[Flashback] The Sinner




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Lun 3 Juil - 22:04



28 février.
18ème Rue.


Xander marchait prudemment au milieu de la chaussée. L'expérience lui avait appris que les trottoirs n'étaient pas fréquentables. Trop d'obstacles, trop de fenêtres, de portes, et de manière générale trop de cachettes possibles pour les Mordeurs. Tout précautionneux qu'il était, il n'était pourtant pas d'humeur. Il venait de fouiller deux endroits coup sur coup. L'épicerie Honey Bee sur la 17ème, et le restaurant Mexican Village sur Bagley. Ça n'avait rien donné. Évidemment, il y avait bien longtemps que les lieux qui regorgeaient de nourriture avaient été pillés, et il ne restait rien. Il faudrait trouver d'autres stratagèmes, chercher dans des endroits qui avaient été moins exposés aux rapines, lorsque la panique avait pris les gens.

Il avait dépassé un petit parc pour enfants en prenant bien garde de ne pas traîner. Ces endroits, les parcs, étaient souvent bourrés de saletés de Mordeurs, et celui-ci ne dérogeait pas à cette sorte de règle. Rien qu'en passant, Xander put en compter quatre, et ils n'étaient certainement pas les seuls. Il accéléra le pas, de crainte d'avoir été repéré, d'autant qu'après le parc, il passait devant une imposante résidence. Ce bâtiment devait comporter trente appartements, probablement encore quelques vivres, mais c'était risqué. Le jeu n'en valait pas la chandelle, il pourrait trouver quelque chose en visitant des maisons, comme il l'avait fait jusque là

Arrivant sur Howard Street, il voyait maintenant parfaitement les clochers de l'église qu'il avait dans le champ de vision depuis le parc. Il continua à bon rythme jusqu'à Lafayette Boulevard. Un Mordeur le vit venir et se mit à grogner, avant de mettre le cap vers le routier, d'un pas incertain, qui était dû à son pied droit qui accusait un angle grotesque avec le sol. Cheville cassée, indéniablement. Ce handicap ne permettrait donc pas à cet enfoiré de manger aujourd'hui. Xander le laissa venir, tout en saisissant sa clé. Il l'accueillerait bien comme il fallait. C'était la moindre des choses. Le cadavre ambulant arriva péniblement, et quand il fut à portée…

La clé sonna d'un bruit mat en rencontrant le crâne du macchabée, éparpillant bouts d'os et morceaux de cerveau sur la chaussée du carrefour. Le corps s'effondra, mort pour de bon cette fois. Xander s'approcha et le regarda un instant. C'était un chicanos. Il lui lâcha un énorme crachat, en plein sur le visage cireux et verdâtre.
    « Sale fils de pute. »

Mais il n'aurait pas l'occasion de se relâcher. Il releva les yeux pour s'apercevoir que le Mexicain qu'il venait de dézinguer n'était pas seul. Un groupe arrivait, en boitant lourdement. Merde, ces machins étaient inoffensifs un par un, mais à plusieurs c'était plus compliqué. Combien étaient-ils, au juste ? Trois ou quatre, il pourrait gérer. Mais là, ils étaient presque une douzaine. Il valait mieux trouver un abri.

Sans avoir l'air de paniquer – parce qu'il ne paniquait pas – Xander chercha des yeux un possible endroit où se réfugier, au moins le temps de pouvoir repartir. L'église. Un énorme panneau annonçait : Sainte-Anne de Detroit, fondée en 1701. Le reste donnait les heures des messes… en espagnol. Bordel, mais ces empaffés d'immigrés se croyaient tellement chez eux qu'on leur parlait dans leur langue, pas foutus qu'ils étaient d'apprendre l'anglais. Il n'était vraiment pas mécontent d'avoir eu l'occasion d'en éclater un, même déjà mort.

En tous les cas, cette église Sainte-Anne de Detroit devait fournir un abri correct. Des murs bien épais, des portes solides, des fenêtres épaisses… Peut-être y aurait-il des chicanos à l'intérieur, rapport au panneau en espagnol. Dans ce cas, ça serait leur fête, et tant pis pour eux. La distance qui se séparait de l'édifice religieux fut rapidement couverte, et les autres puants étaient encore loin quand il commença à chercher une entrée. Mais tout était fermé. Pire : ça semblait barricadé de l'intérieur. Quelqu'un s'était abrité ici. Xander abattit son poing sur le lourd battant à plusieurs reprises, mais devant le silence qui lui répondit, il recommença, et se risqua à jouer de la voix.

    « OUVREZ ! OUVREZ CETTE PORTE, SACRÉ BON DIEU ! »


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Mar 4 Juil - 11:08


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Timothy 4:2.

28 Février 2016 — Je viens de passer une bonne heure à retourner le petit bureau à l'arrière de l'église dans tous les sens. La mauvaise nouvelle est maintenant officielle : il n'y a rien d'utile dans cette fichue bâtisse, pas même une petite carte de la ville pour m'aider à me repérer. Et sans mes trois compagnons qui servent de repas aux rôdeurs du coins, c'est quand même très gênant. Aujourd'hui, je crois que je leur en veux un peu d'être sortis en me laissant là. Ils s'imaginaient être plus capables que le bon Pasteur Sharman, mais ils n'ont même pas réussi à faire plus de quelques mètres dehors avant de se faire bouffer. Ça ne m'aurait pas trop perturbé, si seulement l'un d'entre eux était resté avec moi. Parce qu'être seul, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, encore moins dans cette fichue ville que je ne connais vraiment pas bien. Mes quelques passages ici pour rendre visite à une bonne payeuse qui voulait sauver l'âme en perdition de sa fille lesbienne ne me sont d'aucune utilité. Je sais plus ou moins où se trouve sa maison, mais j'ai comme un doute quant à la survie de madame Whitman et de sa drôle de famille.

Enfin, je dois dire que je ne m'en soucis pas trop. Ce qui m'intéresse, ces jours-ci, c'est de pouvoir manger. Ça commence à faire long, ça commence à être difficile. Je dois dire que je suis un peu désespéré, là. Je sors du bureau pour traîner ma carcasse amaigri dans la nef. C'est fou ce que j'ai horreur de cet endroit, mais bon, ça ressemble à un bon endroit où s'installer sans trop craindre l'extérieur. Les portes sont solides, j'entends souvent des coups de l'autre côté, des grognements morbides, mais rien ni personne n'a encore réussi à passer au travers. C'est plutôt une bonne nouvelle, pas vrai ?

D'ailleurs, ça tape encore plutôt fort, là. Mes sourcils se froncent tandis que je regarde la porte à peine secouée de tremblements avec ce qu'elle se prend dans la tronche. Soit ces démons-là sont sous l'emprise de substances particulièrement excitantes, soit... Mes yeux s'écarquillent quand j'entends une voix qui hurlent de l'autre côté, en même temps que j'en viens à la conclusion qui s'impose. Un vivant. Et entre tous les endroits dans cette ville où il aurait pu se réfugier, c'est ici qu'il vient chercher la paix.

C'est en courant que je me précipite vers la porte, où je tente de soulever rapidement l'immense planche de bois que mes trois anciens compagnons m'ont aidé à installer sur la porte pour empêcher qu'elle ne s'ouvre trop facilement. À porter tout seul, c'est beaucoup plus compliqué, mais je finis par arriver à la soulever et quelques secondes plus tard, elle s'écrase sur le sol dans un bruit sourd, alors que les portes s'ouvrent précipitamment pour laisser entrer un homme qui semble avoir le Diable aux trousses. Ce qu'un rapide regard à l'extérieur a l'air de confirmer.

Avec un public, aussi restreint soit-il, mes réflexes reviennent au galop et c'est un masque de douceur un peu inquiète qui se peint très naturellement sur mon visage alors que je reprends en main le rôle du bon pasteur. « Calmez-vous, mon ami ! Et aidez-moi plutôt à remettre ça en place. » lui dis-je en fermant les portes et en désignant la planche par terre. Je me mets d'un côté de la planche en attendant qu'il vienne prendre l'autre pour m'aider et profite de ce petit moment pour observer mon visiteur avec un peu plus d'attention. Il m'a l'air du genre d'homme qui ne s'en sort pas si mal à l'extérieur. Peut-être parce qu'il semble plus agacé qu'effrayé, je ne sais pas trop, mais il ne ressemble pas à une petite âme en peine. Bon point pour moi. Et puis, il a choisi de trouver refuge dans une église, ce qui me rassure d'autant plus. Même s'il veut la jouer type pragmatique qui vient ici pour des raisons purement pratique... J'ai appris au fil de mes années au service de Dieu qu'on ne vient jamais dans une église par hasard. Il y a toujours une petite part de ces gens-là qui cherchent quelque chose, même s'ils n'arrivent pas à le reconnaître. Un genre de soutien, un moyen de se rassurer. Ça doit en dire beaucoup sur moi, qui ai choisi de me faire passer pour un homme de Dieu pour gagner ma vie, mais l'heure n'est pas à la psychanalyse de ma personne.

Une fois la planche en place et l'église de nouveau imprenable, je m'éloigne de la porte pour me tourner vers mon visiteur. « Bienvenue dans l'église Sainte Anne de Détroit. Si vous avez des armes, je vous prierai de bien vouloir vous en délester et de les laisser à l'entrée, merci. La maison de Dieu est un lieu pacifique dans laquelle aucune violence ne saura être toléré. » J'ai du mal à retenir un sourire moqueur d'étirer mes lèvres, mais je me mords l'intérieur des jours pour m'y forcer. Le bon côté quand on fait semblant d'être un pasteur en pleine apocalypse, c'est qu'on peut vraiment sortir ce genre de connerie et sembler crédible. Et les gens sont si souvent atterré de m'entendre tenir un tel discours qu'ils n'osent même pas me contredire. J'espère sincèrement que cet homme ne va pas me décevoir.

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Mar 4 Juil - 12:13



La lourde porte s'ouvrit sous les poussées insistantes de Xander. Une fois à l'intérieur, un homme à la carrure fine mal dissimulée sous son uniforme d'homme d'église l'appela à laisser de côté le stress.
    « Calmez-vous, mon ami ! Et aidez-moi plutôt à remettre ça en place. »

Sans même répondre, Xander se joignit à lui pour lever la lourde poutre de bois qui devait servir à barrer la porte, et ils la placèrent dans le dispositif prévu à cet effet.

Le prêtre lui souriait, maintenant. Il lui tint un petit laïus d'accueil.
    « Bienvenue dans l'église Sainte Anne de Détroit. Si vous avez des armes, je vous prierai de bien vouloir vous en délester et de les laisser à l'entrée, merci. La maison de Dieu est un lieu pacifique dans laquelle aucune violence ne saura être toléré.
    Xander grogna un peu, mais finit par déposer sa monumentale clé de 32 près de la porte, debout contre le mur.
    Comme vous voudrez, mon père, mais vous avisez pas d'y toucher... »

Le ton n'était ni chaleureux, ni pour autant menaçant. Il voulait simplement que les choses soient claires. Quant à l'absence de violence… à bien regarder le curé, ça ne serait pas difficile de s'y tenir. S'il respectait ses propres règles concernant les armes, il devait lui-même être à poil. En cas de débordement, Xander et ses pognes de routier n'auraient aucun mal à tenir le petit cul-béni en respect.

S'éloignant doucement de l'entrée, Xander pouvait déjà entendre les Mordeur gémir derrière la porte, grattant le battant de bois de leurs doigts morts, s'abîmant les ongles à en croire le crissement dégueu que ça donnait. Moreau observa les lieux. C'était une église somme toute très normale, pour un édifice catholique. La nef montait haut en une voûte d'ogives, cernée de colonnes supportant une batterie d'arcs en plein cintre, dont les clés de voûtes étaient aux croisées d'ogives. Les fenêtres, en forme d'ogives elles aussi, étaient garnies de vitraux colorés, qui donnaient à la lumière ambiante une chaleur particulière, mais ça ne parvenait pas à réchauffer l'atmosphère, qui restait très froide, surtout à cette époque de l'année.
Les dalles du sol, parfaitement ajustées, dessinaient des croisillons tout le long du chemin entre les bancs, de l'entrée jusqu'à l'autel. La décoration était faite de statues, de dorures, d'icônes, d'un petit autel bardé de cierges fondus, d'une boîte destinée aux dons des fidèles, et à l'entrée, posé sur un piédestal métallique, d'une vasque ronde contenant de l'eau bénite.

Xander crevait de soif, mais bien qu'athée, il avait assez de respect envers les religieux pour ne pas se jeter sur la vasque et y boire. Pour autant, il n'y trempa pas les doigts et ne se signa pas.

Chaque son était amplifié et résonnait longuement. C'était l'idéal pour repérer quelque chose d'inhabituel, un visiteur indésirable, quoi que ce soit.
    « Hé bien… au moins vous êtes à l'abri, ici. Merci d'avoir ouvert. Ces trucs, quand ils sont moins nombreux, je les gère, mais là… il m'aurait fallu courir un peu pour les semer. À condition de ne pas en croiser en chemin… »

Xander ne savait pas vraiment comment se comporter face au prêtre. Il n'avait jamais traîné dans des églises, et les religieux ne faisaient pas partie de ses fréquentations régulières. Surtout pas maintenant, encore qu'on ne savait jamais si les morts avaient été croyants un jour. Dans le doute, il préférait se montrer poli, à défaut d'être aimable. Par les temps qui courent, la courtoisie était tombée en désuétude. Inutile face aux Mordeurs, qui ne savaient dire que des « Argh… argh… ». De peu de secours avec les vivants, surtout ceux qui vous braquaient un flingue sur le visage.

