Médecine moderne [Abel]



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Rajesh Manjrekar
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Lun 22 Mai - 11:54


22 Janvier 2016
Planté devant la porte du laboratoire, Rajesh observait l'extérieur en lissant distraitement sa blouse. C'était ridicule, il ne comptait même pas faire plus qu'une petite balade dans la partie protégée du parc, mais chaque petit pas à l'extérieur le rendait incroyablement anxieux. Il aurait certainement du passer un peu plus de temps à devenir un véritable survivant plutôt que de ne se concentrer que sur ses recherches. D'autant plus qu'après presque un an à plancher sur le sujet, il n'avait toujours pas l'ombre d'une solution en main... D'ailleurs, c'était exactement la raison pour laquelle il se trouvait dans le hall en ce moment, au lieu de se cacher au fin fond de son labo comme il en avait pris l'habitude. Le besoin de prendre l'air après une nouvelle matinée passée à chercher une solution en vain, à lancer des regards assassins à ses notes et à se morfondre sur son incapacité à avancer.

Le jeune homme prit encore quelques secondes pour trouver du courage, se marmonnant des encouragements à voix basse en triturant le pli de sa blouse et il se décida enfin à sortir. Le froid le frappa en plein visage, lui arrachant un frisson. « Allez, Raj, un peu de nerf ! » maugréa-t-il en faisant quelques pas sur la terre battue qui craquait sous son poids. L'endroit était relativement tranquille. Une matinée d'hiver dans le Michigan, ça n'inspirait pas grand monde à sortir se dégourdir les jambes et tant mieux ! Le jeune scientifique s'était peut-être habitué à l'idée d'avoir des compagnons de survie, mais il préférait encore largement être seul et ne pas avoir à faire semblant d'être un type normal pour éviter qu'on le juge.

Pendant de longues minutes, il suivit au hasard les chemins de terre pointant entre les arbres aux branches chargées de neige, laissant ses pensées divaguer comme elles le voulaient. Il continuait de murmurer pour lui-même, parti pour de bon dans les méandres de son esprit, sans plus se soucier qu'on puisse l'observer et se poser des questions sur ce drôle de gars parlant tout seul en faisant de grands gestes avec ses mains, comme s'il était en plein discours devant une assemblée de gens passionnés par ses mots. « ...le problème, c'est que nous n'avons pas pu étudier un infecté depuis longtemps. Le manque de matériel est un vrai problème pour faire une véritable avancée, que voulez-vous qu'on découvre en se contentant de lire des mots griffonnés par un fou sur un bout de papier ? » Un petit rire suivit cette question purement rhétorique, mais le râle qui lui répondit fit relever précipitamment la tête au chercheur et il se retrouva nez à nez avec un malade. Heureusement, les grilles installées par les autres survivants retenait le malade de se jeter sur Rajesh, mais cette simple vision fit accélérer le cœur du jeune homme et il s'arrêta d'un coup pour l'observer avec des yeux ronds.

La plupart des gens qui vivaient ici avaient des noms beaucoup moins optimistes concernant ces créatures : des rôdeurs, des morts, des pourris,... Il en avait entendu tellement. Mais lui continuait de les voir comme des malades, des infectés tout au plus. C'était sa façon à lui de se forcer à les voir comme des gens encore bien vivants, avec les restes d'une âme ou d'une conscience. Des gens qu'il pourrait potentiellement sauver s'il parvenait enfin à trouver un médicament. Une belle motivation, en soit. Sauf que des malades, il en avait vu peu. Cinq, en fait. Ses amis, ses collègues. Des gens qu'il connaissait et pour qui il était difficile de mettre de côté l'affect. Celui qui se trouvait face à lui en ce moment, celui qui se pressait contre cette grille en s'écorchant les doigts pour tenter d'attraper le scientifique, il ne le connaissait ni d'Eve, ni d'Adam. Et il était effroyable. Assez pour que Rajesh sente la panique monter lentement dans ses veines. « Ok, on se calme, mon ami. » lança-t-il d'un ton faussement joyeux au malade. « Je comprends, tu meurs de faim, c'est pareil pour nous tous. Mais regarde-moi, je n'ai plus que la peau sur les os, tu ne ferais vraiment pas une affaire, crois-moi ! » Il se gratta la nuque une seconde en laissant échapper un autre rire nerveux. Le malade ne semblait pas du tout apprécier la plaisanterie.

Ceci dit... Ce malade tombait vraiment à pic. Juste au moment où Rajesh déplorait de ne pas avoir eu de patient à ausculter depuis trop longtemps, voilà qu'il en trouvait un. Il aurait préféré avoir de quoi l'entraver un peu plus qu'un simple grillage, mais bon... Regardant autour de lui, l'indien trouva une branche assez longue qu'il se pencha pour ramasser et il fit quelques pas, prenant une profonde inspiration, pour s'approcher un peu plus du malade. Il ne faisait pas le malin et serrait bien les mâchoires quand il osa piquer le malade une première fois avec son bâton. La réaction ne se fit pas attendre et la victime du bon docteur s'agita, redoublant d'efforts pour se jeter sur lui, d'efforts et de grognements menaçants pour aller avec. Rajesh recula d'un pas, clairement effrayé. « C'est rien, mon vieux, il ne va pas te morde, voyons ! » lâcha-t-il. Et il repartit à l'assaut, continuant d'agacer son patient en pâlissant à vue d’œil à chaque fois que ce dernier réagissait plus violemment à ses taquineries. Tant est si bien que le malade secoua suffisamment la grille pour qu'elle commence doucement à s'affaisser. Oh oh...

