Médecine moderne [Abel]



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Rajesh Manjrekar
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Lun 22 Mai - 11:54


22 Janvier 2016
Planté devant la porte du laboratoire, Rajesh observait l'extérieur en lissant distraitement sa blouse. C'était ridicule, il ne comptait même pas faire plus qu'une petite balade dans la partie protégée du parc, mais chaque petit pas à l'extérieur le rendait incroyablement anxieux. Il aurait certainement du passer un peu plus de temps à devenir un véritable survivant plutôt que de ne se concentrer que sur ses recherches. D'autant plus qu'après presque un an à plancher sur le sujet, il n'avait toujours pas l'ombre d'une solution en main... D'ailleurs, c'était exactement la raison pour laquelle il se trouvait dans le hall en ce moment, au lieu de se cacher au fin fond de son labo comme il en avait pris l'habitude. Le besoin de prendre l'air après une nouvelle matinée passée à chercher une solution en vain, à lancer des regards assassins à ses notes et à se morfondre sur son incapacité à avancer.

Le jeune homme prit encore quelques secondes pour trouver du courage, se marmonnant des encouragements à voix basse en triturant le pli de sa blouse et il se décida enfin à sortir. Le froid le frappa en plein visage, lui arrachant un frisson. « Allez, Raj, un peu de nerf ! » maugréa-t-il en faisant quelques pas sur la terre battue qui craquait sous son poids. L'endroit était relativement tranquille. Une matinée d'hiver dans le Michigan, ça n'inspirait pas grand monde à sortir se dégourdir les jambes et tant mieux ! Le jeune scientifique s'était peut-être habitué à l'idée d'avoir des compagnons de survie, mais il préférait encore largement être seul et ne pas avoir à faire semblant d'être un type normal pour éviter qu'on le juge.

Pendant de longues minutes, il suivit au hasard les chemins de terre pointant entre les arbres aux branches chargées de neige, laissant ses pensées divaguer comme elles le voulaient. Il continuait de murmurer pour lui-même, parti pour de bon dans les méandres de son esprit, sans plus se soucier qu'on puisse l'observer et se poser des questions sur ce drôle de gars parlant tout seul en faisant de grands gestes avec ses mains, comme s'il était en plein discours devant une assemblée de gens passionnés par ses mots. « ...le problème, c'est que nous n'avons pas pu étudier un infecté depuis longtemps. Le manque de matériel est un vrai problème pour faire une véritable avancée, que voulez-vous qu'on découvre en se contentant de lire des mots griffonnés par un fou sur un bout de papier ? » Un petit rire suivit cette question purement rhétorique, mais le râle qui lui répondit fit relever précipitamment la tête au chercheur et il se retrouva nez à nez avec un malade. Heureusement, les grilles installées par les autres survivants retenait le malade de se jeter sur Rajesh, mais cette simple vision fit accélérer le cœur du jeune homme et il s'arrêta d'un coup pour l'observer avec des yeux ronds.

La plupart des gens qui vivaient ici avaient des noms beaucoup moins optimistes concernant ces créatures : des rôdeurs, des morts, des pourris,... Il en avait entendu tellement. Mais lui continuait de les voir comme des malades, des infectés tout au plus. C'était sa façon à lui de se forcer à les voir comme des gens encore bien vivants, avec les restes d'une âme ou d'une conscience. Des gens qu'il pourrait potentiellement sauver s'il parvenait enfin à trouver un médicament. Une belle motivation, en soit. Sauf que des malades, il en avait vu peu. Cinq, en fait. Ses amis, ses collègues. Des gens qu'il connaissait et pour qui il était difficile de mettre de côté l'affect. Celui qui se trouvait face à lui en ce moment, celui qui se pressait contre cette grille en s'écorchant les doigts pour tenter d'attraper le scientifique, il ne le connaissait ni d'Eve, ni d'Adam. Et il était effroyable. Assez pour que Rajesh sente la panique monter lentement dans ses veines. « Ok, on se calme, mon ami. » lança-t-il d'un ton faussement joyeux au malade. « Je comprends, tu meurs de faim, c'est pareil pour nous tous. Mais regarde-moi, je n'ai plus que la peau sur les os, tu ne ferais vraiment pas une affaire, crois-moi ! » Il se gratta la nuque une seconde en laissant échapper un autre rire nerveux. Le malade ne semblait pas du tout apprécier la plaisanterie.

Ceci dit... Ce malade tombait vraiment à pic. Juste au moment où Rajesh déplorait de ne pas avoir eu de patient à ausculter depuis trop longtemps, voilà qu'il en trouvait un. Il aurait préféré avoir de quoi l'entraver un peu plus qu'un simple grillage, mais bon... Regardant autour de lui, l'indien trouva une branche assez longue qu'il se pencha pour ramasser et il fit quelques pas, prenant une profonde inspiration, pour s'approcher un peu plus du malade. Il ne faisait pas le malin et serrait bien les mâchoires quand il osa piquer le malade une première fois avec son bâton. La réaction ne se fit pas attendre et la victime du bon docteur s'agita, redoublant d'efforts pour se jeter sur lui, d'efforts et de grognements menaçants pour aller avec. Rajesh recula d'un pas, clairement effrayé. « C'est rien, mon vieux, il ne va pas te morde, voyons ! » lâcha-t-il. Et il repartit à l'assaut, continuant d'agacer son patient en pâlissant à vue d’œil à chaque fois que ce dernier réagissait plus violemment à ses taquineries. Tant est si bien que le malade secoua suffisamment la grille pour qu'elle commence doucement à s'affaisser. Oh oh...

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Jeu 25 Mai - 22:32

Winter is coming ! D’ailleurs, winter is déjà bien installé même. Qu’est-ce qu’il fait froid. Heureusement pour moi, je ne suis pas du genre frileux, bien au contraire. J’ai toujours préféré la fraîcheur de l’hiver à la chaleur assommante de l’été. Quoique le Michigan ne soit pas réputé pour ses canicules. Et tant mieux. Mais là, bordel, il fait froid. Je ne sens plus mes orteils. Enfin, nerveusement parlant, bien sûr, parce que si je sortais ces derniers de mes boots, je suis convaincu que je sentirai bien leur odeur. De plus, mes membres inférieurs s’engourdissent. Je devrais sans doute me balader pour faire circuler le sang… De toute façon, j’ai passé assez de temps sur cette chaise, à contempler l’extérieur, et sa palissade de fortune, véritable forteresse anti-cadavres. Et anti-humains, je suppose. Je ne sais pas pourquoi, ils ont tous l’air sur le sentier de la guerre par ici. Est-ce par manque de confiance que l’on ne m’en parle pas ? Ou bien simplement parce que je n’en ai pas grand-chose à faire ? Enfin… Je ne dirai pas ça, bien sûr. Ça m’affecterait tout autant qu’eux si les soucis débarqueraient. Je m’impliquerai, d’ailleurs. Ils peuvent compter sur moi. Mais toute cette politique de survivants, je n’en carre rien. Comment peut-on en vouloir aux vivants pour ce qu’il nous arrive avec les morts ?


Pourtant, je suis bien placé pour les comprendre. Que les tensions soient dû à un tierce groupe, ou bien proviennent de l’intérieur, ça reste la même matière visqueuse, marron, puante, dégoûtante… En résumé, la même merde. Dieu sait que si mon frère se pointe devant moi, il prendrait la pire raclée de sa vie. Et je m’assurerai qu’il ne s’en sorte pas cette fois. Oh mais attends. Ce truc, habillé en blanc qui déambule dans notre « jardin », est-ce Raj ? Intéressant… Ce gars est un mystère. Il est hyper intelligent, mais très peu débrouillard. Et pourtant, il est toujours vivant. Je suis sûr que si je lui donne une boite de conserve et un couteau, il se blesserai en tentant de l’ouvrir. Mais je l’aime bien, Raj. Rien que pour ça, je serai prêt à abattre le premier gogo –mort ou vivant- qui tenterait de nuire à cette communauté.


Il a l’air en pleine crise identitaire. Par besoin de l’entendre marmonner pour le comprendre. D’ordinaire, il ne fout pas une patte dehors sans risquer la crise d’angoisse. Oh oh, le voilà face à un cadavre. Je me relève de ma chaise, saisissant le balai que j’étais censé utiliser pour lessiver le sol, afin de m’en server comme point d’appui. Mais que fait-il ? Pourquoi l’excite-t-il à coup de pique ? Il va finir par en rameuter d’autre… Il vaudrait mieux que j’intervienne. Je m’extirpe de la salle où je me trouvais pour regagner le hall, que je traverse en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, afin de me retrouver à l’extérieur à mon tour. Je préfère observer silencieusement la scène avant d’agir. Ne sait-on jamais, dés fois qu’il découvre que la seule façon de les soigner soit de les tuer… Je me tiens derrière lui, attendant calmement de voir ce qu’il va se passer. Mais lorsque la grille commence à s’affaisser, il n’y a plus de raison de jouer au mime.


Je lâche mon balai, qui dans un fracas de manche vient heurter le sol, avant d’entamer un sprint. Dieu, qu’il fait froid. J’ai l’impression que mes poumons gèlent de l’intérieur. Pourtant, un feu m’anime. J’arrache sa branche de ses mains que je viens planter dans crâne du rôdeur via son orbite oculaire. Si peu d’effort, et pourtant, me voici déjà essoufflé, ressentant la gêne de ma blessure à peine cicatrisée. Toutefois, je ressens un bien-être fou. Et une certaine colère. « Que c’est bon, bordel ! C’est idiot, mais ça m’avait manqué, de faire ça. Mais bon Dieu ! Raj ! qu’est-ce qu’il te passe par la tête ?! Tu veux te faire tuer ou quoi ?! »
Finis-je, en me redressant et me tournant vers mon acolyte. Je constater que le corps est toujours planté à la branche, pendouillant le long de la grille, et exerçant son poids contre celle-ci. Je me saisis de la lance de fortune de mon ami que je tente de retirer. Mais dans un craquement, elle se brise, laissant le cadavre s’écraser au sol, ne restant plus qu’une partie dans ma main. « Tiens. C’est à toi. » Dis-je, en lui tendant le bâton restant.


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Rajesh Manjrekar
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Sam 27 Mai - 18:05

Malgré le sens de l'observation dont il s'était vanté plus d'une fois dans sa vie, Rajesh était encore loin de réaliser réellement ce qui l'attendait. Le malade réagissait avec virulence et il trouvait cela plutôt prometteur. Il s'agissait bien d'une preuve que les fonctions cérébrales de ce malade n'étaient pas si mal, n'est-ce pas ? Sauf qu'il ne semblait pas vraiment se rendre compte des coups qu'il recevait et qu'il n'y avait aucun réflexe ostéotendineux, ce qui n'était pas une si bonne nouvelle que cela pour le chercheur. Et c'était malheureusement tout ce qu'il le préoccupait, raison pour laquelle il fut plus que surpris quand on lui arracha si précipitamment sa branche des mains.

Premier réflexe, Rajesh fit quelques pas en arrière, ouvrant de grands yeux alors qu'il observait Abel enfoncer la branche dans le crâne du malade et qu'il le repoussait pour l'empêcher de s'affaler sur la grille déjà mal en point. Mince alors ! Ça n'était pas très gentil d'arracher à un homme son seul moyen de s'occuper dans ce monde. Il récupéra ce qu'il restait de sa branche en affichant son air surpris et un peu déçu, il fallait bien l'admettre, tout penaud comme un gamin à qui on vient de voler son jouet. « Mais qu'est-ce qui t'as pris de faire ça ? » demanda-t-il après une seconde supplémentaire. « J'essayais de travailler ! » Bon d'accord, il n'aurait sans doute pas fait de découverte incroyable de cette manière, mais... L'observation était une partie intégrante de ses recherches. Du moins, en attendant d'avoir mieux à faire. « Je pensais que la grille suffirait à... le retenir. » Oui, certes, il avait été un peu idiot. Il n'était pas taillé pour ce monde, ce qui était plutôt ironique quand on y pensait, mais personne ne pensait à cela ici, à part lui.

Il releva cependant un regard plus déterminé vers son ami, serrant sa branche de toutes ses forces pour se donner une apparence d'assurance. D'accord,il n'était pas fait pour ce monde, malheureusement, il était obligé d'y vivre et surtout de pouvoir s'y déplacer s'il voulait avancer. Et pour ça, il aurait besoin d'aide. Malheureusement, les gens prêts à lui rendre ce genre de service au labo n'étaient pas vraiment nombreux, son côté savant fou n'attirait pas les foules, il en avait bien conscience. Sauf Abel... Pour une raison ou une autre, le blond semblait l'apprécier. « Est-ce que tu pourrais m'aider ? » demanda-t-il donc. « Si... Si je me décidais à sortir de là. Pour ausculter l'un de ces... euh... Enfin, tu vois ce que je veux dire. » Dans sa tête, Rajesh assumait peut-être pleinement de les appeler et de les considérer comme des malades, mais il savait bien que ça faisait mauvais genre devant les autres. Et s'il voulait qu'Abel accède à sa requête, il se devait de faire un petit effort pour lui prouver qu'il ne les balançait pas tous les deux dans la gueule du loup et qu'il saurait se comporter plus ou moins normalement à l'extérieur. Plus ou moins, oui...

