[Flashback] The Sinner



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Lun 3 Juil - 22:04



28 février.
18ème Rue.


Xander marchait prudemment au milieu de la chaussée. L'expérience lui avait appris que les trottoirs n'étaient pas fréquentables. Trop d'obstacles, trop de fenêtres, de portes, et de manière générale trop de cachettes possibles pour les Mordeurs. Tout précautionneux qu'il était, il n'était pourtant pas d'humeur. Il venait de fouiller deux endroits coup sur coup. L'épicerie Honey Bee sur la 17ème, et le restaurant Mexican Village sur Bagley. Ça n'avait rien donné. Évidemment, il y avait bien longtemps que les lieux qui regorgeaient de nourriture avaient été pillés, et il ne restait rien. Il faudrait trouver d'autres stratagèmes, chercher dans des endroits qui avaient été moins exposés aux rapines, lorsque la panique avait pris les gens.

Il avait dépassé un petit parc pour enfants en prenant bien garde de ne pas traîner. Ces endroits, les parcs, étaient souvent bourrés de saletés de Mordeurs, et celui-ci ne dérogeait pas à cette sorte de règle. Rien qu'en passant, Xander put en compter quatre, et ils n'étaient certainement pas les seuls. Il accéléra le pas, de crainte d'avoir été repéré, d'autant qu'après le parc, il passait devant une imposante résidence. Ce bâtiment devait comporter trente appartements, probablement encore quelques vivres, mais c'était risqué. Le jeu n'en valait pas la chandelle, il pourrait trouver quelque chose en visitant des maisons, comme il l'avait fait jusque là

Arrivant sur Howard Street, il voyait maintenant parfaitement les clochers de l'église qu'il avait dans le champ de vision depuis le parc. Il continua à bon rythme jusqu'à Lafayette Boulevard. Un Mordeur le vit venir et se mit à grogner, avant de mettre le cap vers le routier, d'un pas incertain, qui était dû à son pied droit qui accusait un angle grotesque avec le sol. Cheville cassée, indéniablement. Ce handicap ne permettrait donc pas à cet enfoiré de manger aujourd'hui. Xander le laissa venir, tout en saisissant sa clé. Il l'accueillerait bien comme il fallait. C'était la moindre des choses. Le cadavre ambulant arriva péniblement, et quand il fut à portée…

La clé sonna d'un bruit mat en rencontrant le crâne du macchabée, éparpillant bouts d'os et morceaux de cerveau sur la chaussée du carrefour. Le corps s'effondra, mort pour de bon cette fois. Xander s'approcha et le regarda un instant. C'était un chicanos. Il lui lâcha un énorme crachat, en plein sur le visage cireux et verdâtre.
    « Sale fils de pute. »

Mais il n'aurait pas l'occasion de se relâcher. Il releva les yeux pour s'apercevoir que le Mexicain qu'il venait de dézinguer n'était pas seul. Un groupe arrivait, en boitant lourdement. Merde, ces machins étaient inoffensifs un par un, mais à plusieurs c'était plus compliqué. Combien étaient-ils, au juste ? Trois ou quatre, il pourrait gérer. Mais là, ils étaient presque une douzaine. Il valait mieux trouver un abri.

Sans avoir l'air de paniquer – parce qu'il ne paniquait pas – Xander chercha des yeux un possible endroit où se réfugier, au moins le temps de pouvoir repartir. L'église. Un énorme panneau annonçait : Sainte-Anne de Detroit, fondée en 1701. Le reste donnait les heures des messes… en espagnol. Bordel, mais ces empaffés d'immigrés se croyaient tellement chez eux qu'on leur parlait dans leur langue, pas foutus qu'ils étaient d'apprendre l'anglais. Il n'était vraiment pas mécontent d'avoir eu l'occasion d'en éclater un, même déjà mort.

En tous les cas, cette église Sainte-Anne de Detroit devait fournir un abri correct. Des murs bien épais, des portes solides, des fenêtres épaisses… Peut-être y aurait-il des chicanos à l'intérieur, rapport au panneau en espagnol. Dans ce cas, ça serait leur fête, et tant pis pour eux. La distance qui se séparait de l'édifice religieux fut rapidement couverte, et les autres puants étaient encore loin quand il commença à chercher une entrée. Mais tout était fermé. Pire : ça semblait barricadé de l'intérieur. Quelqu'un s'était abrité ici. Xander abattit son poing sur le lourd battant à plusieurs reprises, mais devant le silence qui lui répondit, il recommença, et se risqua à jouer de la voix.

    « OUVREZ ! OUVREZ CETTE PORTE, SACRÉ BON DIEU ! »


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Mar 4 Juil - 11:08


Preach the word; be prepared in season and out of season; correct, rebuke and encourage—with great patience and careful instruction.

Timothy 4:2.

