La nuit attire les confidences [Shea]



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Mer 20 Sep 2017 - 10:26

20 Mai 2016 - Aussi discrètement que possible, Logan referma derrière lui la porte de sa maison, dans l'espoir de ne pas déjà réveiller sa fille qui venait à peine de fermer les yeux. Il avait honte, vraiment, de prendre la fuite comme ça à la seconde où la petite s'endormait, pour la laisser aux bons soins de sa colocataire qui somnolait depuis un moment sur le canapé. Mais, il méritait bien une pause, n'est-ce pas ? Cela faisait déjà un mois que le barbu n'avait pas mis un pied en dehors du camp. Un mois... Il adorait être père, voir sa fille grandir au jour le jour et Alex l'aidait plus qu'il ne l'aurait espéré. Mais juste une fois de temps en temps, il avait besoin de s'éloigner pour respirer. Et c'était exactement ce qu'il comptait faire maintenant. Faisant quelques pas pour s'éloigner de sa maison, il jeta un coup d'oeil à sa montre. Déjà vingt-trois heures, si tant est que ce truc soit encore vraiment fonctionnel et parfaitement reglé. Il avait promis à son amie que ça ne prendrait pas plus de dix minutes, qu'il allait seulement faire un tour, fumer une clope et qu'il serait de retour. Il ne comptait même pas sortir du camp, certainement pas à cette heure-là.

Mais « faire un tour » était aussi une activité assez limitée à Fort Hope. Il aurait tôt fait d'arpenter les trois pauvres petites rues que comptait le camp et ça ne l'enchantait pas tellement de tourner en rond pour le simple plaisir de marcher. À la place, le barbu prit donc la direction du lac, si proche de son perron. Il s'installa sur la pelouse à même le sol, faisant face à l'étendue d'eau désespérément calme et plongée dans le noir, allumant sa lampe de poche pour la braquer inutilement vers l'eau et tira quand même son paquet de clope de sa poche pour s'en allumer une. La nuit était encore un peu fraîche pour la saison, mais cela ne suffisait pas à le convaincre de rentrer. C'était vraiment agréable d'être seul et de subir le silence total qui régnait sur le camp pendant la nuit. Silence qui fut malgré tout rapidement brisé par des miaulements suraiguës qui poussèrent Logan à tourner les yeux vers le chaton qui courrait vers lui perché sur ses petites pattes. Il leva les yeux au ciel lorsqu'elle commença à se frotter à lui en continuant son vacarme, mais consentit quand même à lui gratter la tête de sa main libre. Cette petite boule de poil ne le lâchait presque jamais d'une semelle depuis qu'il l'avait laissé entrer chez lui, même quand elle passait la journée dehors comme ça avait été le cas aujourd'hui, elle parvenait toujours à retrouver le chemin de la maison.

Enfin, il ne le montrait pas, mais il s'y attachait à cette petite chose... La preuve, elle restait près de lui, grimpant sur ses genoux pour ronronner de plus belle et il n'essaya même pas de l'en déloger, se contentant d'un soupir avant de reprendre sa contemplation du lac en fumant tranquillement, sans se presser. Malheureusement, il l'eut terminé bien avant ses dix minutes réglementaires et il n'avait vraiment aucune envie de rentrer déjà, aussi il rouvrit son paquet après quelques secondes, juste au moment où de nouveaux bruits de pas dans son dos l'alertaient que quelqu'un approchait. Et ce n'était pas un animal, cette fois. Il ne bougea pas pour autant, adressant plutôt un sourire à la jeune femme qui venait dans sa direction, levant le paquet vers elle. « T'en veux une ? » demanda-t-il comme seul préambule. C'était sa façon à lui de l'inviter à le rejoindre.

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We have ashes, fire and hope
Shea McLaughlin
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Mer 20 Sep 2017 - 21:06

Shea poussa la porte en essayant de ralentir la brute qui perça entre ses jambes. Son chien s’engouffra à l’extérieur, comme s’il était poursuivi par le démon lui-même, avant de disparaitre dans la pénombre. La brune poussa un soupir, avant de jeter un coup d’œil en arrière. Matt lui fit un signe de la main, comme s’il se dédouanait totalement de cette responsabilité : c’était son chien, après tout. Elle l’avait trouvé, et nommé, c’était donc à elle de tout gérer. Quelle drôle d’idée ! Refermant derrière elle, elle enfonça ses mains dans ses poches en bougonnant, la tête lovée dans sa grosse écharpe et dans le col du pull qu’elle avait pris à son ami.