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Lun 29 Mai - 18:31

Mais qu’est-ce qu’ il fait pousser dans son labo à la fin ?! Rajesh était un type formidable. Je dirai même que c’est mon meilleur ami, ces temps-ci, mais le voir agir de la sorte me pousse à me demander sur quel nuage vit-il. Et le pire, c’est que son air penaud, ainsi que sa question pleine de reproche arriveraient à me faire culpabiliser de lui avoir sauver la vie. Mais je suis à la fois en colère, et à la fois inquiet. Je ne peux pertinemment pas lui montrer que je tiens à lui, ça irait à l’encontre de mon code de conduite. Mais j’ai suffisamment d’argument pour lui prouver que c’était une manière stupide de travailler. « Si il y a bien une chose qui me fout en rogne, Rajesh, c’est qu’on mette mes proches en danger ! Et pour le moment, les seuls proches que j’ai sont dans ce laboratoire. Toi et moi y compris ! On n’a pas survécu tout ce temps pour que tu fasses mumuse avec un de ces cadavres, et que tu fasses tomber la grille pour qu’on se fasse tous manger ! » Dis-je, en commençant à perdre mon sang froid. Mais j’ai l’impression qu’à part le culpabiliser, je n’arrive à rien de bon. Il était peut-être temps d’exposer une de mes faiblesses, pour lui faire comprendre une bonne fois pour toute pourquoi j’ai agis de cette manière, et pourquoi j’agirai encore ainsi, si je le devais. « J’ai pas envie de vous voir crever. Voilà pourquoi je pète les plombs de la sorte. Et je n’ai surtout pas envie de voir l’un de mes seuls amis faire face à un tel danger. » C’était dit.

Mais je le vois, avec sa détermination scientifique, et son petit air tout mignon de chat battu, relever la tête et me demander de l’accompagner dehors pour qu’il fasse ses expériences. Deux opportunités s’offrent à moi. Je l’envoie sur les roses en beauté, car c’est à la fois stupide et inconcevable de faire une chose de la sorte. Ou bien je décide de l’accompagner. Bizarrement, je suis tenté par la seconde hypothèse. Je dois avouer que sur ce coup-là, mes arguments se retournent contre moi. Oui, c’est stupide, d’imaginer trouver un remède, mais peut-être pas tant. Si l’on sort, j’ai une chance infime de trouver une trace de ma nièce. Et puis si sa seule découverte scientifique est que se sont juste des morts qui marchent et ne pensent qu’à bouffer, il comprendra de lui-même qu’il n’y a rien d’autre à faire ! Et au meilleur des cas, il trouve un remède, rétablissant une vie normale dans le monde, ce qui entraîne un retour des matchs des Red Wings de Détroit à la TV. Ou plutôt ce qu’il en reste… Il n’y a plus qu’à espérer qu’ils arriveront enfin à remporter une victoire !

Je retourne la phrase que je m’apprête à lui dire plusieurs fois dans mon esprit, essayant de trouver les mots justes. Lorsqu’elle me semble prête, je rouvre mes yeux : « Ok. Je veux bien. » Je lui laisse un moment pour réaliser qu’il a mon accord avant de reprendre : « Mais sous quelques conditions… Tu fais exactement ce que je te dis, lorsque je te le dis. Si j’estime que le danger est trop grand pour que tu continues à t’amuser avec les morts, tu te replies sans discuter. Si j’abats ton cobaye alors que tu es en train de… je n’en sais rien… L’examiner, tu l’accepte sans discuter. Et lorsque je dis qu’on rentre, on rentre. Et dis-toi bien que si je dois user de la force pour ramener tes petites fesses d’indien dans ce labo, je le ferai ! Si tu n’es pas d’accord avec l’une de ces conditions, fais-le savoir, ou bien tu te tais à jamais. » Tiens, j’ai sûrement piquer la dernière phrase à un mariage.

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Rajesh Manjrekar
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Jeu 1 Juin - 9:32

Le problème avec le fait de ne jamais avoir vraiment côtoyé de malades ces derniers temps, c'est que Rajesh sous-estimait sans doute de beaucoup leur dangerosité. Il voyait la colère d'Abel sans réellement la comprendre. Après tout, son ami venait de se débarrasser de cette menace avec une certaine facilité, non ? Et pourtant, il semblait dire que le chercheur venait de risquer la vie de tout le monde, mais ça ne faisait pas écho avec ce que ce dernier connaissait de ce monde. Pour lui, cette épidémie était bien trop théorique pour être vraie. Il en voyait les traces, il ressentait la culpabilité du survivant en voyant toutes ces personnes malheureuses, arrachées à leur vie d'avant à cause d'une pandémie dont on ne savait pas grand chose, mais il avait un mal fou à faire le pas entre les échantillons et les notes qu'il étudiait dans son bureau et la réalité de ce monde qui effrayait tant de gens. « Je suis désolé, Abel. » s'exprima-t-il donc après la tirade pleine de fiel de son ami. Mettre en danger les habitants de ce lieu n'avait jamais été son intention et il comprenait désormais une chose importante : il était devenu primordial qu'il comprenne réellement ce qui se jouait dehors. Plus de manière théorique, non, il fallait qu'il en fasse l'expérience, qu'il en comprenne l'urgence et qu'il y trouve la motivation de changer les choses. La peur pouvait devenir un moteur important.

Raison pour laquelle, en partie, il demanda à son ami de l'accompagner dehors. Tout seul, il n'y arriverait jamais. Peut-être Cale n'aurait-il aucun mal à le laisser sortir seul, avec un certain espoir au fond de lui de ne jamais revoir sa fichue tronche de scientifique dérangé, mais il n'y avait aucun doute à avoir à ce sujet : il ne survivrait pas deux minutes seul à l'extérieur. Abel, d'un autre côté, semblait la personne idéale ici pour l'aider. Il l'était l'un des rares survivants à respecter réellement le chercheur et il semblait parfaitement capable de s'en sortir aux yeux de Rajesh. Et même si le charabia scientifique de l'indien devait le dépasser ou peut-être l'agacer quelques fois, il paraissait quand même toujours enclin à laisser une chance à son ami.

Aussi dès qu'Abel accéda à la requête de Rajesh, ce dernier ne put retenir un grand sourire d'étirer ses lèvres. Il y avait tout un tas de conditions visiblement non-négociables qui venaient avec cet accord, mais rien ne suffisait à défaire le jeune homme de sa joie. Et il écoutait chacune d'entre elles en acquiesçant d'un signe de tête vif et enjoué, serrant le morceau de bois entre ses doigts pour contenir un peu son excitation... et sa crainte. Oui, l'idée de sortir se concrétisant, il commençait à avoir un peu peur. Et s'il faisait erreur ? Et s'il n'était pas capable de faire plus de deux pas hors des remparts du laboratoire et qu'il se sentait soudain pris d'une envie irrépressible de faire demi-tour pour rentrer ? Eh bien, tant pis, probablement. Il aurait fait perdre du temps à une personne bien plus utile que lui aux yeux des survivants et cela ne ferait qu'ajouter à la dette déjà immense qu'il avait envers eux. « Pour tout te dire, j'aurais peut-être bien besoin que tu en tues un pour moi... » lâcha-t-il, déjà plongé dans ses réflexions. C'était une occasion unique de faire des recherches qu'il n'avait pas encore osé depuis un moment. Le seul patient que l'armé l'avait autorisé à avoir entre les mains autrefois venait tout juste d'être infecté et dès lors qu'il était mort sur son lit d'hôpital, un militaire l'avait abattu et le corps avait été brûlé sans qu'aucun des six scientifiques présent sur place ne soit autorisé à le toucher. En fait, maintenant qu'il y pensait, Rajesh se souvenait aussi que quelques jours après la mort de ce premier patient, le laboratoire avait été évacué soudainement et par la force. Ce qui était arrivé par la suite dans le bunker, il continuait de refuser de s'en souvenir, mais après tout ce temps.

« Mais... » Il releva les yeux vers son ami avec une certaine précipitation, tentant un nouveau sourire pour éloigner des pensées qu'il ne souhaitait pas avoir. « ...J'obéirais aveuglement à tes ordres et toutes les observations que j'aurais à faire sur un patient encore...vivant... je tâcherais de les faire d'aussi loin que possible. » assura-t-il en retrouvant un peu de sa vivacité. « Je me demande s'il serait possible de les paralyser...Un sédatif n'aura aucun effet, mais peut-être qu'en neutralisant le cortex moteur, ça suffira...Pourrons-nous y aller dans trois jours ? J'ai besoin de préparer mon matériel avant toutes choses. On partira tôt le matin pour avoir le temps de faire ce qu'il faut. On est même pas obligé d'aller très loin, l'idéal serait juste qu'on puisse en coincer un dans une sale close. »

HRP:
 

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Sam 10 Juin - 2:45

Pourquoi est-ce que je me sens coupable en voyant me demander pardon ? Il aborde tout de manière scientifique qu’il en oublie parfois qu’un monde l’entoure. Je l’envie par moment. J’aimerai pouvoir prétendre que rien a changé, que je peux continuer à vivre. Certes de manière dégradé, mais parfois, j’ai l’impression qu’il n’est pas un survivant dans son esprit. C’est pourquoi je ne peux refuser de l’accompagner. Si seulement il avait une petite idée de ce qu’il y a dehors… De la difficulté de la réalité. J’imagine qu’il va vouloir étudier les morts. J’aimerai tellement le jeter face à l’horreur et lui dire de se débrouiller. Mais ça n’est pas dans ma nature. Ce genre de comportement est réservé à mon frère. Je suis le bon Jonasson. Lorsque je le vois manifester de la joie rien qu’à l’idée que je l’accompagne dehors, mes hypothèses se renforcent. Il a vu l’horreur mais il la fragmente dans son esprit. Ça ne peut arriver que chez les autres. J’approche cette idée de sortie avec bien plus d’anxiété. Je tente de le refroidir avec mes ordres, mais ça n’a guère l’air de marcher. Il remue la tête comme ces chiens que l’on met sur les plages arrières des voitures. Si mes mots ne font pas effet, il semble pourtant réaliser que le danger le guette à l’extérieur. Il s’assombrit quelque peu. J’aime ça. Non pas de voir ses espoirs se détruire. Mais si je veux réellement aider une personne dans cette survie, il faut qu’elle prenne conscience qu’elle et elle seule est maître de son destin. Et que sa survie lui est propre. J’ai bien réussi à faire de ma nièce une véritable machine de guerre. Elle est devenue plus encore plus coriace que moi. Je suis sûr que j’arriverai à faire quelque chose de Rajesh.

« Tu as besoin que j’en tues un, mais si on sort à découvert, tu vas devoir te salir les mains aussi, Rajesh. Et il va te falloir autre chose qu’une brindille. J’essayerai de te trouver un truc quand je commencerai à sortir. » Cela me semblait logique. Il me fallait moi-même du temps pour me réadapter à ce monde, après avoir été mis hors d’état de nuire par mon frère. D’autant plus que je n’ai pas récupéré totalement encore. Certains mouvements me sont interdits. J’espère juste que rester enfermé ici ne va pas me ramollir.

Mes propos glissent sur lui comme de l’eau sur les plumes d’un canard. Je retiens difficilement un soupire. Raj’, pitié. Et le voici à me parler de cortex moteur et autre terme incompréhensibles pour le commun des mortels. Si seulement on pouvait me venir en aide. Il voulait y aller dans trois jours. Je lève les yeux au ciel. « Donne-moi une semaine pour préparer l’escapade. Et oublie l’idée de les paralyser. C’est une mauvaise idée. Si tu veux qu’ils ne soient plus dangereux… Eh bien j’imagine qu’à part éclater leur bouche et arracher leur bras, il n’y a pas d’autre solution… Je vais te préparer le terrain, ok ? » Dis-je en le regarde avec beaucoup d’inquiétude. S’il panique alors qu’il faut se faire discret ? Certes, j’y passerai et lui aussi, mais… Clarice dans tout ça ? Et pourquoi je me surprends à penser à elle ? J’ai envoyé cette petite en éclaireuse dans des endroits trop étroits pour moi… Je suis si ingrat que ça ? Sans doute.