28 Février 2016 — Je viens de passer une bonne heure à retourner le petit bureau à l'arrière de l'église dans tous les sens. La mauvaise nouvelle est maintenant officielle : il n'y a rien d'utile dans cette fichue bâtisse, pas même une petite carte de la ville pour m'aider à me repérer. Et sans mes trois compagnons qui servent de repas aux rôdeurs du coins, c'est quand même très gênant. Aujourd'hui, je crois que je leur en veux un peu d'être sortis en me laissant là. Ils s'imaginaient être plus capables que le bon Pasteur Sharman, mais ils n'ont même pas réussi à faire plus de quelques mètres dehors avant de se faire bouffer. Ça ne m'aurait pas trop perturbé, si seulement l'un d'entre eux était resté avec moi. Parce qu'être seul, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, encore moins dans cette fichue ville que je ne connais vraiment pas bien. Mes quelques passages ici pour rendre visite à une bonne payeuse qui voulait sauver l'âme en perdition de sa fille lesbienne ne me sont d'aucune utilité. Je sais plus ou moins où se trouve sa maison, mais j'ai comme un doute quant à la survie de madame Whitman et de sa drôle de famille.

Enfin, je dois dire que je ne m'en soucis pas trop. Ce qui m'intéresse, ces jours-ci, c'est de pouvoir manger. Ça commence à faire long, ça commence à être difficile. Je dois dire que je suis un peu désespéré, là. Je sors du bureau pour traîner ma carcasse amaigri dans la nef. C'est fou ce que j'ai horreur de cet endroit, mais bon, ça ressemble à un bon endroit où s'installer sans trop craindre l'extérieur. Les portes sont solides, j'entends souvent des coups de l'autre côté, des grognements morbides, mais rien ni personne n'a encore réussi à passer au travers. C'est plutôt une bonne nouvelle, pas vrai ?

D'ailleurs, ça tape encore plutôt fort, là. Mes sourcils se froncent tandis que je regarde la porte à peine secouée de tremblements avec ce qu'elle se prend dans la tronche. Soit ces démons-là sont sous l'emprise de substances particulièrement excitantes, soit... Mes yeux s'écarquillent quand j'entends une voix qui hurlent de l'autre côté, en même temps que j'en viens à la conclusion qui s'impose. Un vivant. Et entre tous les endroits dans cette ville où il aurait pu se réfugier, c'est ici qu'il vient chercher la paix.

C'est en courant que je me précipite vers la porte, où je tente de soulever rapidement l'immense planche de bois que mes trois anciens compagnons m'ont aidé à installer sur la porte pour empêcher qu'elle ne s'ouvre trop facilement. À porter tout seul, c'est beaucoup plus compliqué, mais je finis par arriver à la soulever et quelques secondes plus tard, elle s'écrase sur le sol dans un bruit sourd, alors que les portes s'ouvrent précipitamment pour laisser entrer un homme qui semble avoir le Diable aux trousses. Ce qu'un rapide regard à l'extérieur a l'air de confirmer.

Avec un public, aussi restreint soit-il, mes réflexes reviennent au galop et c'est un masque de douceur un peu inquiète qui se peint très naturellement sur mon visage alors que je reprends en main le rôle du bon pasteur. « Calmez-vous, mon ami ! Et aidez-moi plutôt à remettre ça en place. » lui dis-je en fermant les portes et en désignant la planche par terre. Je me mets d'un côté de la planche en attendant qu'il vienne prendre l'autre pour m'aider et profite de ce petit moment pour observer mon visiteur avec un peu plus d'attention. Il m'a l'air du genre d'homme qui ne s'en sort pas si mal à l'extérieur. Peut-être parce qu'il semble plus agacé qu'effrayé, je ne sais pas trop, mais il ne ressemble pas à une petite âme en peine. Bon point pour moi. Et puis, il a choisi de trouver refuge dans une église, ce qui me rassure d'autant plus. Même s'il veut la jouer type pragmatique qui vient ici pour des raisons purement pratique... J'ai appris au fil de mes années au service de Dieu qu'on ne vient jamais dans une église par hasard. Il y a toujours une petite part de ces gens-là qui cherchent quelque chose, même s'ils n'arrivent pas à le reconnaître. Un genre de soutien, un moyen de se rassurer. Ça doit en dire beaucoup sur moi, qui ai choisi de me faire passer pour un homme de Dieu pour gagner ma vie, mais l'heure n'est pas à la psychanalyse de ma personne.

Une fois la planche en place et l'église de nouveau imprenable, je m'éloigne de la porte pour me tourner vers mon visiteur. « Bienvenue dans l'église Sainte Anne de Détroit. Si vous avez des armes, je vous prierai de bien vouloir vous en délester et de les laisser à l'entrée, merci. La maison de Dieu est un lieu pacifique dans laquelle aucune violence ne saura être toléré. » J'ai du mal à retenir un sourire moqueur d'étirer mes lèvres, mais je me mords l'intérieur des jours pour m'y forcer. Le bon côté quand on fait semblant d'être un pasteur en pleine apocalypse, c'est qu'on peut vraiment sortir ce genre de connerie et sembler crédible. Et les gens sont si souvent atterré de m'entendre tenir un tel discours qu'ils n'osent même pas me contredire. J'espère sincèrement que cet homme ne va pas me décevoir.