Bien que pas particulièrement menaçant, Xander n'en restait pas moins méfiant. Les vivants étaient pires que les morts. Ils tuaient, pillaient, planifiaient des pièges pour leurs semblables, afin de tuer, piller… un cercle sans fin. Il en savait quelque chose : il l'avait fait. C'était comme ça que l'on survivait, maintenant. En prenant ce qu'on pouvait, dès que l'occasion se présentait. D'ailleurs, en parlant de ça…
    « Vous n'auriez pas de l'eau, par hasard ? J'ai terminé mes réserves voilà deux jours, et je n'ai rien pu trouver aujourd'hui... »

Dans un sens, en en appelant à la charité chrétienne d'un représentant de la foi, il avait ses chances de succès.

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Jeu 6 Juil - 11:45

L'homme dépose son arme près de la porte, sous mes yeux étonnés. Je sais bien que c'est ce que je lui ai demandé, mais depuis que je suis à Détroit... Comment vous dire ? Les gens ne respectent plus tellement ma profession, ici et c'est bien la première fois que je tombe sur quelqu'un qui ne semble pas me vouloir du mal. Bon, d'accord, ce type étrange qui marche pieds nus dans les rues ne voulait peut-être pas me faire de mal, mais il en a fait quand même. Celui là n'a pas l'air de vouloir faire d'histoires. Ce n'est pas tant qu'il est gentil, en fait je dois dire que je le trouve même sacrément antipathique, mais... Il obéit sagement et il ne m'a pas encore agressé.

Enfin bref, je me sens presque coupable d'avoir encore mon pistolet coincé à ma ceinture dans mon dos. Ça ne donnera pas une très bonne image s'il finit par s'en rendre compte. Mais ça n'est pas encore suffisant pour que je me décide à m'en délester aussi. Sait-on jamais qu'il change d'avis tout à coup et qu'il décide que ce serait une bonne idée de me détrousser...

« Je vous en prie, la maison de Dieu est ouverte à tous ceux qui ont besoin d'aide. » dis-je, automatiquement, quand il me remercie de l'avoir laissé entrer. Je suis un peu ailleurs moi aussi et ça s'entend dans ma voix. Je le suis des yeux partout où il va. Ce type, c'est peut-être ma solution parfaite pour remplacer les trois crétins qui m'ont lâchement abandonné ici pour aller mourir deux rues plus loin. Il semble être en forme, pour les circonstances je veux dire. Alors j'essaye de déceler une façon de m'y prendre avec lui d'après ce que je peux voir de son comportement, de ses mots. C'est difficile. Les gens sont devenus tellement... compliqués. Je ne sais pas trop, mais je crois surtout que le problème vient du fait qu'après tout ce temps, il ne reste plus que des gens capables de s'en sortir par tous les moyens. Les idiots, les naïfs, ils sont morts ou précieusement protégés par des gens plus malins qu'eux.

Il me demande à boire, me tirant de mes pensées et je cligne des yeux plusieurs fois pour me concentrer. Je ne dois pas rater mon coup, cette fois. Malheureusement, même si c'était bien parti, sa demande risque de créer un froid. J'hésite, je réfléchis. Il me reste un fond d'eau dans ma bouteille, pas assez pour deux. Je reste planté devant lui à me tortiller les doigts le temps de peser le pour et le contre. Il a l'air dans de bonnes dispositions. Peut-être que si je l'aide, il se sentira redevable. Sacrifier une partie de mon propre confort pour un but plus grand... « Laissez-moi vous apporter ça. » finis-je par répondre en me détournant pour aller près de l'autel, où mon sac presque vide repose depuis des jours. Je contourne le pupitre pour me cacher derrière et me penche au-dessus du sac, plongeant une main dedans tandis que l'autre vient derrière mon dos. Je cherche mon pistolet à tâtons et le fait passer discrètement vers le sac pour le cacher dedans. Je vais tenter le tout pour le tout et jouer le jeu du gentil pasteur, c'est décidé. Une fois ma bouteille d'eau presque vide dans la main, je retourne vers le nouveau venu et lui donne, un sourire poli aux lèvres. « Tenez, buvez tout si vous le souhaitez. » Un peu de charité chrétienne, c'est toujours bon pour s'attirer la sympathie des gens. Il va bien remarquer qu'il ne me reste pas grand chose et j'ose espérer qu'il se sentira un peu coupable de me prendre ce qu'il me reste d'eau, mais pas assez pour refuser de la boire quand même.

« D'où est-ce que vous venez, comme ça ? » je demande en regardant la porte. « Il doit y avoir des gens qui vous attendent quelque part, n'est-ce pas ? » Je donne l'impression de ne pas y toucher et pousse même le zèle jusqu'à ajouter : « On m'a dit qu'il y avait des communautés ici, à Détroit, mais je ne les ai pas encore trouvées. » Si j'avais déjà prié avec sincérité, je crois que je le ferais en ce moment. Prier pour que cet homme me sauve de ma tourmente affamée. Qu'il m'amène à un groupe installé je ne sais où, grand, organisé... Un endroit rempli de brebis égarées qui ouvriront leurs bras en grand pour accueillir un pasteur. Je sais bien qu'il vient de dire qu'il n'a pas trouvé de quoi boire depuis deux jours, mais j'ai envie de croire que ce n'est qu'une excuse pour m'apitoyer un peu et me pousser à lui rendre ce service. On a bien le droit de rêver...

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Jeu 6 Juil - 13:57



Le prêtre parut bien vouloir fournir de quoi boire à son hôte. Pendant qu'il était parti chercher ça, Xander alla déposer son sac sur la première rangée de bancs, à droite, et s'y assit. Le curé revint avec une bouteille de plastique, où il ne restait que quelques gorgées d'eau. C'était une denrée précieuse, et si cette situation merdique venait à durer longtemps, il y avait fort à parier que quiconque posséderait de l'eau en quantité serait le roi du monde.
En attendant, Moreau remercia le religieux d'un signe de tête, et éclusa le liquide clair jusqu'à la dernière goutte, sans un seul signe de remords. Quand il eut fini, il revissa consciencieusement le bouchon et rendit la bouteille, désespérément vide, à son propriétaire, qui eut l'air dépité. Mais pas assez pour l'empêcher d'engager la conversation.
    « D'où est-ce que vous venez, comme ça ? Il doit y avoir des gens qui vous attendent quelque part, n'est-ce pas ? On m'a dit qu'il y avait des communautés ici, à Détroit, mais je ne les ai pas encore trouvées. »

Xander n'aimait pas trop les curieux. Mais après tout, il était dans la nature des prêtres de se soucier des gens, de vouloir les guider. Ils ne gagnaient pas beaucoup à rester en solitaires, terrés dans leurs bâtisses de vieilles pierres. Aussi le routier ne lui tint pas rigueur de sa curiosité, et il lui répondit assez simplement, sans entrer dans les détails.
    « Plus personne ne m'attends, nulle part. Il existe bien des communautés, c'est vrai. J'ai été dans l'une d'entre elles, mais je l'ai quittée. Leurs histoires étaient trop dangereuses… plus que tout ce qu'on peut vivre dehors, je veux dire.
    Xander resta un instant silencieux, comme s'il était plongé dans des souvenirs. C'était le cas. Il se rappelait le temps passé parmi les Punishers. Une période où il n'avait que peu à se soucier du manque d'eau et de nourriture, de sa sécurité ou du reste. Jusqu'à ce que ça dégénère. Le monde avait changé, c'était un fait. Mais dans une certaine mesure, il était inutile d'en rajouter une couche.
    C'est déjà assez compliqué de survivre avec ces trucs qui puent, dehors. Les vivants sont plus dangereux que les morts, et… ces gens étaient parmi les plus dangereux, pour les autres et pour eux-même. Je suis parti pour chercher un endroit plus calme. Je pensais à la campagne. »

Xande soupira. Ouais, tout ça, c'était si loin, maintenant. Seulement quelques mois s'étaient écoulés, mais ils paraissaient comme autant d'années. Les difficultés du quotidien avaient le don d'allonger le temps de manière substantielle. Depuis, il avait évité de croiser des vivants. Les Mordeurs, ça se gérait sans trop de difficulté. Il suffisait de s'arranger pour les affronter deux par deux au maximum, et on s'en sortait bien. Les vivants, eux, pouvaient poser de gros problèmes. Ils pouvaient être armés, avoir des intentions néfastes. Ou pire : être en groupe, organisés, auteurs d'une embuscade. C'était plus rare, mais ça arrivait. Généralement, ceux qui se retrouvaient confrontés à cela ne s'en sortaient pas, ou rarement.

Les Punishers avaient ce genre de méthodes. Ils avaient des pilleurs, des gardiens, des éclaireurs. Ces derniers pouvaient parfois découvrir des groupes de survivants. Il les suivaient, évaluaient leurs capacités, puis retournaient communiquer leur position aux autres. On préparait le nécessaire, on les retrouvait, on les acculait, et finalement on ne leur offrait qu'une alternative, la seule possible. Laisser leurs armes, leurs vivres, leur eau, tout, et repartir à poil mais vivants, ou résister. Ce qui revenait au même, puisqu'ils étaient en sous-nombre. S'ils se battaient, ils étaient massacrés et dépouillés. Et plus le temps passait, et plus les gens résistaient pour le peu qu'ils possédaient.

Le prêtre, lui, n'avait pas l'air bien dangereux. C'était même tout le contraire. Cela poussait Xander à se poser des questions, et il ne se priva pas pour les exprimer.
    « Et vous ? Vous êtes resté ici, depuis tout ce temps ? Comment avez-vous fait pour survivre ? »



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Dim 9 Juil - 21:49

De savoir qu'il va me laisser sans une seule goutte d'eau ne semble pas vraiment toucher mon invité, qui vide la bouteille d'une traite avant de me la rendre. Je m'attends presque à voir un sourire sur ses lèvres, mais il n'y en pas. Pas plus qu'un merci pour accompagner mon geste. Hum... Je commence à avoir un peu chaud, je dois dire. Mais le moment n'est pas encore venu de perdre la face. Il est des personnes plus difficile à amadouer que d'autre, ça ne veut pas dire impossible. Je tente de garder un air neutre en reprenant la bouteille et me lance à la pêche aux infos pour vite faire passer ce désagréable petit moment de flottement.

Malheureusement, c'est une nouvelle déception qui vient serrer mon cœur quand monsieur m'annonce qu'il ne vient nullement d'un groupe et qu'il est seul, bien qu'il ait passé quelques temps dans un groupe. Il prétend que les vivants sont plus dangereux que les morts et je sens bien une certaine pointe de réalité dans ce qu'il dit. Pourtant, je suis sûr d'une chose : je ne peux m'en sortir par moi-même. Je ne suis pas un loup au milieu des brebis, je ne sais pas me débrouiller. Bien sûr, j'ai appris des choses sur la route, San Francisco est loin et j'ai eu plus de temps qu'il n'en fallait pour observer. Mais j'ai toujours été protégé, toujours jusqu'à maintenant. Alors sa réponse me fait un peu grincer des dents. J'essaye cependant de me rassurer en me disant qu'il connaît bel et bien l'existence des autres communautés. Peut-être acceptera-t-il malgré tout de m'indiquer un chemin pour me rendre jusqu'à eux ? Même les hommes si dangereux dont il parle me font moins peur que de mourir de faim dans cette église.

Il me retourne ma question rapidement et je me mords la lèvre inférieur en signe d'hésitation, avant de me laisser tomber à mon tour sur l'un des bancs aligné dans la pièce. La nef nous sépare, mais l'acoustique est si bonne ici qu'il est presque impossible de ne pas communiquer clairement à quelque distance que ce soit. Je passe une main sur mon visage et prend un air contrit, désolé. « Je suis ici depuis quelques jours seulement. » lui dis-je avec honnêteté. « J'étais en Californie quand tout a commencé, mes paroissiens sont venus à mon secours dès que ça a mal tourné et nous avons fait un long chemin ensemble, mais la plupart sont morts par cette chose ou par d'autres, des maladies, la faim, des personnes mal intentionnées. Puis j'ai rencontré trois hommes aux environs de Toledo, nous avons voyagé ensemble jusqu'ici, mais ils ne sont jamais revenus de leur expédition dans Détroit d'il y a quelques jours. »

Je ne lui dis pas qu'en sortant hier, j'ai vu leurs cadavres en morceaux se faire dévorer par une horde. Je ne sais pas trop pourquoi, d'ailleurs. J'ai le pressentiment que rien de tout cela ne l’apitoiera vraiment, mais c'est une chose que je veux encore garder pour moi. « Je n'ai jamais été vraiment seul, vous savez. Il y a toujours eu un bon croyant un peu mieux constitué que moi pour me protéger et maintenant... Je ne suis pas certain de savoir m'en sortir seul. Je sais tout juste par quel côté tenir l'arme que l'un de mes fidèles m'a offert. » Mon regard se fixe un long moment sur cet homme. J'aimerais qu'il ressente de la pitié, une forme quelconque de remords, mais je crois de plus en plus que je perds mon temps. « Vous ne m'aiderez pas, n'est-ce pas ? » je demande finalement. Autant être fixé tout de suite, que les choses soient claires. Mon ton n'est plus tellement teinté de fatalité, je lui pose cette question avec calme, presque froidement. Ça n'a pas tellement d'importance s'il refuse de m'aider, je finirais bien par trouver quelqu'un ou quelque chose pour me sauver la vie. Je me suis toujours considéré comme un homme plein de ressources et c'est ce qui m'a permis de m'en sortir grassement dans la vie depuis ma plus tendre enfance. Le seul problème, c'est que mes combines ne prévoyaient pas un scénario catastrophe tel que celui-ci.

