Oncle Bob… Tu dois l’aider elle est à bout de force comme je l’ai été la dernière fois tu t’en souviens ?

Un oui faible traversa alors la barrière que représentaient les dents mal alignées du colosse. Lors d’une randonnée avec sa nièce adorée, l’adolescente avait éprouvé un malaise. Fou qu’inquiétude, le monstre de foire avait saisi le corps fragile de la personne qui comptait le plus dans sa vie et l’avait transporté dans ses bras puissants. Durant le trajet, le pied de la chose qui se disait humain s’était tourné. Mais ignorant sa propre douleur et démontrant une endurance hors du commun, il avait maintenu la distance pour que des professionnels de santé puisent aider son petit rayon de soleil. Un baiser fantomatique se déposa alors sur la joue mal rasée du monstre de Frankenstein et la magnifique voix désincarnée se propagea une dernière fois.

Sandra- Allez! Tu dois la sortir d’ici aussi vite que durant ce moment où j’ai eu la peur de ma vie…

Se redressant, oubliant pendant quelques instants sa timidité et ses peurs irrationnelles d’être aussi près de la perfection céleste, le mastodonte chuchota alors de sa voix lente au ton trainant.

Robert- Personne n’a jamais été aussi gentil avec moi depuis les derniers mois… Euh… On doit courir…Euh… Désolé de toucher…


Sortant une immense couverture de laine de son sac, Bobby enveloppa le corps magnifique et sublime dans les tissus chauds et réconfortants. Le monstre de foire fléchit un peu sa grande carcasse et sans laisser le temps à la jeune femme de s’opposer à cette habitude peu cavalière, il prit le corps gracile dans ses bras immenses. Il rejeta alors au loin son malaise de sentir cette perfection divine près de son corps atrocement déformé et sans demander son reste, il commença à s’éloigner du lieu de douleur en grande enjambée. Sentant les frissons et la chaleur que le corps si fragile et si fort en même temps produisait dans ses bras, Bobby sut au plus profond de ses tripes que quelques choses n’allaient pas. Prenant la peine de faire un détour par des rues vides de toutes âmes pour perdre les possibles poursuivants lents à leur trousse, l’étrange duo s’enfonça un peu plus dans le quartier lugubre donc la douceur du soleil ne pouvait conquérir. Autant pour calmer son cœur emballé d’être aussi près pour la première fois d’une étrangère et pour permettre à l’ange échoué dans ses bras de se sentir moindrement en confiance d’être avec un membre de la lie de l’humanité, Robert fit une promesse. Le son de sa voix se fit alors étrangement calme et serein, laissant transparaitre l’instinct de protecteur qui coexistait dans ce corps parsemé de cicatrices et de difformité. Une bonté sans borne et une sollicitude se dégageaient du colosse comme si celui-ci avait revêtu une cape sublime. Une sorte d’aura en quelque sorte de calme et d’assurance.

Robert- Je ne laisserais pas les méchants vous faire du mal madame… non jamais… Euh… On va arriver bientôt à un refuge… Euh…

Les pas du monstre de foire avaient permis aux deux âmes solitaires de distancer les simulacres de vie et une maison barricader, refuge contre la folie ambiante, fut en vue. Le cœur immense et torturé de la chose battait maintenant calmement dans sa poitrine, laissant le loisir à l'ange d'apprécier un tempo pur, envoutant et si serin à la fois. Bobby ne désirait que se reposer, la coucher dans un lit et lui donner un peu d'eau. Essayer d'aider un être à l'âme si merveilleuse. Depuis son passage dans les rangs de esclavagiste, le golem de chair s'était promis de ne plus aider aveuglément. Mais il devait se sacrifier, mourir même, pour permettre à l'ange de survivre...

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Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...