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Mar 4 Juil - 12:13



La lourde porte s'ouvrit sous les poussées insistantes de Xander. Une fois à l'intérieur, un homme à la carrure fine mal dissimulée sous son uniforme d'homme d'église l'appela à laisser de côté le stress.
    « Calmez-vous, mon ami ! Et aidez-moi plutôt à remettre ça en place. »

Sans même répondre, Xander se joignit à lui pour lever la lourde poutre de bois qui devait servir à barrer la porte, et ils la placèrent dans le dispositif prévu à cet effet.

Le prêtre lui souriait, maintenant. Il lui tint un petit laïus d'accueil.
    « Bienvenue dans l'église Sainte Anne de Détroit. Si vous avez des armes, je vous prierai de bien vouloir vous en délester et de les laisser à l'entrée, merci. La maison de Dieu est un lieu pacifique dans laquelle aucune violence ne saura être toléré.
    Xander grogna un peu, mais finit par déposer sa monumentale clé de 32 près de la porte, debout contre le mur.
    Comme vous voudrez, mon père, mais vous avisez pas d'y toucher... »

Le ton n'était ni chaleureux, ni pour autant menaçant. Il voulait simplement que les choses soient claires. Quant à l'absence de violence… à bien regarder le curé, ça ne serait pas difficile de s'y tenir. S'il respectait ses propres règles concernant les armes, il devait lui-même être à poil. En cas de débordement, Xander et ses pognes de routier n'auraient aucun mal à tenir le petit cul-béni en respect.

S'éloignant doucement de l'entrée, Xander pouvait déjà entendre les Mordeur gémir derrière la porte, grattant le battant de bois de leurs doigts morts, s'abîmant les ongles à en croire le crissement dégueu que ça donnait. Moreau observa les lieux. C'était une église somme toute très normale, pour un édifice catholique. La nef montait haut en une voûte d'ogives, cernée de colonnes supportant une batterie d'arcs en plein cintre, dont les clés de voûtes étaient aux croisées d'ogives. Les fenêtres, en forme d'ogives elles aussi, étaient garnies de vitraux colorés, qui donnaient à la lumière ambiante une chaleur particulière, mais ça ne parvenait pas à réchauffer l'atmosphère, qui restait très froide, surtout à cette époque de l'année.
Les dalles du sol, parfaitement ajustées, dessinaient des croisillons tout le long du chemin entre les bancs, de l'entrée jusqu'à l'autel. La décoration était faite de statues, de dorures, d'icônes, d'un petit autel bardé de cierges fondus, d'une boîte destinée aux dons des fidèles, et à l'entrée, posé sur un piédestal métallique, d'une vasque ronde contenant de l'eau bénite.

Xander crevait de soif, mais bien qu'athée, il avait assez de respect envers les religieux pour ne pas se jeter sur la vasque et y boire. Pour autant, il n'y trempa pas les doigts et ne se signa pas.

Chaque son était amplifié et résonnait longuement. C'était l'idéal pour repérer quelque chose d'inhabituel, un visiteur indésirable, quoi que ce soit.
    « Hé bien… au moins vous êtes à l'abri, ici. Merci d'avoir ouvert. Ces trucs, quand ils sont moins nombreux, je les gère, mais là… il m'aurait fallu courir un peu pour les semer. À condition de ne pas en croiser en chemin… »

Xander ne savait pas vraiment comment se comporter face au prêtre. Il n'avait jamais traîné dans des églises, et les religieux ne faisaient pas partie de ses fréquentations régulières. Surtout pas maintenant, encore qu'on ne savait jamais si les morts avaient été croyants un jour. Dans le doute, il préférait se montrer poli, à défaut d'être aimable. Par les temps qui courent, la courtoisie était tombée en désuétude. Inutile face aux Mordeurs, qui ne savaient dire que des « Argh… argh… ». De peu de secours avec les vivants, surtout ceux qui vous braquaient un flingue sur le visage.

Bien que pas particulièrement menaçant, Xander n'en restait pas moins méfiant. Les vivants étaient pires que les morts. Ils tuaient, pillaient, planifiaient des pièges pour leurs semblables, afin de tuer, piller… un cercle sans fin. Il en savait quelque chose : il l'avait fait. C'était comme ça que l'on survivait, maintenant. En prenant ce qu'on pouvait, dès que l'occasion se présentait. D'ailleurs, en parlant de ça…
    « Vous n'auriez pas de l'eau, par hasard ? J'ai terminé mes réserves voilà deux jours, et je n'ai rien pu trouver aujourd'hui... »

Dans un sens, en en appelant à la charité chrétienne d'un représentant de la foi, il avait ses chances de succès.

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Jeu 6 Juil - 11:45

L'homme dépose son arme près de la porte, sous mes yeux étonnés. Je sais bien que c'est ce que je lui ai demandé, mais depuis que je suis à Détroit... Comment vous dire ? Les gens ne respectent plus tellement ma profession, ici et c'est bien la première fois que je tombe sur quelqu'un qui ne semble pas me vouloir du mal. Bon, d'accord, ce type étrange qui marche pieds nus dans les rues ne voulait peut-être pas me faire de mal, mais il en a fait quand même. Celui là n'a pas l'air de vouloir faire d'histoires. Ce n'est pas tant qu'il est gentil, en fait je dois dire que je le trouve même sacrément antipathique, mais... Il obéit sagement et il ne m'a pas encore agressé.