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Lun 10 Juil - 22:32



Le curé raconta sa petite histoire, sans que ça puisse intéresser vraiment son ouaille de la journée. Sauf sur un point. Ce mec avait réussi l'exploit de traverser deux bons tiers du pays, depuis la côte ouest jusqu'ici, et il faisait encore partie de ceux qui étaient doués de parole, pas de ceux qui geignaient.
Ah ouais, et il y avait aussi cette histoire d'arme. Il en possédait une, il venait de le dire. Mais il ne la portait apparemment pas – encore qu'il n'y avait aucun moyen d'en être sûr. Ce type avait un rien de fragile. En réalité, il hurlait par tous les pores de sa peau qu'il n'était pas taillé pour la survie. Il dépendait de… de quoi au juste ? La charité ? La bonne volonté ? Un bon gros coup de chance ? De quiconque acceptait de se traîner un boulet. Car si pieux qu'il soit, le padre était un putain de boulet, c'était parfaitement clair. Et Xander ne comptait pas s'en encombrer.
    « Vous ne m'aiderez pas, n'est-ce pas ?
    Non, en effet. Pas si je ne peux pas faire autrement. Ou si vous pouvez vous montrer utile à quelque chose. Échange de bons procédés, vous voyez l'histoire ?
    Xander soupira en gardant son regard planté dans celui du prêtre. Il n'avait pas précisément l'air d'un mauvais bougre, et Moreau se sentait un peu mal de lui faire entendre qu'il le laisserait sur le carreau.
    Écoutez… Je n'ai pas dormi convenablement depuis un bon bout de temps, et votre église m'a l'air d'offrir un abri de qualité. Tout ce que je demande, c'est de rester ici au moins pour cette nuit. À mon départ… que vous restiez ici ou que vous m'accompagniez, la décision reste la vôtre. »

Il s'arrêta là. Il ferait le détail de son petit règlement si le type décidait de le suivre. Mais le pauvre ne serait pas déçu du voyage. S'il s'attendait à ce que Xander le protège ou le dorlote, il pouvait se gratter. C'était la jungle, là dehors. Le moindre petit accroc pouvait faire la différence entre un Xander en pleine santé et un Xander qui arpenterait les rues de Grosse Pointe en grognant après le moindre bout de viande fraîche, pour l'éternité – ou jusqu'à ce que quelqu'un lui éclate la tête. Alors non, il ne comptait pas attendre un retardataire, il ne serait pas question de voler à la rescousse d'un homme en danger. Curé ou pas.

Sans vouloir paraître impoli, pas plus qu'il ne voulait paraître courtois, Xander se leva, attrapa son sac et avança un peu dans l'allée centrale. Puis, s'arrêtant, il souleva un peu son sac en direction du prêtre.
    « Alors… est-ce que je peux m'installer dans un coin ? »

Il se doutait que l'homme tenait son rôle d'ecclésiaste assez au sérieux pour n'avoir pas le courage de flanquer à la porte quelqu'un qui lui demanderait asile. Surtout par les temps qui couraient.

Il ne put pourtant s'empêcher de rajouter quelques mots, comme une dernière condition sine qua non.
    « Par contre, si vous m'hébergez, j'aimerais récupérer ma clé, fit-il en désignant du pouce l'imposant outil qui reposait près de la porte. Si vous êtes armé, je ne représente aucun danger pour vous. Et je serai bien plus utile avec ça que sans rien, en cas de tuile. »



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Mar 18 Juil - 15:16

La sentence tombe et c'est exactement celle que j'attendais. Il ne m'aidera pas si je ne lui suis d'aucune utilité et inutile d'espérer que quelques conseils religieux suffisent à me rendre utile aux yeux de cet homme. Étrangement, sa réponse me fait sourire. Ça me rassure un peu sur le fait que je suis toujours bon pour cerner les gens autour de moi. Même si pour le coup, je commence à vraiment me demander ce que je vais bien pouvoir faire. C'est à croire que tous les bons petits chrétiens sont morts et enterrés. Ou en train de errer quelque part dehors. Mais je le comprends et je ne lui en veux même pas, je ferais la même chose à sa place vous pouvez me croire !

Enfin, maintenant que je sais à quoi m'en tenir, je commence à cogiter sur la suite. Du moins, jusqu'à ce qu'il reprenne et qu'il laisse une possibilité. Je le jauge un instant, perplexe. Si c'est pour lui servir de bouclier dans deux jours parce qu'il aura changé d'avis, je crois que je préfère encore tenter ma chance auprès de quelqu'un d'autre. Un sourire poli déforme mes traits et je me relève à mon tout tandis que monsieur semble vouloir visiter ma planque et surtout récupérer son arme. Grand bien lui fasse, ma foi, s'il avait voulu me tuer, il l'aurait déjà fait après tout. « Bien sûr, faites comme chez vous. » je dis en faisant un signe de la main dans la direction de son arme. « Il n'y a pas vraiment d'endroit où dormir confortablement ici, je passe la plupart de mes nuits sur ces bancs. » j'ajoute vaguement. « Mais prenez celui qui vous plaira. »

Pour ma part, toujours ma bouteille vide à la main, je retourne chercher mes affaires à mon tour et je fourre ce morceau de plastique désormais inutile dedans. La nuit risque d'être longue et les jours à venir encore plus. Demain, quand mon invité se sera fait la malle, je vais devoir sortir de nouveau et trouver quelque chose à me mettre sous la dent avant que ça ne devienne vraiment critique... cette perspective ne m'enchante guère, je dois bien l'admettre.

Pendant que monsieur fait sa vie, je retourne investir un banc au premier rang, gardant mon sac serré contre moi et après un long moment de silence à regarder dans le vide en réfléchissant à où je pourrais me rendre pour de la nourriture, non sans déplorer un peu de ne pas mieux connaître cette ville, je relève finalement les yeux vers l'homme. « Qu'est-ce que vous comptez faire ensuite ? » je lui demande. « Simple curiosité, je ne m'imposerai pas. » Il me semble important de le préciser. Les choses sont claires entre lui et moi : il ne veut pas d'un boulet à sa cheville et je respecte. De toutes manières, je n'ai pas tellement d'autre solution si je ne veux pas l'énerver. Et vu la tronche de son arme, je préfère éviter, sincèrement. Ça doit être sacrément douloureux de mourir de cette façon... Mais savoir ce qu'il compte faire, ça m'intéresse quand même. Parce que je me demande sincèrement à quoi peut ressembler un projet dans ce monde, quand on a plus nul part où aller, plus personne à retrouver... chaque ville de ce pays doit ressembler à Détroit en ce moment. Toutes celles que j'ai vu y ressemblent en tout cas.

Tout à coup, je me souviens qu'il m'a dit qu'il y avait effectivement des groupes ici, pourtant. Des communautés qui pourraient accepter de m'accueillir. Et même si lui ne veut visiblement pas en faire partie, ça ne l'empêchera pas de me dire où les trouver, pas vrai ? « Ces communautés dont on parlait tout à l'heure, vous savez où elles sont ? »

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Mer 19 Juil - 22:55



Alors que le curé lui autorisait à récupérer sa clé, Xander fut également invité à passer la nuit sur l'un des bancs de l'église. Ces longs trucs de bois ne devaient pas être fort confortables, et il faudrait trouver des astuces pour éviter de se ruiner le dos, mais ça ferait largement l'affaire. Moreau jeta son dévolu sur l'un d'eux, le plus proche de l'autel. C'était stratégique. Ici, il était à égale distance des deux portes qu'il avait pu repérer. Le prêtre s'installa avec un sac sur le banc de l'autre côté de la nef. Xander, lui, avait posé son paquetage et le modelait en un oreiller de fortune, étalant sa veste de manière à créer une épaisseur destinée à contrer la dureté du bois vernis qui l'accueillerait dans son repos. La voix du prêtre résonna une nouvelle fois.
    « Qu'est-ce que vous comptez faire ensuite ? Simple curiosité, je ne m'imposerai pas.
    Hmmm… J'ai vu sur des cartes qu'il y a une base aérienne, pas très loin. Je pensais y faire un tour. Un endroit comme ça, ça doit cacher des armes et de la nourriture. Je pensais aller jeter un œil, histoire s'il reste de l'un ou de l'autre, même juste un peu. »

Xander espérait bien sortir de là avec quelques flingues. Pas qu'il était fan des armes à feu, mais il fallait bien reconnaître que si sa clé avait son utilité, il fallait quand même se tenir très près de sa cible pour l'atteindre. Et les morts n'étaient pas les êtres les plus dangereux à affronter, en particulier à distance. Il se sentirait un peu plus en sécurité s'il pouvait se défendre contre quelque détrousseur. Sans parler des Punishers, s'il venait à en croiser.
    « Ces communautés dont on parlait tout à l'heure, vous savez où elles sont ?
    Xander soupira doucement.
    Celle que j'ai quitté, non. La dernière fois que je les ai vus, ils occupaient une caserne de pompiers sur Grosse Pointe. Mais croyez-moi sur parole : aucun prêtre ne veut se retrouver avec ces gens. Ils ne vivent que de pillages, de meurtre et d'autres méfaits.
    Il voyait le regard de l'homme d'église le fixer, comme pour le pousser à la confession. Qu'il n'espère pas obtenir des regrets de la part du routier, et de son côté, Moreau ne comptait pas lui faire le plaisir du couplet du pêcheur repenti.
    Ouais, j'ai fait ça, moi aussi. On quadrillait des secteurs entiers, on ramenait tout ce qu'on trouvait. Mais pour certaines choses, on finissait par ne plus se contenter de nettoyer les maisons et les appartements. On repérait des gens, des survivants. On les suivait, et on localisait leur campement. De retour au bercail, on préparait le nécessaire, et on les encerclait. Ils n'avaient pas le choix : soit ils nous laissaient tout ce qu'ils avaient, soit on le leur prenait de force. »

Ce n'était pas ce dont il était le plus fier, loin de là. Malheureusement, c'était maintenant comme ça que le monde fonctionnait. Les forts prenaient aux faibles, jusqu'à ce que les plus faibles ne puissent prendre à personne, et la loi de la nature faisait le reste. C'était finalement un retour aux fondamentaux, à ça près que chez les dominants, les sagaies et les gourdins avaient laissé la place aux poignards et aux fusils.

Non, ce n'était vraiment pas une époque qu'il avait aimé, mais au moins il n'avait pas eu à se soucier des problèmes de nourriture. Tout le monde faisait sa part, chacun obtenait l'indispensable, à savoir : de la nourriture à satiété, de l'eau autant que besoin, et une protection efficace.
    « Ces gens, ceux que j'ai quitté, j'ignore ce qu'ils feraient si je venais à les croiser. Mais ça ne peut pas s'en tenir à des salutations amicales. Je suppose qu'ils chercheront à me voler le peu que j'ai. Je suppose aussi qu'il existe d'autres groupes, des groupes de gens biens. Ceux qu'on a délogés de la caserne, par exemple. »

La vérité, c'était qu'il s'en foutait pas mal. Qui était bien, qui ne l'était pas. Qu'est-ce que ça voulait dire, désormais ? Quelque part, Bruce était quelqu'un de bien. Il avait proposé un abri à des gens qu'il ne connaissait pas, juste parce qu'ils en avaient besoin. La vie avait fait qu'il avait pété les plombs. Peut-être que ça aurait pu être autrement.
    « Et vous ? Comment vous avez fait pour traverser le pays, avec tout ce merdier ? »

Il se rendit compte qu'il parlait assez mal, alors qu'il s'adressait à un homme pieux. Il s'en sentit un brin gêné, mais n'y pensa pas plus longtemps. Comment appelait-il lui-même tout ce… merdier ? Ce devait être ce jour dont parlaient les textes, celui où les morts se relèveraient pour vivre éternellement dans la lumière de leur Sauveur, et toutes ces conneries. Où était-il, le Sauveur ? Où était ce Messie, qui devait libérer le monde de toutes ses saloperies ? Si tout ça c'était pas des conneries, les morts ne marcheraient pas dans la rue d'en face, à guetter les vivants pour les bouffer.

La religion, ça avait fait son temps. Ça avait aidé les gens, pour ce que ça pouvait leur apporter, mais aujourd'hui quoi ? Qu'est-ce que ça leur donnait ? Des réponses à leurs questionnements sur la situation ? Une protection ? L'espoir en un Paradis, une vie après la mort ? Ils avaient tous vu ce qu'il se passait, après la mort, maintenant. On se relevait pour bouffer ceux qui restaient, jusqu'à ce qu'on se fasse éclater la tête. Ça faisait voir les choses sous un nouvel angle.
    « Je veux dire… ça fait un sacré voyage, avec ces saletés de partout. Vous n'avez pas pu réussir ça tout seul, si ? »



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Mer 26 Juil - 13:41

Cette rencontre ne se passe vraiment pas comme je l'espère et je commence même à regretter d'avoir laissé cet homme s'installer là pour la nuit. Il n'a rien fait de mal, pourtant, mais il est comme tout le monde devrait être de nos jours : un survivant. Et pour survivre, il faut penser d'abord à soi, c'est évident. Sauf que ça ne m'arrange pas, parce que je pense à moi aussi et que tout ce qu'il a fait pour le moment, c'est me dépouiller un peu plus du peu qu'il me restait.

Il me dit qu'il veut se rendre dans une base aérienne au nord d'ici. L'idée de trouver des armes est intéressante, mais une fois encore, nous sommes dans une impasse : je ne lui serai absolument pas utile pour mener à bien ce projet et sans rien à lui offrir en échange, il est clair que notre coopération s'arrêtera à la première occasion demain matin. Il faut que j'avance et que j'apprenne à me débrouiller seul dans ce monde, désormais, je l'ai bien compris. Le seul petit bémol, c'est que ça n'est pas aussi simple qu'on peut le penser, surtout quand on manque de motivation.