Il portait encore son odeur. Un parfum un peu fort, qui la rassurait. La nuit déjà sombre aurait pu l’inquiéter, si elle ne se trouvait pas derrière des barricades, entourée de personnes compétentes, et toujours avec le seul être qui comptait sincèrement à ses yeux. Pinçant les lèvres, Shea tenta de siffler son chien. Hulk apparut brièvement avant de refiler, comme s’il voulait jouer. Disparaissant à nouveau, pour qu’elle le voit foncer vers le lac de plus belle une poignée de secondes plus tard. Secouant la tête, elle tenta bien de le talonner, mais perdit sa piste.

C’était bien sa veine !

Ce chien allait la rendre folle, littéralement ! Grognant, elle longea le quai pour s’aventurer jusqu’à l’orée de l’eau, ou elle discerna la silhouette d’une personne. Le bout d’une cigarette qui se consumait indiquant partiellement sa présence, elle hésita un temps avant de contourner ou s’avancer vers lui. Reconnaissant Logan, Shea se questionna : Elle n’était pas encore à l’aise avec eux, quand bien même ça faisait déjà plusieurs mois qu’elle s’était installée à Fort Hope. L’homme ne s’était pourtant jamais montré méchant, et elle savait que beaucoup ici lui faisait confiance pour les garder en sécurité…

Alors… Pourquoi pas elle ? Pourquoi s’obstinait-elle à garder de la distance avec tout le monde, à ne pas s’impliquer, s’attacher, se risquer à croire en eux ? Ils étaient partis pour rester ici, durablement. Pour reconstruire un semblant de vie, de normalité. Une existence qu’elle avait pourtant perdu bien avant que l’Apocalypse ne débarque avec ses grands sabots pour marquer durablement l’Histoire à coups de pieds dans la mâchoire. Cependant, même au sein du campement, Shea avait toujours cette impression de lutte constante et épuisante pour sa propre survie.

Logan la remarqua finalement. Sans s’en être rendu compte, elle s’était avancée jusqu’à lui. Sursautant lorsqu’il lui adressa la parole, elle croisant les bras sur sa poitrine en tirant sur les manches de son pull, avant d’esquisser un sourire :

« Tu devrais la garder pour toi… » Lui murmura-t-elle timidement en s’agenouillant. « Je peux ? » Demanda-t-elle pour confirmation, même s’il lui avait semblé que sa proposition était en soi une invitation.

Ramenant ses jambes contre elle, Shea tenta de garder son sourire. Elle prêta l’oreille au silence troublé par les bruits de la nuit. Toujours aussi vivante, malgré l’heure avancée, et les quelques grognements par-delà les barricades.

« Hulk a encore filé pour faire sa promenade du soir, il me retrouvera bien à un moment donné… » Souffla-t-elle à Logan, comme pour entamer la conversation. « tu promènes ton… Chat ? » Lui demanda-t-elle en désignant l’animal quand elle perçut le miaulement à peine audible qu’il émit.

Cette fois-ci, son sourire fut sincère. Les animaux avaient tendance à la détendre, elle se sentait à l’aise avec eux. Hulk pouvait bien lui mener la vie dure, il ne la quittait jamais très longtemps, et elle avait l’impression d’avoir une seconde ombre en sa compagnie. S’en passer lui semblait parfaitement impensable, plus maintenant qu’il s’était fait une place dans sa vie.

« Ta… Ta petite famille t’a donné un congés pour la soirée ? » Le questionna-t-elle d’une petite voix, avant de poser son menton sur son genou.

Elle le regarda du coin de l'oeil, un peu par méfiance, un peu par curiosité.

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Dim 24 Sep 2017 - 13:10

Un sourire probablement invisible dans le noir étira les lèvres de Logan alors qu'il observait la jeune femme hésiter à le rejoindre. Tout le monde ou presque hésitait toujours quand il essayait seulement d'être amical et normal, comme s'il n'aurait pas pu être une personne comme une autre sous prétexte qu'il dirigeait ce groupe. C'était peut-être le côté le plus difficile à supporter dans cette tâche qui lui incombait et dont il s'était accablé lui-même : la distance respectueuse ou emplie de crainte qu'il devait entretenir avec la plupart des survivants du camp. Il n'avait peut-être jamais été le type cool entouré d'une bande d'amis bruyants, mais pas non plus un ermite inaccessible comme on le cataloguait trop souvent ici. Il comprenait, pourtant, la nécessité ou les amalgames faciles à son sujet et il ne disait rien, se contentant de sourire gentiment en continuant de tendre son paquet de clopes vers la nouvelle venue sans défaillir. « J'en ai plein et faut que j'arrête de fumer de toutes façons. » assura-t-il à la suggestion sur sa clope. Certes, ça devenait une denrée rare et partager n'était pas tellement la meilleure chose à faire dans ces cas-là, mais quelle importance ? Le jour où il n'en trouverait plus, Logan n'aurait finalement plus aucune excuse pour ne pas arrêter et c'était bien la meilleure idée qu'il aurait jamais.