Enfin bref, je me sens presque coupable d'avoir encore mon pistolet coincé à ma ceinture dans mon dos. Ça ne donnera pas une très bonne image s'il finit par s'en rendre compte. Mais ça n'est pas encore suffisant pour que je me décide à m'en délester aussi. Sait-on jamais qu'il change d'avis tout à coup et qu'il décide que ce serait une bonne idée de me détrousser...

« Je vous en prie, la maison de Dieu est ouverte à tous ceux qui ont besoin d'aide. » dis-je, automatiquement, quand il me remercie de l'avoir laissé entrer. Je suis un peu ailleurs moi aussi et ça s'entend dans ma voix. Je le suis des yeux partout où il va. Ce type, c'est peut-être ma solution parfaite pour remplacer les trois crétins qui m'ont lâchement abandonné ici pour aller mourir deux rues plus loin. Il semble être en forme, pour les circonstances je veux dire. Alors j'essaye de déceler une façon de m'y prendre avec lui d'après ce que je peux voir de son comportement, de ses mots. C'est difficile. Les gens sont devenus tellement... compliqués. Je ne sais pas trop, mais je crois surtout que le problème vient du fait qu'après tout ce temps, il ne reste plus que des gens capables de s'en sortir par tous les moyens. Les idiots, les naïfs, ils sont morts ou précieusement protégés par des gens plus malins qu'eux.

Il me demande à boire, me tirant de mes pensées et je cligne des yeux plusieurs fois pour me concentrer. Je ne dois pas rater mon coup, cette fois. Malheureusement, même si c'était bien parti, sa demande risque de créer un froid. J'hésite, je réfléchis. Il me reste un fond d'eau dans ma bouteille, pas assez pour deux. Je reste planté devant lui à me tortiller les doigts le temps de peser le pour et le contre. Il a l'air dans de bonnes dispositions. Peut-être que si je l'aide, il se sentira redevable. Sacrifier une partie de mon propre confort pour un but plus grand... « Laissez-moi vous apporter ça. » finis-je par répondre en me détournant pour aller près de l'autel, où mon sac presque vide repose depuis des jours. Je contourne le pupitre pour me cacher derrière et me penche au-dessus du sac, plongeant une main dedans tandis que l'autre vient derrière mon dos. Je cherche mon pistolet à tâtons et le fait passer discrètement vers le sac pour le cacher dedans. Je vais tenter le tout pour le tout et jouer le jeu du gentil pasteur, c'est décidé. Une fois ma bouteille d'eau presque vide dans la main, je retourne vers le nouveau venu et lui donne, un sourire poli aux lèvres. « Tenez, buvez tout si vous le souhaitez. » Un peu de charité chrétienne, c'est toujours bon pour s'attirer la sympathie des gens. Il va bien remarquer qu'il ne me reste pas grand chose et j'ose espérer qu'il se sentira un peu coupable de me prendre ce qu'il me reste d'eau, mais pas assez pour refuser de la boire quand même.

« D'où est-ce que vous venez, comme ça ? » je demande en regardant la porte. « Il doit y avoir des gens qui vous attendent quelque part, n'est-ce pas ? » Je donne l'impression de ne pas y toucher et pousse même le zèle jusqu'à ajouter : « On m'a dit qu'il y avait des communautés ici, à Détroit, mais je ne les ai pas encore trouvées. » Si j'avais déjà prié avec sincérité, je crois que je le ferais en ce moment. Prier pour que cet homme me sauve de ma tourmente affamée. Qu'il m'amène à un groupe installé je ne sais où, grand, organisé... Un endroit rempli de brebis égarées qui ouvriront leurs bras en grand pour accueillir un pasteur. Je sais bien qu'il vient de dire qu'il n'a pas trouvé de quoi boire depuis deux jours, mais j'ai envie de croire que ce n'est qu'une excuse pour m'apitoyer un peu et me pousser à lui rendre ce service. On a bien le droit de rêver...

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Jeu 6 Juil - 13:57



Le prêtre parut bien vouloir fournir de quoi boire à son hôte. Pendant qu'il était parti chercher ça, Xander alla déposer son sac sur la première rangée de bancs, à droite, et s'y assit. Le curé revint avec une bouteille de plastique, où il ne restait que quelques gorgées d'eau. C'était une denrée précieuse, et si cette situation merdique venait à durer longtemps, il y avait fort à parier que quiconque posséderait de l'eau en quantité serait le roi du monde.
En attendant, Moreau remercia le religieux d'un signe de tête, et éclusa le liquide clair jusqu'à la dernière goutte, sans un seul signe de remords. Quand il eut fini, il revissa consciencieusement le bouchon et rendit la bouteille, désespérément vide, à son propriétaire, qui eut l'air dépité. Mais pas assez pour l'empêcher d'engager la conversation.
    « D'où est-ce que vous venez, comme ça ? Il doit y avoir des gens qui vous attendent quelque part, n'est-ce pas ? On m'a dit qu'il y avait des communautés ici, à Détroit, mais je ne les ai pas encore trouvées. »