« Et arrête de me regarder comme si j’étais un… Un héro ou je ne sais quoi ! Tu es conscient que je t’emmène vers ta propre mort dehors ?! Rah tu m’énerve avec ton sourire béat. T’as gagné Raj’. Mais je ne déconnais pas pour ta branche. Il te faut un truc beaucoup plus sérieux que ça. Tu te sens à l’aise avec quoi ? Les couteaux ? Les battes ? Les… je n’en sais rien moi… Les clubs de golf ? » Je suis surtout énervé après moi. Et voici que ma plaie me lançe de nouveau. Une légère grimace déforme mes traits, mais je renfloues la douleur sur une colère dirigée vers moi-même.

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Lun 12 Juin - 10:55

De ses grands yeux noirs, Rajesh regardait tour à tour l'homme face à lui puis le morceau de branche morte dans ses mains, en réalisant petit à petit ce que lui disait son ami. En tuer un lui-même ? C'était logique d'un point de vue purement pragmatique et le scientifique faisait évidemment partie des gens appréciant la logique et le pragmatisme. Car sincèrement, qu'y avait-il de plus agaçant au monde que quelque chose ne suivant pas très exactement les lois établies par la Nature ? Et Dieu sait que la Nature était la plus cruelle logicienne de ce monde. Mais... Tuer un infecté, c'était... Déjà, probablement pas très possible avec ce morceau de bois, effectivement. Même si Abel s'en était plutôt bien sorti quelques minutes plus tôt, il disposait d'une expérience faisant encore défaut à l'indien. Mais surtout, c'était une idée qui l'horrifiait. N'avait-il pas déjà fait assez de mal comme ça ? « D'accord, je... ferais de mon mieux. » répondit-il quand même à l'explication plutôt agacée de son ami. Il ne s'imaginait pas une seule seconde s'y résoudre, mais ça n'avait aucun intérêt d'en parler maintenant, pas vrai ? Abel changerait d'avis et c'était hors de question pour Rajesh.

Le scientifique tâchait donc de se concentrer sur ce qui lui semblait important à lui. Peut-être était-il totalement à côté de la plaque, probablement même. Mais... Il ne connaissait pas la réalité de l'extérieur. En entendre parler et le vivre personnellement, c'était totalement différent. Abel le jugeait très clairement, ça s'entendait dans le ton de sa voix, ça se voyait sur les traits renfrognés de son visage, il prenait Rajesh pour un idiot probablement et il n'avait peut-être pas tout à fait tort, mais... Mais Rajesh connaissait ce poison mieux que quiconque dans ce monde, sans aucun doute. Pour lui, quand il pensait à ce fléau, il ne voyait pas la mort, les cadavres, la souffrance. Il voyait une petite bactérie, un organisme réel, palpable, dont il connaissait le mode de fonctionnement et dont il essayait de comprendre les mécanismes depuis des mois. Il devenait cette bactérie pour mieux la cerner. Et elle était si petite... une petite orbe crénelée capable de détruire la vie. N'était-ce pas totalement fascinant ? Bien sûr qu'il fallait en avoir peur. Mais... Il n'arrivait pas tout à fait à ressentir cette crainte en voyant les infectés. Il ne ressentait qu'une profonde admiration, un besoin vital de comprendre, de savoir. Et, finalement, il arrivait parfois à anticiper le sentiment de satisfaction intense qu'il ressentirait quand, un jour, il parviendrait à détruire cette chose. Aucun complexe divin ici, seulement le plaisir, la fierté, d'avoir trouvé la solution à une énigme ayant mis à mal le monde entier. Abek pouvait juger le jeune indien autant qu'il le voulait, Rajesh se satisfaisait pour le moment très bien de la façon dont il voyait ce fléau. Et il méritait amplement d'être jugé, quoi qu'il en soit.

Tout cela occupait les pensées du chercheur, dont le regard brillant s'était posé sur le cadavre allongé dans les feuilles mortes, tandis que son ami lui prodiguait quelques conseils, quelques mises en garde, qu'il entendait d'une oreille distraite. Jusqu'à ce que ses yeux brillants de joie ne se relèvent vers le blond, qui confondit cette lueur toute tournée vers son puzzle pour de l'admiration à son encontre. Rajesh secoua la tête pour chasser ses pensées. « Euh... Pas un club de golf, non... Pourquoi pas... J'en sais rien, un pied-de-biche ? T'en penses quoi, ça ferait l'affaire ? » répondit-il à la question du blond. Une arme... Il avait déjà le revolver gracieusement offert par l'armée américaine, dans le seul but qu'il puisse mettre fin à ses jours si la situation tournait mal dans le bunker, ce qu'il n'avait compris que tardivement, quand son premier collègue s'était retrouvé infecté par la maladie. Mais Rajesh, lui, s'en était sortie sans avoir besoin de se tirer une balle dans la tête. Pourtant, il conservait cette arme et l'unique balle dans le barillet. Elle était toujours près de lui, rangée dans un tiroir dans sa chambre. Et un jour ou l'autre, s'il en avait besoin, il comptait bien l'utiliser de la manière dont elle avait été prévue par le gouvernement.

De nouveau, les pensées de l'homme commençaient à divaguer et il se força à retrouver sa conscience et à la fixer sur le blond. « Merci, Abel. » lâcha-t-il à voix basse. « Je sais que tu me prends pour un dingue et que tu ne comprends pas tout ce que je fais. Mais je te remercie sincèrement d'être de mon côté quand même. Si je parviens un jour à trouver une solution, je te le devrais réellement. » Sa voix avait gagné en intensité, le moment commençait peut-être même à devenir un peu gênant. Mais ça lui semblait plus que nécessaire. Il devait des remerciements à cet homme. À chacun des habitants de ce laboratoire, qui continuaient de le laisser faire ses recherches, de le nourrir et de le soutenir de près ou de loin. Plus le temps passait, plus le jeune chercheur s'attachait à ces hommes et à ces femmes tellement courageux. Et plus il se sentait mal de leur cacher le plus important. « Une semaine, alors ? Je vais me préparer et je te promets que je ferais de mon mieux pour ne pas nous faire tuer. Mais il faut que j'étudie un infecté, je n'avancerais jamais si je ne comprends pas comment fonctionne cette maladie, tu comprends ? » Même s'il ne comprenait pas tout à fait, il comprenait assez pour accepter d'aider Rajesh, en tout cas, et c'était suffisant pour le moment. « Allez, viens, retournons à l'intérieur, il fait vraiment froid ! » Il adressa un sourire joyeux à son ami avant de se détourner pour retourner vers le labo.

*

Une semaine. Ça lui avait semblé une éternité. Sept jours entiers à se préparer, à théoriser sur cette sortie, sa première en territoire ennemi. Rajesh avait rassemblé tout le matériel possible pour se rendre dehors. Et si la plupart de ses colocataires empruntaient plutôt de la nourriture ou des armes quand ils décidaient de sortir, le sac du scientifique, lui, n'était rempli quasiment que de tubes à essai, d'aiguilles et de scalpels. Il avait bien fait l'effort d'emporter quelques choses plus utiles à un vrai survivant, mais ça n'était vraiment pas ce qui l'intéressait aujourd'hui.

L'indien s'était levé incroyablement tôt le matin de la sortie. Stressé, impatient, excité et effrayé, il n'arrivait tout simplement pas à tenir en place. Il avait donc passé un long moment à vérifier ses affaires pour la centième fois de la semaine et puis, habillé de son éternelle blouse blanche, sac sur le dos et paires de gants en latex dépassant de sa poche, il avait arpenté le hall du laboratoire pendant des siècles, répétant à voix basse les étapes qu'il avait prévu, les expériences qu'il souhaitait faire. Et même quelques extraits de son manuel de scout glissé dans une poche de son sac. Il avait eu le droit -ou l'obligation- d'ajouter un pied-de-biche à son inventaire personnel et l'objet en métal reposait dans l'une de ses mains, qu'il s'amusait à lever parfois devant lui pendant qu'il faisait les cent pas, quand il arrivait à un point essentiel de ses paroles comme pour ponctuer son discours. Exemple typique de sa folie habituelle, qui l'avait si souvent poussé à être exclu des groupes de gens plus 'normaux'. Ici, on s'était habitué à le voir parler tout seul et puis, la plupart des habitants des lieux dormaient encore.

Un sourire joyeux étira les lèvres du scientifique quand, alors qu'il était en plein demi-tour après que ses pas l'aient porté jusqu'à la porte, il se retourna et fit face à l'homme qu'il attendait et qui serait son guide et son soutien pour la journée. « Abel ! Bonjour ! Comment tu vas ? Prêt pour notre grande aventure ? » Rajesh aurait aimé se montrer un peu plus discret, mais il ne parvenait pas à cacher ce mélange perturbant de bonne humeur et d'angoisse profonde. Il avait toute confiance en son ami pour l'aider à rester en vie, mais ça restait sa première vraie sortie. La première fois qu'il verrait ce qu'était devenu le reste du monde après avoir été frappé par le chaos. Faire semblant d'être uniquement excité par cette perspective était un moyen comme un autre de se protéger. Entretenir l'image du scientifique fou, plutôt que d'assumer pleinement qu'il n'était qu'un peureux et un lâche.

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Mer 14 Juin - 20:35

Lorsque je lui proposais des armes, Rajesh se permettait de faire la fine bouche, ce qui devait me valoir un air exaspéré. Je prenais note qu’il voulait un pied-de-biche en émettant toutefois une remarque à ce sujet « Si tu optes pour ça, méfies-toi de l’accroche. Elle a tendance à rester planter dans le crâne des rôdeurs et… En bref, ça bloque ton arme et c’est dégueulasse. J’aurai choisi un truc tranchant ou pointu, mais je verrai bien ce que je te trouve. Ce n’est pas comme si je pouvais me procurer ça dans un supermarché, après-tout. » Il suffit que j’accepte sa demande pour qu’il me fasse une déclaration d’amour, et si je n’avais pas été aussi tendu, j’en aurai sûrement rigolé. Je l’écoute faire son laïus. C’était assez gênant et maladroit, mais venant de Rajesh, c’était plutôt mignon. Je camoufle un sourire en coin par un regard faussement sérieux. « Quand t’auras finis ta déclaration d’amour, tu réaliseras que oui tu es complétement taré de vouloir sortir pour trouver une bactérie. Mais étant donné que tu m’as sauvé la vie et que tu es mon ami, c’est mon devoir de t’accompagner dans ta folie. Du coup, je dois être encore plus dingue que toi. Quoiqu’il en soit, si tu trouves quelque chose, n’oublies pas de dire mon nom lorsque tu recevras le prix Nobel ! » Je lui fais un clin d’œil. J’estime que la situation a réussi à se dégonfler d’elle-même. Ou en tout cas qu’il soit moins mal à l’aise.

Je lui donne la suite des directives à prendre, notamment en terme de dates. Ça semble lui convenir. Ne manquerait plus qu’il fasse encore des caprices. J’espère qu’il va respecter le deal jusqu’au bout et respecter mes ordres lorsque l’on sera sur le terrain. Je ne me sentirais pas capable de l’abandonner, même face à une horde. Je n’ai pas envie de crever pour une découverte scientifique. Lorsqu’il me demande si je comprends, j’acquiesce. J’avais envie de lui dire que je l’admire. Il a une quête, un but, une raison de vivre. Et il l’aura jusqu’à ce que l’énigme de cette épidémie soit résolue. Ce qui me fait peur, c’est qu’il ne voit le monde qu’à travers son microscope. J’aimerai vraiment qu’il devienne un survivant autonome et qu’il puisse mener à bien sa quête. Comment fera-t-il lorsque tout le monde autour de lui sera mort ? Il nous propose de rentrer, j’accepte en lui faisant signe de passer à l’avant.

*

Une semaine s’était écoulée. J’avais réussi à sortir quelque peu, et me trouver une nouvelle arme. Et si je devais dénombrer les rencontres que j’avais faites en si peu de temps, la liste serait longue. Mais j’avais à l’esprit la jolie Samara. Si seulement elle vivait ici et que j’étais sûr de nos sentiments mutuels. Oh vague à l’âme, quand tu nous tiens. Une semaine on ne peut plus chargé. J’étais allongé sur mon lit, roupillant, et reposant mon corps encore fragilisé par ma plaie. Je suis presque sûr que je ne ronfle pas, en temps normal. Hormis lorsque Simba bloque mes voies respiratoires, venant de se rallonger son mon visage. Je me réveille en sursaut, poussant l’écureuil qui retombe sur ma couverture, un peu plus loin. « J’aurai-dû te manger plutôt que de te garder.» dis-je au petit rongeur qui me regardait avec le même regard endormi que moi. Ma voix était rauque. Je m’installe sur le lit pour rester assis et me frotter les yeux pour me réveiller. Simba vint se poser sur mon épaule pour faire un semblant de toilette. Je crois qu’un café me ferait le plus grand bien.