Il se contenta d’acquiescer d'un signe de tête lorsque Shea demanda la permission de s'asseoir près de lui, retenant difficilement un nouveau sourire en se mordant la lèvre. Au moins était-il de bonne humeur ce soir et parvenait-il à prendre cette timidité exacerbée avec le sourire sans en être irrité. Guinness sur ses genoux continua ses ronronnements en se relevant sur ses petites pattes pour regarder la nouvelle venue et lui réclamer des caresses à grand coup de miaulements qui ressemblaient à s'y méprendre à des ordres hurlés dans une autre langue et Logan lui tapota le haut du crâne dans l'espoir de la faire taire. Il lâcha un petit rire en entendant la jeune femme prendre la parole pour lui poser une question qui devait être bien légitime compte tenu de cette scène hors norme. « Ouais, j'ai beau essayé, elle refuse de filer pour faire sa promenade toute seule. » grinça-t-il en jetant un regard en coin à la chatte. Il laissa son regard filer tranquillement sur les alentours, continuant de fumer tranquillement en déplorant peut-être un peu que ce soit si rapide.

Une autre question le força à reposer le regard sur sa compagne du soir, mais il l'observa un petit instant sans rien répondre. Il ne la connaissait pas beaucoup, tout juste l'avait-il croisé parfois dans le camp ou avaient-ils partagé des activités en commun avec d'autres pour le bien du groupe, mais il avait toujours été frappé par sa façon d'être tellement... reculée. Cette fois encore, elle posait une question sans grande implication, mais avec tant d'hésitation et de timidité qu'il en venait à se demander ce qui pouvait bien se cacher dans sa tête. « Ne le dis à personne, mais la vérité c'est que je me suis enfui... » Un sourire amusé qu'il tentait de retenir soulevait le coin de sa bouche. Sa maison était tellement proche derrière eux que la plaisanterie devait transparaître même sans ça. « Et toi, t'es vraiment là à cause de ton chien ? Tout va bien ? » demanda-t-il d'un ton assez neutre en l'observant. Il ne la connaissait pas beaucoup, non, mais il l'avait observé pas mal tant elle semblait vouloir se faire discrète. C'était toujours les gens les moins visibles qu'il fallait regarder avec le plus d'attention, voilà ce qu'il croyait. Ceux dont on ne se méfiait pas vraiment qui venaient tout à coup à nous surprendre le plus. Il ne croyait pas qu'elle cacherait quelque chose dont il aurait à se méfier, mais quelque chose quand même.

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We have ashes, fire and hope
Shea McLaughlin
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Dim 24 Sep 2017 - 16:09

« Si tu veux arrêter de fumer, tu as qu’à les échanger contre autre chose. » Suggéra-t-elle d’une petite voix.

Les balancer dans l’étang en face d’eux semblait tout à fait hors de propos. Il fallait dire que les cigarettes étaient vraisemblablement devenues un met rare et couteux, autant dire que ça valait cher. Avec un paquet entier comme celui-ci, Logan avait là l’occasion de faire des affaires incroyables. Shea n’était peut-être pas une grande commerciale dans l’âme, mais le troc, elle comprenait parfaitement comment ça fonctionnait. Plus c’était difficile à trouver, et addictif surtout, plus ça comptait dans la balance. Elle ne comprenait pas pourquoi les gens se laissaient piéger par ça : Matt lui-même fumait pas mal, quand il tombait sur ce qu’il fallait pour ça. Mais qu’est-ce qu’il en tirait ?

Sans avoir de réponse à ses questions, elle esquissa un sourire amusé lorsqu’il lui confia fuir sa famille. Jetant un coup d’œil derrière, la maison de Logan semblait calme pour l’heure, et même les géants dans son genre devaient avoir besoin de souffler de temps en temps. La brune hésita même à le laisser tranquille : c’était son moment à lui, et elle ne tenait pas à le perturber plus que ça. Ceux-ci étaient trop rares aussi, autant que les cigarettes. Ça n’empêchait pas Shea de les reconnaître lorsqu’elle en voyait un. Si elle ne bougea pas, elle se renfrogna pour se faire encore plus discrète. Il lui demanda si tout allait bien et elle fut surprise de cette question :