Xander n'aimait pas trop les curieux. Mais après tout, il était dans la nature des prêtres de se soucier des gens, de vouloir les guider. Ils ne gagnaient pas beaucoup à rester en solitaires, terrés dans leurs bâtisses de vieilles pierres. Aussi le routier ne lui tint pas rigueur de sa curiosité, et il lui répondit assez simplement, sans entrer dans les détails.
    « Plus personne ne m'attends, nulle part. Il existe bien des communautés, c'est vrai. J'ai été dans l'une d'entre elles, mais je l'ai quittée. Leurs histoires étaient trop dangereuses… plus que tout ce qu'on peut vivre dehors, je veux dire.
    Xander resta un instant silencieux, comme s'il était plongé dans des souvenirs. C'était le cas. Il se rappelait le temps passé parmi les Punishers. Une période où il n'avait que peu à se soucier du manque d'eau et de nourriture, de sa sécurité ou du reste. Jusqu'à ce que ça dégénère. Le monde avait changé, c'était un fait. Mais dans une certaine mesure, il était inutile d'en rajouter une couche.
    C'est déjà assez compliqué de survivre avec ces trucs qui puent, dehors. Les vivants sont plus dangereux que les morts, et… ces gens étaient parmi les plus dangereux, pour les autres et pour eux-même. Je suis parti pour chercher un endroit plus calme. Je pensais à la campagne. »

Xande soupira. Ouais, tout ça, c'était si loin, maintenant. Seulement quelques mois s'étaient écoulés, mais ils paraissaient comme autant d'années. Les difficultés du quotidien avaient le don d'allonger le temps de manière substantielle. Depuis, il avait évité de croiser des vivants. Les Mordeurs, ça se gérait sans trop de difficulté. Il suffisait de s'arranger pour les affronter deux par deux au maximum, et on s'en sortait bien. Les vivants, eux, pouvaient poser de gros problèmes. Ils pouvaient être armés, avoir des intentions néfastes. Ou pire : être en groupe, organisés, auteurs d'une embuscade. C'était plus rare, mais ça arrivait. Généralement, ceux qui se retrouvaient confrontés à cela ne s'en sortaient pas, ou rarement.

Les Punishers avaient ce genre de méthodes. Ils avaient des pilleurs, des gardiens, des éclaireurs. Ces derniers pouvaient parfois découvrir des groupes de survivants. Il les suivaient, évaluaient leurs capacités, puis retournaient communiquer leur position aux autres. On préparait le nécessaire, on les retrouvait, on les acculait, et finalement on ne leur offrait qu'une alternative, la seule possible. Laisser leurs armes, leurs vivres, leur eau, tout, et repartir à poil mais vivants, ou résister. Ce qui revenait au même, puisqu'ils étaient en sous-nombre. S'ils se battaient, ils étaient massacrés et dépouillés. Et plus le temps passait, et plus les gens résistaient pour le peu qu'ils possédaient.

Le prêtre, lui, n'avait pas l'air bien dangereux. C'était même tout le contraire. Cela poussait Xander à se poser des questions, et il ne se priva pas pour les exprimer.
    « Et vous ? Vous êtes resté ici, depuis tout ce temps ? Comment avez-vous fait pour survivre ? »



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Dim 9 Juil - 21:49

De savoir qu'il va me laisser sans une seule goutte d'eau ne semble pas vraiment toucher mon invité, qui vide la bouteille d'une traite avant de me la rendre. Je m'attends presque à voir un sourire sur ses lèvres, mais il n'y en pas. Pas plus qu'un merci pour accompagner mon geste. Hum... Je commence à avoir un peu chaud, je dois dire. Mais le moment n'est pas encore venu de perdre la face. Il est des personnes plus difficile à amadouer que d'autre, ça ne veut pas dire impossible. Je tente de garder un air neutre en reprenant la bouteille et me lance à la pêche aux infos pour vite faire passer ce désagréable petit moment de flottement.

Malheureusement, c'est une nouvelle déception qui vient serrer mon cœur quand monsieur m'annonce qu'il ne vient nullement d'un groupe et qu'il est seul, bien qu'il ait passé quelques temps dans un groupe. Il prétend que les vivants sont plus dangereux que les morts et je sens bien une certaine pointe de réalité dans ce qu'il dit. Pourtant, je suis sûr d'une chose : je ne peux m'en sortir par moi-même. Je ne suis pas un loup au milieu des brebis, je ne sais pas me débrouiller. Bien sûr, j'ai appris des choses sur la route, San Francisco est loin et j'ai eu plus de temps qu'il n'en fallait pour observer. Mais j'ai toujours été protégé, toujours jusqu'à maintenant. Alors sa réponse me fait un peu grincer des dents. J'essaye cependant de me rassurer en me disant qu'il connaît bel et bien l'existence des autres communautés. Peut-être acceptera-t-il malgré tout de m'indiquer un chemin pour me rendre jusqu'à eux ? Même les hommes si dangereux dont il parle me font moins peur que de mourir de faim dans cette église.