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Jeu 25 Mai - 22:32

Winter is coming ! D’ailleurs, winter is déjà bien installé même. Qu’est-ce qu’il fait froid. Heureusement pour moi, je ne suis pas du genre frileux, bien au contraire. J’ai toujours préféré la fraîcheur de l’hiver à la chaleur assommante de l’été. Quoique le Michigan ne soit pas réputé pour ses canicules. Et tant mieux. Mais là, bordel, il fait froid. Je ne sens plus mes orteils. Enfin, nerveusement parlant, bien sûr, parce que si je sortais ces derniers de mes boots, je suis convaincu que je sentirai bien leur odeur. De plus, mes membres inférieurs s’engourdissent. Je devrais sans doute me balader pour faire circuler le sang… De toute façon, j’ai passé assez de temps sur cette chaise, à contempler l’extérieur, et sa palissade de fortune, véritable forteresse anti-cadavres. Et anti-humains, je suppose. Je ne sais pas pourquoi, ils ont tous l’air sur le sentier de la guerre par ici. Est-ce par manque de confiance que l’on ne m’en parle pas ? Ou bien simplement parce que je n’en ai pas grand-chose à faire ? Enfin… Je ne dirai pas ça, bien sûr. Ça m’affecterait tout autant qu’eux si les soucis débarqueraient. Je m’impliquerai, d’ailleurs. Ils peuvent compter sur moi. Mais toute cette politique de survivants, je n’en carre rien. Comment peut-on en vouloir aux vivants pour ce qu’il nous arrive avec les morts ?


Pourtant, je suis bien placé pour les comprendre. Que les tensions soient dû à un tierce groupe, ou bien proviennent de l’intérieur, ça reste la même matière visqueuse, marron, puante, dégoûtante… En résumé, la même merde. Dieu sait que si mon frère se pointe devant moi, il prendrait la pire raclée de sa vie. Et je m’assurerai qu’il ne s’en sorte pas cette fois. Oh mais attends. Ce truc, habillé en blanc qui déambule dans notre « jardin », est-ce Raj ? Intéressant… Ce gars est un mystère. Il est hyper intelligent, mais très peu débrouillard. Et pourtant, il est toujours vivant. Je suis sûr que si je lui donne une boite de conserve et un couteau, il se blesserai en tentant de l’ouvrir. Mais je l’aime bien, Raj. Rien que pour ça, je serai prêt à abattre le premier gogo –mort ou vivant- qui tenterait de nuire à cette communauté.


Il a l’air en pleine crise identitaire. Par besoin de l’entendre marmonner pour le comprendre. D’ordinaire, il ne fout pas une patte dehors sans risquer la crise d’angoisse. Oh oh, le voilà face à un cadavre. Je me relève de ma chaise, saisissant le balai que j’étais censé utiliser pour lessiver le sol, afin de m’en server comme point d’appui. Mais que fait-il ? Pourquoi l’excite-t-il à coup de pique ? Il va finir par en rameuter d’autre… Il vaudrait mieux que j’intervienne. Je m’extirpe de la salle où je me trouvais pour regagner le hall, que je traverse en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, afin de me retrouver à l’extérieur à mon tour. Je préfère observer silencieusement la scène avant d’agir. Ne sait-on jamais, dés fois qu’il découvre que la seule façon de les soigner soit de les tuer… Je me tiens derrière lui, attendant calmement de voir ce qu’il va se passer. Mais lorsque la grille commence à s’affaisser, il n’y a plus de raison de jouer au mime.


Je lâche mon balai, qui dans un fracas de manche vient heurter le sol, avant d’entamer un sprint. Dieu, qu’il fait froid. J’ai l’impression que mes poumons gèlent de l’intérieur. Pourtant, un feu m’anime. J’arrache sa branche de ses mains que je viens planter dans crâne du rôdeur via son orbite oculaire. Si peu d’effort, et pourtant, me voici déjà essoufflé, ressentant la gêne de ma blessure à peine cicatrisée. Toutefois, je ressens un bien-être fou. Et une certaine colère. « Que c’est bon, bordel ! C’est idiot, mais ça m’avait manqué, de faire ça. Mais bon Dieu ! Raj ! qu’est-ce qu’il te passe par la tête ?! Tu veux te faire tuer ou quoi ?! »
Finis-je, en me redressant et me tournant vers mon acolyte. Je constater que le corps est toujours planté à la branche, pendouillant le long de la grille, et exerçant son poids contre celle-ci. Je me saisis de la lance de fortune de mon ami que je tente de retirer. Mais dans un craquement, elle se brise, laissant le cadavre s’écraser au sol, ne restant plus qu’une partie dans ma main. « Tiens. C’est à toi. » Dis-je, en lui tendant le bâton restant.


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Rajesh Manjrekar
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Sam 27 Mai - 18:05

Malgré le sens de l'observation dont il s'était vanté plus d'une fois dans sa vie, Rajesh était encore loin de réaliser réellement ce qui l'attendait. Le malade réagissait avec virulence et il trouvait cela plutôt prometteur. Il s'agissait bien d'une preuve que les fonctions cérébrales de ce malade n'étaient pas si mal, n'est-ce pas ? Sauf qu'il ne semblait pas vraiment se rendre compte des coups qu'il recevait et qu'il n'y avait aucun réflexe ostéotendineux, ce qui n'était pas une si bonne nouvelle que cela pour le chercheur. Et c'était malheureusement tout ce qu'il le préoccupait, raison pour laquelle il fut plus que surpris quand on lui arracha si précipitamment sa branche des mains.

Premier réflexe, Rajesh fit quelques pas en arrière, ouvrant de grands yeux alors qu'il observait Abel enfoncer la branche dans le crâne du malade et qu'il le repoussait pour l'empêcher de s'affaler sur la grille déjà mal en point. Mince alors ! Ça n'était pas très gentil d'arracher à un homme son seul moyen de s'occuper dans ce monde. Il récupéra ce qu'il restait de sa branche en affichant son air surpris et un peu déçu, il fallait bien l'admettre, tout penaud comme un gamin à qui on vient de voler son jouet. « Mais qu'est-ce qui t'as pris de faire ça ? » demanda-t-il après une seconde supplémentaire. « J'essayais de travailler ! » Bon d'accord, il n'aurait sans doute pas fait de découverte incroyable de cette manière, mais... L'observation était une partie intégrante de ses recherches. Du moins, en attendant d'avoir mieux à faire. « Je pensais que la grille suffirait à... le retenir. » Oui, certes, il avait été un peu idiot. Il n'était pas taillé pour ce monde, ce qui était plutôt ironique quand on y pensait, mais personne ne pensait à cela ici, à part lui.