« Oui oui… » Fit-elle trop précipitamment pour qu’il ne puisse vraiment la croire. Dans les faits, elle n’allait pas « mal ». Pas ce soir. Pour une fois, la tempête dans son crâne soufflait à peine moins fort, mais elle sentait la différence. « C’est juste… Tu vois… » Reprit-elle en haussant les épaules et en cherchant doucement ses mots : « Une autre longue nuit ou y’aura pas vraiment de sommeil. Faut juste prendre le pli. »

Celui de ne pas dormir. Ou rarement plus de quelques heures. De ne pas y arriver sans la présence d’une personne qui la faisait se sentir en sécurité. Et malgré cette présence, pas sans les cauchemars troublants qui l’empêchaient de sommeiller trop longtemps. Shea soupira avant de forcer un sourire, et devant le silence un peu lourd qu’elle avait elle-même posé, elle décida de se montrer plus curieuse et familière avec son voisin :

« Tu faisais quoi avant tout ça, en fait ? » Questionna-t-elle d’une voix douce, avant de rire nerveusement. Sans émotion cependant : Shea se sentait idiote de lui demander ça, alors qu’elle aurait dû le savoir depuis longtemps. La distance qu’elle imposait avec les autres la desservait, elle s’en rendait compte, sans pouvoir s’en empêcher. « Je t’ai jamais demandé. J’pensais pas qu’un jour on discuterait vraiment en fait. Mais ça commence à faire un moment qu’on est installés ici, alors c’est bien… »

Pourquoi sentait-elle le besoin de justifier ses mots ? Sa timidité et sa pudeur l’y obligeaient. C’était bête parce qu’elle n’était plus capable de se laisser aller à la spontanéité d’une conversation entre deux personnes sans sentir cette méfiance l’envahir et l’étouffer. Matt était bien le seul a avoir passé cette barrière qu’elle maintenait avec les autres, en se faisant renvoyer de l’autre côté lorsque l’humeur n’y était pas. C’était horrible, parce qu’il avait toujours montré ce qu’il fallait pour prétendre à sa confiance entière. Et dans les faits, bien sûr qu’elle croyait en lui. En eux. Mais la peur de se faire mal était plus forte certain soir.

« Tu as beaucoup de tatouages… » Commenta-t-elle d’une petite voix, laissant ses yeux d’artiste parcourir ceux qu’elle voyait là. Avant de se figer sur des cicatrices. Alignées, à la suite les unes des autres, et qui la firent détourner les yeux immédiatement. « Et pas que des tatouages… Désolée… » Murmura-t-elle en se sentant de trop.

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Ven 29 Sep 2017 - 16:31

Il faisait beaucoup trop sombre pour être attentif à chaque petit détail, aux petits signes qui passaient sur le visage de l'un ou l'autre et qui donnaient des indices sur ce qu'ils pouvaient penser vraiment. Mais il n'y avait pas vraiment besoin de ça, la réponse que lui offrit la jeune femme suffisait à elle seule à laisser Logan assez perplexe. C'était comme un automatisme, une réponse qu'elle devait s'être entraînée à donner pour qu'on la laisse tranquille. Cette idée le fit sourire, même si ça n'avait vraiment rien d'amusant. Comme s'il mesurait l'ironie, qu'il avait appris à capter ce genre de choses à force d'utiliser lui-même ces techniques.

Elle accepta tout de même de se corriger rapidement, reprenant la parole pour préciser ses mots. Il trouvait presque adorable cette manière qu'elle avait de conjuguer les incohérences : elle disait quelque chose comme si ça n'était pas grave, comme si ça n'était rien, mais d'une façon tellement... pessimiste ? Quelque chose comme ça, oui. Mais il voyait un peu ce qu'elle voulait dire. Qui n'avait pas connu la malédiction d'une longue série de nuits blanches à trop penser, dans ce monde ? « Je sais ce que c'est, ouais... » assura-t-il vaguement. Ce qui sonnait pas mal comme un euphémisme pour quiconque aurait passé les derniers mois dans l'intimité de Logan et l'aurait vu tourner en rond dans sa maison, aux prises avec le fantôme accablant de cruauté du Fossoyeur. Mais Shea n'était pas de ces gens et Logan n'avait aucune intention de parler de ça pour le moment, préférant rester sur une notre positive : il avait finalement retrouvé le sommeil. L'avantage d'avoir un bébé, c'était au moins qu'il ne pouvait plus vraiment se permettre de passer la nuit à se torturer, mais il allait peut-être éviter de lui donner ce conseil pour l'aider.