Il me retourne ma question rapidement et je me mords la lèvre inférieur en signe d'hésitation, avant de me laisser tomber à mon tour sur l'un des bancs aligné dans la pièce. La nef nous sépare, mais l'acoustique est si bonne ici qu'il est presque impossible de ne pas communiquer clairement à quelque distance que ce soit. Je passe une main sur mon visage et prend un air contrit, désolé. « Je suis ici depuis quelques jours seulement. » lui dis-je avec honnêteté. « J'étais en Californie quand tout a commencé, mes paroissiens sont venus à mon secours dès que ça a mal tourné et nous avons fait un long chemin ensemble, mais la plupart sont morts par cette chose ou par d'autres, des maladies, la faim, des personnes mal intentionnées. Puis j'ai rencontré trois hommes aux environs de Toledo, nous avons voyagé ensemble jusqu'ici, mais ils ne sont jamais revenus de leur expédition dans Détroit d'il y a quelques jours. »

Je ne lui dis pas qu'en sortant hier, j'ai vu leurs cadavres en morceaux se faire dévorer par une horde. Je ne sais pas trop pourquoi, d'ailleurs. J'ai le pressentiment que rien de tout cela ne l’apitoiera vraiment, mais c'est une chose que je veux encore garder pour moi. « Je n'ai jamais été vraiment seul, vous savez. Il y a toujours eu un bon croyant un peu mieux constitué que moi pour me protéger et maintenant... Je ne suis pas certain de savoir m'en sortir seul. Je sais tout juste par quel côté tenir l'arme que l'un de mes fidèles m'a offert. » Mon regard se fixe un long moment sur cet homme. J'aimerais qu'il ressente de la pitié, une forme quelconque de remords, mais je crois de plus en plus que je perds mon temps. « Vous ne m'aiderez pas, n'est-ce pas ? » je demande finalement. Autant être fixé tout de suite, que les choses soient claires. Mon ton n'est plus tellement teinté de fatalité, je lui pose cette question avec calme, presque froidement. Ça n'a pas tellement d'importance s'il refuse de m'aider, je finirais bien par trouver quelqu'un ou quelque chose pour me sauver la vie. Je me suis toujours considéré comme un homme plein de ressources et c'est ce qui m'a permis de m'en sortir grassement dans la vie depuis ma plus tendre enfance. Le seul problème, c'est que mes combines ne prévoyaient pas un scénario catastrophe tel que celui-ci.

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Lun 10 Juil - 22:32



Le curé raconta sa petite histoire, sans que ça puisse intéresser vraiment son ouaille de la journée. Sauf sur un point. Ce mec avait réussi l'exploit de traverser deux bons tiers du pays, depuis la côte ouest jusqu'ici, et il faisait encore partie de ceux qui étaient doués de parole, pas de ceux qui geignaient.
Ah ouais, et il y avait aussi cette histoire d'arme. Il en possédait une, il venait de le dire. Mais il ne la portait apparemment pas – encore qu'il n'y avait aucun moyen d'en être sûr. Ce type avait un rien de fragile. En réalité, il hurlait par tous les pores de sa peau qu'il n'était pas taillé pour la survie. Il dépendait de… de quoi au juste ? La charité ? La bonne volonté ? Un bon gros coup de chance ? De quiconque acceptait de se traîner un boulet. Car si pieux qu'il soit, le padre était un putain de boulet, c'était parfaitement clair. Et Xander ne comptait pas s'en encombrer.
    « Vous ne m'aiderez pas, n'est-ce pas ?
    Non, en effet. Pas si je ne peux pas faire autrement. Ou si vous pouvez vous montrer utile à quelque chose. Échange de bons procédés, vous voyez l'histoire ?
    Xander soupira en gardant son regard planté dans celui du prêtre. Il n'avait pas précisément l'air d'un mauvais bougre, et Moreau se sentait un peu mal de lui faire entendre qu'il le laisserait sur le carreau.
    Écoutez… Je n'ai pas dormi convenablement depuis un bon bout de temps, et votre église m'a l'air d'offrir un abri de qualité. Tout ce que je demande, c'est de rester ici au moins pour cette nuit. À mon départ… que vous restiez ici ou que vous m'accompagniez, la décision reste la vôtre. »

Il s'arrêta là. Il ferait le détail de son petit règlement si le type décidait de le suivre. Mais le pauvre ne serait pas déçu du voyage. S'il s'attendait à ce que Xander le protège ou le dorlote, il pouvait se gratter. C'était la jungle, là dehors. Le moindre petit accroc pouvait faire la différence entre un Xander en pleine santé et un Xander qui arpenterait les rues de Grosse Pointe en grognant après le moindre bout de viande fraîche, pour l'éternité – ou jusqu'à ce que quelqu'un lui éclate la tête. Alors non, il ne comptait pas attendre un retardataire, il ne serait pas question de voler à la rescousse d'un homme en danger. Curé ou pas.