Il releva cependant un regard plus déterminé vers son ami, serrant sa branche de toutes ses forces pour se donner une apparence d'assurance. D'accord,il n'était pas fait pour ce monde, malheureusement, il était obligé d'y vivre et surtout de pouvoir s'y déplacer s'il voulait avancer. Et pour ça, il aurait besoin d'aide. Malheureusement, les gens prêts à lui rendre ce genre de service au labo n'étaient pas vraiment nombreux, son côté savant fou n'attirait pas les foules, il en avait bien conscience. Sauf Abel... Pour une raison ou une autre, le blond semblait l'apprécier. « Est-ce que tu pourrais m'aider ? » demanda-t-il donc. « Si... Si je me décidais à sortir de là. Pour ausculter l'un de ces... euh... Enfin, tu vois ce que je veux dire. » Dans sa tête, Rajesh assumait peut-être pleinement de les appeler et de les considérer comme des malades, mais il savait bien que ça faisait mauvais genre devant les autres. Et s'il voulait qu'Abel accède à sa requête, il se devait de faire un petit effort pour lui prouver qu'il ne les balançait pas tous les deux dans la gueule du loup et qu'il saurait se comporter plus ou moins normalement à l'extérieur. Plus ou moins, oui...

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Lun 29 Mai - 18:31

Mais qu’est-ce qu’ il fait pousser dans son labo à la fin ?! Rajesh était un type formidable. Je dirai même que c’est mon meilleur ami, ces temps-ci, mais le voir agir de la sorte me pousse à me demander sur quel nuage vit-il. Et le pire, c’est que son air penaud, ainsi que sa question pleine de reproche arriveraient à me faire culpabiliser de lui avoir sauver la vie. Mais je suis à la fois en colère, et à la fois inquiet. Je ne peux pertinemment pas lui montrer que je tiens à lui, ça irait à l’encontre de mon code de conduite. Mais j’ai suffisamment d’argument pour lui prouver que c’était une manière stupide de travailler. « Si il y a bien une chose qui me fout en rogne, Rajesh, c’est qu’on mette mes proches en danger ! Et pour le moment, les seuls proches que j’ai sont dans ce laboratoire. Toi et moi y compris ! On n’a pas survécu tout ce temps pour que tu fasses mumuse avec un de ces cadavres, et que tu fasses tomber la grille pour qu’on se fasse tous manger ! » Dis-je, en commençant à perdre mon sang froid. Mais j’ai l’impression qu’à part le culpabiliser, je n’arrive à rien de bon. Il était peut-être temps d’exposer une de mes faiblesses, pour lui faire comprendre une bonne fois pour toute pourquoi j’ai agis de cette manière, et pourquoi j’agirai encore ainsi, si je le devais. « J’ai pas envie de vous voir crever. Voilà pourquoi je pète les plombs de la sorte. Et je n’ai surtout pas envie de voir l’un de mes seuls amis faire face à un tel danger. » C’était dit.

Mais je le vois, avec sa détermination scientifique, et son petit air tout mignon de chat battu, relever la tête et me demander de l’accompagner dehors pour qu’il fasse ses expériences. Deux opportunités s’offrent à moi. Je l’envoie sur les roses en beauté, car c’est à la fois stupide et inconcevable de faire une chose de la sorte. Ou bien je décide de l’accompagner. Bizarrement, je suis tenté par la seconde hypothèse. Je dois avouer que sur ce coup-là, mes arguments se retournent contre moi. Oui, c’est stupide, d’imaginer trouver un remède, mais peut-être pas tant. Si l’on sort, j’ai une chance infime de trouver une trace de ma nièce. Et puis si sa seule découverte scientifique est que se sont juste des morts qui marchent et ne pensent qu’à bouffer, il comprendra de lui-même qu’il n’y a rien d’autre à faire ! Et au meilleur des cas, il trouve un remède, rétablissant une vie normale dans le monde, ce qui entraîne un retour des matchs des Red Wings de Détroit à la TV. Ou plutôt ce qu’il en reste… Il n’y a plus qu’à espérer qu’ils arriveront enfin à remporter une victoire !

Je retourne la phrase que je m’apprête à lui dire plusieurs fois dans mon esprit, essayant de trouver les mots justes. Lorsqu’elle me semble prête, je rouvre mes yeux : « Ok. Je veux bien. » Je lui laisse un moment pour réaliser qu’il a mon accord avant de reprendre : « Mais sous quelques conditions… Tu fais exactement ce que je te dis, lorsque je te le dis. Si j’estime que le danger est trop grand pour que tu continues à t’amuser avec les morts, tu te replies sans discuter. Si j’abats ton cobaye alors que tu es en train de… je n’en sais rien… L’examiner, tu l’accepte sans discuter. Et lorsque je dis qu’on rentre, on rentre. Et dis-toi bien que si je dois user de la force pour ramener tes petites fesses d’indien dans ce labo, je le ferai ! Si tu n’es pas d’accord avec l’une de ces conditions, fais-le savoir, ou bien tu te tais à jamais. » Tiens, j’ai sûrement piquer la dernière phrase à un mariage.