Le silence retomba rapidement, sans que Logan ne cherche réellement à le briser. Les gens n'aimaient pas ça, généralement, mais il avait arrêté depuis longtemps d'essayer de changer cette part de lui qui se complaisait facilement dans le silence. Et, de nouveau, ce fut Shea qui brisa ce petit moment de calme avec une question assez incongrue. Certes, elle ne la lui avait jamais posé avant, mais... Quelle importance ? Et dire qu'elle essayait de se justifier pour s'y intéresser si tard. « J'étais mécano. Rien de plus qu'un mec caché sous une voiture toute la journée... » répondit-il en tournant les yeux vers elle. « Rien à voir avec le boulot que j'fais maintenant, pas vrai ?» Il ne releva pas le reste, à quoi bon ? Il commençait à y avoir tellement de gens ici et très peu prenaient vraiment la peine de lui adresser la parole quand ils n'avaient aucun problème. Ça lui allait très bien comme ça, il n'irait pas en vouloir à Shea d'avoir eu mieux à faire que de s'incruster dans sa vie pour une petite conversation sans grande importance. Et puis, ils parlaient ce soir, c'était le plus important à la fin. « Toi, t'étais une artiste, c'est ça ? » Au moins, grâce à la place qu'il occupait dans cette communauté, lui en savait un minimum sur chaque survivant de cet endroit.

Il tendit un peu les bras pour regarder ses propres tatouages quand elle les mentionna, observant vaguement les traits noirs recouvrant sa peau qu'il connaissait déjà par cœur. « J'en ai que quatre... » Il n'eut pas le temps d'en dire plus, ni même de lui retourner la question, alors que son regard se posait forcément sur les cicatrices qui bordaient le prénom de sa défunte fille au même moment où la jeune femme en parlait à son tour, un peu plus mal à l'aise. Aussitôt, Logan baissa les bras, fronçant les sourcils. Il évitait d'y penser, plus en ce moment en tout cas, mais c'était loin d'être la première fois que quelqu'un agissait avec autant de gêne en les voyant. « T'as pas à t'excuser, Shea. » la coupa-t-il rapidement. « C'est pas... enfin... » Il avait toujours du mal à s'expliquer sur ça, non pas qu'il devait quoi que ce soit à la jeune femme et certainement pas des explications sur ce qu'il faisait de sa vie ou de son corps, mais... Eh bien, ça lui paraissait encore pire de la laisser croire quelque chose d'inexact à ce sujet. Il se souvenait aussi, vaguement, d'avoir vu des traces similaires sur sa peau à elle, au détour d'une collaboration furtive lorsqu'ils avaient tous nettoyé le camp après la tempête de la semaine précédente. Ça l'avait marqué sur le coup, avant qu'il ne passe à autre chose en reprenant son quotidien bien chargé. Maintenant, ce détail lui revenait et il n'alla pas plus loin dans ces explications, préférant plutôt relever les yeux vers la jeune femme pour l'observer un moment.

Au cours de cet instant, le géant fut bien pris d'une hésitation. Il voulait dire quelque chose, mais la manière dont Shea réagissait à voir ses cicatrices le retenait de parler trop directement des siennes. Visiblement, c'était supposé être quelque chose de mal et il croyait comprendre, au moins un peu, pourquoi. « Cette vie nous force trop souvent à faire des choix difficiles. » Cherchant ses mots, il caressait distraitement la tête de l'animal couché sur ses genoux. Il avait beaucoup de mal à trouver comment exprimer cette idée pour qu'elle ressemble exactement à ce qu'elle était, mais il se força quand même. « Mais faut bien trouver un moyen de vivre avec, pas vrai ? Et... Disons que certaines cicatrices sont plus faciles à accepter quand on arrive à les voir. » Ce côté énigmatique ne lui correspondait pas du tout, il n'était pas vraiment le genre à y aller par quatre chemins mais ce sujet le forçait presque toujours à respecter la pudeur de son interlocuteur et Shea semblait en avoir à revendre. « C'est comme un tatouage, mais sans l'encre. T'as des tatouages, toi ? »

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We have ashes, fire and hope
Shea McLaughlin
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Sam 30 Sep 2017 - 11:24

« C’est vrai qu’il y a un monde… » Fit-elle en osant un sourire sincère, s’imaginant comment monsieur lambda pouvait désormais être un chef de meute assumé, capable de maintenir sa famille soudée à la force de ses bras.