Je m’extirpe du lit, enfilant mon jean. J’attrape mon t-shirt que je garde dans ma main, et me dirige vers la sortie de ma chambrée. Je rejoins la salle commune, espérant y trouver de quoi me faire une boisson chaude. Je vois Rajesh, faisant les cent pas. Ce dernier ne me voit pas sur le coup. Mais lorsque ce fût le cas, je compris aussitôt pourquoi il était aussi excité. Ma promesse faite la semaine passée… J’aurai dû me taire. Simba saute de mon épaule pour atterrir sur une table, puis le sol, avant de rejoindre une fenêtre et regarder l’extérieur. Je profite d’être libre pour enfiler mon t-shirt. « Euh… ça va et toi, Raj’ ? Bien sûr que je suis prêt… Enfin… Je le serai dans… Trente minutes, ça te va ? Je veux juste avaler un truc, n’importe quoi, qui pourra me réveiller, puis de m’habiller un peu plus, d’attraper mes affaires. Ouaip. Pas plus de trente minutes, je confirme. » Je me dirige vers l’une des étagères et attrape ce qui ressemble de loin à une tasse. J’avise le fond de café qu’il reste. Je m’en sers et constate que c’est bien tiède tout ça. Je m’allume une cigarette et me tourne de nouveau vers Rajesh « Tu as déjà réfléchis à une zone à fouiller ? Ou tu me fais confiance ? » En attendant ma réponse, je sirote mon café et crapote sur ma clope.

Après une discussion sur les derniers points à aborder, j’honore ma promesse et retourne dans ma chambre me préparer, en profitant même pour me passer un coup d’eau sur le visage. Je m’équipe de mes armes, de mon sac et de ma patience avant de retrouver Raj’ dans le hall, prés à sortir. Je lui tends le couteau que j’avais troqué avec LeÏa. « Tiens. Je te prête ça au cas où. Tu me le rendras lorsque l’on sera rentré. Mais je préfère savoir que tu as de quoi te défendre. Tu es prêt à mourir l’ami ? Car ça va surement nous arriver ! »finis-je en riant avant d’ouvrir les portes.


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Rajesh Manjrekar
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Ven 23 Juin - 14:11

Rajesh avait un mal fou à cacher son état émotionnel, ce matin. En même temps, il s'agissait quand même de sa première vraie sortie de ce laboratoire, c'était un grand moment, pas vrai ? Alors oui, il semblait surexcité contrairement à Abel qui lui n'avait pas vraiment l'air heureux de cette balade ou de voir son ami presque monté sur ressorts. « Ça va très bien ! » assura le scientifique à l'homme qui lui proposait déjà d'attendre encore trente minutes. Rajesh hocha la tête pour toute réponse et observa son ami s'éloigner quelques secondes avant de recommencer à faire les cent pas dans le hall. Oui, effectivement, il était tout excité à l'idée de sortir enfin de cet endroit pour marcher dans les rues, même si Abel faisait tout son possible pour lui rappeler à quel point ce serait dangereux, quelle mauvaise idée c'était et qu'ils allaient mourir aujourd'hui. Mais ça n'était pas tout, hélas. Il avait peur aussi. Il avait bien le droit, non ? Qui n'aurait pas eu peur à sa place ? C'était sa première sortie, après tout. Et si Abel disait vrai ? Pourtant, beaucoup de gens ici sortaient sans arrêt et ils revenaient toujours. Et pour éviter de succomber à la panique, Rajesh faisait son possible pour sembler un peu plus content qu'autre chose, quitte à devoir assumer la désapprobation de son guide toute la journée.

« Je te fais entièrement confiance ! » répondit-il à nouveau lorsque Abel s'adressa de nouveau à lui. « Je ne connais pas bien cette ville, alors du moment qu'il y a un infecté et un endroit tranquille, je prends. » Même la route entre le laboratoire et la chambre d'hôtel gracieusement offerte par le gouvernement quand il travaillait encore pour leur compte, il ne l'avait jamais fait seul, toujours flanqué d'une voiture et d'un chauffeur lui aussi à la solde de l’État... Il n'était même pas certain de pouvoir retrouver son chemin vers le labo s'il se contentait de sortir dehors et de marcher tout droit pendant une heure. Bon, peut-être qu'il exagérait un peu, mais Détroit restait une ville parfaitement inconnue pour lui et sans GPS, il préférait confier la destination à quelqu'un de plus habitué.

Finalement, Abel disparut de nouveau dans les escaliers menant aux étages supérieurs et Rajesh retourna à ses réflexions personnelles, repassant en revue tout ce qu'il comptait faire, tout ce qu'il avait préparé au cours de cette longue semaine. Il connaissait la théorie par cœur, chaque étape, et il arrivait même à s'imaginer le faire pour de vrai, même s'il oubliait sans doute de prendre en compte tout ce qui pouvait mal tourner dans ses expérimentations. Le temps que le blond ne termine de se préparer, le chercheur prit même le temps de vérifier une nouvelle fois son matériel, allant jusqu'à tester son stylo pour s'assurer qu'il écrivait toujours. Il était prêt et de moins en moins serein quand son ami revint près de lui et lui colla un couteau entre les mains. Rajesh l'attrapa pourtant sans rien dire et passa quelques secondes à regarder ses deux mains, chacune tenant une arme. C'était étrange et le fait qu'Abel annonce une fois de plus qu'ils allaient mourir fit grossir la boule qui commençait à se former dans son ventre. « Je t'en prie, arrête de dire ça, tout va bien se passer ! » lâcha-t-il en prenant le ton le plus détaché qu'il ait en magasin. Ça ne rendait pas très bien, mais bon... Il allait faire attention, il l'avait promis et il refusait de mourir aujourd'hui. Tout comme il refusait de risquer la vie d'Abel, d'ailleurs. Tout se passerait bien.

Il en était un peu moins convaincu quand ils se retrouvèrent dehors pour de vrai, mais il ne fit aucune remarque et resta même prodigieusement silencieux tant qu'ils étaient encore dans l'enceinte du parc autour du laboratoire. Pourtant, c'était le terrain qu'il connaissait le mieux et qui bénéficiait encore de la protection du groupe. Il ne se décida à reprendre la parole que quand ils se retrouvèrent seuls dans une vraie rue et que le scientifique se sentit de plus en plus angoissé à l'idée d'être réellement dehors. Et comme chaque fois qu'il se sentait en état de stress, la seule chose capable de le calmer était la logique froide et les faits, sans sentiments, sans rien de subjectif et d'effrayant. « Tu savais que le premier vaccin a été créé au 18eme siècle ? » demanda-t-il de sa voix presque tremblante. Comme si Abel en avait quoi que ce soit à faire de cette histoire... Mais ça ne suffisait vraiment pas à le convaincre de se taire et puis, ça l'aidait à continuer d'avancer au lieu de tourner de l’œil maintenant, alors... Au moins, il parlait à voix basse, évitant d'attirer trop l'attention sur eux, mais il en avait réellement besoin. « C'est un médecin anglais qui a découvert que les fermiers en contact prolongés avec des vaches atteintes de varioles bovines ne contractaient jamais la maladie. Du coup, il a commencé à pratiquer des petites scarifications sur les bras de ses patients, dans lesquelles il déposait ensuite du pus de la vache infectée. C'est comme ça qu'à eu lieu la plus grande découverte de notre monde, t'imagines ? »

Bon cette histoire était peut-être un peu écœurante, dans le fond, mais Rajesh ne la racontait pas totalement pour rien non plus. Il avait une certaine idée derrière la tête ou du moins, un genre de raisonnement en lien avec le présent, même si ça n'intéressait toujours pas Abel, probablement, et il ne se gêna pas pour le partager. « Ce que je veux dire, c'est que même au 18eme siècle et bien avant d'ailleurs, ils arrivaient à empêcher des épidémies avec presque rien, tu vois... Alors, je me dis que ça doit être possible pour nous aussi. Même si, malheureusement, nos infectés sont un peu plus violents que des vaches ou des poules atteintes de variole... Mais pense un peu à ce qu'il se passerait si, toi et moi, on participait à mettre fin à cette pandémie... »

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Dim 25 Juin - 11:38

Comme je m’en doutais, Rajesh se repose sur moi pour cette expédition. J’assure sa sécurité, je choisi l’endroit, je donne les ordres… En fait il est juste un colis à amener d’un point A à un point B, et le ramener entier. Ça me va parfaitement. Je file me préparer et revient vers lui une fois fait, le mettant de nouveau en garde. Je pense qu’il commence à l’assimiler, et n’a pas l’air sincèrement rassuré, même s’il affirme le contraire. C’est une bonne chose. « Ok. Je me tais. J’ai une petite idée pour que tu puisses travailler à l’abris. Il va falloir marcher. Plus tôt parti, plus tôt revenu. J’ai promis à Clarice que ce soir je m’occuperai de vérifier qu’elle n’a pas de pou. » Je me tourne vers la porte en me disant que je devais être sacrément maso pour me jeter de nouveau dehors, alors que ça ne faisait même pas une semaine que j’avais retrouvé ma petite chérie.

Les premières minutes de notre trajet furent agréables : il se taisait. Mais lorsque l’on fut assez éloigné du labo, le moulin à parole se mit en route. Le sujet principal de cette conversation à sens unique ? le premier vaccin. Je lève les yeux au ciel, prenant sur moi et n’écoutant que d’une oreille son discours. La science a créé des vaccins, mais combien de maladie a-t-elle été créé en plus de cette épidémie de mort-vivants ? Parle-t-on du sida ? Ou des expériences mener sur l’Ébola ? S’il est normal que la science répare ses conneries, n’y avait-il pas non plus une intervention divine ? Dieu ne nous dit-il pas que l’on a assez fait mumuse et qu’il est temps de s’en mordre les doigts pour mériter notre place au paradis ? « Rajesh… ? Tais-toi. » Je ne voulais pas être désagréable, mais un discours sur le vaccin avait pour effet de m’endormir. « Il y a encore une semaine, les seuls sujets qui m’intéressaient étaient les femmes et une potentielle piste pour retrouver Clarice. Maintenant, ce qui m’intéresse c’est le bien-être de ma nièce. » Et retrouver Samara en toute discrétion. Il s’en était passé, des choses en une semaine. Devais-je me confier à quelqu’un ? Si c’est le cas, je vais sûrement profiter de cette mission pour en parler à Rajesh.

Après une bonne vingtaine de minutes de marche, on arrive au quartier marchand où Samara et moi l’avions fait. La boutique geek était l’endroit idéal pour de multiples raisons : on peut s’y enfermer, il y a un bon renforcement avec le volet métallique roulant, la luminosité est suffisante pour y voir clair sans avoir besoin d’éclairage d’appoint, et je voulais récupérer un truc pour Clarice que j’avais oublié l’autre jour. Je lui désigne le magasin et lui dit « On va là. » On s’approche de l’endroit et je jette un coup d’œil pour vérifier qu’il n’y a rien qui bouge là-dedans. J’entre avec lui, fermant le volet roulant derrière moi. J’avise le tas de peluches où nous l’avions fait, ainsi que l’étagère sur lequel elles reposaient avant que je la fasse tomber. Je revois la vitrine brisée d’où venait mon anneau sacré du seigneur des anneaux. Je caresse du pouce la bague située à mon annulaire. J’espère qu’il ne prêtera nulle intention au préservatif usager situé derrière le comptoir. « Le temps que tu prépares ton matériel, je vais te chercher un rôdeur. N’ouvre le volet que si je te le demande, sinon, profil bas, ok ? »

Je fais chemin inverse, me dirigeant vers la sortie. J’ouvre le volet à moitié pour le refermer aussitôt et me mettre en quête d’un mort, que je repère assez facilement. C’en était un devant lequel nous étions passés, pendant que Rajesh parlait de son vaccin. Il nous avait suivi, par chance. Et lui lui manquait un bras. Un risque en moins. J’avise ce qui se trouve autour de moi et remarque le cadavre de rôdeur que j’avais refroidi il y a quelques jours. Je retire ses chaussures et récupère ses chaussettes que je roule en boule. Je récupère aussi les lacets. Il va falloir faire vite.