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Mar 11 Avr - 14:54




Heaven & Robert


En toute logique, Heaven devrait ressentir une immense peur face à ce géant aux allures intimidantes et cauchemardesques. Mais, il n'en était rien de tout cela parce qu'elle avait su lire dans son regard. C'était minime et dissimulé au plus profond de ce dernier, mais elle y avait ressenti peur, tendresse, mais une immense douleur qui s'anime et s'éteint pour s'intensifier de façon violente à nouveau. La venue de l'animal n'avait fait que confirmer ce dont elle se doutait au final et c'est instinctivement que la jeune femme oublia sa crainte pour descendre de son perchoir afin de se diriger vers une source de lumière qu'elle voulait sentir et enlacer. Après avoir vécu trop de temps dans les ténèbres de ses larmes à fermer les yeux et se boucher les oreilles pour ni voir et ni entendre, cela devenait salutaire. Dans sa tête, une douce mélopée prenait vie et qui l'apaisait, une petite berceuse avec la voix de sa sœur. Ces années où dans inconscience, les jumelles s'adonnaient à la musique pour passer le temps et évacuer ce stress qui s'accumulait au quotidien. C'est un hallelujah du passé à présent, mais il restait tellement fort dans sa tête et son cœur. Ce souvenir d'un duo alors, que la pluie avait empli l'air de cette ville qu'elle connaissait que trop bien depuis sa naissance ou plus justement après l'adoption de leur oncle quand leur mère avait décidé de mettre un terme à sa vie. Une vérité qui fut plus facile pour Heaven que pour Heather au final. A la différence de sa jumelle rebelle, la jeune femme avait vu un acte de bonté envers deux bébés qui venaient de s'ouvrir à la vie et qui avaient besoin d'une famille. Qu'est-ce que Heather avait mal pris au fond ? Le suicide de leur mère ou bien ce mensonge dans lequel elles ont été bercé tout autant de leur vie ? Mais parfois, un doux mensonge vaut bien mieux qu'une horrible vérité n'est-ce pas ?

Et dans cette horrible vérité qu'est la vie à présent, Heaven s'était trop dirigé vers les faux sourire qu'on lui avait offert plongeant ainsi les jumelles dans le cauchemars. Oh oui elle s'en veut d'avoir cru en la bonté de mot justement posé. Mais, quand on sait comment parler à des personnes qui ne savent plus comment s'en sortir, quand on sait les tromper suffisamment pour animer une certaine confiance, alors on se laisse séduire pensant qu'au final la gentillesse humaine n'est pas tout à fait éteinte comme le lui disait souvent Heather. Cette dernière, d'ailleurs, n'a jamais tenu ombrage à sa sœur de son mauvais jugement. Elle la savait trop rêveuse et gentille pour ne pas être propriétaire d'une méfiance et d'une prudence accrue comme Heather pouvait l'avoir. Mais, aujourd'hui, cela ne changeait pas que Heaven se sentait coupable de ce qu'il s'est passé. Coupable de sa stupidité tout autant que du sadisme de ces individus puni par les créatures qu'ils tuaient tout en comptant des points pour savoir qui aurait le droit d'abuser des jumelles l'une après l'autre. C'est un frisson qui la parcourt le long de son échine quand elle constate avec quelle virulence le géant s'adonne à la barbarie.

Heaven avait encore bien du mal à croire que l'on pouvait se montrer aussi radical et sanglant que cela. Déjà son esprit se demandait si elle devait aussi abattre son arme sur ces pauvres choses errantes et autrefois des êtres humains comme l'homme s'étant présenté sous le nom de Bobby ou bien comme elle. Après tout, eux aussi ont été des survivants voyageant avec la rage au ventre et le désir impérial de vivre tout simplement.

L'hallelujah s'est éteint durant un faible instant pour revivre quand le colosse de chair à la douleur plus que visible se retourna vers elle pour s'évader vers une ombre qui pourrait le dissimuler suffisamment. Peut-être imaginant le dégoût et la peur qu'il pourrait très certainement lire sur le visage de la jeune femme. C'était un peu vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, bien que la seule crainte ressentie c'était envers elle-même et sa prise de conscience. Heaven ne pourrait plus se donner le luxe de ne pas prendre les armes et de l'abattre sur ces choses. Elle était seule et devait se battre, capturer l'âme d'une amazone et apprendre à se défendre pour ne plus être une victime ni être un poids pour qui que ce soit.

- Vous n'êtes plus seule madame Heaven… Euh… Rocky et moi on va vous aider... Euh pas un ange vous savez... Euh... Mais une voix qui est celle d'un ange, du paradis, m'a guider juste à vous avec le chant.