Sans vouloir paraître impoli, pas plus qu'il ne voulait paraître courtois, Xander se leva, attrapa son sac et avança un peu dans l'allée centrale. Puis, s'arrêtant, il souleva un peu son sac en direction du prêtre.
    « Alors… est-ce que je peux m'installer dans un coin ? »

Il se doutait que l'homme tenait son rôle d'ecclésiaste assez au sérieux pour n'avoir pas le courage de flanquer à la porte quelqu'un qui lui demanderait asile. Surtout par les temps qui couraient.

Il ne put pourtant s'empêcher de rajouter quelques mots, comme une dernière condition sine qua non.
    « Par contre, si vous m'hébergez, j'aimerais récupérer ma clé, fit-il en désignant du pouce l'imposant outil qui reposait près de la porte. Si vous êtes armé, je ne représente aucun danger pour vous. Et je serai bien plus utile avec ça que sans rien, en cas de tuile. »



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Mar 18 Juil - 15:16

La sentence tombe et c'est exactement celle que j'attendais. Il ne m'aidera pas si je ne lui suis d'aucune utilité et inutile d'espérer que quelques conseils religieux suffisent à me rendre utile aux yeux de cet homme. Étrangement, sa réponse me fait sourire. Ça me rassure un peu sur le fait que je suis toujours bon pour cerner les gens autour de moi. Même si pour le coup, je commence à vraiment me demander ce que je vais bien pouvoir faire. C'est à croire que tous les bons petits chrétiens sont morts et enterrés. Ou en train de errer quelque part dehors. Mais je le comprends et je ne lui en veux même pas, je ferais la même chose à sa place vous pouvez me croire !

Enfin, maintenant que je sais à quoi m'en tenir, je commence à cogiter sur la suite. Du moins, jusqu'à ce qu'il reprenne et qu'il laisse une possibilité. Je le jauge un instant, perplexe. Si c'est pour lui servir de bouclier dans deux jours parce qu'il aura changé d'avis, je crois que je préfère encore tenter ma chance auprès de quelqu'un d'autre. Un sourire poli déforme mes traits et je me relève à mon tout tandis que monsieur semble vouloir visiter ma planque et surtout récupérer son arme. Grand bien lui fasse, ma foi, s'il avait voulu me tuer, il l'aurait déjà fait après tout. « Bien sûr, faites comme chez vous. » je dis en faisant un signe de la main dans la direction de son arme. « Il n'y a pas vraiment d'endroit où dormir confortablement ici, je passe la plupart de mes nuits sur ces bancs. » j'ajoute vaguement. « Mais prenez celui qui vous plaira. »

Pour ma part, toujours ma bouteille vide à la main, je retourne chercher mes affaires à mon tour et je fourre ce morceau de plastique désormais inutile dedans. La nuit risque d'être longue et les jours à venir encore plus. Demain, quand mon invité se sera fait la malle, je vais devoir sortir de nouveau et trouver quelque chose à me mettre sous la dent avant que ça ne devienne vraiment critique... cette perspective ne m'enchante guère, je dois bien l'admettre.

Pendant que monsieur fait sa vie, je retourne investir un banc au premier rang, gardant mon sac serré contre moi et après un long moment de silence à regarder dans le vide en réfléchissant à où je pourrais me rendre pour de la nourriture, non sans déplorer un peu de ne pas mieux connaître cette ville, je relève finalement les yeux vers l'homme. « Qu'est-ce que vous comptez faire ensuite ? » je lui demande. « Simple curiosité, je ne m'imposerai pas. » Il me semble important de le préciser. Les choses sont claires entre lui et moi : il ne veut pas d'un boulet à sa cheville et je respecte. De toutes manières, je n'ai pas tellement d'autre solution si je ne veux pas l'énerver. Et vu la tronche de son arme, je préfère éviter, sincèrement. Ça doit être sacrément douloureux de mourir de cette façon... Mais savoir ce qu'il compte faire, ça m'intéresse quand même. Parce que je me demande sincèrement à quoi peut ressembler un projet dans ce monde, quand on a plus nul part où aller, plus personne à retrouver... chaque ville de ce pays doit ressembler à Détroit en ce moment. Toutes celles que j'ai vu y ressemblent en tout cas.

Tout à coup, je me souviens qu'il m'a dit qu'il y avait effectivement des groupes ici, pourtant. Des communautés qui pourraient accepter de m'accueillir. Et même si lui ne veut visiblement pas en faire partie, ça ne l'empêchera pas de me dire où les trouver, pas vrai ? « Ces communautés dont on parlait tout à l'heure, vous savez où elles sont ? »

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Mer 19 Juil - 22:55



Alors que le curé lui autorisait à récupérer sa clé, Xander fut également invité à passer la nuit sur l'un des bancs de l'église. Ces longs trucs de bois ne devaient pas être fort confortables, et il faudrait trouver des astuces pour éviter de se ruiner le dos, mais ça ferait largement l'affaire. Moreau jeta son dévolu sur l'un d'eux, le plus proche de l'autel. C'était stratégique. Ici, il était à égale distance des deux portes qu'il avait pu repérer. Le prêtre s'installa avec un sac sur le banc de l'autre côté de la nef. Xander, lui, avait posé son paquetage et le modelait en un oreiller de fortune, étalant sa veste de manière à créer une épaisseur destinée à contrer la dureté du bois vernis qui l'accueillerait dans son repos. La voix du prêtre résonna une nouvelle fois.
    « Qu'est-ce que vous comptez faire ensuite ? Simple curiosité, je ne m'imposerai pas.
    Hmmm… J'ai vu sur des cartes qu'il y a une base aérienne, pas très loin. Je pensais y faire un tour. Un endroit comme ça, ça doit cacher des armes et de la nourriture. Je pensais aller jeter un œil, histoire s'il reste de l'un ou de l'autre, même juste un peu. »