Ça l’impressionnait. Logan ne déméritait pas sa place, endossant toutes les responsabilités qui lui incombaient. Pour la plupart, dont il n’avait pas besoin. Il fallait être au moins aussi grand que lui pour pouvoir gérer la chose, Shea ne savait pas comment il y arrivait. Elle, elle ne se sentait pas de taille, et heureusement qu’on ne lui demandait pas de le faire. Gardant son sourire, il lui retourna la question et elle ne put s’empêcher de se sentir flatter. Artiste oui, mais c’était un grand mot de son point de vue. Ses rêves étaient loin pour la majorité, mais celui-ci restait ancré en elle.

« Oui… Plus ou moins. » Admit-elle en se sentant rougir. « Je vendais des disques dans une boutique le jour et… Je graffais illégalement dans les ruelles de Detroit la nuit. Mais les gens aimaient bien mes œuvres, et ils les publiaient sur tumblr. »

Matt l’avait d’ailleurs accompagné sur ses derniers sites de graffe. Juste pour pouvoir la protéger s’il lui arrivait quelque chose, et récupérer ses affaires avec elle s’il fallait fuir la police ou quelque chose de ce genre-là. Shea avait sa patte, une manière de faire les choses, très caractéristique. Ça plaisait, en ligne. Elle commençait tout juste à obtenir une certaine notoriété d’ailleurs, même si ça ne lui permettait pas d’en vivre. Elle n’était pas Banksy.

Et elle n’était pas Logan non plus. Ramenant ses jambes contre sa poitrine, la petite brune se renfrogna en détournant le regard après avoir eu l’impression de heurter l’intimité de son interlocuteur du soir. L’homme chercha à la rassurer, mais étrangement dans ce genre de moment, la brune se lovait simplement derrière ses remparts. Elle était un peu comme une tortue : dans sa carapace, impénétrable, dès qu’un truc lui faisait peur. L’intimité, la vie des autres, lui faisaient peur.

Sans doute parce que c’était quelque chose qui lui avait été retiré, et qu’elle ne parvenait pas à reconstruire. Les explications de l’homme lui semblèrent un peu farfelues sur le coup, avant de trouver un peu de sens :

« Tu prends ça comme si c’était un tatouage ? » L’interrogea-t-elle en plissant les yeux, sourcils froncés, marquant son interrogation. « Mais un tatouage, c’est un choix non ? »

On choisissait le modèle, le dessin, le tatoueur, tout. Une cicatrice, même celle qu’on s’infligeait pour se punir, ça lui semblait si lui du tatouage. Elle aurait aimé en avoir des vrais, des encres sur la peau pour retracer sa vie, ses douleurs, ses souffrances. Pour pouvoir s’exprimer et comprendre d’où venait la douleur et le vide oppressant qu’elle avait à l’intérieur d’elle. Elle ne jugeait pas cependant : chaque dessin, comme chaque plaie, étaient personnels. Elle releva timidement la manche de son haut jusqu’au niveau de son coude, et montra sans fierté les plaies désordonnées et irrégulières, plus ou moins anciennes, qu’elle avait le long de sa peau. Une petite dizaine, profondes pour la majorité, dont une le long de son poignet qui trahissait l’une des tentatives pour en finir pour de bon. C’était Matt qui l’avait sauvé cette fois-là. Encore et toujours Matt.

« Je les choisis pas. J’ai jamais eu envie d’en avoir, de devoir me faire ça. Quand j’ai commencé, je pouvais pas m’en empêcher. » Expliqua-t-elle, sans une once de timidité dans la voix. Lui pourrait la comprendre. « Et puis… Tu sais, ça te libère une fois, et ça a du sens. Quand ça te fait mal à l’intérieur et que tu comprends pas pourquoi, il faut quelque chose pour l’exprimer. Une cicatrice, c’est dans la chair, c’est normal que ça fasse mal. »

Mais elle, ça n’était pas cette existence là qui l’avait meurtri profondément. Ça n’était pas à l’éveil des morts qu’elle avait débuté cette guerre contre elle-même. Les hommes n’avaient pas attendu la fin du monde pour ruiner le sien.