« Une voix ? » Que racontait-il ? Tout contre lui, la tête levée vers son visage s'appuyant sur ce pilier salvateur, la jeune femme tente de comprendre ces paroles. Les seules voix qu'il avait pu entendre, c'est le chant des rôdeurs avides de chairs. Elle était restée silencieuse dans l'espoir stupide de passer inaperçu, mais la chaleur de son corps était assez conséquent pour animer cette corde invisible qui faisait en sorte que ces choses pouvaient faire la différence entre un mort et un vivant. « Celle des morts ? » La jeune femme ne pouvait pas concevoir autre chose, mais une sorte d'impression la guida vers la pensée que peut-être. Non c'était impossible. « Me ressemblait-elle cette voix ? Avait-elle un timbre plus sûre que le mien ? » Sa jumelle possédait une assurance qui se faisait nettement entendre dans les mots qui sortaient de sa bouche tandis que Heaven avait cette douceur incomparable. Une timidité à la fois présente et inexistante.

- On doit partir… Euh… Il en a plus que ceux que j'ai dû tuer… Euh…

Se crispant légèrement alors, qu'elle osa porter un regard derrière elle, Heaven se rendit effectivement que déjà d'autres mangeurs de chairs se dirigeaient vers eux. Attiré probablement par le sang qu'avait Bobby sur lui ou bien était-ce elle. Le sang des morts pouvaient être un leurre assez efficace selon les hommes qui avaient tenu en otage sa sœur et elle avant de finir eux-mêmes dans l'estomac de ces derniers et probablement des alliés non négligeable pour les zombies. Un frisson de peur la parcourut tout entière, paralysée par la vision qui s'approchait dangereusement d'eux tandis que le petit chiot grognait pour tenter de les effrayer. Ce petit être était bien plus courageux qu'elle ne pouvait l'être. Pourtant, Heaven ne fuyait pas, elle ne le voulait pas tout comme elle n'avait pas voulu abandonner Tyler.

- Personne n'a jamais été aussi gentil avec moi depuis les derniers mois… Euh… On doit courir…Euh… Désolé de toucher…

Retournant son regard vers lui quittant la vue de cette marrée de mort, Heaven vit Bobby dérouler une couverture dans laquelle il l'enveloppa soigneusement comme s'il avait peur que la jeune femme allait se briser dans l'instant. Paraissait-elle si fragile que cela depuis tout ce temps à fuir et à survivre ? Puis, soudainement, il la souleva comprenant alors, les excuses présentées plus tôt. Quelque chose échappait encore à cette dernière concernant cet homme. Pourquoi agissait-il comme s'il ne méritait pas de regarder ni de toucher quelqu'un ? Oh bien sûr, on ne pouvait nier qu'il était intimidant avec toutes les blessures recouvrant sa carrure impressionnante, mais pour Heaven cela témoignait d'une survie plus que difficile le concernant. Peut-être était-il tombé sur des personnes voulant se prouver quelque chose. Le cœur de Heaven se déchira à cette pensée, en fait, elle n'avait jamais compris ce genre de comportement, d'humiliation et de harcèlement autant moral que physique.

Sans plus attendre que ces choses approchent, Bobby se mit à courir pour les éloigner après avoir pris la jeune femme dans ces bras et d'avoir posé le petit chien dans sa besace. Intérieurement, elle sourit puis posa sa tête contre la poitrine de son sauveur se disant, convaincue qu'elle pouvait enfin se reposer. Mais, la scène d'avant ne lui avait pas échappé. Ce fameux moment où agenouillé, il semblait en conversation avec une personne que lui était le seul à pouvoir entendre. Loin d'être fou, Heaven avait eu aussi l'impression d'entendre la voix de sa jumelle qui l'encourageait ou encore celle de son fiancé qui lui promettait d'être là encore et encore.

- Je ne laisserais pas les méchants vous faire du mal madame… non jamais… Euh… On va arriver bientôt à un refuge… Euh…

Retournant à cette réalité qui semblait avoir disparu un instant, la jeune femme rouvrit les yeux pour les lever vers le géant. Il ne la connaissait pas et pourtant, Bobby offrait son aide naturellement. Et ce, sans même se demander si elle l'utilisait juste pour survivre un peu plus capable de l'abandonner au premier obstacle en vue. Chose dont la jeune femme est parfaitement incapable. Tout d'abord, parce que Heaven a peut-être des défauts, mais on ne lui reconnaît pas l'abandon et l'hypocrisie.