Je me redresse, m’approche du mort et lui assène un bon coup de pied dans le genou pour le faire tomber sur le dos. Aucun doute, si Rajesh me voyait faire au travers de la vitre, il ne serait pas d’accord avec mes méthodes, mais je devais éliminer toutes menaces : griffures et morsures. J’attrape ma hachette pendue à ma ceinture, et d’un coup net et précis, je sépare la main du corps pourrissant. Ça s’est fait. Il semble excité ce cadavre. Je me baisse, bloquant son thorax avec mon genou, et fourre la paire de chaussette dans sa bouche, recouvrant ainsi ses dents pourries. Je fais un nœud avec les lacets, allant de la nuque du mort jusqu’à l’avant, m’assurant de la sorte qu’il ne recrache pas les chaussettes. Je me relève, aidant au passage le mort à faire de même. Je maintiens une pression sur sa nuque pour éviter qu’il tente de me mordre, et le forçant à avancer. De soi moignon, il tente de me blesser, mais en vain. A part barbouiller mon épaule de sang putride, il ne parvient pas à faire grand-chose.

Je me ramène devant la boutique de jeu et frappe à la porte en m’annonçant « C’est bon, Raj’, ouvre, c’est moi. J’ai un mort en pas trop mauvais état… »


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Rajesh Manjrekar
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Mar 27 Juin - 11:00

Visiblement dépité, Rajesh baissa les yeux pour cacher la tristesse sur son visage. Il se doutait qu'Abel ne cherchait pas à le blesser, pas sciemment en tout cas, mais son discours avait un côté vraiment désagréable, ramenant le jeune chercheur à une époque bien plus douloureuse, quand le monde tournait encore rond et qu'il était ce garçon étrange et beaucoup trop bavard. L'homme excentrique qu'on ne respectait pas vraiment, dont on se moquait surtout et qui vaquait seul à sa vie aux États-Unis, en faisant de son mieux pour emmagasiner le plus d'informations possibles sur la culture américaine dans l'espoir de se faire accepter. Ça ne fonctionnait jamais très bien, il restait l’éternel outsider, l'indien dans un pays étranger qu'on observait de loin seulement. Pourtant, il croyait avoir trouvé sa place, dernièrement. Ici, avec les survivants du laboratoire. Tout le monde ne l'aimait pas, loin de là, et il le savait. Mais pour la première fois, il s'était fait de vrais amis, du moins le croyait-il. Et en une seule remarque, Abel avait réussi à le faire douter de nouveau.

Mais tant pis. Le chercheur cessa de parler et se contenta de suivre les traces d'Abel en faisant mine d'être concentré. Les rues étaient calmes, relativement calmes du moins, il n'y eut pas de vrai danger. En réalité, Rajesh cherchait plutôt à faire profil bas. À se convaincre qu'il n'était plus un gosse rejeté, mais bel et bien un adulte doté d'un doctorat en épidémiologie, un ingénieur de recherche clinique respecté dont la thèse lui avait valu du travail plus que bien payé dans les meilleurs laboratoires du pays. Il devait grandir et il le savait. Laisser de côté ses doutes et ses craintes de jeune garçon apeuré et s'affirmer. Si sa façon d'être ne plaisait pas à Abel, qu'importe. Il était là pour travailler, pas pour traîner avec son pote.

Cependant, quand Abel lui montra leur destination, les bonnes résolutions de Rajesh manquèrent de voler en éclat. C'était typiquement le genre d'endroit où il adorait traîner. Pendant une demi-seconde, son visage s'éclaira d'un grand sourire comme un gosse devant un magasin de bonbons et il accéléra le pas pour suivre son coéquipier à l'intérieur de la boutique. C'était assez difficile de ne pas s'enfuir directement pour regarder les étalages d'objets issus de la pop-culture et de se concentrer plutôt sur ce que disait Abel. De nouvelles recommandations, encore une fois. Même s'il leva un peu les yeux au ciel, le scientifique se força à ne pas s'offusquer du ton paternaliste du blond. Unn jour ou l'autre, il ferait ses preuves... il leur montrerait à tous qu'il était un élément utile à ce monde. Sinon pourquoi aurait-il survécu ? Il devait y avoir une raison pour que, parmi les cinq chercheurs enfermés dans ce bunker, les cinq personnes impliquées directement dans ce désastre, ce soit lui qui ait tenu le coup, lui qui soit toujours là. Et d'une façon ou d'une autre, Rajesh était bien décidé à prouver sa valeur, à racheter ses fautes et à gagner, si non le respect de ses pairs, au moins une certaine forme d'acceptation. « Très bien, je t'attends. » murmura-t-il alors qu'Abel disparaissait sous le rideau de métal de la boutique.

Et pendant qu'il cherchait un mort dehors, Rajesh se mit au travail, commençant par poser son sac sur le sol pour l'ouvrir. Il alla ensuite vers le comptoir de la caisse, déplaçant tout ce qui s'y trouvait dans un coin pour déposer son matériel avec application sur le pan de bois usé. Chaque ustensile se retrouvait parfaitement aligné à côté du précédent, mais il fut bien obligé d'admettre, lorsqu'il eu terminé, que c'était loin d'être suffisant. Il disposait tout juste de quelques aiguilles, quelques tubes à essai, quelques ustensiles, de quoi faire des prélèvements et des examens basiques, mais Dieu ce qu'il aurait donné pour une IRM ! Ça devait être possible, en plus, avec beaucoup de préparation, de l'électricité et de la motivation. Malheureusement, il n'y avait qu'à voir comment Abel le considérait sur le sujet de ses recherches pour comprendre que ça n'arriverait certainement jamais. Cet homme était la personne dont Rajesh était le plus proche au laboratoire et pourtant son ami respectait tout juste son travail. Inutile de dire que personne d'autre dans ce groupe ne voudrait risquer sa vie pour l'étranger sorti du bunker et ses espoirs vains de sauver la race humaine. Ils s’accommodaient tous trop bien à cette vie pour vouloir qu'elle change, ou du moins, c'était ce que le chercheur commençait à se dire depuis quelques temps.

Rajesh sursauta légèrement quand Abel revint, frappant au rideau de métal. Il déposa précipitamment son petit marteau en inox sur le comptoir et se précipita vers la porte, soulevant difficilement le rideau pour laisser son ami revenir à l'intérieur avec le cadavre, laissant un Rajesh avec des yeux ronds refermer derrière lui. Ça n'était pas la première fois qu'il voyait un malade d'aussi près, pourtant, mais... C'était totalement différent, tout à coup. Parce que ce cadavre se trouvait dans un état de décomposition bien plus avancé, déjà. Et qu'il n'y avait pas trois militaires bien armés avec lui pour assurer sa sécurité. Le chercheur avala sa salive avant de faire quelques pas pour s'approcher du cadavre et du vivant. « Très bien. » murmura-t-il la gorge serrée. « Je vais seulement faire quelques examens sur ses réflexes et ses signes vitaux, puis on pourra le... tuer pour la suite. » expliqua-t-il aussi brièvement que possible. Il avait bien compris la leçon : Abel se fichait totalement des détails de son travail, il voulait seulement rentrer aussi vite que possible et en s'assurant que Rajesh l'emmerde aussi peu qu'il était possible. « Est-ce que tu peux le tenir un peu, s'il te plaît ? »

Ses intentions mises au clair, le scientifique se détourna pour aller chercher le stéthoscope et le marteau ainsi qu'un petit magnétophone qu'il glissa dans la poche de sa blouse après l'avoir allumé. Une minute plus tard, il était de retour auprès des deux autres et commençait son examen avec beaucoup de précautions, osant tout juste s'approcher vraiment pour poser ses instruments sur le corps de son patient. À chaque fois qu'il déplaçait ses ustensiles, il se mettait à parler à haute voix pour enregistrer le résultat sur le magnétophone. Mais plus il avançait, plus il se retrouvait devant le fait accompli. Une chose qu'il savait pourtant déjà depuis longtemps, mais qui refusait de s'imprimer pour de bon dans son esprit. Son patient était bel et bien mort. Rien faire pour le sauver : pas de pouls, peu de réflexes, rigidité cadavérique, décomposition des tissus. Il s'agissait bel et bien d'un cadavre tenu debout par un miracle de la science, mais jamais il ne pourrait redonner la vie et la conscience à cet homme. Après une vingtaine de minutes à s'acharner quand même, Rajesh laissa retomber ses bras le long de son corps et glissa une main dans sa poche pour éteindre le magnétophone qui n'avait pas manqué une goutte de ce petit examen. Il poussa un soupir dépité en relevant les yeux vers Abel « Merci. On peut passer à la suite... » C'était le moment le plus difficile dans l'esprit du chercheur, même s'il avait toutes les preuves dont il avait besoin pour s'assurer de la mort du patient. Son virus avait l'effet escompté : le mort continuait de produire de l'énergie pour se déplacer, mais ça n'était plus qu'une colonie de bactérie qui activait ses neurones. Mais est-ce que ça restait un meurtre ? « Comment on procède ? » demanda-t-il inutilement, en retenant un peu trop son souffle.

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Lun 3 Juil - 20:29

Je ne voulais vraiment pas vexer Rajesh, mais des anecdotes sur les vaccins, alors qu’on étaient sûrement en proie à des rôdeurs, ou d’autres vivant, c’était le cadet de mes soucis. Pourtant vu sa tête, il avait l’air de ne pas apprécier. Tant pis si je passe pour le méchant. Je suis sur le qui-vive. Je n’ai pas besoin d’être déconcentrer. C’est pour son bien après tout ! S’il veut que l’on se fasse bouffer tous les deux, il n’a qu’à me raconter un truc passionnant, et je n’ai qu’à boire ses paroles. Mais à mes yeux, c’était loin d’être une promenade de santé : détail que mon compagnon de route semblait oublier. Si Rajesh était l’illuminé du groupe, c’est sans doute car il était le seul à garder espoir que l’humanité redevienne ce qu’elle était. Selon moi ? C’était couru d’avance. Il fallait se contenter de ce qu’il nous reste. J’avais mené Rajesh dans une boutique geeks, où Samara et moi avions passé du bon temps quelques jours auparavant. Et je lui avais même ramené un mort que j’avais « sécurisé » en lui retirant les attributs menaçant que je pouvais lui ôter. Une foi à l’intérieur, je traîne le corps jusque sur le plan de travail préparé par Rajesh, et je m’exécute pour le tenir, comme il me le demande.

C’est à mon tour de garder le silence et de le regarder faire, pour préserver sa concentration. Il commente absolument tout. Et si je place un peu de force sur le corps pour ne pas qu’il se débatte trop violemment, Rajesh le malmène bien plus que moi dans sa batterie de test. Mais lorsque je le vois reculer et avoir sa mine dépiter je comprends qu’il découvrait la réalité. Plus aucun espoir pour l’humanité dans cet état. Ces morts devenaient l’espèce dominante et n’avait pas plus de Quotient intellectuel qu’il n’y a de doigts aux mains d’un être humain. La seule chose que ces machins avaient en tête étaient « MANGER ! » En fait… ils ne sont pas si différents de moi… Mise à part que j’avais d’autres trucs à penser. Il me demande comment on procède. Je devine que c’est foutu pour son expérience. « C’est bien mort, pas vrai ? Eh bien… ça ne serait pas un meurtre si tu lui faisais une biopsie du cerveau, si ? Enfin… Quand je dis biopsie… On se comprend. » J’aimerai tant qu’il se défoule une bonne fois pour toute et qu’il explose le crâne de ce mort pour comprendre ce qui nous a privé de notre espoir depuis des mois voire des années… Mais sa lueur, à Raj’, était comme un rayon de soleil. Comme une bouffée d’air frais. Une possibilité qu’on s’en sorte pour de bon. Le voir ainsi me faisait mal au cœur. « Tu penses que tu peux les soigner, mais tout à l’heure, tu me parlais de vaccin, non ? Qu’en serait-il si tu parvenais à nous empêcher de succomber à leurs morsures, voire de nous transformer ? Tu nous permettrais de changer la donne. On pourrait mener une guerre contre ces morts, et on reprendrait le dessus. Tu serais un héro. Que dis-je… Un super-héro ! » finis-je en désignant d’un mouvement de tête une affiche de batman. « Par contre, je te préviens, hors de question que je sois Robin… » finis-je avec un clin d’œil.

Lui insuffler de l’espoir alors que e voulais l’en priver pour l’armer face à cette réalité… Quelle hypocrisie, pas vrai ? Et pourtant, je me surprenais à croire à mes paroles. Et si c’était enfin possible ? Si nous pouvions reprendre le dessus sur ces choses et offrir à nos descendants une vie digne de ce nom ? Clarice pourrait enfin être heureuse, et finir de grandir normalement. Elle pourrait avoir un mari, des enfants, des petits-enfants… Et nous serions une nouvelle civilisation… Les Etats-survivants d’Amérique…


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Rajesh Manjrekar
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Ven 7 Juil - 12:17

A la question de son ami, Rajesh releva des yeux tristes. Bien mort ? Ça en avait tout l'air et il le savait déjà avant même de se pencher sur la question. Parce que ça aurait été le pire qui puisse arriver pour lui : qu'il soit impossible de sauver tous ces gens. Le pire pour les autres survivants auraient peut-être été l'inverse : qu'ils soient en vie, que depuis des mois, ils tuent des gens qui auraient pu être sauvé. Aussi, le scientifique ne savait pas trop où se placer entre ces deux cas de figure. Il hocha la tête pour toute réponse, visiblement dépité. Ouvrir le crâne de l'un de ces malades était son projet depuis quelques jours déjà. Il y avait pensé, soulevé la question, retourné le problème dans tous les sens et il n'y avait pas d'autres solutions. La méningite s'attaquait au cerveau alors pour comprendre l'effet de cette souche, il devait voir le cerveau d'un patient. Inutile de penser à une IRM, il ne restait plus que l'étude visuelle.