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Rajesh Manjrekar
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Jeu 1 Juin - 9:32

Le problème avec le fait de ne jamais avoir vraiment côtoyé de malades ces derniers temps, c'est que Rajesh sous-estimait sans doute de beaucoup leur dangerosité. Il voyait la colère d'Abel sans réellement la comprendre. Après tout, son ami venait de se débarrasser de cette menace avec une certaine facilité, non ? Et pourtant, il semblait dire que le chercheur venait de risquer la vie de tout le monde, mais ça ne faisait pas écho avec ce que ce dernier connaissait de ce monde. Pour lui, cette épidémie était bien trop théorique pour être vraie. Il en voyait les traces, il ressentait la culpabilité du survivant en voyant toutes ces personnes malheureuses, arrachées à leur vie d'avant à cause d'une pandémie dont on ne savait pas grand chose, mais il avait un mal fou à faire le pas entre les échantillons et les notes qu'il étudiait dans son bureau et la réalité de ce monde qui effrayait tant de gens. « Je suis désolé, Abel. » s'exprima-t-il donc après la tirade pleine de fiel de son ami. Mettre en danger les habitants de ce lieu n'avait jamais été son intention et il comprenait désormais une chose importante : il était devenu primordial qu'il comprenne réellement ce qui se jouait dehors. Plus de manière théorique, non, il fallait qu'il en fasse l'expérience, qu'il en comprenne l'urgence et qu'il y trouve la motivation de changer les choses. La peur pouvait devenir un moteur important.

Raison pour laquelle, en partie, il demanda à son ami de l'accompagner dehors. Tout seul, il n'y arriverait jamais. Peut-être Cale n'aurait-il aucun mal à le laisser sortir seul, avec un certain espoir au fond de lui de ne jamais revoir sa fichue tronche de scientifique dérangé, mais il n'y avait aucun doute à avoir à ce sujet : il ne survivrait pas deux minutes seul à l'extérieur. Abel, d'un autre côté, semblait la personne idéale ici pour l'aider. Il l'était l'un des rares survivants à respecter réellement le chercheur et il semblait parfaitement capable de s'en sortir aux yeux de Rajesh. Et même si le charabia scientifique de l'indien devait le dépasser ou peut-être l'agacer quelques fois, il paraissait quand même toujours enclin à laisser une chance à son ami.

Aussi dès qu'Abel accéda à la requête de Rajesh, ce dernier ne put retenir un grand sourire d'étirer ses lèvres. Il y avait tout un tas de conditions visiblement non-négociables qui venaient avec cet accord, mais rien ne suffisait à défaire le jeune homme de sa joie. Et il écoutait chacune d'entre elles en acquiesçant d'un signe de tête vif et enjoué, serrant le morceau de bois entre ses doigts pour contenir un peu son excitation... et sa crainte. Oui, l'idée de sortir se concrétisant, il commençait à avoir un peu peur. Et s'il faisait erreur ? Et s'il n'était pas capable de faire plus de deux pas hors des remparts du laboratoire et qu'il se sentait soudain pris d'une envie irrépressible de faire demi-tour pour rentrer ? Eh bien, tant pis, probablement. Il aurait fait perdre du temps à une personne bien plus utile que lui aux yeux des survivants et cela ne ferait qu'ajouter à la dette déjà immense qu'il avait envers eux. « Pour tout te dire, j'aurais peut-être bien besoin que tu en tues un pour moi... » lâcha-t-il, déjà plongé dans ses réflexions. C'était une occasion unique de faire des recherches qu'il n'avait pas encore osé depuis un moment. Le seul patient que l'armé l'avait autorisé à avoir entre les mains autrefois venait tout juste d'être infecté et dès lors qu'il était mort sur son lit d'hôpital, un militaire l'avait abattu et le corps avait été brûlé sans qu'aucun des six scientifiques présent sur place ne soit autorisé à le toucher. En fait, maintenant qu'il y pensait, Rajesh se souvenait aussi que quelques jours après la mort de ce premier patient, le laboratoire avait été évacué soudainement et par la force. Ce qui était arrivé par la suite dans le bunker, il continuait de refuser de s'en souvenir, mais après tout ce temps.

« Mais... » Il releva les yeux vers son ami avec une certaine précipitation, tentant un nouveau sourire pour éloigner des pensées qu'il ne souhaitait pas avoir. « ...J'obéirais aveuglement à tes ordres et toutes les observations que j'aurais à faire sur un patient encore...vivant... je tâcherais de les faire d'aussi loin que possible. » assura-t-il en retrouvant un peu de sa vivacité. « Je me demande s'il serait possible de les paralyser...Un sédatif n'aura aucun effet, mais peut-être qu'en neutralisant le cortex moteur, ça suffira...Pourrons-nous y aller dans trois jours ? J'ai besoin de préparer mon matériel avant toutes choses. On partira tôt le matin pour avoir le temps de faire ce qu'il faut. On est même pas obligé d'aller très loin, l'idéal serait juste qu'on puisse en coincer un dans une sale close. »

HRP:
 

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Sam 10 Juin - 2:45

Pourquoi est-ce que je me sens coupable en voyant me demander pardon ? Il aborde tout de manière scientifique qu’il en oublie parfois qu’un monde l’entoure. Je l’envie par moment. J’aimerai pouvoir prétendre que rien a changé, que je peux continuer à vivre. Certes de manière dégradé, mais parfois, j’ai l’impression qu’il n’est pas un survivant dans son esprit. C’est pourquoi je ne peux refuser de l’accompagner. Si seulement il avait une petite idée de ce qu’il y a dehors… De la difficulté de la réalité. J’imagine qu’il va vouloir étudier les morts. J’aimerai tellement le jeter face à l’horreur et lui dire de se débrouiller. Mais ça n’est pas dans ma nature. Ce genre de comportement est réservé à mon frère. Je suis le bon Jonasson. Lorsque je le vois manifester de la joie rien qu’à l’idée que je l’accompagne dehors, mes hypothèses se renforcent. Il a vu l’horreur mais il la fragmente dans son esprit. Ça ne peut arriver que chez les autres. J’approche cette idée de sortie avec bien plus d’anxiété. Je tente de le refroidir avec mes ordres, mais ça n’a guère l’air de marcher. Il remue la tête comme ces chiens que l’on met sur les plages arrières des voitures. Si mes mots ne font pas effet, il semble pourtant réaliser que le danger le guette à l’extérieur. Il s’assombrit quelque peu. J’aime ça. Non pas de voir ses espoirs se détruire. Mais si je veux réellement aider une personne dans cette survie, il faut qu’elle prenne conscience qu’elle et elle seule est maître de son destin. Et que sa survie lui est propre. J’ai bien réussi à faire de ma nièce une véritable machine de guerre. Elle est devenue plus encore plus coriace que moi. Je suis sûr que j’arriverai à faire quelque chose de Rajesh.