Je ne me laisse pas abattre pour autant et je reviens à la charge en jouant ma dernière carte, la dernière option qui s'offre à moi pour me sortir de ce merdier dans lequel je suis plongé depuis la mort de mes derniers compagnons de route. Les communautés dont on parle partout aux abords de Détroit. C'est la solution la plus simple, la plus logique pour moi. Un endroit où je peux trouver ma place sans aucun problème, où un semblant d'humanité est encore en place et où je peux me faire accepter sans être le plus grand combattant de la région. Du moins, c'était ainsi que j'imaginais une communauté de survivants encore ce matin. Après tout, s'allier pour mieux survivre, ce n'est pas une idée ridicule. Je ne suis sans doute pas le seul à ne pas savoir m'en sortir dans cette vie et j'ai quand même quelques talents qui peuvent servir à un groupe, que ce soit de rassurer les foules ou tout simplement d'user de mon apparence inoffensive pour servir les desseins d'un groupe n'ayant pas forcément les bonnes intentions.

Mais une fois de plus, la réponse de mon invité n'est pas tout à fait à la hauteur de ce que j'espérais entendre. Il ne connaît qu'un seul groupe et il se donne du mal pour me convaincre de m'en tenir loin, prétextant que lui-même n'a pas eu le cran de rester à leurs côtés pour continuer leurs méfaits. Le contexte de notre conversation m'oblige à rester dans mon personnage et je prends un air aussi horrifié que possible en l'écoutant me raconter ce qu'il a du faire pour survivre dans ce groupe. Pourtant, je crois que je pourrais servir à ces hommes. Un échange de bon procédé pourrait être jouable. Sauf que mon invité ne sait plus où les trouver, il ne me donne qu'un indice sans plus. « C'est triste de voir comme le monde a tourné. Les Hommes devraient dispenser leur énergie à s'entraider au lieu de profiter du chaos pour détruire tout ce qui fait d'eux des êtes humains. » je lâche d'une petite voix dépité à la fin de son discours. C'est vrai que mes paroles ne sont pas tout à fait idiotes. N'importe qui doit penser cela à un moment ou à un autre au cours de l'épreuve que nous traversons tous. Peut-être de manière fugace seulement, mais tout de même. J'ai moi-même eu cette pensée avec sincérité il y a quelques temps, lors d'une mauvaise rencontre au début de mon périple. Mais elle ne m'a pas vraiment changé pour l'instant.

Je réfléchis sérieusement à ce groupe dont il me parle, à la manière dont je pourrais les approcher et trouver ma place en leur sein. Je crois réellement que c'est possible, mais il me tire de mes planifications en me posant une question à laquelle il me semble lui avoir déjà répondu, d'ailleurs. Je lui offre un sourire poli et sympathique. « J'ai eu beaucoup de chance. » dis-je d'un ton léger. « On m'a aidé du premier jour jusqu'à maintenant, je n'ai jamais vraiment eu besoin de ne compter que sur moi-même. » J'avoue tout ça sans rougir. Je n'ai rien du survivant que l'on veut avoir auprès de soi et peut-être que j'aurais eu plus de mal à l'admettre si j'avais eu la moindre chance de m'attirer la sympathique de cet homme, mais puisqu'il est clair qu'il ne s'encombre pas d'empathie, alors peu importe. Je suis un débrouillard et je trouverai bien quelque chose. « Mais il faut croire que la roue tourne. » Un petit rire sans joie traverse la barrière de mes lèvres et mon regard se pose dans le vide quelques secondes. « Enfin bref, on est tous logés à la même enseigne maintenant, n'est-ce pas ? Vous ne craignez pas que ce soit compliqué pour un homme seul d'affronter les péripéties qui peuvent se présenter dans cette base ? C'est sans doute un endroit très vaste, il devait y avoir du monde dedans quand ça a mal tourné... Vous risquez de rencontrer des surprises. » lâché-je, pensif. Je me sens tout de même assez admiratif de voir autant de volonté chez un seul homme. Il semble assez sûr de lui et à sa place, je ne crois pas que j'aurais le courage de me lancer dans une telle entreprise. Surtout que quelques armes, qu'est-ce que ça change s'il n'y a rien à manger ou à boire ?

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Mer 26 Juil - 23:10



Les paroles du prêtre correspondaient si bien à sa fonction. Prôner l'entraide, la compassion, l'amour de son prochain. Un rien trop positif et irréaliste. Xander ne put retenir une remarque bien sentie.
    « Les Hommes détruisaient déjà tout quand tout allait bien, alors c'est pas maintenant qu'ils vont faire des efforts. »

C'était un rien cynique, peut-être même négativiste, mais rien d'autre que la triste vérité. Certains s'allieraient, formeraient des groupes, organiseraient une vie pour le mieux. Mais ils auraient tôt ou tard à se frotter aux autres, à ceux qui auraient su écouter leur instinct primaire, celui qui leur dictait là conduite à tenir pour survivre. Ceux-là ne reculeraient devant rien. Les Punishers en étaient. Pour obtenir tout ce dont ils avaient besoin, ils pouvaient avoir recours à tout ce qui leur était possible. Pillage, vol, meurtre, tout était bon pour gagner le moindre petit truc à manger, la moindre gorgée d'eau. Ils n'avaient pas été jusqu'à goûter à leurs semblables, mais cela pourrait venir, si les choses empiraient. Xander avait préféré partir, avant de perdre tout lien avec son humanité.

Tout ce que lui racontait l'homme en noir lui en apprenait davantage sur lui. Son voyage à travers le pays, il ne l'avait pas fait seul. Il reconnaissait lui-même qu'il ne pouvait pas s'en sortir dans aide. Cela poussait Xander à se poser pas mal de questions au sujet de celui qui l'accueillait sous le toit de cette église. Il avait fait une grande traversée, était arrivé ici, il avait eu de quoi se nourrir, se défendre, tout ça jusqu'à maintenant. Jusqu'à ce qu'il se retrouve seul. Et maintenant, sa situation gagnait dangereusement en précarité. Xander l'avait deviné, à ses questions quant aux projets du moustachu, le fait qu'il soit seul, le regard du prêtre sur la bouteille quand il lui avait rendue vide… Décidément, ce type défiait tous les principes de l'évolution. La survie du plus adapté. Visiblement, ça ne valait pas pour lui, jusqu'à maintenant.

Xander le dévisagea. Que cachait cette apparente dépendance aux autres, cette fragilité des premiers abords ? Il devait avoir des atouts qui lui avaient permis de tenir la route. Ou avoir des compagnons de route très tolérants. Une chose était sûr, c'était qu'il te tiendrait pas dix kilomètres avec Xander, qui ne supporterait pas de devoir s'arrêter pour un mal aux pieds, une petite soif ou un coup de fatigue, lui qui ne s'arrêtait que lorsqu'il avait un abri sûr.

Le prêtre enchaîna sur cette histoire de base aérienne.
[list]« Des surprises ? J'espère bien ! On n'a rien sans rien. C'était vrai avant, et ça l'est encore plus maintenant. S'il y a des trucs qui en valent la peine dans cette base – et je suis certain qu'il y en a des tas – je compte bien devoir m'occuper d'une centaine de morts pour me les approprier. Réfléchissez-y deux secondes : assez d'armes pour tenir un siège, de la nourriture pour un régiment, des véhicules, du carburant…
L'évocation d'autant de richesses, car c'était bien de ça qu'il s'agissait, suffisait à le rendre rêveur. Bien entendu que ça serait difficile. Mais c'était le prix à payer, et peut importait à combien il se montait, Xander était prêt à le payer. C'était comme ça que fonctionnait le monde, maintenant.

La sensation de faim fit revenir Moreau à la réalité dans son état le plus simple. Il avait faim et n'avait rien à manger. Et s'il en croyait son instinct, le curé n'aurait rien de plus que lui. Il n'était plus temps de sortir, mais il leur faudrait se remuer demain.
    « Je repartirai demain, à la recherche de nourriture et d'eau. Habituellement, je ne passe que peu de temps dans un endroit, mais je peux faire exception. Si vous m'accompagnez, on pourra transporter plus, et on partagera le butin. En échange, vous m'abritez une nuit ou deux de plus.
    À moins que vous ne préfériez pas risquer vos fesse dehors, auquel cas je partirai demain matin, et on ne se reverra sans doute jamais.
    »

À vrai dire, c'était une aubaine que présentait Xander au prêtre. Une occasion de survivre quelques jours de plus à peu de frais. L'alternative était simple à prendre, pour n'importe quelle personne saine d'esprit.
    « Au fait… Alexander Moreau. »

Ils ne s'étaient même pas présentés correctement. C'était peut-être la fun du monde, mais c'était pas une raison pour en oublier les bonnes manières. Xander tendit une main ferme et rugueuse au prêtre, afin de tout faire comme il fallait. Entre personnes qui pouvaient encore se considérer comme telles.

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Jeu 27 Juil - 9:52

Cet homme est décidément hors du commun, ou peut-être que c'est moi qui le suis ? J'ai toujours eu un goût prononcé pour la facilité qui s'accorde assez mal avec ce qu'est devenu le monde, il faut bien le reconnaître. Mais qu'il en vienne à espérer que sa quête sera difficile pour valoir le coup... ça me laisse rêveur, à vrai dire. Je le regarde sans le voir, un sourire évasif aux lèvres en essayant d'imaginer cet homme seul avec sa clé à molette, prendre d'assaut une base infestée de morts, heureux, déchaîné. L'image colle bien à ce qu'il renvoie, il a ce genre d’apparence paisible qui me donne l'impression qu'il doit être particulièrement effrayant quand il se réveille. L'eau calme dont on ne se méfie pas et dans laquelle on se noie lorsqu'un courant nous prend par surprise. Il doit y avoir une certaine satisfaction, un sentiment de plénitude quand on parvient à faire quelque chose par soi-même. Le prêtre que ma mère m'obligeait à voir étant enfant m'en a parlé parfois, mais ça m'est inconnu et plus encore maintenant. Mais chacun sa façon de survivre, pas vrai ? J'utilise les talents que je possède, comme tout un chacun, pour m'en sortir dans ce monde. « Vous pensez vraiment que toutes ces armes, toute cette nourriture aura meilleur goût si vous devez risquer votre vie pour l'obtenir ? » je demande d'un ton calme, réellement curieux. Tout a un prix. Ce concept ne m'est pas étranger, je ne vais pas prétendre le contraire, mais mon but dans la vie a toujours été d'essayer de ne pas le payer, justement. « Ne serait-ce pas plus agréable d'obtenir tout cela sans avoir besoin de se casser les dents en affrontant une épreuve qui risque bien d'être trop difficile pour un homme seul ? » Mes questions sortent toutes avec un intérêt qui n'est pas feint. Cela doit sonner étrange dans la bouche d'un pasteur, mais ça ne l'est pas tellement dans le fond, c'est un peu comme si je mettais son âme à l'épreuve et je peine à croire qu'il passe ce test avec succès. La nature humaine me passionne et l'étudier, la comprendre, c'est une part déterminante pour apprendre à jouer un rôle convaincant. Cet homme semble avoir plus de valeurs chrétiennes que moi, ai-je le droit de trouver cela amusant ? Je ne m'en prive pas en tout cas.

Il m'étonne encore quand il me parle de son projet pour le lendemain et qu'il me propose un marché qui doit sembler équitable au premier regard. L'héberger ici ne me coûte absolument rien, mais tenter moi-même de trouver ma nourriture, c'est une autre histoire. Peut-être que j'en suis capable, à vrai dire je ne le sais pas. L'idée fait se former une boule, encore petite, dans ma gorge. Il faut bien que j'en sois capable, cela dit et peut-être que d'observer mon invité en action peut m'apprendre des choses qui me seront utiles jusqu'à ce que je trouve ce groupe dont il m'a parlé. « Eh bien, pourquoi pas ? Vous m'avez tout l'air d'un invité agréable à vivre, je pense pouvoir supporter votre présence encore une nuit ou deux de plus en échange d'un vrai repas. » je réponds tranquillement. « Mais j'espère que vous saurez vous montrer indulgent. Il va de soi que je ne profiterai pas de vos talents sans mettre ma pierre à l'édifice, seulement... c'est un fait désormais établi que je ne suis pas le plus grand guerrier du monde. Tâchez de ne pas me jeter sous les griffes de ces démons si mon manque d'expérience vous accable, voulez-vous ? » L'humour dans ma réponse est parfaitement audible et le rire que je retiens se lit sur mes traits. Je ne me fais pas d'illusions et j'ai pleinement conscience que s'il a à choisir entre me sacrifier pour sauver sa peau et risquer de mourir en me sauvant, la décision ne sera pas difficile à prendre, mais j'ai plus d'un tour dans mon sac.

« Evan Sharman. » je réponds simplement alors qu'il fait enfin les présentations, tendant ma main pour serrer celle de mon invité. Il a une poigne ferme qui ne me surprend pas, mais parvient à me tirer un nouveau sourire. La mienne n'est pas beaucoup plus faible malgré les apparences. « Vous me plaisez bien, monsieur Moreau. » je dis doucement, en toute sincérité. Il est clair que nous ne deviendrons pas les meilleurs amis du monde et que notre collaboration ne se révélera pas forcément agréable pour moi, mais je ne sais pas trop pourquoi, je crois que je l'aime bien. « C'est toujours enrichissant de se frotter à quelqu'un qui ne partage pas ses principes, n'est-ce pas ? » je précise malgré tout. « Et cela faisait bien longtemps que je n'avais pas eu une conversation aussi intéressante, mes derniers compagnons de route n'exigeaient de moi rien de plus qu'un récit concis mais précis de la parole divine, j'en ai bien peur. » Le fait qu'il ne craigne ni de me vexer, ni de s'attirer mes foudres m'est agréable et me pousse à me permettre d'ajouter une autre question. « Me permettez-vous, avant de vous laissez vous reposer, de vous demander quelle est votre opinion sur ma foi ? J'ai le pressentiment que la réponse sera passionnante. » Et une fois encore, je ne joue même pas mon rôle en posant cette question. Peut-être un peu puisque je prétends qu'il s'agit de ma foi, mais pas au-delà. J'aime son regard cynique, mais profondément réaliste, sur ce monde. Et j'ai très envie de débattre avec lui à ce sujet, afin d'exercer mon rôle, peut-être. Afin de parler surtout, avec quelqu'un qui ne cherche pas à m'impressionner et qui soit un être humain relativement acceptable au vu des circonstances.