De nouveau, Abel prit la parole tandis que Rajesh s'occupait de préparer ses instruments pour la suite. Il s'arrêta soudainement en entendant la question du blond, tout ce qu'il disait. C'était un sacré changement dans son discours, non ? Pas plus tard que tout à l'heure, il refusait d'entendre parler du mot vaccin et d'un coup, il voulait y croire ? Le chercheur resta une seconde à regarder une figurine d'Aquaman prenant la poussière sur l'étagère derrière le comptoir, puis il accepta de faire face à son ami et de lui répondre, de sa voix trop abattue malgré les efforts qu'il faisait pour y mettre un peu d'optimisme. « Dans la théorie, un vaccin est possible, oui. Je connais la souche qui infecte les malades, mais elle n'est plus comme avant, quelque chose l'a... changée. » expliqua-t-il aussi simplement que possible. Ce quelque chose, il savait aussi ce que c'était. Il l'avait créé lui-même, à l'abri dans un laboratoire de Washington D.C, quand le gouvernement lui versait plusieurs milliers de dollars sur son compte pour qu'il obtempère et qu'il le fasse en silence. Il ne s'était pas débattu. Tout ça avait été tellement... excitant. Développer un virus, créer quelque chose. Il s'était pris pour Dieu et il avait détruit la vie de tout le monde. « Mais c'est compliqué à réaliser, surtout tout seul. Il me faudrait beaucoup de ressources, je vais devoir faire des tests, sur des « cobayes », … On fait ça avec des rats, généralement et seulement quand le vaccin a déjà fait ses preuves en cultures. Mais je ne suis pas certain que Cale me laisserait élever une colonie de rats-zombies au laboratoire. Il n'est pas très... réceptif à ce que je fais, tu vois. »

La blague de son ami lui passa complètement au-dessus, bien qu'un sourire ait étiré ses lèvres une seconde. S'il devait y avoir un Batman ici, c'était Abel plus que Rajesh. C'était lui qui osait sortir et affronter le monde pour aider les autres, pas Rajesh. Il essaya quand même de faire un effort. Cette histoire le déprimait. Il s'était senti si proche de découvrir quelque chose d'important, d'incroyable, quand il avait eu le sang de Raphaël entre ses mains. Mais maintenant que le policier n'était plus qu'un cadavre rongé par les vers dans le parc entourant le labo, le scientifique ne savait plus quoi faire, quelle serait la prochaine étape. Il avait besoin d'un autre immunisé, il en avait besoin rapidement. Il haussa les épaules, se força à sourire plus franchement et retourna près du cadavre. « Allez, va quand même falloir que tu joues Robin pour moi encore un petit moment. Tiens notre patient pendant que je m'occupe de la... biopsie. » Ce serait un véritable carnage, son premier. Mais il se sentait tout à coup habité par le besoin de frapper dans quelque chose. Le crâne de ce malade permettrait au moins de joindre l'utile à l'agréable. « Je peux emprunter ta hache ? » demanda-t-il d'une voix blanche, sans oser affronter le regard de son ami. Il tendit la main et referma ses doigts sur le manche quand il sentit son poids dans sa paume, ferma les yeux pour prendre une profonde inspiration et frappa le crâne du malade d'un coup sec. La lame resta coincée et bien que la créature ait cessé de remuer sous la poigne puissante d'Abel, le chercheur tira de toutes ses forces pour la déloger et frappa une nouvelle fois. Des larmes qu'il ne remarquait pas commencèrent à perler au coin de ses yeux et il frappa une fois de plus, et une autre, jusqu'à ce que sa vision brouillée ne lui permette plus de viser juste. La hachette fit un bruit dément en tombant sur le sol, quelques secondes avant celui, plus ténu, du corps de Rajesh suivant le même chemin.

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Ven 7 Juil - 20:28

Voir Rajesh aussi déprimé alors que d’habitude, je le percevais comme étant beaucoup plus enthousiaste me faisait quelque chose. J’avais été dur, un peu plus tôt avec lui. Et je m’en mordais les doigts, même si je pensais avant tout à son bien. Mais lorsque j’expose ma théorie du vaccin, c’est comme si ça lui glissait dessus. Je fronce le sourcils, l’écoutant me parler de la mutation du virus. Ça avait l’air plutôt flippant dit comme ça. Un truc créé par l’homme qui échappait à son contrôle. De toute façon, vu dans l’optique où étaient les scientifiques avant tout ça, si ça n’avait pas été une invasion de mort-vivants, nous aurions eu droit à des robots tueurs, ou une invasion extra-terrestre. C’est ce que je pensais lorsque j’écoutais les avancées technologiques et scientifiques, à la radio. Peut-être parce que j’étais trop terre à terre, et pas aussi instruit que ces hommes et femmes en blouse blanche. Mais peut-être aussi parce que ça commençait à devenir contre-nature tout ça. L’homme a voulu jouer à Dieu et le diable a parié sur la technologie la plus avancée pour débarquer sur terre. Mes yeux s’écarquillent lorsqu’il me parle de rats-zombies. Je devais coute que coute éviter de laisser Simba et Rajesh seuls dans la même pièce. Et puis… ça existait ça, les rats zombies ? Je croyais que la maladie était purement humaine… Je vais peut-être me mettre à devenir vegan… « Tu sais, si tu veux faire des expériences dangereuses, je suis sûr que tu peux t’isoler au bunker… Mais joue pas au con hein ! Je tiens pas à ce que tout ça devienne pire qu’avant… »

J’essaye de détendre l’atmosphère avec une blague sur Batman et Robin. Sans succès. Oh bien sûr, il a la politesse de sourire un instant, mais sans plus. Il me demande de tenir encore notre ami, le temps de la biopsie. J’acquiesce. Tout ce qui pourra lui remonter le moral, nous fera du bien à tous deux. Je maintiens le macchabé d’une main, le temps de lui donner ma hache, et reprends une accroche bien plus efficace. J’étais sur le flanc du rôdeur, le maintenant de part et d’autre, cloué au comptoir. Je me penchais en avant pour placer mon coude le long de son œsophage et bloquer sa gorge, pour qu’il ne puisse attaquer Raj’. Et puis étant le seul dans son champ de vision pour le moment, il ne tenter que de me bouffer. Je fais un sourire au mort avant de voir Rajesh se mettre en position. C’est dingue mais en le regardant, je suis loin d’avoir envie de sourire. Une certaine gravité émane de mon ami. Je redoute quelque chose. Et ça n’y manque pas. Lorsque la hache s’abat sur le crâne du cadavre, le tranchant reste coincé un moment. Je maintiens de plus bel notre invité, qui sous l’excitation, tente de se débattre. Lorsque Rajesh frappe de nouvelles fois, je ne le reconnais plus. Le sang et la cervelle vole dans tous les sens. C’est raté pour la biopsie, mais le voir ainsi m’inquiétait d’autant plus. Le mort était pour le coup vraiment mort.

Je relâche le cadavre et le contourne pour essayer d’arrêter Raj’, mais j’arrive trop tard. La hachette tombe, suivi de près par le scientifique. « Raj’ ! » Je me précipite à ses côtés et redresse son buste aussitôt pour vérifier qu’il aille bien. Je retire tout le sang et la cervelle sur son visage. Merde. Il n’y a pas été de main morte. « Reste avec moi, l’ami, dis-moi que ça va ! »

Je crois qu’en plus d’être un échec, cette expérience prend une tournure négative pour le scientifique. Qu’avait-on fait ? C’était son idée certes, mais je ne pouvais m’empêcher que j’étais le complice de sa propre déchéance. Une peur panique s’emparait de moi, mais je devais garder mon sang froid et être assez fort pour prendre les décisions jusqu’à notre retour au labo. De toute évidence, il n’était même plus apte à décider par lui-même. J’essaie de ne pas le brusquer et le cale contre le comptoir sur lequel le corps se trouvait encore. Je m’assieds à côté de lui et parviens à attraper mon sac. J’en extirpe mon paquet de cigarette et m’en allume une. Je tire un peu dessus et lui tends la clope. « Je sais que normalement, pour ce genre de malaise, il te faut de l’eau ou du sucre. Mais ça je n’ai pas. J’ai qu’une clope et une discussion entre ami à te proposer. »


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Rajesh Manjrekar
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Jeu 13 Juil - 10:35

Il sentait les larmes, chaudes, glisser sur ses joues doucement. Le concept atteignait sa conscience, mais il ne comprenait pas d'où cela venait. Pourquoi pleurait-il ? C'était difficile de tout comprendre. La hachette ne pesait plus rien dans ses mains. Il venait de prendre une vie. Non, pas une vie. Cet homme couché sur le comptoir était mort depuis longtemps. Pas de pouls, pas de réflexes basiques. Il avait perçu quelque chose, un tout petit quelque chose et il savait très exactement d'où cela venait. Son virus. C'était ça qui l'avait enragé tout à coup.

Il entendait aussi la voix d'Abel près de lui. Il sentait ses mains posées sur lui. Son regard inondé se posa sur le visage du blond. Pouvait-il lui dire ? Il fallait qu'il le dise à quelqu'un. Comment vivre avec un tel crime ? Abel était son ami, il comprendrait. « Ça va... » lâcha Rajesh en détournant les yeux pour les poser de nouveau sur la créature. Le malade. Il ne devait pas cesser de les voir autrement. Il restait forcément une activité cérébrale, donc... il restait un malade, pas un monstre sans vie, un malade.

Sans dire un mot, Rajesh se laissa manipuler par son ami jusqu'à sentir le soutien dur et froid du comptoir dans son dos. Il porta une main à son front, laissant l'autre faire un geste de refus quand Abel tendit une cigarette vers lui. « Je vais bien, c'est juste... » Il s'arrêta, ne sachant pas comment expliquer ce qui lui arrivait. Abel proposait une conversation, mais à quel point était-il sincère ? Peut-être était-ce le moment de le découvrir. Au pire, il aurait à finir sa vie ici, dans cette boutique. Ça n'était pas si mal, pas vrai ? Il aurait des comics à lire pendant un petit moment, même s'il les avait sans doute déjà lu. Il aurait des figurines comme compagnons jusqu'à son dernier souffle... Ce serait sans doute mieux que le bunker. Et puis... peut-être qu'il parviendrait à retourner seul au labo et alors... il affronterait la colère de ses habitants et il les laisserait le tuer ou il travaillerait encore plus fort pour trouver un vaccin ou une solution quelconque pour se faire pardonner.

Ses yeux remplis de larmes se levèrent de nouveau vers son ami. Le scientifique les essuya du revers de la main. « Abel... » Il voulait vraiment lui dire, le dire à quelqu'un, mais il n'y arrivait pas. Il n'y arriverait sans doute jamais. Pourtant, ça n'était pas vraiment sa faute, n'est-ce pas ? Ils n'avaient pas prévu que les choses tourneraient ainsi, personne ne pouvait le savoir. Mais qui comprendrait ? On l'accuserait et on l'empêcherait de continuer ses recherches. On le tuerait et il ne voulait pas mourir, pas encore. « Je vais continuer mes prélèvements. » lâcha-t-il simplement. « Mais tu ne dois pas t'approcher sans une paire de gants, d'accord ? Alors, reste aussi loin que possible du cadavre. » C'était mieux comme ça. Qu'il garde son secret encore un petit moment, jusqu'à ce qu'il comprenne un peu ce qui avait mal tourné et qu'il s'approche d'une solution qui rendrait leur vie à tous les survivants. Du moins si c'était possible. Fébrilement, le chercheur se hissa contre le comptoir pour se remettre debout et il attrapa un scalpel sur le meuble avant de s'approcher du cadavre. Le cerveau était en bouillie, difficilement exploitable, mais quelle importance ? Tout ce dont il avait besoin, c'était de quelques échantillons du liquide céphalo-rachidien et des méninges et qu'il soit en morceaux ou non ne changeait rien. De sa main libre, l'homme attrapa une pince et il se pencha au-dessus de la créature, glissant ses ustensiles au milieu de la brèche immense qu'il venait de creuser dans le crâne de cette chose. Il sentait encore quelques larmes glisser sur ses joues, mais il les ignora. Ses mains tremblaient, il ignora cela aussi. Il ne pouvait rien dire, ni à Abel, ni à qui que ce soit d'autre, alors il ne le ferait jamais. La science avant tout. C'était tout ce qui comptait, aujourd'hui plus que jamais. Mais le silence l'oppressait, il n'y arrivait pas. « Est-ce que tu veux savoir ? » demanda-t-il soudainement. « Ce qui se passe dans le cerveau d'un infecté. » Ce ne serait qu'une petite partie de la vérité, mais parler l'aiderait à se concentrer. Il avait besoin de se concentrer pour en finir avec tout ça et pouvoir continuer, avancer encore un peu.