« Tu as besoin que j’en tues un, mais si on sort à découvert, tu vas devoir te salir les mains aussi, Rajesh. Et il va te falloir autre chose qu’une brindille. J’essayerai de te trouver un truc quand je commencerai à sortir. » Cela me semblait logique. Il me fallait moi-même du temps pour me réadapter à ce monde, après avoir été mis hors d’état de nuire par mon frère. D’autant plus que je n’ai pas récupéré totalement encore. Certains mouvements me sont interdits. J’espère juste que rester enfermé ici ne va pas me ramollir.

Mes propos glissent sur lui comme de l’eau sur les plumes d’un canard. Je retiens difficilement un soupire. Raj’, pitié. Et le voici à me parler de cortex moteur et autre terme incompréhensibles pour le commun des mortels. Si seulement on pouvait me venir en aide. Il voulait y aller dans trois jours. Je lève les yeux au ciel. « Donne-moi une semaine pour préparer l’escapade. Et oublie l’idée de les paralyser. C’est une mauvaise idée. Si tu veux qu’ils ne soient plus dangereux… Eh bien j’imagine qu’à part éclater leur bouche et arracher leur bras, il n’y a pas d’autre solution… Je vais te préparer le terrain, ok ? » Dis-je en le regarde avec beaucoup d’inquiétude. S’il panique alors qu’il faut se faire discret ? Certes, j’y passerai et lui aussi, mais… Clarice dans tout ça ? Et pourquoi je me surprends à penser à elle ? J’ai envoyé cette petite en éclaireuse dans des endroits trop étroits pour moi… Je suis si ingrat que ça ? Sans doute.

« Et arrête de me regarder comme si j’étais un… Un héro ou je ne sais quoi ! Tu es conscient que je t’emmène vers ta propre mort dehors ?! Rah tu m’énerve avec ton sourire béat. T’as gagné Raj’. Mais je ne déconnais pas pour ta branche. Il te faut un truc beaucoup plus sérieux que ça. Tu te sens à l’aise avec quoi ? Les couteaux ? Les battes ? Les… je n’en sais rien moi… Les clubs de golf ? » Je suis surtout énervé après moi. Et voici que ma plaie me lançe de nouveau. Une légère grimace déforme mes traits, mais je renfloues la douleur sur une colère dirigée vers moi-même.

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Rajesh Manjrekar
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Lun 12 Juin - 10:55

De ses grands yeux noirs, Rajesh regardait tour à tour l'homme face à lui puis le morceau de branche morte dans ses mains, en réalisant petit à petit ce que lui disait son ami. En tuer un lui-même ? C'était logique d'un point de vue purement pragmatique et le scientifique faisait évidemment partie des gens appréciant la logique et le pragmatisme. Car sincèrement, qu'y avait-il de plus agaçant au monde que quelque chose ne suivant pas très exactement les lois établies par la Nature ? Et Dieu sait que la Nature était la plus cruelle logicienne de ce monde. Mais... Tuer un infecté, c'était... Déjà, probablement pas très possible avec ce morceau de bois, effectivement. Même si Abel s'en était plutôt bien sorti quelques minutes plus tôt, il disposait d'une expérience faisant encore défaut à l'indien. Mais surtout, c'était une idée qui l'horrifiait. N'avait-il pas déjà fait assez de mal comme ça ? « D'accord, je... ferais de mon mieux. » répondit-il quand même à l'explication plutôt agacée de son ami. Il ne s'imaginait pas une seule seconde s'y résoudre, mais ça n'avait aucun intérêt d'en parler maintenant, pas vrai ? Abel changerait d'avis et c'était hors de question pour Rajesh.

Le scientifique tâchait donc de se concentrer sur ce qui lui semblait important à lui. Peut-être était-il totalement à côté de la plaque, probablement même. Mais... Il ne connaissait pas la réalité de l'extérieur. En entendre parler et le vivre personnellement, c'était totalement différent. Abel le jugeait très clairement, ça s'entendait dans le ton de sa voix, ça se voyait sur les traits renfrognés de son visage, il prenait Rajesh pour un idiot probablement et il n'avait peut-être pas tout à fait tort, mais... Mais Rajesh connaissait ce poison mieux que quiconque dans ce monde, sans aucun doute. Pour lui, quand il pensait à ce fléau, il ne voyait pas la mort, les cadavres, la souffrance. Il voyait une petite bactérie, un organisme réel, palpable, dont il connaissait le mode de fonctionnement et dont il essayait de comprendre les mécanismes depuis des mois. Il devenait cette bactérie pour mieux la cerner. Et elle était si petite... une petite orbe crénelée capable de détruire la vie. N'était-ce pas totalement fascinant ? Bien sûr qu'il fallait en avoir peur. Mais... Il n'arrivait pas tout à fait à ressentir cette crainte en voyant les infectés. Il ne ressentait qu'une profonde admiration, un besoin vital de comprendre, de savoir. Et, finalement, il arrivait parfois à anticiper le sentiment de satisfaction intense qu'il ressentirait quand, un jour, il parviendrait à détruire cette chose. Aucun complexe divin ici, seulement le plaisir, la fierté, d'avoir trouvé la solution à une énigme ayant mis à mal le monde entier. Abek pouvait juger le jeune indien autant qu'il le voulait, Rajesh se satisfaisait pour le moment très bien de la façon dont il voyait ce fléau. Et il méritait amplement d'être jugé, quoi qu'il en soit.