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Dim 30 Juil - 21:51


Maintenant que les présentations étaient faites, Xander comptait bien profiter de cet abri plus que le bienvenu pour aller se reposer. Mais le père Sharman ne semblait pas abandonner la conversation.
    « Vous me plaisez bien, monsieur Moreau. »

Merde, maintenant, on partait dans quelque chose d'assez bizarre. Voilà qu'avec son air bourru et ses manières mal dégrossies, le prêtre se montrait très amical. Pas que Xander soit contre les démonstrations d'amitié, il était même de ceux qui savaient se montrer loyaux envers ceux qui le méritaient, mais de là à faire copain-copain avec un type en soutane, il fallait pas exagérer.

Et puis le voilà qui s'aventurait sur son terrain, celui où il portait l'habit et où il prêchait la parole.
    « « C'est toujours enrichissant de se frotter à quelqu'un qui ne partage pas ses principes, n'est-ce pas ? Et cela faisait bien longtemps que je n'avais pas eu une conversation aussi intéressante, mes derniers compagnons de route n'exigeaient de moi rien de plus qu'un récit concis mais précis de la parole divine, j'en ai bien peur. Me permettez-vous, avant de vous laissez vous reposer, de vous demander quelle est votre opinion sur ma foi ? J'ai le pressentiment que la réponse sera passionnante. »

Question intéressante que voilà, bien que la réponse pouvait choquer le plus pieux des hommes. Mais après tout, on vivait des jours particuliers, et beaucoup de choses qu'on pensait savoir s'en trouvaient remises en cause. Alors pourquoi pas les choses auxquelles on pensait croire ?
    « Je n'ai pas été élevé dans une famille très religieuse. Ma mère l'était, mais je ne l'ai pas connue longtemps. Je ne sais pas à quel point elle croyait. Assez pour prier, je suppose.
    Mon père… n'était pas un homme qu'on voudrait connaître. Absent, violent… Il ne s'étouffait pas avec les principes chrétiens, si vous voyez ce que je veux dire.
    La vie a fait que j'ai eu mieux à faire que de me soucier des choses spirituelles. Bien sûr que je sais de quoi il s'agit. J'ai même lu la Bible. En entier !

    Mais pour faire court, je ne suis ni pratiquant, ni même croyant. Jusqu'à il y a quelques temps, je me serais défini comme agnostique. Après tout, sans preuve, difficile d'affirmer ou confirmer l'existence d'un dieu, quel qu'il soit, non ?
    Mais maintenant, quand je vois tout ce qu'on vit… Quel dieu infligerait une telle plaie à ceux qu'il a créés ? Selon moi, aucun créateur ne laisserait son œuvre disparaître si lentement et douloureusement sans intervenir. J'en arrive à penser que soit il n'y a pas de Dieu, soit… soit c'est un putain de gosse qui joue avec une fourmilière. Il s'amuse à semer la mort et la destruction pour son divertissement, histoire de voir ce que ça fera, et il se marre bien en nous regardant nous débattre.

    La voilà, mon opinion. Ceci étant dit… chacun croit en ce qu'il veut. Si vous voulez croire que Dieu ne nous a pas abandonné, que tout ça n'est qu'une épreuve pour tester la foi de ses brebis, ou je ne sais quelle connerie, grand bien vous fasse. Je n'essaierai pas de vous convaincre du contraire. J'en attend autant de votre part : me cassez pas les couilles avec les bondieuseries, et tout ira pour le mieux.
    »

Le moins qu'on pouvait dire, c'était que ses propos n'étaient pas très nuancés. Son absence de foi ne l'empêchait pas de respecter la foi des autres. Les Hommes avaient eu besoin de croire en quelque chose de supérieur depuis des millénaires. Esprits, divinités multiples, dieu unique… tout ça n'était qu'une manière d'expliquer ce qu'ils étaient incapable de comprendre. Avec les connaissances actuelles, l'avancée de la science, la notion de divin en avait pris un grand coup dans les lampions, et tout ça n'était plus que du folklore, des vieux trucs auxquels ne croyaient plus que les vieux, les crédules, et quelques poignées de tripoteurs d'enfants.
    « Maintenant, à moins que vous n'ayiez d'autres sujets à aborder, je vais essayer de dormir. »

Devant le mutisme d'Evan, Xander inclina la tête et retourna à son banc. Il s'y installa du mieux qu'il put, et passa de longues minutes à inspecter la voûte blanche du plafond. Il avait quand même eu un sacré coup de chance, que cette église se soit trouvée occupée. Sans quoi les trucs dégueulasses qui traînaient dehors l'auraient obligé à décamper, et personne ne pouvait deviner où il serait à l'heure qu'il était.

Il mit longtemps avant de trouver le sommeil. Il s'assura plusieurs fois que son arme était toujours à côté de lui – comment aurait-il pu en être autrement ? – s'était tourné et retourné une bonne douzaine de fois, mais il avait finalement réussi à lâcher prise.

Pas pour longtemps. Il s'éveilla à peine une heure plus tard. Il resta étendu et silencieux. Il pouvait entendre le prêtre farfouiller, un peu plus loin. Moreau se reprocha de montrer autant de confiance à un étranger. Après tout, ce mec pouvait être plus dangereux que ce qu'il laissait paraître. Que cachait-il, dans ses affaires ? Des armes ? Pire ? Avec ces idées qui tournaient et retournaient dans son esprit, Xander ne dormit plus. Pas avant qu'Evan ne se couche à son tour et finisse par ne faire plus d'autre bruit qu'une respiration tranquille et régulière, qui laissait échapper quelques rares ronflements qui résonnaient dans l'édifice.



Nouveau sursaut. Combien de temps avait-il dormi ? La faible clarté qui parvenait des vitraux trahissait un matin encore précoce. Se redressant sur son banc, Xander put voir qu'Evan dormait encore. Il n'était que temps de se préparer. Il n'aimait pas attaquer une sortie avec la tête dans le pâté. Lui qui était plutôt du matin n'avait pas besoin de beaucoup de sommeil pour être opérationnel, mais là… la fatigue accumulée des derniers jours avait dû l'impacter plus qu'il ne l'aurait cru.
Il se leva dans le but de mieux se réveiller, mais même en arpentant sa rangée puis la nef – sans un bruit – ce n'était pas suffisant. Il jeta un regard au prêtre endormi. Il valait mieux ne pas l'oublier, celui-là. Un fourbe aurait tôt fait de feindre le sommeil. Dans quel but ? Difficile à dire. Dans le doute, Xander retourna à son sac et prit son arme pour la glisser au holster.

Maintenant, il devait trouver de quoi se débarbouiller. C'était la seule solution pour se débarrasser des dernières emprises du sommeil. Le regard du routier scruta la demi-clarté de l'église à la recherche de ce qui pourrait faire l'affaire. Il commençait à regretter les quelques gorgées d'eau qu'il avait soutirées à Evan la veille.
Puis ses yeux se posèrent sur ce qui allait sans doute lui sauver la journée. Le bénitier. Ce truc était à demi-plein d'eau, il y en avait bien assez. Fouillant dans son sac, Xander en sortit deux paires de chaussettes, et se dirigea vers la porte de l'église, et entreprit son brin de toilette. Une toilette sommaire, spartiate même. Il enfila sur une main deux chaussettes l'une sur l'autre en guise de gant, qu'il trempa dans l'eau bénite, et commença ses ablutions.
Une fois son visage grossièrement lavé, il se dit qu'il pouvait aussi bien continuer. Ça ne pouvait lui faire de mal, après ces nombreux jours passés sans la moindre hygiène de base. Il retira donc ses vêtements. Le voilà qu'il se retrouvait complètement nu. Ses pieds rencontraient le dallage froid, mais il n'eut pas le temps de s'en faire la remarque.

Du bruit au fond de l'église lui signalait qu'Evan s'éveillait. Tournant la tête, il ne put que constater que le prêtre s'était levé et le fixait bizarrement. Bon, maintenant qu'il y était, autant terminer. Xander prit donc la peine de finir sa toilette avant de remettre ses fringues.


    « J'ai, heu… je… Bon ! De toute façon, z'alliez pas la boire, si ? Bon... »


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Mer 2 Aoû - 10:56

Il a lu la Bible en entier ? Honnêtement, je ne l'aurais jamais deviné, mais je trouve cela amusant. Nous sommes relativement peu dans ce monde à pouvoir se targuer de l'avoir fait. Je me souviens de mes paroissiens qui se montraient fort décevant à ce sujet et pourtant, eux croyaient réellement à ce que je leur racontais le dimanche matin... Je reste silencieux, cependant, concentré sur ce que me raconter Moreau et qui me laisse songeur. En réalité, je crois que je trouve son histoire assez banale, mais ça me surprend qu'il m'en parle alors qu'il aurait pu se contenter de me donner son opinion sur la religion sans faire dans le pathos. Ce qui ne m'étonne pas, c'est de l'entendre me dire qu'il n'est pas croyant. Et je pense que son opinion doit être relativement partagée par les survivants d'aujourd'hui. C'est logique, quand on voit ce qui se passe dehors, comment peut-on croire que quelqu'un là-haut veille sur nous ? Je me mords l'intérieur des joues pour retenir un nouveau sourire, un rire même.

« Si vous avez lu la Bible, alors vous savez que Dieu y est souvent décrit comme un être cruel et vengeur qui enseigne plus souvent par la violence que par la bonté. On peut citer l'exemple d'Abraham et de son fils Isaac pour ne parler que de l'histoire la plus célèbre... Quel genre d'Homme ferait subir une telle épreuve à un père, uniquement pour prouver sa foi ? Peut-être que vous avez raison et qu'il n'y a personne là-haut pour veiller sur nous, peut-être que ce Dieu n'est rien d'autre qu'un monstre qui aime s'amuser avec nos vies ou qui a trouvé un autre moyen pour le moins... cruellement amusant de nous éprouver. Dans le doute, je préfère ne pas prendre le risque de le décevoir encore plus. »

Je lui souris poliment. Je n'ai pas l'intention de perdre mon temps à le convaincre que j'ai raison, d'autant plus que tout ça n'est qu'un mensonge. Je ne sais pas si je crois à quoi que ce soit, à vrai dire, mais je crois qu'il ne sert à rien de se faire des ennemis. Aussi, c'est sur ces bonnes paroles que je le laisse aller dormir. Il n'y a rien de plus à dire et je suis satisfait d'avoir eu l'occasion de discuter avec quelqu'un qui ne me veut rien et qui n'a pas peur de me dire ce qu'il pense. Je le regarde chercher une position confortable sur son banc et finis par m'allonger à mon tour pour observer le plafond. La fatigue devrait m'emporter, surtout avec la faim qui me tiraille depuis un moment, mais il n'en est rien. C'est affreusement désagréable de passer tout son temps à dormir sur un lit aussi peu confortable et j'ai tellement faim que cela m'obsède. Alors, après un moment, je me redresse un peu brusquement et fouille dans mon sac dans l'espoir de trouver quelque chose à manger. Il me reste si peu de réserves... Mais il le faut, je dois absolument me nourrir maintenant ou je ne trouverais jamais le sommeil et la journée qui m'attend demain risque de me tuer. C'est avec un certain dépit et sans réel plaisir que j'engloutis donc les maigres restes de mes réserves et que je me remets au lit.

Je passe un bon moment à penser sans trouver le sommeil. À la journée d'hier, à ma vie d'autrefois et à ce qui m'attend le lendemain et que je ne parviens pas tellement à aborder sereinement. Ce sera peut-être le dernier jour de ma vie, qui sait ? Mes yeux sont fermés, mais trop d'images se jouent derrière mes paupières closes. Et puis, d'un coup, je ne sais pas pourquoi je me redresse et regarde autour de moi. Mon dernier souvenir conscient doit remonter à loin vu la lumière qui filtre des vitraux. Il fait jour, j'ai miraculeusement réussi à m'endormir sans m'en rendre compte.

Un coup d’œil sur la rangée de bancs face à moi m'apprend que mon invité n'y est plus installé. Mes sourcils se froncent et je passe une main sur mon visage pour y effacer les traces du sommeil et me mettre rapidement en état d'exister un jour de plus. Ça n'a pas beaucoup de succès. À tel point que, lorsque mon regard se promène autour de moi et que je retrouve enfin la trace de Moreau, je crois un instant être en train de rêver. Non, sérieusement, il n'est pas complètement à poil devant le bassin d'eau bénite, n'est-ce pas ? C'est... Waoh... Je crois que même moi je n'aurais pas oser faire quelque chose d'aussi irrespectueux devant quelqu'un supposé le prendre mal. Mais je dois dire que ce qui me choque le plus, c'est d'avoir une vision parfaite de son anatomie dès le réveil. Je me frotte les yeux distraitement, sans vraiment parvenir à regarder ailleurs. C'est assez impoli, je le sais bien, mais... Eh bien, je ne suis qu'un homme, que voulez-vous ?