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Ven 14 Juil - 10:40

Ma proposition de la clope est rejeté, et vu le silence de plomb qui règne dans cette pièce, il est à prévoir que la conversation ne va pas naître de nulle part. Dieu sait pourtant qu’Abel aimerait que le scientifique cesse ces mystères et soit naturel. Pourquoi agissait-il avec autant de réserve soudainement ? Etait-ce mon rejet, un peu plus tôt dans la journée ? Pourtant, j’ai de l’espoir lorsqu’il me nomme. Je tourne ma tête vers lui en tirant sur ma clope. Mais au lieu de ça, le génie annonce qu’il va retourner à ses prélèvements et me donne des consignes de sécurité. Je tire de mon sac à dos une paire de gants en cuir que j’utilisais pour la bécane. « J’espère que ça suffira… » dis-je avant d’écraser ma clope et de les enfiler. Ils étaient propres. Je les avais nettoyés. Bien évidemment, ils étaient loin d’être stérilisés. Si j’avais su que je mettrais les mains dans le cambouis… Je me relève et regarde le scientifique peiner à faire de même. Je ne devais pas le materner non plus. Premièrement, l’amour propre de Raj’ en prendrait un coup, à force d’être assisté de la sorte. Et puis il devait se faire violence. Abel savait qu’il finirait par avoir le déclic. Et même s’il voulait préserver le scientifique en vie car il est son ami, il ne négligeait pas non plus que celui-ci avait une quête assez particulière. Sauver le monde. Etait-ce la connaissance de la science qui l’investissait dans cette quête ? Quels étaient ses motivations ?

Je le regarde agir en trifouillant le cerveau. Je dois avouer qu’entre les bruits, les odeurs et la vision d’horreur, je peine à vider le contenu de mon estomac. Lorsque je réduis en bouilli le crâne d’un cadavre ambulant, je ne m’amuse pas de la sorte. Au contraire. Plus c’est expéditif, mieux c’est. Mon regard se porte sur Rajesh. Il a bien plus de courage que nous tous. Il n’a pas froid aux yeux. Il s’amuse avec le virus comme s’il était musicien et que la maladie était une guitare. Il a des tripes bien accrochées. Et s’il ne sait pas comment s’y prendre pour les refroidir et les contenir physiquement, ses connaissances quasi illimitées font qu’il peut imaginer des plans que personne ne peut approcher de près ou de loin. Je voue une certaine admiration pour lui. Il n’en savait sans doute rien, et c’était mieux ainsi. Si je pouvais sauver une vie à la fois, lui son combat était de toutes les sauver. Je confirme. Il est Batman. Je suis Robin. Il s’adresse à moi. Je m’approche et regarde ce qu’il reste de cerveau « Ouaip. Je n’ai jamais compris comment ça fonctionnait là-haut. Mais fais une version pour les nuls, je t’en prie. Tu sais que la science et moi ne sommes pas amis… » dis-je en étudiant ce qu’il faisait.

Je me concentre sur sa voix et l’observe avec attention. Je pige un peu plus ces cours que ceux de mes professeurs de sciences naturelles. Il faut dire que les seuls cours qui me passionnaient au collège et au lycée furent la techno, la musique, le dessin, le sport et la littérature. Que des trucs en options quoi. Je ne peux poser de questions correctement formulées à Raj’. Je dévoilerai trop de lacunes, et je ne veux pas qu’il pense qu’il est mauvais pédagogue. Je suis juste un cancre de bas étage. « Eh bien… Je dois t’avouer que ça me paraît bien complexe tout ça… Quand je vois des types comme toi essayer de réparer les dégâts provoqués par on ne sait quoi, je suis en admiration, Raj’, sincèrement. Tu as déjà tant fait pour trouver une solution. Tu as réussi à découvrir bien plus d’éléments que la plupart des survivants. » Je me recule un peu, je ne veux pas être trop mal à l’aise face à l’horreur de cette boite crânienne dont on remue le contenu comme s’il s’agissait d’une salade, et que l’on voulait que la sauce se répande partout.

Je m’appuie contre un autre comptoir lointain et retire mes gants pour croiser mes bras sur mon buste. Il a l’air tellement contrarié et tellement sombre. J’avais été dur avec lui un peu plus tôt mais malgré mes efforts pour percer cet abcès, il restait de marbre. Il prenait tout à cœur, et c’est une bonne chose au fond, mais il ne fallait pas qu’il stresse de la sorte. Les survivants savaient y faire dorénavant avec les morts. Au bout d’un an et demi… Deux ans ? Faudrait que je demande à Ruth… Au bout de tant de temps, la faculté d’adaptation de l’être humain avait pris le pas. Nous nous accommodions de la vie qu’il nous reste. Nous pleurions nos morts. Je ne sais pas si l’on peut considérer que cet état est nouveau pour l’Homme. Il est juste projeté dans une vie dont il ne se souvenait plus. Celle où la terre ne lui appartenait nullement. Il ne fallait pas que Rajesh se détruise pour ça. Il n’y était pour rien. « Tu sais ce que tu devrais faire Rajesh ? Relâcher la pression. Tu n’es pas responsable de la vie des survivants. Et être scientifique ne t’oblige pas à te plonger dans des états pareils. T’as besoin de… Décompresser l’ami. »

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Rajesh Manjrekar
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Mar 18 Juil - 15:12

Abel accepta sa proposition et Rajesh s'arrêta une seconde de faire quoi que ce soit, pour prendre une profonde inspiration. Parler allait l'aider à se concentrer, ça l'aidait toujours, mais il avait peur d'en dire trop et ça commençait à devenir pesant. Dès que son souffle fut expiré, il se secoua quand même et commença. « Les malades sont infectés par une bactérie qui a le merveilleux effet de maintenir certaines fonctions cérébrales, pour qu'ils se déplacent, qu'ils ressentent la faim, mais d'autres parties du cerveau s'éteignent en quelques heures, voir quelques jours, les privant de leur conscience et de leurs fonctions vitales. C'est pour ça qu'ils donnent l'impression d'être mort. » Le scientifique marqua une pause, réfléchissant à ce qu'il venait de dire en déposant les tissus qu'il venait de prélever dans un tube à essai qu'il ferma immédiatement d'un bouchon de silicone. « En fait, ils sont morts... C'est... Comment dire ? La bactérie qui stimulent le cervelet qui donne l'impression qu'ils sont encore vivant, voilà qui est plus juste. »

Toutes ces choses, Rajesh les avait apprises peu de temps avant d'être enfermé pour de bon au fond de son bunker, pendant les quelques semaines où il avait continué ses recherches une fois dedans et encore après quand les gens du groupe l'avaient sauvé. C'était le plus loin ou presque qu'il avait été dans ses recherches. Après ça, il restait une chose essentielle qu'il ne comprenait pas : que s'était-il passé pour que la bactérie en vienne à créer ces monstres ? À quel moment cela avait mal tourné et surtout comment ? Des questions qui, hélas, ne représentaient plus qu'une simple curiosité scientifique aujourd'hui. Car même s'il découvrait cela, quelle importance ? Peut-être bien que ça l'aiderait à comprendre et à régler le problème, mais il y croyait de moins en moins à mesure que le temps passait, même s'il conservait un optimisme frôlant la bêtise, au moins en apparence. Après tout, il n'avait plus que ça dans la vie et il fallait bien se rattacher à quelque chose pour ne pas simplement abandonner la partie...

« Tout ce que je ne comprends pas, c'est comment tout ça est possible. Il y a quelque chose... un agent pathogène, qui a modifié l'ADN de cette bactérie en profondeur, mais... le résultat me semble parfaitement aléatoire. » conclut-il finalement en se tournant vers son ami, haussant les épaules pour marquer un peu plus le gros bazar que représentait toute cette histoire. La réponse qu'Abel lui offrit lui tira un sourire amusé. « Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir, hein ? » demanda-t-il doucement. Oh, il avait découvert beaucoup de choses, certes, mais c'était la moindre des choses vu le rôle qu'il avait joué dans ce massacre, n'est-ce pas ?

Et comme si ça ne suffisait pas, Abel en rajoutait une couche en multipliant les compliments. De nouveau, Rajesh commençait à se sentir mal à l'aise. De mentir à tous, d'être vu comme un genre de héros alors qu'il ne respectait que la politesse la plus élémentaire en essayant de réparer une erreur commise. Il nettoyait et rangeait son matériel avec application pour chasser la gêne, la cacher aux yeux d'Abel surtout. Un tube à essai vide lui échappa des mains, venant s'écraser et se briser en mille morceaux sur le sol, alors qu'une dernière remarque du blond venait considérablement casser l'ambiance. Le chercheur n'avait jamais été très doué avec la vie en règle générale et il découvrait désormais que la culpabilité était accablante et étouffante. C'était un sentiment tellement écrasant... Tremblant, Rajesh se retourna pour faire face à son ami, ignorant les morceaux de verre craquant sous ses pieds pour l'observer gravement. « Et si... » Il détourna les yeux, incapable d'affronter le regard qui se remplirait bientôt de colère et de déception du blond. « Et si j'avais tout à voir avec ce qui se passe en ce moment ? » demanda-t-il finalement, sa voix de moins en moins assurée à mesure qu'il parlait.

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Ven 21 Juil - 18:05

Lui demander un résumé simplifié du virus semblait enchanter Rajesh. Nous étions donc sur la bonne voie, semble-t-il. Je ne peux empêcher un sourire en coin. « Cette cochonnerie nous pourrit la vie depuis presque deux ans. Bien sûr que je veux en savoir plus ! Imagine un peu ce que va me demander Clarice quand elle va grandir et se poser des questions sur tout et n’importe quoi ? Je devrai lui dire quoi quand elle me demandera comment ça fonctionne ? Je veux encore être un héro quelques temps à ses yeux… Lui dire que ça vient d’une bactérie qui stimule le cervelet et donne l’impression qu’ils sont vivants, ce serait déjà beaucoup. Mais ces fonctions vitales dont tu parles… Elles se trouvent toutes au même endroit du cerveau ? Je veux dire, ce n’est pas étendu partout dans ce truc ? » demandais-je en désignant ce qu’il restait du cerveau du rôdeur. Je songeais aussi qu’en savoir plus pourrait me permettre de diffuser la Sainte-Parole de Rajesh à travers ce monde. Piger le champ lexical du virus zombifiant me donnerait les armes pour capter les termes nécessaires sur les bouches d’éventuelles autres scientifiques. S’ils sont sur une autre piste, ça pourrait éventuellement le faire avancer… Mais il ne fallait tout de même pas qu’il se tue à la tâche.

Lorsque je lui annonce qu’il n’est pas responsable de tout ça, qu’il devrait apprendre à se détendre, il se fige. J’arque un sourcil que je fronce assez rapidement lorsqu’il se tourne vers moi sérieusement, me disant qu’il avait tout à voir avec cette merde. Je ne pige pas aussitôt ce qu’il veut me dire, tirant ma mine d’incompréhension. Et pourtant, ça n’était pas difficile de faire le lien. Rajesh avait été retrouvé dans ce bunker. Celui-ci même où d’autres scientifiques se sont donnés la mort. J’avais toujours pensé qu’ils avaient été réunis là pour trouver un remède. Mais pourquoi se suicider plutôt que de persister dans cette quête ? Peut-être car ils y étaient déjà avant l’épidémie, et qu’ils avaient déjà le matos nécessaire pour trouver un vaccin, puisqu’ils y avaient créé la maladie. En cette instant, je me tâte entre lui donner un bon coup de poing bien placé, ou l’épargner pour qu’il continue son histoire. Quoiqu’il en soit, je suis sur les nerfs. Mes mains se sont resserrées sur elles-mêmes. Je fais quelques pas en arrière, de peur qu’il ne reste trop longtemps à ma portée. Je sens le sang bouillir en mes veines. « Explique toi, Raj’. Comment ça tu as tout à voir avec ce qui se passe en ce moment ? » Je pressens que ce qu’il va m’annoncer, je le sais déjà au fond de moi-même. J’ai perdu la mère de Clarice à cause de ce virus. Ainsi que tous mes amis. Ce virus est devenu la clé de Ryan pour s’évader de l’institut psychiatrique où il était.