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Lun 16 Oct 2017 - 2:27

Ce ne serait jamais vraiment parfait, jamais exactement les bons mots, mais d'une certaine manière, Logan était assez satisfait de la façon dont il était parvenu à expliquer ses cicatrices à Shea. Comme si, enfin, il avait trouvé la bonne formulation pour que le prochain curieux qui viendrait lui jeter un regard de pitié en les remarquant puisse repartir avec toute sa tranquillité d'esprit et une explication sans profondeur qui mettrait un terme à l'imagination des plus pessimistes. Pourtant, la réponse de la jeune femme le prit par surprise, totalement, jusqu'à ce qu'il en vienne à froncer les sourcils en posant son regard sur elle, cherchant à la scruter dans l'obscurité. Un choix ? Il n'arrivait pas à comprendre où elle voulait en venir. Personne ne lui avait fait ces marques, personne d'autre que lui-même, donc... « Forcément que c'est un choix, c'est moi qui les me les suis faites, tu sais... »

Bien sûr, elle devait s'en douter et cette question qui n'en était même pas vraiment une n'avait aucun intérêt. Mais il ne comprenait toujours pas et ça l'intriguait qu'elle réagisse comme ça. Il ne s'était pas vraiment attendu à ce qu'elle accepte sa réponse et qu'elle en reste là, mais ça... C'était juste au-delà de tout ce qui aurait pu traverser son esprit et naître de son imagination. Ou alors, il se méprenait totalement sur les traces qu'il avait cru apercevoir vaguement sur les avant-bras de Shea et quelque chose de sordide et de vraiment horrible se cachait là-dessous. De la maltraitance ? Il venait peut-être d'ouvrir un chapitre douloureux sans même le réaliser et il commençait à culpabiliser sérieusement.

Il fut d'autant plus étonné lorsque Shea se mit à découvrir son bras, lui laissant une vue imprenable sur ses propres cicatrices et fut rapidement frappé par le désordre que tout cela formait sur sa peau. Les siennes étaient nettes, presque toutes de la même taille quoi que les différences ne devaient pas vraiment se voir, parfaitement alignées, parallèles entre elles. Rien à voir avec les lignes désordonnées et irrégulières dont était affublée Shea et aussi logique cela puisse-t-il être, Logan s'en trouvait vraiment surpris, comme s'il n'avait jamais envisagé qu'on puisse procéder ainsi pour faire une telle chose, sans ordre, sans but précis et délimité.

Patiemment, Logan écoutait ses explications en continuant de détailler sans pudeur les coupures sur le bras de la jeune femme, trouvant un certain écho avec le besoin qu'il avait eu de se faire du mal dans les mots qu'elle lui donnait, mais une différence aussi qu'il ne mesurait pas bien. Comment pouvait-elle l'avoir fait volontairement et contre son gré en même temps ? Peut-être était-il trop terre à terre, trop pragmatique pour saisir vraiment ce que cachait un tel acte. Il devinait, en tout cas, une souffrance plus importante chez Shea, tellement importante qu'elle n'avait pas eu d'autre choix que de se faire du mal pour la supporter. Se punir ? Ça aussi, ça lui parlait. C'était une punition pour lui aussi, quelque part, un souvenir aussi, une façon de ne pas oublier et de faire pénitence chaque jour pour ses crimes. Mais là encore, il devinait sans vraiment tout saisir, qu'une profonde différence devait s'opérer entre eux.

« T'as le droit de pas répondre et je comprendrais que tu veuilles pas le faire... » lança-t-il après un long silence qui commençait à devenir lourd même pour lui. Il ne la lâchait pas des yeux, mais s'était redressé un peu et tourné vers elle, dérangeant Guinness dans sa sieste comme elle le fit savoir d'un petit miaulement outré avant de prendre la fuite. « Mais... de quoi est-ce que tu cherches à te soulager en faisant ça ? » osa-t-il finalement, le ton sérieux, quoi qu'hésitant. Avait-il le droit de lui poser une question aussi personnelle ? Il l'avait fait en tout cas et il était un peu tard pour la retirer. « Désolé, c'est une question indiscrète, on se connaît à peine et ça me regarde pas, mais... t'es la première personne que je rencontre avec qui j'ai ce... point commun, on va dire et c'est... intriguant ? »

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We have ashes, fire and hope
Shea McLaughlin
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Mar 17 Oct 2017 - 9:40

« Je… J’en sais trop rien… » Fit elle en un souffle avant de froncer les sourcils.

C’était un mensonge, ça. Elle savait exactement pourquoi elle se faisait du mal : parce que ça lui faisait du bien. Tout était très paradoxal dans son esprit, contradictoire aussi. Mais comment aurait-elle pu l’expliquer pour qu’il le comprenne ? En posant ses yeux sur les propres cicatrices de Logan, avant de revenir aux siennes, la brune se dit alors qu’il n’y avait peut-être pas mieux placé que lui pour comprendre de quoi elle parlait. Et qu’elle devait, pour une fois, se sentir libre de le faire probablement… Il y avait si peu de personnes au courant de ce qui la rongeait. Dans cette existence encore moins. Il ne restait plus que Matthew, parce qu’à sa manière, il s’y était impliqué pour l’empêcher de se noyer. Avait-elle vraiment le droit de ne pas répondre ? Et si oui, est-ce que c’était un secret si important, si honteux à ses yeux, qu’elle devait impérativement le garder jalousement ?