Tout cela occupait les pensées du chercheur, dont le regard brillant s'était posé sur le cadavre allongé dans les feuilles mortes, tandis que son ami lui prodiguait quelques conseils, quelques mises en garde, qu'il entendait d'une oreille distraite. Jusqu'à ce que ses yeux brillants de joie ne se relèvent vers le blond, qui confondit cette lueur toute tournée vers son puzzle pour de l'admiration à son encontre. Rajesh secoua la tête pour chasser ses pensées. « Euh... Pas un club de golf, non... Pourquoi pas... J'en sais rien, un pied-de-biche ? T'en penses quoi, ça ferait l'affaire ? » répondit-il à la question du blond. Une arme... Il avait déjà le revolver gracieusement offert par l'armée américaine, dans le seul but qu'il puisse mettre fin à ses jours si la situation tournait mal dans le bunker, ce qu'il n'avait compris que tardivement, quand son premier collègue s'était retrouvé infecté par la maladie. Mais Rajesh, lui, s'en était sortie sans avoir besoin de se tirer une balle dans la tête. Pourtant, il conservait cette arme et l'unique balle dans le barillet. Elle était toujours près de lui, rangée dans un tiroir dans sa chambre. Et un jour ou l'autre, s'il en avait besoin, il comptait bien l'utiliser de la manière dont elle avait été prévue par le gouvernement.

De nouveau, les pensées de l'homme commençaient à divaguer et il se força à retrouver sa conscience et à la fixer sur le blond. « Merci, Abel. » lâcha-t-il à voix basse. « Je sais que tu me prends pour un dingue et que tu ne comprends pas tout ce que je fais. Mais je te remercie sincèrement d'être de mon côté quand même. Si je parviens un jour à trouver une solution, je te le devrais réellement. » Sa voix avait gagné en intensité, le moment commençait peut-être même à devenir un peu gênant. Mais ça lui semblait plus que nécessaire. Il devait des remerciements à cet homme. À chacun des habitants de ce laboratoire, qui continuaient de le laisser faire ses recherches, de le nourrir et de le soutenir de près ou de loin. Plus le temps passait, plus le jeune chercheur s'attachait à ces hommes et à ces femmes tellement courageux. Et plus il se sentait mal de leur cacher le plus important. « Une semaine, alors ? Je vais me préparer et je te promets que je ferais de mon mieux pour ne pas nous faire tuer. Mais il faut que j'étudie un infecté, je n'avancerais jamais si je ne comprends pas comment fonctionne cette maladie, tu comprends ? » Même s'il ne comprenait pas tout à fait, il comprenait assez pour accepter d'aider Rajesh, en tout cas, et c'était suffisant pour le moment. « Allez, viens, retournons à l'intérieur, il fait vraiment froid ! » Il adressa un sourire joyeux à son ami avant de se détourner pour retourner vers le labo.

*

Une semaine. Ça lui avait semblé une éternité. Sept jours entiers à se préparer, à théoriser sur cette sortie, sa première en territoire ennemi. Rajesh avait rassemblé tout le matériel possible pour se rendre dehors. Et si la plupart de ses colocataires empruntaient plutôt de la nourriture ou des armes quand ils décidaient de sortir, le sac du scientifique, lui, n'était rempli quasiment que de tubes à essai, d'aiguilles et de scalpels. Il avait bien fait l'effort d'emporter quelques choses plus utiles à un vrai survivant, mais ça n'était vraiment pas ce qui l'intéressait aujourd'hui.

L'indien s'était levé incroyablement tôt le matin de la sortie. Stressé, impatient, excité et effrayé, il n'arrivait tout simplement pas à tenir en place. Il avait donc passé un long moment à vérifier ses affaires pour la centième fois de la semaine et puis, habillé de son éternelle blouse blanche, sac sur le dos et paires de gants en latex dépassant de sa poche, il avait arpenté le hall du laboratoire pendant des siècles, répétant à voix basse les étapes qu'il avait prévu, les expériences qu'il souhaitait faire. Et même quelques extraits de son manuel de scout glissé dans une poche de son sac. Il avait eu le droit -ou l'obligation- d'ajouter un pied-de-biche à son inventaire personnel et l'objet en métal reposait dans l'une de ses mains, qu'il s'amusait à lever parfois devant lui pendant qu'il faisait les cent pas, quand il arrivait à un point essentiel de ses paroles comme pour ponctuer son discours. Exemple typique de sa folie habituelle, qui l'avait si souvent poussé à être exclu des groupes de gens plus 'normaux'. Ici, on s'était habitué à le voir parler tout seul et puis, la plupart des habitants des lieux dormaient encore.

Un sourire joyeux étira les lèvres du scientifique quand, alors qu'il était en plein demi-tour après que ses pas l'aient porté jusqu'à la porte, il se retourna et fit face à l'homme qu'il attendait et qui serait son guide et son soutien pour la journée. « Abel ! Bonjour ! Comment tu vas ? Prêt pour notre grande aventure ? » Rajesh aurait aimé se montrer un peu plus discret, mais il ne parvenait pas à cacher ce mélange perturbant de bonne humeur et d'angoisse profonde. Il avait toute confiance en son ami pour l'aider à rester en vie, mais ça restait sa première vraie sortie. La première fois qu'il verrait ce qu'était devenu le reste du monde après avoir été frappé par le chaos. Faire semblant d'être uniquement excité par cette perspective était un moyen comme un autre de se protéger. Entretenir l'image du scientifique fou, plutôt que d'assumer pleinement qu'il n'était qu'un peureux et un lâche.