Je secoue la tête et relève difficilement les yeux vers le visage de Moreau quand il s'explique, du moins c'est l'impression que donnent ses bafouillages. « Euh... Non... Non. » Je me détourne finalement, relativement gêné par ce tableau. « On ne devrait pas tarder à partir, si vous voulez qu'on soit rentrés avant la nuit. » je dis en regardant avec intérêt le mur derrière l'autel. « Il y a quelques magasins pas très loin d'ici... J'ai vu une horde assez importante devant, c'est pour ça que je n'y suis pas entré, mais... à deux, ça devrait aller. » Bien malgré moi, je tourne de nouveau mon visage vers lui, pour me détourner presque aussitôt. « Il serait peut-être temps de vous rhabiller, vous ne croyez pas ? »

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Mer 2 Aoû - 13:55



Maintenant qu'il était (relativement) propre – y compris aux yeux de Dieu, amen – Xander pouvait remettre ses vêtements, comme le suggérait Evan. Le prêtre avait eu l'air plus dérangé par la présence d'un homme nu dans l'église que par le blasphème que sa toilette à l'eau bénite représentait. Malgré tout, l'homme d'église avait raison. Ils devaient partir rapidement, s'ils voulaient avoir assez de temps avant l'obscurité. Une fois ses loques sur le dos, Xander alla reprendre son sac et son arme. Ainsi prêt, ils regagna la porte.
    « Aidez-moi... »

Il voulait débarrer la porte pour jeter un œil dehors.

Avec l'aide d'Evan, la barre qui maintenant la porte fermée fut retirée, et Moreau entrouvrit un battant, juste assez pour y passer la tête et regarder à l'extérieur. Prudent, il fit cela lentement et le plus silencieusement possible.
Les Mordeurs de la veille avaient disparu. Ne restait que le corps du chicanos qu'il avait séché sur la route. C'était désert.

Il fit signe au prêtre de le suivre, et ils se retrouvèrent à l'extérieur. Xander referma la porte avec soin, et la cala avec une petite caillasse, afin d'être certain de ne pas trouver de mauvaise surprise à leur retour, si retour il y avait.

Il fallait maintenant se mettre en route. Xander suivit Evan, tout en se tenant à côté de lui. Pas trop prêt non plus. C'est qu'il voulait éviter de flanquer un coup à son nouveau coéquipier. Pas avant d'y être obligé, en tout cas.
Ils remontèrent la rue, pour se diriger vers les commerces dont parlait Evan un peu plus tôt. Certainement quelque épicerie de quartier, quelque chose dans ce genre. Ces endroits étaient des petites perles. On pouvait y trouver de la nourriture certes, mais aussi souvent de la quincaillerie, des outils, et toutes sortes de choses qui pouvaient se montrer utiles. Xander espérait principalement quelque chose qu'ils puissent avaler. Le ventre le tiraillait. Cette journée serait assez décisive. Il leur fallait de l'eau et de la bouffe, et si possible pas en petite quantité. Manger et boire c'était bien, mais s'ils pouvaient ne pas fonctionner en flux tendu, sur le mode "je trouve, je bouffe et y en a plus", ça serait encore mieux.

Xander jeta un regard au prêtre. Il n'avait pas l'air à l'aise, c'était le moins qu'on puisse dire. Ses yeux faisaient de nombreux allers-retours stressés, regardaient partout, droite, gauche, droite, gauche… Il tournait la tête au moindre bruit, se retournait de nouveau brusquement des fois qu'il aurait loupé quelque chose. C'était assez évident qu'il n'avait pas eu l'occasion de se balader seul depuis longtemps.
    « Je sais que c'est le bordel, et que ça peut foutre les jetons, mais… tâchez de vous détendre. Déjà, parce que ça me stresse aussi, et puis vous ne serez pas très utile si vous vous figez sur place à cause de la trouille.

    Je couvre vos fesses, ça ira.
    »

Il ignorait si ça suffirait à rassurer Evan, mais il l'espérait. C'était toujours utile d'avoir une aide, mais seulement si cette aide était effective. S'il devait se coltiner un type et le protéger sans pouvoir penser à autre chose, ça ne servait strictement à rien. Inutile de s'inquiéter de ça trop tôt, mais à la première embrouille sérieuse, il faudrait voir quoi faire.
Pour Moreau, c'était pas bien compliqué : soit ce prêtre se sortait les doigts, et tout irait bien, soit il bougeait pas une oreille et alors il n'y aurait aucune hésitation sur ce qui devrait être fait. Un coup dans le genou, et il l'abandonnerait là, pour le plaisir des Mordeurs, pendant que lui se ferait la malle.

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Dim 6 Aoû - 14:55

La porte s'ouvre, l'Enfer se déploie sous mes yeux. À dire vrai, il n'y a rien de plus que le vide et le cadavre d'un démon à quelques pas de la porte de l'église, mais c'est à ça que ressemble ce qui m'effraie le plus : un monde dans lequel marcher seul peut me transformer à mon tour en l'une de ces choses. Aujourd'hui, pourtant, j'ai droit à un compagnon dont je sais pertinemment qu'il n'hésitera pas à me sacrifier si le besoin se fait sentir, mais qui a au moins le mérite d'être un habitué dans ce genre de situation. Je l'accompagne donc au dehors sans rechigner, en tâchant de me convaincre qu'à nous deux, nous parviendrons sans mal à venir à bout des batailles qui nous attendent et que je retrouverai ce soir la sécurité de mon église sans une entaille.

Ma nervosité est palpable et mon silence aussi lourd que celui qui règne tout autour de nous, alors que je guide Moreau vers les boutiques que j'ai vu la veille, sans y penser vraiment. Cette expédition me fait regretter de me trouver en pleine ville : il y a des portes, des fenêtres, des croisements partout. Des cachettes d'où peuvent surgir quelques monstres d'une seconde à l'autre et malgré le poids de mon pistolet dans les mains, je ne me sens pas rassuré et ne peux m'empêcher de lancer des regards anxieux partout autour de moi. Ce comportement n'échappe pas à mon coéquipier et sa remarque me fait relever les yeux vers lui. Dois-je prendre pour argent comptant qu'il sera là pour me couvrir ? Très honnêtement, je ne lui porte aucune confiance et je crois qu'il ne me le reprocherait pas, mais je lui réponds par un hochement de tête positif pour lui assurer que tout ira bien. C'est difficile, mais il me faut prendre sur moi et ne pas confondre prudence et peur.

L'endroit où je souhaite l'emmener n'est pas très loin de l'église, une preuve de plus que je ne suis pas sorti seul très longtemps depuis mon arrivée à Détroit, seulement quand la faim m'y a obligé. Mon bras se lève et vient frapper mollement le ventre de Moreau lorsque nous arrivons au bout de la rue qui s'ouvre sur le quartier qui m'intéresse, un geste simple pour lui dire de s'arrêter sans avoir besoin de former des mots et d'élever la voix. Je me colle contre le bâtiment qui fait l'angle et me penche de côté pour regarder dans la rue. Il y a une épicerie et un liquor store qui peuvent régler le problème de la nourriture et de l'eau si nous avons de la chance. Une boutique de vêtements et une librairie qui ne seront sans doute d'aucune utilité. Et une quincaillerie aussi. Niveau démons, ce n'est plus aussi insurmontable que lors de ma dernière visite sur les lieux, mais il y a encore de l'animation devant les quelques boutiques. Quelqu'un comprend-t-il le fonctionnement de ces créatures ? Je sais qu'elles sont attirées par les sons et les odeurs, mais dans cette rue en ce moment, il n'y a rien ou presque si ce n'est elles... alors, qu'est-ce qui les garde ici ? Le manque d'intérêt ailleurs ? Le moment n'est peut-être pas idéal pour se poser cette question, aussi, je retrouve ma position contre le mur et relève les yeux vers l'homme qui m'accompagne. « Je peux en tuer jusqu'à 5 avec ce qu'il me reste de balles, pendant que vous vous occupez du corps à corps avec votre machin. » l'informé-je d'une voix trahissant mon manque d'assurance. « A condition de faire mouche à chaque coup. » Vu la distance, je ne parierai pas sur les cinq, mais un ou deux, c'est déjà pas mal, n'est-ce pas ? C'est une contribution comme une autre à la mission qui nous attend. « Sauf si vous avez un meilleur plan, auquel cas vous n'avez qu'à parler et je suis à vous. Peut-être que si on arrive à atteindre la quincaillerie sans se faire chopper, je peux me trouver un truc intéressant à l'intérieur pour me rendre utile quand mon chargeur sera vide... » J'expose tout ce qui me vient, peut-être que mon manque d'expérience se fait sentir, mais je participe avec zèle à cette expédition et j'espère qu'il verra ma bonne volonté et que ça suffira à le convaincre de ne pas m'utiliser comme appât pour détourner l'attention de la horde.

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Le membre 'Evan J. Sharman' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


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Alexander Moreau
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Lun 7 Aoû - 23:21



Au signal du prêtre, le routier s'immobilisa. Ils arrivaient sur un petit quartier commerçant. La rue ouvrait sur une placette, autour de la quelle étaient placées plusieurs boutiques. Evan alla se plaquer à l'angle pour se faire discret, et Xander se plaça derrière lui. Il avait l'air de connaître l'endroit, donc autant le laisser faire. Pourtant, Moreau n'était pas tranquille. Sharman lui avait avoué n'avoir que peu de munitions, et ça pouvait poser problème. Au cas où ils auraient à en faire usage bien sûr.
    « Hors de question d'utiliser ce flingue. Trop bruyant. Et puis, si vous n'êtes pas fortiche au tir, j'ai pas envie de prendre une bastos. On va y aller à la main. Et on sera plus malin que ces trucs. »

Ce qui ne serait pas si difficile, au final. Les Mordeur, c'était moche, ça puait, c'était relativement dangereux, mais c'était surtout très con. Xander tira Evan par le bras pour prendre sa place au coin et jeter un œil. Il comptait neuf puants. Ils erraient sur la place, sans but, le regard dans le vide, à grogner et geindre. Le plan du prêtre n'était pas mauvais. La quincaillerie serait sans doute intéressante à visiter. Elle se situait exactement face à la rue dont ils venaient, ce qui représentait une distance d'environ 200m, peut-être 250. La place était accessible par trois autres rues, donc quatre au total, une par face du carré qu'elle dessinait. Ce qui voulait dire qu'il y avait plus d'une manière d'arriver à cette boutique.
    « Restez ici. »

Xander longea les bâtiments bordant la place, et se plaqua au coin voisin. Il observa la rue, puis revint vers Evan?
    « Bon. J'ai un plan qui peut payer, mais… vous n'allez pas aimer ce que j'ai à proposer.
    Il y a une rue, par-là, qui accède aussi à la place. L'idée, c'est de nous dégager la voie, qu'on puisse arriver à cette boutique, en face.
    Voilà comment j'imagine la chose : vous faites le tour, et vous vous arrangez pour que ces connards vous remarquent, dans l'autre rue. Une fois qu'ils vous filent le train, gardez leur attention sur vous, et revenez ici. Moi je m'occupe d'ouvrir le magasin, et vous n'aurez plus qu'à me rejoindre. À l'intérieur on sera plus en sécurité que dehors.
    »

Le visage décomposé du prêtre en disait long sur son avis. Ouais, c'était vrai, Xander lui confiait un peu le boulot de l'appât vivant. D'un autre côté, les Geignards ne couraient pas, et ils ne marchaient pas si vite. Il lui suffirait de garder une bonne distance, et c'était joué. Pas de gros effort à fournir, pas besoin de tuer – sauf vrai danger – et le reste de la voie était dégagé. Une petite marche, retour en petite foulée, et Xander se charger de leur ménager une entrée.

Dans un sens, c'était lui qui prenait le plus gros risque, et pas le curé. Si un Mordeur avait échappé à son comptage, ou si un ou deux se trouvaient enfermés dans la boutique, il devrait gérer la crise avant le retour de son coéquipier du jour, qui n'aurait besoin que de marcher vite.

Evan ne se montra pas très enthousiaste à la perspective de se frotter de pas trop près à des cadavres qui allaient le courser vitesse réduite. Sans pour autant être souriant, enjoué ou même jovial, il se prêta au jeu. Xander le regarda partir et contourner la place, jusqu'à ce qu'il tourne le coin. Là, il le perdit de vue, et il ne pouvait qu'attendre de voir le résultat de sa petite feinte.

Il ne fallut pas longtemps. Xander entendit les gémissement des Mordeurs se muer en grondements, puis en grognements très clairs. Il perçut même quelques claquements de dents rageurs. Ça marchait. Il risqua un œil et put voir les macchabées se mettre en branle, se diriger tous dans la même direction. Bien joué, Padre.

Xander avance un peu dans la rue et arrive sur la place. Il prend bien soin de ne pas être vu ni entendu des Mordeurs, et gagna le centre de la place. Il voyait les morts remonter la rue où Evan les avait attirés, et s'éloignaient doucement.
Maintenant, il avait un peu de temps devant lui pour s'intéresser à la quincaillerie. La porte était faite de deux battants vitrés à armature d'aluminium. En les examinant, il en déduisit qu'elles s'ouvraient en poussant. Il en éprouva la solidité en appliquant une solide poussée sur la poignée. C'était verrouillé. Il y avait trois serrures : une à mi-hauteur, et une à chaque porte, au niveau du sol.

Il appliqua deux coups de clé ajustés sur la première, ce qui finit par la faire sauter. Il en fit de même pour l'une de celles du bas, et c'était théoriquement ouvert. Sauf qu'à pousser, il ne réussit à faire bouger la porte que de deux ou trois centimètres, pas plus. Et il avait beau forcer, ça ne s'ouvrait pas plus.
Des sons répétés vinrent résonner sur la place silencieuse. Xander se retourna pour trouver Evan qui revenait en courant. Il ne galopait pas non plus, mais il n'était clairement pas à son aise, si on en croyait son regard et l'expression de son visage. Les Mordeurs suivaient. Difficile de dire s'ils étaient au complet. Ça n'avait plus d'importance, désormais. Ce qui en avait, par contre, c'était que cette fichue porte était toujours foutrement fermée.