« Heaven... Pas madame... » Fit-elle en se redressant pour déposer un baiser de remerciement sur la joue d'un être qui pourrait en rebuter plus d'un, mais Heaven n'a jamais été des personnes à se fier au physique uniquement. « Merci de m'avoir sauvé la vie... » Un instant, elle observe par-dessus l'épaule du géant enserrant un peu plus son cou de manière délicate pour murmurer pour plus pour elle-même qu'à l'attention de Bobby. « Au revoir Heather... Je te promets de ne pas abandonner...Jamais... » Cependant, elle avait bien failli se jeter à corps perdu dans cette marée de non-vivants, mais cet être est arrivé et l'en a empêché à sa manière. Il l'avait sauvé bien plus qu'il ne pourrait croire.

« Je suis contente d'avoir trouvé un ami avec un si beau cœur. Je promets de ne pas être un poids pour vous. »

© TITANIA

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"Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions. " ~ Notre plus grande gloire n'est point de tomber, mais de savoir nous relever chaque fois que nous tombons. (CONFUCIUS) ©endlesslove.
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Mer 12 Avr - 3:23

Le trajet du retour fut comme un rêve pour la créature désabusée des relations humaines. Sentir le corps gracieux qui se nichait sur le sien, affreux et déformé, était tout simplement impensable pour la créature. À part ses deux anges de sa vie, aucune personne n’avait voulu entrer en contact avec l’armure de chair lézardée de cicatrice de Robert. Et maintenant la jeune dame, quoique fiévreuse, semblait apaiser par le balancement régulier du corps en mouvement et le battement hypnotique de l’immense cœur débordant de gentillesse. Ces sentiments que peu de gens cherchaient à découvrir, préférant s’arrêter au premier regard et classer l’erreur de la nature dans la catégorie des monstres. Le sosie de Frankenstein ne rêvait qu’à cet instant de transporter l’âme en perdition dans ses bras pour l’éternité. De se sentir de nouveau utile à quelqu’un remplit de fierté la lie de l’humanité. Deux mois à se faire rabaisser, blesser et dire qu’il n’était qu’un monstre. Un baiser, surement une illusion de son esprit lent et pathétique, sembla se déposer sur sa joue piquante d’une barbe de trois jours. Il vit les lèvres de l’ange remuer, mais l’ouïe déficiente de la chose ne comprit aucune des mots qui sortirent entre les lèvres gercer. Au moment où la structure imposante de la maison de type coloniale apparaissait au détour du sentier sinueux de la forêt, le regard bleuté si pur qui ornait le faciès monstrueux de la bête tomba sur le précieux  corps céleste qui reposait dans ses bras musculeux et déformés. L’ange à la peau d’albâtre et à la chevelure doré dormait paisiblement, rassurée par l’imposante masse de muscle et l’aura de réconfort qui se dégageait du mastodonte. Tout doucement, appréciant le retour des bruits familiers de la nature avoisinante et de l’absence des gémissements des âmes en peine, le pas du colosse se transforma en marche lente. Comme si Bobby retardait l’inévitable moment qu’il devrait déposer le corps céleste  sur un des deux lits de son refuge provisoire. Il ouvrit alors la porte et soupirant de résignation, il déposa le corps fiévreux dans le lit. Les gestes du géant étaient empreints d’une douceur infinie, tellement que bien des femmes auraient adoré que leurs amants soient aussi attentionnés que le phénomène de foire. L’esprit de Robert était à des milliers de lieux des impulsions charnels, le monstre de foire n’ayant jamais pu apprécier  ces doux moments d’intimités. Les gestes du Goliath des temps moderne n’étaient dictés que par la sollicitude, l’inquiétude et un amalgame d’autres sentiments des plus étranges qu’il n’avait jamais éprouvés avant. Le regard soucieux de la chose se plongea sur le visage au trait agréable, mais ravagé par des tremblements involontaires. Tel un papillon se posant sur une fleur rare et précieuse, la main immense et rugueuse de Bobby agrippa la couverture et borda la frêle silhouette dans une tentative pathétique de la réchauffée.

Se sentant alors de trop dans cette pièce, un intrus dans la solitude de l’ange endormi, le maître des lieux entreprit de sortir son ignoble carcasse. Rocky sauta de la besace et alla près du lit. Souriant doucement, Robert prit la petite boule de poil et le déposa sur le lit. Aussitôt le petit berger allemand alla se coucher tout près de l’être de lumière pour lui apporter réconfort.  Démontrant d’une candeur exceptionnelle, le sosie du monstre de Frankenstein laissa quelques offrandes à celle qui devait être une déesse échouer du paradis. Une petite trousse de premiers soins, une gourde d’eau, un flacon d’aspirine et une barre protéinée au chocolat. De nouveau les pas pesant de l’erreur de la nature se dirigea vers la porte de la chambre.  Aussitôt à l’extérieur de la pièce, le doute assaillit le monstre de foire. Des pensées sombres percutèrent l’esprit lent de la bête de foire avec la force d’un train lancé en grande vitesse. Des doutes et surtout une dure réalité le frappa. Comme chaque personne qu'il avait aider, il serait un jour ou l'autre trahit.