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Mer 14 Juin - 20:35

Lorsque je lui proposais des armes, Rajesh se permettait de faire la fine bouche, ce qui devait me valoir un air exaspéré. Je prenais note qu’il voulait un pied-de-biche en émettant toutefois une remarque à ce sujet « Si tu optes pour ça, méfies-toi de l’accroche. Elle a tendance à rester planter dans le crâne des rôdeurs et… En bref, ça bloque ton arme et c’est dégueulasse. J’aurai choisi un truc tranchant ou pointu, mais je verrai bien ce que je te trouve. Ce n’est pas comme si je pouvais me procurer ça dans un supermarché, après-tout. » Il suffit que j’accepte sa demande pour qu’il me fasse une déclaration d’amour, et si je n’avais pas été aussi tendu, j’en aurai sûrement rigolé. Je l’écoute faire son laïus. C’était assez gênant et maladroit, mais venant de Rajesh, c’était plutôt mignon. Je camoufle un sourire en coin par un regard faussement sérieux. « Quand t’auras finis ta déclaration d’amour, tu réaliseras que oui tu es complétement taré de vouloir sortir pour trouver une bactérie. Mais étant donné que tu m’as sauvé la vie et que tu es mon ami, c’est mon devoir de t’accompagner dans ta folie. Du coup, je dois être encore plus dingue que toi. Quoiqu’il en soit, si tu trouves quelque chose, n’oublies pas de dire mon nom lorsque tu recevras le prix Nobel ! » Je lui fais un clin d’œil. J’estime que la situation a réussi à se dégonfler d’elle-même. Ou en tout cas qu’il soit moins mal à l’aise.

Je lui donne la suite des directives à prendre, notamment en terme de dates. Ça semble lui convenir. Ne manquerait plus qu’il fasse encore des caprices. J’espère qu’il va respecter le deal jusqu’au bout et respecter mes ordres lorsque l’on sera sur le terrain. Je ne me sentirais pas capable de l’abandonner, même face à une horde. Je n’ai pas envie de crever pour une découverte scientifique. Lorsqu’il me demande si je comprends, j’acquiesce. J’avais envie de lui dire que je l’admire. Il a une quête, un but, une raison de vivre. Et il l’aura jusqu’à ce que l’énigme de cette épidémie soit résolue. Ce qui me fait peur, c’est qu’il ne voit le monde qu’à travers son microscope. J’aimerai vraiment qu’il devienne un survivant autonome et qu’il puisse mener à bien sa quête. Comment fera-t-il lorsque tout le monde autour de lui sera mort ? Il nous propose de rentrer, j’accepte en lui faisant signe de passer à l’avant.

*

Une semaine s’était écoulée. J’avais réussi à sortir quelque peu, et me trouver une nouvelle arme. Et si je devais dénombrer les rencontres que j’avais faites en si peu de temps, la liste serait longue. Mais j’avais à l’esprit la jolie Samara. Si seulement elle vivait ici et que j’étais sûr de nos sentiments mutuels. Oh vague à l’âme, quand tu nous tiens. Une semaine on ne peut plus chargé. J’étais allongé sur mon lit, roupillant, et reposant mon corps encore fragilisé par ma plaie. Je suis presque sûr que je ne ronfle pas, en temps normal. Hormis lorsque Simba bloque mes voies respiratoires, venant de se rallonger son mon visage. Je me réveille en sursaut, poussant l’écureuil qui retombe sur ma couverture, un peu plus loin. « J’aurai-dû te manger plutôt que de te garder.» dis-je au petit rongeur qui me regardait avec le même regard endormi que moi. Ma voix était rauque. Je m’installe sur le lit pour rester assis et me frotter les yeux pour me réveiller. Simba vint se poser sur mon épaule pour faire un semblant de toilette. Je crois qu’un café me ferait le plus grand bien.

Je m’extirpe du lit, enfilant mon jean. J’attrape mon t-shirt que je garde dans ma main, et me dirige vers la sortie de ma chambrée. Je rejoins la salle commune, espérant y trouver de quoi me faire une boisson chaude. Je vois Rajesh, faisant les cent pas. Ce dernier ne me voit pas sur le coup. Mais lorsque ce fût le cas, je compris aussitôt pourquoi il était aussi excité. Ma promesse faite la semaine passée… J’aurai dû me taire. Simba saute de mon épaule pour atterrir sur une table, puis le sol, avant de rejoindre une fenêtre et regarder l’extérieur. Je profite d’être libre pour enfiler mon t-shirt. « Euh… ça va et toi, Raj’ ? Bien sûr que je suis prêt… Enfin… Je le serai dans… Trente minutes, ça te va ? Je veux juste avaler un truc, n’importe quoi, qui pourra me réveiller, puis de m’habiller un peu plus, d’attraper mes affaires. Ouaip. Pas plus de trente minutes, je confirme. » Je me dirige vers l’une des étagères et attrape ce qui ressemble de loin à une tasse. J’avise le fond de café qu’il reste. Je m’en sers et constate que c’est bien tiède tout ça. Je m’allume une cigarette et me tourne de nouveau vers Rajesh « Tu as déjà réfléchis à une zone à fouiller ? Ou tu me fais confiance ? » En attendant ma réponse, je sirote mon café et crapote sur ma clope.

Après une discussion sur les derniers points à aborder, j’honore ma promesse et retourne dans ma chambre me préparer, en profitant même pour me passer un coup d’eau sur le visage. Je m’équipe de mes armes, de mon sac et de ma patience avant de retrouver Raj’ dans le hall, prés à sortir. Je lui tends le couteau que j’avais troqué avec LeÏa. « Tiens. Je te prête ça au cas où. Tu me le rendras lorsque l’on sera rentré. Mais je préfère savoir que tu as de quoi te défendre. Tu es prêt à mourir l’ami ? Car ça va surement nous arriver ! »finis-je en riant avant d’ouvrir les portes.