Xander espérait bien sortir de là avec quelques flingues. Pas qu'il était fan des armes à feu, mais il fallait bien reconnaître que si sa clé avait son utilité, il fallait quand même se tenir très près de sa cible pour l'atteindre. Et les morts n'étaient pas les êtres les plus dangereux à affronter, en particulier à distance. Il se sentirait un peu plus en sécurité s'il pouvait se défendre contre quelque détrousseur. Sans parler des Punishers, s'il venait à en croiser.
    « Ces communautés dont on parlait tout à l'heure, vous savez où elles sont ?
    Xander soupira doucement.
    Celle que j'ai quitté, non. La dernière fois que je les ai vus, ils occupaient une caserne de pompiers sur Grosse Pointe. Mais croyez-moi sur parole : aucun prêtre ne veut se retrouver avec ces gens. Ils ne vivent que de pillages, de meurtre et d'autres méfaits.
    Il voyait le regard de l'homme d'église le fixer, comme pour le pousser à la confession. Qu'il n'espère pas obtenir des regrets de la part du routier, et de son côté, Moreau ne comptait pas lui faire le plaisir du couplet du pêcheur repenti.
    Ouais, j'ai fait ça, moi aussi. On quadrillait des secteurs entiers, on ramenait tout ce qu'on trouvait. Mais pour certaines choses, on finissait par ne plus se contenter de nettoyer les maisons et les appartements. On repérait des gens, des survivants. On les suivait, et on localisait leur campement. De retour au bercail, on préparait le nécessaire, et on les encerclait. Ils n'avaient pas le choix : soit ils nous laissaient tout ce qu'ils avaient, soit on le leur prenait de force. »

Ce n'était pas ce dont il était le plus fier, loin de là. Malheureusement, c'était maintenant comme ça que le monde fonctionnait. Les forts prenaient aux faibles, jusqu'à ce que les plus faibles ne puissent prendre à personne, et la loi de la nature faisait le reste. C'était finalement un retour aux fondamentaux, à ça près que chez les dominants, les sagaies et les gourdins avaient laissé la place aux poignards et aux fusils.

Non, ce n'était vraiment pas une époque qu'il avait aimé, mais au moins il n'avait pas eu à se soucier des problèmes de nourriture. Tout le monde faisait sa part, chacun obtenait l'indispensable, à savoir : de la nourriture à satiété, de l'eau autant que besoin, et une protection efficace.
    « Ces gens, ceux que j'ai quitté, j'ignore ce qu'ils feraient si je venais à les croiser. Mais ça ne peut pas s'en tenir à des salutations amicales. Je suppose qu'ils chercheront à me voler le peu que j'ai. Je suppose aussi qu'il existe d'autres groupes, des groupes de gens biens. Ceux qu'on a délogés de la caserne, par exemple. »

La vérité, c'était qu'il s'en foutait pas mal. Qui était bien, qui ne l'était pas. Qu'est-ce que ça voulait dire, désormais ? Quelque part, Bruce était quelqu'un de bien. Il avait proposé un abri à des gens qu'il ne connaissait pas, juste parce qu'ils en avaient besoin. La vie avait fait qu'il avait pété les plombs. Peut-être que ça aurait pu être autrement.
    « Et vous ? Comment vous avez fait pour traverser le pays, avec tout ce merdier ? »

Il se rendit compte qu'il parlait assez mal, alors qu'il s'adressait à un homme pieux. Il s'en sentit un brin gêné, mais n'y pensa pas plus longtemps. Comment appelait-il lui-même tout ce… merdier ? Ce devait être ce jour dont parlaient les textes, celui où les morts se relèveraient pour vivre éternellement dans la lumière de leur Sauveur, et toutes ces conneries. Où était-il, le Sauveur ? Où était ce Messie, qui devait libérer le monde de toutes ses saloperies ? Si tout ça c'était pas des conneries, les morts ne marcheraient pas dans la rue d'en face, à guetter les vivants pour les bouffer.

La religion, ça avait fait son temps. Ça avait aidé les gens, pour ce que ça pouvait leur apporter, mais aujourd'hui quoi ? Qu'est-ce que ça leur donnait ? Des réponses à leurs questionnements sur la situation ? Une protection ? L'espoir en un Paradis, une vie après la mort ? Ils avaient tous vu ce qu'il se passait, après la mort, maintenant. On se relevait pour bouffer ceux qui restaient, jusqu'à ce qu'on se fasse éclater la tête. Ça faisait voir les choses sous un nouvel angle.
    « Je veux dire… ça fait un sacré voyage, avec ces saletés de partout. Vous n'avez pas pu réussir ça tout seul, si ? »



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