Moreau y mit toute la force qu'il pouvait, mais décidément, ça ne bougeait pas davantage. Un grand coup de latte décida la porte, finalement, à livrer passage. Bon, la vitre du bas se fendit largement et l'armature se tordit, mais le résultat était là. Xander entra et encouragea Evan à parcourir les dernières dizaines de mètre au plus vite. Dès qu'il eut passé la porte, Xander voulut refermer, mais il se ravisa. Le curé se demanda ce qui pouvait bien lui prendre.

Il lui prenait que la porte lui paraissait bien fragilisée, et même s'il doutait sérieusement de l'intelligence des machins qui arrivaient, il préférait ne pas tenter le diable.
Le rideau de fer était installé au-dessus de la porte, à l'extérieur. Xander le tira, déroulant la barricade métallique jusqu'au sol. Le système de blocage s'enclencha, garantissant leur sûreté. La porte fut poussée, et ils étaient maintenant bien à l'abri à l'intérieur. Sauf si d'autres surprises les attendaient.
    « Ben voilà. C'était pas si compliqué. »


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Jeu 10 Aoû - 10:14

Comme un bon petit soldat, je reste en place tandis que Moreau s'éloigne et disparaît au coin d'une rue. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il cherche à faire, de comment il veut qu'on s'en sorte, mais je sais que je vais devoir coopérer si je ne veux pas être forcé de m'en sortir seul. Peut-être bien que le je pourrais, mais je me dis que si je décide de trahir ce type maintenant, il n'aura vraiment aucun scrupule à me tuer si l'ont doit se battre pour ce qu'il restera de bouffe ici. Déjà qu'il ne doit pas en avoir beaucoup...

J'ai l'impression qu'il a disparu depuis un siècle quand je le vois enfin revenir. En son absence, j'ai suivi son conseil et rangé mon arme à ma ceinture. J'aurais encore cinq balles demain si tout va bien, une chance de plus pour un jour de plus. Cet homme... Je crois vraiment que je l'aime bien, ou plutôt que je ne le déteste pas, vous voyez ? Mais quelqu'un devrait lui dire qu'il est absolument affreux pour rassurer les gens, car présenter un plan en commençant par dire que celui qui va l'entendre ne l'aimera pas, c'est... Original comme façon de faire. Cela dit, il a parfaitement raison : je n'aime pas du tout son plan qui, disons-le clairement, consiste à ce que je serve d'appât pendant qu'il fait ce qui est le mieux pour lui en toute tranquillité.

Je crois que mon visage ne cache rien de ce que j'en pense. Ça me fait peur. Bien sûr que je peux m'en sortir, il suffit de courir plus vite que ces choses et ça n'est pas forcément compliqué, quoique la faim et la fatigue risquent de me ralentir. Mais une fois qu'Alexander sera seul à l'intérieur de la boutique, il aura une occasion offerte sur un plateau de me laisser crever dehors. Il me demande de lui faire confiance et j'en suis incapable.  Malheureusement, je ne sais pas vraiment quel autre choix s'offre à moi. Faire demi-tour est impensable si j'espère finir la semaine sur mes deux pieds et en pleine possession de mes moyens. Je lance donc un regard noir à mon coéquipier de fortune, qu'il sache bien que je n'approuve pas l'idée, mais lui tourne le dos pour remonter la rue et mettre son plan à exécution.

Je marche vite, contourne le bâtiment, remonte les deux rues qui me séparent de mon but et me retrouve finalement à l'ange, avec une vue imprenable sur la petite horde. Je redresse les épaules, prends une profonde inspiration, me répète quelques mots dans ma tête pour me donner du courage et finalement... « Eh, les pourris ! Le petit-déjeuner est servi ! » Mon appel n'est pas bien fort, mais suffisant pour que chacun de ces démons ne relève les yeux vers moi. Ça a quelque chose de particulier, de voir ces neuf paires d'yeux fixées sur moi. Pendant quelques mètres, je marche à reculons, m'assurant qu'aucun démon ne décide de m'ignorer et puis, quand j'arrive au milieu de la rue, je me retourne brusquement et accélère le pas pour poursuivre ma route. Arrivé au croisement, je ralentis de nouveau et attends de voir que tous mes petits copains sont bien avec moi pour reprendre. Vous ne pouvez pas imaginer comme c'est difficile de prendre sur moi pour ne pas partir en courant, pour mettre ce plan à exécution aussi proprement et calmement que possible.

Ça l'est tellement que lorsque je retrouve enfin mon premier coin de rue et que j’aperçois Moreau se débattre avec la porte, je ne peux m'empêcher d'avancer un peu plus vite. Non, je me mets à courir pour de vrai et parviens à le rejoindre alors qu'il ouvre enfin la porte. Je ne demande pas mon reste et me précipite dans la boutique, m'attendant à le voir fermer la porte derrière nous, aux nez et à la barbe de ces choses, mais non. « Mais qu'est-ce que vous attendez ?! » Je n'ai pas pu me retenir. Il me stress beaucoup trop, ce mec. Il faudrait qu'il apprenne à communiquer un peu plus. Sa réponse est silencieuse, mais sans appel : le rideau de fer tombe dans un bang qui résonne à mes oreilles et nous enferme dans cette boutique. Les monstres au-dehors se pressent contre après quelques secondes, leurs doigts décharnés agrippant le fer avec plus de vigueur qu'on ne le devinerait. Tout ceci me donne l'impression d'être pris au piège.

Je me détourne de la porte et fais quelques pas dans les allées, à la recherche de quelque chose qui puisse me servir d'arme. Après tout, c'est bien pour cela que nous sommes là, pas vrai ? « Et comment on va sortir d'ici, maintenant ? » je demande en regardant les étagères. J'imagine qu'il va vouloir qu'on tue les démons bien en sécurité depuis l'autre côté de la grille. Ou peut-être qu'il y a un moyen de les contourner en passant par l'intérieur, une porte, une fenêtre, … Ma main se referme sur le manche d'un marteau arrache-clou qui me semble être une arme tout à fait correcte pour en finir avec des démons. Je suis content de cette trouvaille, mais poursuis tout de même mes recherches un peu. Quand je retrouve Moreau, j'ai pu glisser quelques balles trouvées dans une boite derrière la caisse dans ma poche. C'est toujours ça de gagné. « Alors, c'est quoi le plan ? »

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Jeu 10 Aoû - 19:48



Evan a l'air complètement paniqué. La petite randonnée avec les copains décédés n'a pas l'air de lui avoir plu. Néanmoins, ils sont maintenant à l'abri à l'intérieur de la quincaillerie, et ils ont tout le loisir de fouiller les lieux, ce que le prêtre fait sans se faire prier. Xander l'imite et tombe sur rouleau de corde, abandonné dans un coin, entre la caisse et la vitrine. Voilà un objet utile, qu'il s'empressa de remiser dans son sac.

Les Mordeurs de la place, restés dehors, continuent à glisser leurs mains au travers des croisillons du rideau de fer. Inutile, puisque la porte les empêche de saisir ce qui pourrait passer à proximité, et que les seuls êtres pouvant passer à proximité se gardaient loin de la porte en question.

Ils pouvaient se charger des crevés maintenant, ou attendre un peu. Evan avait l'air chaud, pour autant qu'on puisse le dire du prêtre, qui paraissait toujours un peu tendu à l'idée d'affronter des machins morts.
    « Si vous voulez vous occuper de ceux-là, faites-donc. C'est l'occasion de vous familiariser avec la réalité du monde extérieur. »

Parce que selon lui, c'était de ça dont il s'agissait. Evan n'avait pas été assez en contact avec ce qui se passait dehors. Par peur, par incapacité, par dépendance aux autres, peu importait. Ce qui importait, c'était de profiter de chaque opportunité pour affûter ses sens de survivants.

Xander, lui, partit vers le fond de la boutique. Comme l'avait souligné Evan, leur première pour le moment seule issue était fermée. Il leur fallait une nouvelle solution.
Le magasin était assez grand, en fait. Xander nota la présence de rayons d'outillage, visserie, peintures et colles, papiers peints, électricité, plomberie, détergents, jardinage… Et un petit étal près de la caisse avec des boîtes de munitions courantes. Tout ça, il en prenait bonne note. Cet endroit regorgeait de choses utiles, et en noter l'emplacement pourrait se montrer particulièrement intéressant pour l'avenir. Peut-être aurait-il besoin d'y retourner un jour.

Une porte indiquait 'PRIVÉ', et faisait face à une autre, surmontée d'un indicateur lumineux de sortie de secours.
    « Le voilà, le plan. » fit Xander pour Evan.

Ils avaient maintenant un moyen de sortir. Le seul problème, c'était que si ça les conduisait à l'extérieur, ça ne les mènerait pas sur la place. Alors okay, ils éviteraient la meute de Geignards devant, mais ils devraient revenir par la rue, s'ils voulaient fouiller une autre boutique.

À fin de vérification, Xander poussa la poignée anti-panique de la porte. Elle s'ouvrit sans effort. Un regard aux alentours, à l'extérieur, lui indiqua la présence d'autres Mordeurs. Il referma doucement et silencieusement. S'il attirait ces trucs par ici, leur issue serait difficile.
Au moins maintenant ils avaient au moins deux solutions pour sortir. À l'arrière par cette issue de secours, ou par l'avant. À condition d'éliminer tous les cadavres qui s'étaient collés au rideau de fer… et de trouver la clé qui le déverrouillerait. Quelque chose disait à Moreau que cette porte 'PRIVÉ' cachait autre chose que des chiottes. Un bureau, sans doute. Celui du gérant. Qui disait gérant disait coffre, paperasses, et certainement clés ou passe-partout. Encore faudrait-il fouiller cette pièce. Mais avant, il voulait inspecter le magasin.

Il revint vers Evan, concentré sur son pillage.
    « Vous trouvez votre bonheur ? »




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Dernière édition par Alexander Moreau le Jeu 10 Aoû - 19:50, édité 1 fois
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Lun 14 Aoû - 11:18

Mon regard se fixe sur le visage baigné d'indifférence renfrognée de l'homme qui m'accompagne, mes lèvres s'ouvrent, mais aucun son ne sort. D'une manière ou d'une autre pour sortir d'ici, je sais qu'il faudra que je tue certains de ces démons. Pour survivre, j'aurais à le faire un jour. Mais ce jour peut-il être aujourd'hui ? Moreau semble penser que ce ne serait pas une mauvaise idée et il a raison : le plus tôt sera le mieux. Je reste immobile, pourtant, jusqu'à ce qu'il se détourne de mon champ de vision. Alors seulement je m'active, regardant autour de moi en reprenant le contrôle de mon corps qui se meut au milieu du petit magasin. Je vais le faire. Je ne sais pas encore comment, je ne sais pas encore si c'est vraiment une bonne idée, mais je vais le faire. Sauf que tout à coup, mon marteau ne me semble plus être une arme si bien adaptée... Avec la grille, je ne pourrais pas m'en servir efficacement. Ça n'est pas une excuse que je me donne pour retarder le moment, mais bien ce que je pense et c'est pourquoi je me remets à fouiller dans la quincaillerie, avec beaucoup moins de motivation tout de même.

C'est au prix de quelques minutes supplémentaires de recherches que je trouve quelque chose qui me semble un peu mieux. J'attrape un gros tournevis fixé avec des dizaines d'autres sur un support mural et retourner vers la porte d'entrée. Je ne sais pas où est Moreau et j'essaye de ne pas y penser. Je m'arrête à quelques pas de la grille et regarde un instant la petite foule qui se presse de l'autre côté. Je ne risque rien si je parviens à ne pas me faire griffer, aucune de ces choses ne peut passer au travers de la grille épaisse qui garde l'entrée de notre cachette. Ce sera facile, il faut y croire.

Je prends une profonde inspiration et m'approche, d'un pas faussement décidé. Et en fermant les yeux, je plante le tournevis que j'ai à la main dans le crâne d'un premier démon, passant entre les mailles de la grille pour l'atteindre. C'est une drôle de sensation... L'os qui craque sous la pression de mon arme, l'impression de m'enfoncer dans une sorte de soupe épaisse. Je sens un haut-le-cœur me prendre, mais je ravale ma bile et extirpe le tournevis de cette première victime, rouvrant les yeux pour poser un regard effrayé sur la horde. Le cadavre dont je viens de nous débarrasser peine à tomber au sol, retenu par le flot de ses camarades encore agités. C'est écœurant, c'est étrange et je ne sais pas comment je me sens. Je viens de tuer ce qui a été quelqu'un... Mais ça ne l'était plus ? Je n'arrive pas à me décider alors en attendant de comprendre ce que ça me fait, je recommence avec un autre.

Je parviens à m'en débarrasser de trois avant que ça ne soit trop et que je me détourne, lâchant le tournevis qui percute le sol dans un bruit désagréable. Je vais m'accouder au comptoir de la caisse le temps de reprendre mon souffle et d'essuyer la sueur sur mon front d'un revers de la main. Moreau me fait sursauter en revenant vers moi pour me demander si j'ai trouvé mon bonheur et je le regarde avec l'air de quelqu'un qui vient d'être un peu trop secoué par un camarade. Un mélange de haine et de peur. « J'ai réussi à en tuer quelques uns. » je dis seulement en pointant la grille du pouce. « Vous avez trouvé une issue dégagée ? » Je ne veux pas m'attarder sur ce qui vient de se passer. Je sais que ce que je viens de faire ne devrait pas me retourner, c'est le seul moyen de s'en sortir dans ce monde, je le sais ! Mais... C'est quand même quelque chose, non ? Ce sont des gens, même s'ils n'ont plus de conscience et que leurs corps pourrissent. Ils ont été des gens un jour et je pourrais être l'un d'eux d'ici quelques heures, quelques semaines. « S'il faut encore tuer ces choses, je préfère qu'on passe par devant, avec la grille. » je précise quand même. Tuer est déjà quelque chose, si en plus je dois me battre avec ces trucs, aucune chance que je m'en sorte bien.