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Rajesh Manjrekar
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Ven 23 Juin - 14:11

Rajesh avait un mal fou à cacher son état émotionnel, ce matin. En même temps, il s'agissait quand même de sa première vraie sortie de ce laboratoire, c'était un grand moment, pas vrai ? Alors oui, il semblait surexcité contrairement à Abel qui lui n'avait pas vraiment l'air heureux de cette balade ou de voir son ami presque monté sur ressorts. « Ça va très bien ! » assura le scientifique à l'homme qui lui proposait déjà d'attendre encore trente minutes. Rajesh hocha la tête pour toute réponse et observa son ami s'éloigner quelques secondes avant de recommencer à faire les cent pas dans le hall. Oui, effectivement, il était tout excité à l'idée de sortir enfin de cet endroit pour marcher dans les rues, même si Abel faisait tout son possible pour lui rappeler à quel point ce serait dangereux, quelle mauvaise idée c'était et qu'ils allaient mourir aujourd'hui. Mais ça n'était pas tout, hélas. Il avait peur aussi. Il avait bien le droit, non ? Qui n'aurait pas eu peur à sa place ? C'était sa première sortie, après tout. Et si Abel disait vrai ? Pourtant, beaucoup de gens ici sortaient sans arrêt et ils revenaient toujours. Et pour éviter de succomber à la panique, Rajesh faisait son possible pour sembler un peu plus content qu'autre chose, quitte à devoir assumer la désapprobation de son guide toute la journée.

« Je te fais entièrement confiance ! » répondit-il à nouveau lorsque Abel s'adressa de nouveau à lui. « Je ne connais pas bien cette ville, alors du moment qu'il y a un infecté et un endroit tranquille, je prends. » Même la route entre le laboratoire et la chambre d'hôtel gracieusement offerte par le gouvernement quand il travaillait encore pour leur compte, il ne l'avait jamais fait seul, toujours flanqué d'une voiture et d'un chauffeur lui aussi à la solde de l’État... Il n'était même pas certain de pouvoir retrouver son chemin vers le labo s'il se contentait de sortir dehors et de marcher tout droit pendant une heure. Bon, peut-être qu'il exagérait un peu, mais Détroit restait une ville parfaitement inconnue pour lui et sans GPS, il préférait confier la destination à quelqu'un de plus habitué.

Finalement, Abel disparut de nouveau dans les escaliers menant aux étages supérieurs et Rajesh retourna à ses réflexions personnelles, repassant en revue tout ce qu'il comptait faire, tout ce qu'il avait préparé au cours de cette longue semaine. Il connaissait la théorie par cœur, chaque étape, et il arrivait même à s'imaginer le faire pour de vrai, même s'il oubliait sans doute de prendre en compte tout ce qui pouvait mal tourner dans ses expérimentations. Le temps que le blond ne termine de se préparer, le chercheur prit même le temps de vérifier une nouvelle fois son matériel, allant jusqu'à tester son stylo pour s'assurer qu'il écrivait toujours. Il était prêt et de moins en moins serein quand son ami revint près de lui et lui colla un couteau entre les mains. Rajesh l'attrapa pourtant sans rien dire et passa quelques secondes à regarder ses deux mains, chacune tenant une arme. C'était étrange et le fait qu'Abel annonce une fois de plus qu'ils allaient mourir fit grossir la boule qui commençait à se former dans son ventre. « Je t'en prie, arrête de dire ça, tout va bien se passer ! » lâcha-t-il en prenant le ton le plus détaché qu'il ait en magasin. Ça ne rendait pas très bien, mais bon... Il allait faire attention, il l'avait promis et il refusait de mourir aujourd'hui. Tout comme il refusait de risquer la vie d'Abel, d'ailleurs. Tout se passerait bien.

Il en était un peu moins convaincu quand ils se retrouvèrent dehors pour de vrai, mais il ne fit aucune remarque et resta même prodigieusement silencieux tant qu'ils étaient encore dans l'enceinte du parc autour du laboratoire. Pourtant, c'était le terrain qu'il connaissait le mieux et qui bénéficiait encore de la protection du groupe. Il ne se décida à reprendre la parole que quand ils se retrouvèrent seuls dans une vraie rue et que le scientifique se sentit de plus en plus angoissé à l'idée d'être réellement dehors. Et comme chaque fois qu'il se sentait en état de stress, la seule chose capable de le calmer était la logique froide et les faits, sans sentiments, sans rien de subjectif et d'effrayant. « Tu savais que le premier vaccin a été créé au 18eme siècle ? » demanda-t-il de sa voix presque tremblante. Comme si Abel en avait quoi que ce soit à faire de cette histoire... Mais ça ne suffisait vraiment pas à le convaincre de se taire et puis, ça l'aidait à continuer d'avancer au lieu de tourner de l’œil maintenant, alors... Au moins, il parlait à voix basse, évitant d'attirer trop l'attention sur eux, mais il en avait réellement besoin. « C'est un médecin anglais qui a découvert que les fermiers en contact prolongés avec des vaches atteintes de varioles bovines ne contractaient jamais la maladie. Du coup, il a commencé à pratiquer des petites scarifications sur les bras de ses patients, dans lesquelles il déposait ensuite du pus de la vache infectée. C'est comme ça qu'à eu lieu la plus grande découverte de notre monde, t'imagines ? »

Bon cette histoire était peut-être un peu écœurante, dans le fond, mais Rajesh ne la racontait pas totalement pour rien non plus. Il avait une certaine idée derrière la tête ou du moins, un genre de raisonnement en lien avec le présent, même si ça n'intéressait toujours pas Abel, probablement, et il ne se gêna pas pour le partager. « Ce que je veux dire, c'est que même au 18eme siècle et bien avant d'ailleurs, ils arrivaient à empêcher des épidémies avec presque rien, tu vois... Alors, je me dis que ça doit être possible pour nous aussi. Même si, malheureusement, nos infectés sont un peu plus violents que des vaches ou des poules atteintes de variole... Mais pense un peu à ce qu'il se passerait si, toi et moi, on participait à mettre fin à cette pandémie... »

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