Si je ne me maîtrisais pas, je me laisserais aller à une démence destructrice. Combien de temps encore pourrai-je contenir cette rage naissante ? Lorsque je me tourne vers lui, le regard noir, je tente de m’exprimer sans lui hurler dessus, mais une certaine tension reste palpable dans ma voix. « Tu es en train de me dire que tout ce qu’il nous arrive et entre autre de ta faute ? Que tous ces gens que tu as décimés l’ont été par ta faute, Rajesh ?! Ce no man’s land généralisé à toute la planète, c’est de TON fait ?! Et tu oses venir nous regarder comme des extra-terrestres lorsque l’on tue ce qui est déjà mort, en prime ? Sais-tu que tu as privé Clarice de sa propre mère. C’était ma… Ma copine… Comment peux-tu encore nous regarder en face sans te sentir coupable de notre peine ?! Et je ne parle même pas des autres gens du laboratoire. Ils ont tant perdu… En fait oublie ce que je t’ai dit, Rajesh. Il n’y a pas moyen que tu te détendes une seule seconde. Tant que ce virus sera en état de marche, compte sur moi pour te foutre la pression pour que ce cauchemar s’arrête. Si t’es venu ici avec un ami faire tes expériences, tu repartiras avec un type dont la seule motivation pour ne pas te descendre est ta science. » Ma respiration était devenue rapide. Des larmes de rages naissaient aux coins de mes yeux. Je m’étais mis à pointer du doigt l’emplacement de son cœur pour intensifier mes menaces. Je sentais mon visage crispé par tant de colère.

Jusqu’ici, je ne m’étais jamais posé la question sur la façon d’agir face à l’un des responsables de cette épidémie. La réponse venait de s’imposer d’elle-même. Je me recule à nouveau, retirant mes gants pour les mettre dans ma poche arrière et lui tournant le dos. « Tu as voulu jouer à Dieu à faire des expériences débiles sur des vacheries pas possible, ça nous a pété à tous en plein visage, Rajesh. Toi et tes compères, vous avez trahis cette planète. Trouver une solution est ton devoir pour l’humanité. Mais crois-moi, sur les livres d’histoire, tout ce qu’on y verra c’est que tu as décimés des milliards d’êtres humains. »

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Rajesh Manjrekar
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Mer 26 Juil - 13:49

Le cœur du chercheur commença à battre trop fort à la seconde où il lâcha ce demi-aveu sur son implication dans ce qui avait détruit leur vie à tous, y compris la sienne. Il n'avait encore rien dit, pourtant, rien qui ne soit vraiment précis et qui aurait pu passer pour n'importe quel aveu lié à la culpabilité du survivant. Peut-être ? Il ne savait pas, son cœur battait trop fort, le sang affluait à ses tempes et il commençait à avoir la nausée. Ce secret le rongeait depuis des mois. Presque deux ans, comme l'avait souligné son ami. C'était une horreur de se lever chaque matin pour voir le monde qu'il avait créé et plus encore de ne pas être capable de trouver une raison valable d'avoir commis un tel crime. C'était une horreur d'avoir rencontré tous ces gens, ceux comme Abel qu'il avait appris à connaître et à aimer et qui ne se doutaient de rien. Il passait son temps enfermé dans ce labo à redoubler d'efforts pour trouver une solution et devait se faire violence chaque fois qu'un survivant venait lui offrir un sourire pour ne pas tout dévoiler. Mais Abel... Ils étaient amis, non ? Rajesh n'était pas certain de connaître vraiment le sens de ce mot. Il croyait avoir eu des amis, quand il vivait encore en Inde, quand il étudiait au M.I.T ou à Upenn, mais... En avait-il dans ce laboratoire, dans ce monde ?

Le regard glacial du blond l'angoissait. Il n'avait pas encore eu le temps de s'expliquer que l'homme semblait déjà avoir compris ce qu'il allait lui dire. Cet aveu hésitant avait été une erreur et il ne pouvait plus revenir en arrière, désormais. « Environ un an avant que tout ça ne commence, j'ai été engagé par le gouvernement américain, avec cinq autres des plus grands chercheurs du pays. En échange d'un salaire mensuel à 5 zéros, pour mener des recherches sur une arme bactériologique pour faciliter le combat au Moyen-Orient. » expliqua-t-il d'une voix lente et sans teint. Sa gorge se serrait à chaque nouveau mot, mais il n'épargnait rien à celui qu'il croyait être son ami. Avait-il fait cela pour les 100 000$ mensuels ou pour le frisson scientifique ? Il ne le savait pas lui-même, plus aujourd'hui en tout cas et il ne se souvenait pas de ce qu'il s'était dit à ce sujet à l'époque. « On a développé un virus génétiquement modifié pour affaiblir les soldats ennemis, ça a été un vrai succès, ça retardait leur métabolisme et c'était supposé être sans danger alors l'armée l'a utilisé sur le terrain. Et puis... quelque chose a mal tourné. Un soldat afghan était malade, il avait une méningite. Il a été infecté par notre virus et... On n'a rien pu faire, personne n'avait prévu que ça se passerait comme ça, personne n'avait imaginé qu'on tomberait sur cette souche de la méningite tellement elle est rare. » Il avait l'impression de se chercher des excuses et se doutait fortement que ça ne changerait rien, rien du tout aux yeux du blond qui semblait sur le point de le tuer. « On nous avait renvoyé une fois le virus mis en place, on m'a donné un job haut placé au C.D.C à Atlanta pour que je m'occupe et que je garde le silence, mais quand l'épidémie s'est répandue en Afghanistan, on a fait revenir, tous les six. On nous a envoyé au laboratoire dans lequel on vit toi et moi aujourd'hui et on nous a demandé de trouver une solution. La bactérie avait muté à cause de notre virus, on l'a su tout de suite, mais on n'a jamais réussi à régler le problème. Quand c'est devenu totalement ingérable à l'extérieur, ils nous ont enfermé dans ce bunker en disant qu'ils reviendraient nous chercher dès que les choses iraient mieux, qu'on avait juste à trouver un vaccin en attendant. Mais... »

Inutile de préciser qu'ils n'étaient jamais revenus, Abel le savait aussi bien que Rajesh. Il évita aussi de raconter au blond que la plupart de ses collègues s'étaient suicidés dans ce bunker, incapables de supporter l'enfermement et le poids de ce qu'ils avaient fait. Les autres s'étaient donnés corps et âme pour trouver une solution, n'hésitant même pas à s'injecter la bactérie ou les traitements développés par leurs soins dans ce bunker. Ils en étaient tous morts. Seul Rajesh n'avait jamais eu le cran de faire l'un ou l'autre, en se répétant encore et encore qu'il fallait que quelqu'un reste en vie pour trouver la solution. Était-ce une excuse pour conforter sa lâcheté ? Peut-être bien.

Abel semblait fou de rage et pour toute réponse au savon qu'il était en train de passer au chercheur, Rajesh baissa les yeux en encaissant chaque mot. Il n'avait aucun besoin que le blond ne se mette sur son dos pour lui foutre la pression tous les jours : il occupait déjà tout son temps ou presque à se mettre la pression lui-même et à chercher un remède ou un vaccin qui puisse les sauver. Il était déjà écrasé par le poids de la culpabilité chaque jour. De nouvelles larmes commencèrent à perler au coin de ses yeux lorsqu'Abel cessa de parler. Il les essuya d'un revers de la main avant d'oser affronter le regard de l'homme qui ne devait désormais plus se compter parmi ses amis. « Je n'ai jamais voulu tout ça, Abel, jamais ! Si j'avais eu la moindre idée de ce qui se passerait, j'aurais refusé et je peux t'assurer que je passe chaque seconde de ma vie à m'en vouloir et à faire tout ce que je peux pour rattraper cette erreur. » Il marqua une courte pause, serrant les poings à son tour avant d'oser ajouter : « Ne dis rien aux autres, s'il te plaît. Je l'ai mérité et je le sais, mais s'ils le savent, ils vont me tuer. Cale me tirera une balle dans la tête sans hésiter et si je ne suis plus là, personne ne pourra continuer mes recherches. Je trouverai une solution, je te le promets. »

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Sam 29 Juil - 19:43

Les mots de Rajesh font écho en mon esprit. Comment avait-il pu approuver et travailler sur un tel projet ? Qui était cet homme qui vivait parmi nous depuis tout ce temps ? J’avais une tonne de questions et de réponse qui me venaient simultanément. Je le voyais tout autrement lorsque ses mots tombaient. Je me rappelle que l’on m’a dit avoir trouvé Rajesh avec un flingue n’ayant qu’une seule balle. Que sont devenus les autres scientifiques ? Je me rappelais mes jeunes années et mon service pour la patrie. Le protocole, en cas de pandémie, était bien connu dans l’armée. On préservait les têtes pensantes dans des bunkers, et on les faisait travaillé sur une solution. Mais bien sûr. Je prends ma tête entre mes mains. Je me tourne pour éviter de lui faire du mal. Il s’excuse. C’est la meilleure. J’ai encore tant à lui demander et pourtant je ne sais comment mes mots vont trouver une issue parmi toute cette rage montante. Surtout lorsqu’il me demande de ne rien dire aux autres. « Mais… Tu te fous de moi ou quoi ? Tu comptes cacher ça à qui encore ?! Tu crois vraiment que tu ne leur dois pas la vérité ? Merde merde merde ! » finis-je en hurlant et martelant de coups le cadavre du mort pour me défouler. « T’as tué ce monde, Rajesh. Et même si c’était une erreur, elle a coûté chère. Tu leur dois des excuses. Tu dois des excuses au monde entier ! Tu es tout autant responsable de ce qui est arrivé aux morts qu’aux vivants dont tu as détruit les vies ! Regarde dans quel état tu les a plongé ! Il y a encore peu, on a vu les types de Fort Hope et les punishers se foutrent sur le coin du nez. Combien en sont morts ?! »

Je balance ses instruments de recherches du revers de la main et repousse le comptoir du pied, faisant tomber ce qu’il reste du corps. Les vitres se brisent, et un tas de jouet pour geeks tombent au sol. Y compris cette peluche lapin crétin, que je songeais prendre pour Clarice, si je la retrouvais. Clarice. Mon petit tout. Si je la retrouve, comment vais-je faire pour supporter la voir dans le même endroit que Rajesh ? Je me recentre sur sa demande, et de mon air le plus sombre, je lui dit d’un ton menaçant « Ce n’est pas à moi de leur dire. C’est à toi. C’est TA responsabilité. Mais ne compte vraiment pas sur moi pour te ménager. Je me demande si je pourrai digérer ça un jour… Tu étais mon ami, Rajesh. Mon… Mon frère. Alors c’est comme ça ? Tous mes frères doivent finir par être des pourris qui m’enlèvent tout ?! Tu ne vaux vraiment pas mieux que Ryan… » L’énervement avait une fois de plus parlé à ma place. Comment pouvait-il savoir qui est Ryan ? J’en avais trop dit sur mon propre passé. Rajesh me renvoyait à ma propre image, dissimulant ma vérité pour rester intégré au labo.

Et si nous n’étions pas si différents l’un de l’autre ? Au fond, je le croyais meilleur que moi, mais il avait son quota de sang sur les mains. Beaucoup plus que moi. Peu importe le nombre, des innocents avaient péris à cause de nos erreurs. Etait-ce ça qui m’énervait autant ? M’en voulais-je d’avantage pour mes choix que lui pour sa science ? Il n’avait pas baissé les bras, avait continué de se battre pour trouver un remède. Tout comme je me battais pour retrouver Clarice. Je m’appuie contre un mur, à bonne distance de lui et me laisse tomber pour me retrouver assis, adossé contre ce même mur. Je sentais les larmes naître. Comment pouvais-je continuer de lui passer un savon alors que j’en méritais un ? « Je suis… Je suis responsable de beaucoup de morts. Et ce avant même que ce virus nous frappe… C’est égoïste de ma part de reporter cette rage contre toi. Ma vie part en vrille depuis si longtemps… Et je suis la seule variable commune aux emmerdes qui frappent ma famille alors que veux-tu… J’suis coupable, pas vrai ? Je vous ai caché certaines choses, Rajesh. Pas… un virus qui va encore dévaster ce monde, clairement mais… J’ai mis en danger le laboratoire… »

Cette haine qui me frappait venait de s’estomper, laissant place à une toute autre réalité. Je lui devais des excuses pour lui avoir parler de la sorte, même si au fond il a mérité tout ça. Mais j’étais mal placé pour le juger. Ceci expliquant sans doute le revirement de situation soudain.

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