Tu sais qu’elle va partir aussitôt qu’elle ne va plus avoir besoin de toi mon grand? Elle est trop faible pour le moment, mais bientôt elle ne va plus vouloir te voir, car tu ressembles à un monstre… Tout le monde te le dit, alors pourquoi ce serait différent maintenant?


Secouant sa tête et soulevant ses épaules massives, le mineur entreprit alors  de faire des travaux manuels pour empêcher ces pensées assassines de le tourmenter. Il fit le guet à l’extérieur, appréhendant le retour des parodies humaines ayant un appétit complètement ignoble. L’ancien mineur récupéra des bûches pour alimenter le foyer près de la chambre de l’être céleste. À intervalles réguliers, le mastodonte alla éponger la sueur dégoulinant du visage de l’ange. Durant ces brèves apparitions, les gestes dictés par l’immense compassion de l’être déformé ressemblaient au souffle agréable et bienfaisant d’un vent estival sur la peau de l’être divin. Dès que ce moment de tendresse était passé, lent et vite à la fois dans un temps sans merci, l’être massif sortait en vitesse du lieu de douleur de la dame. Comme si la croyance de Robert était à cet instant que la laideur de sa personne pourrait être néfaste envers le rétablissement de la blonde merveille. Bientôt la valse de l’astre du jour avec les étoiles de la nuit se forma  dans le ciel et la noirceur plaça son manteau de ténèbres sur le quartier de nouveau paisible. Après avoir été vérifié que la dame dormait toujours, d’un sommeil troublé et fiévreux, le cœur du monstre s’alourdit et il sorti à l’extérieur. La fraicheur du temps fit apparaître des petits nuages de vapeur à la sortie des lèvres exsangues du géant et ce dernier ne se doutait aucunement de l’éveil de l’ange endormi. Se frottant les mains l’une sur l’autre dans une tentative de se réchauffer et de se rassurer, l’être à la carapace hideuse sentait le désespoir le gagner de nouveau. Des pensées envers sa nièce et sa sœur adorées s’envolèrent vers les cieux, seul lieu de refuge pour deux âmes si merveilleuses selon le mineur. Une prière toute simple fut formulée par l’esprit lent de l’homme du Kentucky.

Robert- Sandra, Rosalie, j’aimerais être avec vous… Venez me chercher, car je ne sais plus quoi faire…

Des larmes salées creusèrent alors des rigoles dans la poussière qui parsemait l’horrible faciès du géant. À cet instant précis, la volonté de l’erreur de la nature se fissura. La tristesse et le chagrin tombèrent sur Robert comme la hache d’un bourreau impassible. La dame parla à l’intérieur du refuge de la bête, mais celle-ci n’entendit pas son appel durant ces instants de détresse impitoyable. Sortant le couteau qu’il portait à la ceinture, Bobby regarda sa laideur renvoyer par l’éclat métallique de la lame. Armant son bras pour se porter un coup mortel et mettre fin à sa vie dénuée de sens, une voix céleste se manifesta soudainement. Une paire de bras translucides l’étreignit alors avec force et de stupeur le colosse laissa tomber l’instrument de mort de sa main immense. Sentant une tête fantomatique se poser sur son torse, les narines du monstre frémirent alors. Une senteur familière venait de déclencher un souvenir profond au  subconscient de Robert. Le shampoing à la fraise que Sandra affectionnait particulièrement. Aussitôt les mains de l’homme du Kentucky se déposèrent avec amour dans le dos et sur la tête de l’être translucide. Des ruisseaux salés se transformèrent alors en des rivières au fort débit. Flattant une chevelure que lui seul pouvait toucher, une voix faible s’échappa alors de la gorge nouée d’émotion du mastodonte.

Robert- Sandra, je m’ennuie de toi et de ta maman… Je veux vous rejoindre…

Une voix chantée répondit alors directement à l’âme terrifiée, mais bonne et avenante de la pathétique créature.