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Mer 16 Aoû - 23:02



Tout ce qu'on pouvait dire, c'était qu'Evan n'était pas le genre de mec qu'il était plaisant de se coltiner. Il n'était pas désagréable, mais un peu trop fragile. Il n'était clairement pas fait pour ce monde nouveau, un monde rude, où l'homme fragile n'avait pas sa place. Evan n'y avait pas sa place, pas sous sa forme actuelle. Il lui faudrait évoluer vite, ou il ne verrait pas encore beaucoup de matins.
Le problème, c'était que pour le moment, ils étaient ensemble. Xander n'avait pas pour intention de l'abandonner sur place. Après tout, deux têtes étaient toujours plus utiles qu'une seule. Evan montrerait son utilité. Il l'avait déjà fait, en détournant l'attention des Geignards, un peu plus tôt. Il pourrait l'être encore.

Pour le moment, ce qui inquiétait Evan, c'était de pouvoir quitter cette boutique. Xander lui annonça ce qu'il avait trouvé.
    « Ouais, il y a une issue, à l'arrière. Ça donne sur l'extérieur de la place, ce qui fait qu'on devra refaire le tour pour revenir vers les commerces. Sauf si on dégage le passage de devant. Et qu'on trouve une clé qui ouvre ce rideau. »

Xander remarqua les trois Mordeurs affalés au sol, piétinés par leurs congénères, de l'autre côté de leur barricade métallique. Le tournevis maculé de sang noir et poisseux qui gisait au sol en disait beaucoup sur le procédé.

Moreau secoua la tête doucement, et retourna dans le rayon des outils. Il sélectionna avec soin celui qu'il mettrait entre les mains du prêtre. L'heure de la leçon était venue. Et il savait exactement comment il allait s'y prendre.
Le rayon exposait des râteaux, des bêches, des pioches, des houes… et au bout de la rangée, des manches. Des manches nus, faits de bois de noyer, un bois dense et dur, solide, parfait pour le sale travail. Xander en choisit un assez long, de diamètre pas trop important. Il le soupesa un instant, l'éprouva d'un air faussement expert et revint à la porte.
    « On va remédier à votre manque d'expérience. Nous avons ici… six magnifiques spécimens, dévoués à faire progresser la science. Ce truc, dit-il en brandissant le manche de noyer, sera votre arme. Simple, efficace. Approchez un peu.»

Les deux hommes se retrouvèrent devant la porte, derrière laquelle les cadavres s'agitaient mollement pour agripper leurs proies hors de portée. Xander ouvrit la porte vitrée et fit signe à Evan de la maintenir en position. Quelques mains décharnées, couvertes d'écorchures, de griffures, de coupures, des ongles arrachés, des doigts manquants, se tendirent vers eux.
Xander empoigna son outil comme un athlète sa perche pour son prochain saut.
    « Première étape : ne pas les considérer comme des personnes. Ils en étaient, c'est vrai. Ils n'en sont plus. Ce ne sont plus que des corps pourrissants, les mêmes que ceux dont vous avez pu célébrer les obsèques. À la différence qu'un mort ne se relève normalement pas, ceux-là, si. On le sait tous.

    Vous savez sûrement aussi que la seule manière de les tuer pour la deuxième fois, c'est… la tête.
    Donc, on passe directement à la seconde étape : le geste technique.
    Ces trucs sont morts, donc ils ne sont que de la viande en décomposition sur des os. L'os, c'est solide, mais il y a des points de fragilité. Je vous conseille de viser les tempes, les yeux, le palais, n'importe quelle partie du crâne qui donne accès au cerveau.
    »

À titre d'illustration, Xander jeta son dévolu sur le Grogneur le plus proche, leva son arme et l'enfonça direct dans l'œil du mort. Le bruit fut écœurant. Le bois se ficha dans la gélatine infecte de l'œil, fractura l'os de l'orbite et c'en était fini. Le Mordeur s'effondra net sur ceux déjà éliminés.

Xander retira le manche d'entre les larges mailles du rideau de fer, et le tendit à Evan.
    « Je sais que c'est dégueu, mais on s'y fait. C'est triste, dans un sens, mais on s'habitue à tout. Croyez-moi sur parole.
    Et si ça peut vous aider un peu, trouvez quelque chose qui vous rende la chose plus facile. Comme, je sais pas… que leur âme est encore prisonnière, et que la seule façon de leur apporter le repos est de la libérer… c'est vous le pro des jérémiades, ici, trouvez ce qui vous ira.
    »


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Sam 19 Aoû - 14:28

Trouver une clé, ça ne doit pas être si compliqué, peut-être même qu'il y a des passe-partout en vente dans cette boutique. C'est un projet qui me tente bien plus que de refaire le tour et de devoir affronter les créatures de face et c'est donc avec bien plus d'envie que je m'apprête à contourner le comptoir de la caisse pour me lancer à la recherche de cette fameuse clé. Mais Moreau ne semble pas vraiment du même avis. Il disparaît une fois de plus, juste quelques secondes et revient armé d'un bâton pour me proposer un... cours ? Ça y ressemble fortement. J'hésite. Le temps d'une inspiration, deux, trois et puis je le suis et me retrouve à ses côtés devant la grille.

Les démons surexcités ne peuvent pas nous atteindre, mais ils me tirent quand même une grimace dégoûtée. Un bâton suffira-t-il vraiment à nous en débarrasser ? Probablement que oui, ce type sait mieux que moi ce qu'il fait, ça crève les yeux que nous ne sommes pas fait du même bois. Je maintiens la porte en écoutant son petit speech qui n'est rien de plus qu'une suite d'évidence que n'importe qui ayant survécu si longtemps connaît déjà. Bien sûr que je sais qu'ils sont morts, bien sûr que je sais comment les tuer pour de vrai. Qu'est-ce que ça change ? Ils restent des corps formés, je vois sur leurs visages les traces de ceux qu'ils étaient avant. Je n'ai pas de pitié pour les vivants, pas d'empathie pour les centaines de personnes que j'ai arnaqué toute ma vie. Mais je ne suis pas fait pour tuer et c'est difficile de se dire que la petite blonde qui se tient près de moi, même si son visage est presque arraché, n'est plus une personne. Elle ressemble à une personne.

Je regarde Moreau illustrer ses paroles en tuant l'un des démons près de lui. Je regarde le bâton s'enfoncer dans l'orbite de cette chose, les liquides écœurants qui s'écoulent sur ce qu'il reste de sa peau, son corps mou s'affaisser et tomber sur le sol, se faire piétiner sans que ça ne choque personne. J'ai encore envie de vomir, mais quand il me tend le bâton et m'encourage à l'imiter, j'attrape cette arme improvisée d'une main ferme et je fais face à l'exercice. Je sers fort pour retenir le tremblement de mes doigts et cherche dans la petite foule un visage qui fera l'affaire, dont je peux voir les points cités par mon professeur. Mon choix se porte sur ce qui ressemble à un homme à qui il manque un œil. Le trou laissé à la place me semble une cible facile. J'inspire, j'expire, lentement, jusqu'à ce que je me sente un peu moins fébrile et je me force à garder les yeux ouverts cette fois.

Le bâton s'enfonce, pas vraiment comme dans du beurre, mais presque. Je mords mes lèvres pour retenir un haut-le-cœur et ressors mon arme rapidement, libérant le cadavre pour le laisser fouler le sol. Un de moins, c'est horrible, mais ça ressemble à une petite victoire. « Les hommes qui m'ont amené à Détroit son morts ici il y a quelques jours. » Je ne suis pas certain de pourquoi je dis ça et je ne prends pas la peine d'y réfléchir avant de recommencer mon manège sur un autre cadavre. Je trouve ça assez ironique que ces types qui savaient ce qu'ils faisaient et qui n'hésitaient pas à tuer des démons à tour de bras ne soient plus qu'un petit tas d'entrailles putrides au milieu de cette place, alors que je suis là à tuer les monstres qui les ont bouffés. C'est peut-être tout simplement ça, un goût pour l'ironie. Un troisième cadavre est embroché par mes soins. Il prétend que ça devient plus facile, qu'on s'y habitue, pourtant j'ai toujours envie de vomir et je déteste ce que je suis en train de faire. J'imagine que ça doit prendre un peu plus de temps. Parler m'aide à ne pas y penser. « Vous ne vouliez pas m'aider hier, alors pourquoi vous le faites maintenant ? »

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Mar 29 Aoû - 22:49


Evan n'avait pas l'air plus rassuré ou vaillant, et ce malgré les conseils de Xander. Pourtant, il se saisit du manche d'outil et s'appliqua à étendre un nouveau Geignard. Le cadavre s'effondra juste avant que ses semblables ne lui marchent dessus. Xander se fendit d'une solide claque dans le dos pour Evan, avec un petit rire difficile à définir.
    « VOILÀ ! Ça c'est bien !
    – Les hommes qui m'ont amené à Détroit sont morts ici il y a quelques jours.
    Ben ça… c'est les mystères de l'existence. Pourquoi quelqu'un survie dans cette chiasse qu'est devenu le monde, alors qu'il n'y était pas à priori destiné ? On le saura jamais. Le fait est que, vous êtes là, pas eux. Faut pas y voir autre chose, pas se sentir coupable de quoi que ce soit. Peut-être que vous n'êtes vraiment pas fait pour survivre, mais ces types ont fait leur temps. »

Evan allongea un nouveau Grognard, puis un troisième, mais il est clair que le jour où il y prendra plaisir n'était pas proche. C'était peut-être mieux comme ça. Perdre de vue ce que les morts avaient été avant, c'était aussi perdre de sa propre humanité. Tout ça était philosophique, mais c'était la seule vérité valable. Malgré cela, Xander n'aimait pas penser aux morts comme d'anciens vivants. C'était trop déprimant de se dire qu'un jour il finirait certainement comme ces pauvres gens, à errer sans autre but que celui de trouver de la chair fraîche à mâcher. D'ailleurs, il espérait que quand ce jour arriverait, il pourrait s'éviter la transformation. Ou que quelqu'un pourrait le faire pour lui.
    « Vous ne vouliez pas m'aider hier, alors pourquoi vous le faites maintenant ? »

La remarque avait de la pertinence. Xander lui-même se surprenait dans ses comportements. Du temps des Punishers, il n'aurait clairement pas prêté main forte à un prêtre fragile et solitaire. Il se serait contenté de lui prendre le peu qu'il possédait et il l'aurait abandonné à un groupe de Mordeurs, ou à défaut il l'aurait abattu lui-même. Mais les exactions avaient fini par l'écœurer. Tout le monde ne faisait qu'une seule et unique chose, dans ce monde de fou : survivre. Survivre à n'importe quel prix, du mieux possible, et c'était une chose difficile au vu de toutes les variables qui venaient s'opposer au résultat de l'équation.
Les Punishers survivaient eux aussi, mais à la différence, ils prenaient aux autres en plus de ce qu'ils trouvaient ailleurs. D'un côté, ils faisaient exactement ce qu'il fallait faire. Survivre à n'importe quel prix. Sauf qu'à décimer les survivants pour les dépouiller, ils auraient fini par se trouver seuls, sans personne pour les approvisionner. Alors que feraient-ils ? Finiraient-ils par s'entre-tuer pour le butin ? Sauraient-ils rester disciplinés, et se contenteraient-ils de pillage ou d'autres méthodes pour conserver un niveau de vie acceptable, au risque d'échouer et de crever lamentablement ? Il ne le saurait peut-être jamais.
Xander toussa un coup, avant de répondre au prêtre.
    « Disons que… j'ai été parmi des gens qu'on pourrait situer à l'exact opposé de vous, idéologiquement parlant. Ils n'ont qu'un seul mot d'ordre : prends tout ce que tu peux à n'importe qui. Ces types sont ce qui se rapprocherait le plus des pirates. Les concepts qui sont la base de vos croyances leur sont étrangers.
    L'homme qui les mène n'a pas toujours été comme ça, mais il a – comme on dit – pété les plombs. À partir de là, tout a changé. J'ai passé assez de temps avec eux pour voir des choses plutôt affreuses, mais pas assez pour devenir le monstre qu'ils auraient voulu me voir devenir. J'ai fini par partir, avant d'en arriver à un point de non-retour.

    J'ai jamais vraiment été un homme bien. J'ai fait au mieux. Mais je sais ce que je ne veux pas devenir, c'est peut-être le plus important. Ce que le monde est devenu, je le vois comme une chance de revenir en arrière, de changer la donne. Je sais pas si j'y arriverai, mais je ferais comme toujours. Au mieux. Ça fait un moment que je mène ma vie seul, ça fonctionne, mais ça n'a pas d'avenir. L'Homme ne peut vivre seul, il a besoin de ses semblables. Il me faudra revenir à la vie en communauté, et ça passe par certaines choses. Comme l'entraide.
    »

Xander ne savait pas s'il croyait à ce qu'il venait de dire, mais il n'avait pas réfléchi, c'était parti tout seul. Peut-être que cette spontanéité pouvait être gage de sincérité. Sans doute pour la première fois depuis le début du Grand Merdier.

En attendant, les rangs des Grognards s'éclaircissaient nettement, et il n'en restait plus que trois qui se débattaient avec les grandes mailles du rideau de fer. D'ici très peu de temps, ils en auraient fini avec cette issue du magasin, et ils pourraient passer à la boutique suivante.

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