Sandra- Nous aussi on s’ennuie de toi oncle Bob, mais ce n’est pas le temps tu le sais… Tu as une personne sur qui veiller et quelques soit la décision ou l’attitude qu’elle va prendre, dis-toi que tu es la merveilleuse personne qu’on apprécie toujours même dans l’au-delà et que tu fais le bien comme pas un. Les gens ne se rendent pas compte du joyau que tu es.

Pendant quelques instants, le sosie de Frankenstein puisa du courage dans l’être fantomatique et les larmes se tarirent tout doucement. L’air changea subtilement, se remplissant d’éclats de rire fugaces et perceptibles seulement perçus par l’ouïe fatiguée du colosse.  Sentant une traction imaginaire vers le bas, les genoux du mastodonte se fléchirent  et des lèvres douces et translucides se déposèrent sur la joue mal rasée de Robert. Tous les doutes, les peines et les peurs du géant s’évanouir alors comme des nuages gris devant la pureté des sentiments de la nièce du monstre de foire.  Une dernière parole caressa alors l’âme reconstruite de la bête.

Sandra- Chante-moi la chanson quand j’étais malade je t’en supplie oncle Bob…

Ne pouvant rien refuser à son ange, le mineur commença alors à fredonner. Mais avant que le contact imaginaire soit rompu, le mastodonte parla avec amour et franchise de sa voix rauque.

Robert- Je t'aimerais toujours ma choupinette et aussi tu peux dire à ma sœur que je l’aime aussi?

Sandra- Bien sûr mon gros nounours! Allez essuie toi le visage mon gros bêta…

Souriant grandement de la joie et de l’allégresse tout à coup rendues à son cœur mis en charpie, la beauté intérieure du monstre se manifesta alors de la plus belle manière qui soit. Un chant pur à la sonorité presque parfaite se produisit alors. Le don caché par la montagne de muscles déformés se dévoila au grand jour. Perdu dans des  notes magnifiques rattachées à des souvenirs tristes et heureux à la fois, le colosse poussa la porte. Celle-ci  grinça et Robert la verrouilla pour la nuit. Les yeux presque fermés, essuyer du passage des larmes sur son horrible faciès, lunatique et perdu dans un état de rêve des plus soyeux, le monstre de foire alla vers la cuisine pour ouvrir une conserve de ragoût. Le foyer étant à l’opposé de la pièce, l’esprit lent du mineur ne vit aucunement la forme gracieuse enveloppée dans la vieille couverture. La voix chaude, rauque souhait continuait de faire le prodige qui charmait totalement les oreilles chanceuses d’en percevoir le chant. Il vida le contenu dans un chaudron et se tourna alors vers le foyer. Tout en continuant de chanter il fit la cuisine dos à la porte de la chambre. Un pansement de fortune fait de ruban gris colmater avec peine une blessure à son biceps disproportionné. Quand la nouriture fut prête il se retourna pour emmener le tout sur la table. Dans son imaginaire limité, le monstre de foire voulait laisser un bol de pitance fumante près de l'ange endormi. Mais la réalité fut autre. Le chant mourut subitement et la honte apparut sur le grotesque faciès du monstre. Arrêtant de respirer, la bête savait pertinemment l’image que la douce dame percevait. Un horrible sosie d’humanité de plus de deux mètres, aux muscles déformés et aux cicatrices labourant ses mains et ses bras. Une création d’un savant fou en quelque sorte. Les gens s’arrêtèrent là en général, oubliant de regarder dans le regard bleuté du colosse. De la pureté, de la gentillesse et de la compassion parcouraient son regard comme des vaguelettes sur un océan calme. Déposant le plat délicieux sur la table près de lui, la pathétique créature trouva une zone d’ombre près du pour lui permettre de  caché l’horrible apparence qu’il transportait comme un fardeau.  Timidement, rassuré quelque peu d’avoir pu dissimuler sa carcasse ignoble, la voix rauque et aux mots à peine mâchés de Bobby se manifesta dans un murmure.

Robert- Je suis désolé madame Heaven d’avoir chanté… Euh… de vous avoir réveillé… Euh… Vous allez bien? Euh… Le repas est prêt... Euh... Je vais aller dehors pour pas vous dégouter.

_________________

Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...


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In a breath Hallelujah is heard | PV : Robert Smith
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