« Ça remonte à longtemps, j’ai commencé avant tout ça… » Commença-t-elle avant de pouffer de rire : « C’est ridicule. »

Elle avait essayé. Shea avait essayé de remettre des mots sur son calvaire. Mais avec le recul et les années passées, ce dernier lui semblait si dérisoire comparé à la souffrance des autres. Combien était morts, combien avait vu mourir, combien avait dû tuer. Et elle se sentait illégitime à se détruire de l’intérieur pour ce qui pouvait être une zone grise aux yeux de son agresseur. Un endroit où toutes les questions difficiles se posaient, et où aucune réponse n’apparaissait. Ça n’était qu’un statu-quo. Avait-elle dit « non » assez fort ? Pourquoi devait-elle se sentir coupable, en fin de compte ?

« T’en fais pas, je comprends… Tu es la première personne pour qui je vois la même chose… » Fit-elle avec un sourire, discret mais présent. « C’est juste qu’on ne le fait pas pour les mêmes raisons. »

Et c’était tant mieux. Elle ne voyait personne sur terre pouvoir s’en prendre à Logan de la manière où on s’en était pris à elle. Ça serait de la folie pure et simple ! Elle eut un rire en imaginant ce que l’homme à ses côtés aurait pu faire à quelqu’un tentant quoi que ce soit contre lui. Il avait désormais des dizaines de cicatrices sur son bras, alignées méthodiquement, pour témoigner de ce dont il était capable. Le contraste avec les siennes était toujours saisissant.

« De ne pas avoir été assez forte, je crois. Surtout. » Lui lâcha-t-elle en fin de compte, en évitant soigneusement de le regarder. Ça lui donnait l’impression de ne pas lui parler, de juste se dire ça à elle. « C’est une manière de… Me punir de ce qui est arrivé, d’évacuer ce que j’avais du mal à comprendre parce que tout était obscure quand j’ai commencé, et finalement aussi… Me soulager parce que comme ça, j’ai l’impression que c’est concret, que ce n’est pas que dans ma tête que ça arrive, tu vois ? »

Combien de fois s’était-elle posée la question de savoir si ça lui était vraiment arrivé ? Avait-elle rêvé, halluciné ? S’était-elle laissée faire ? N’avait-elle pas assez lutté pour se défaire de son emprise ? ça n’était pas son erreur, pourtant, sa sensibilité l’empêchait de passer au-dessus, de ne pas le prendre personnellement, de ne pas se voir comme un objet brisé par la main d’un autre, qui ne s’excusait même pas de son offense. C’était elle qu’on avait sali, et elle qui s’en sentait coupable. Un comble…

« Quand j’étais à l’université, tout allait bien pour moi. J’avais tout, et je pouvais devenir quelqu’un… J’ai tout gâché et c’est pour ça que je suis venue vivre sur Detroit à l’époque. » Si elle avait pu partir sur la lune, elle l’aurait fait, sans que ça rende l’acte moins intensément douloureux. « Pour me couper de tout ça, de ma famille, des études, de ma meilleure amie et de son petit ami… J’ai fui et ça a pas fait moins mal en mettant de la distance avec lui... » Confia-t-elle finalement.

Shea reprit son souffle, brièvement. Une inspiration profonde :

« C’était un pu-tain d’enfoiré. » Lâcha la brune, en sentant soudainement comme si l’étau autour de sa poitrine se desserrait d’un cran. Elle sourit, avant de pouffer d’un rire presque libérateur. Ça ne dura qu’un bref instant : « Désolée, c’est la première fois que j’arrive à dire concrètement que c’était un pu-tain d’enfoiré… Y’a du progrès. »

En trois ans. Il y avait enfin du progrès. Toutes les fois où Matthew l’avait empêché de se mutiler davantage, toutes celles où il avait réussi à la faire sourire. Toute cette route parcourut avec lui, pour ne pas se perdre davantage, retrouvée la lumière. Ça n’était pas pour rien. Ça ne pouvait pas être pour rien, et elle en voyait enfin les résultats. Au bout de trois longues années.

« Il y en a combien ? » Demanda-t-elle en se tournant vers lui, à son tour. Là, les jambes croisées, les mains posées sur les genoux, droite, Shea lui fit face pour pouvoir lui parler ouvertement. « Tu les regrettes toutes ? Tu penses que tu aurais pu faire autrement à l’instant où c’est arrivé ? »

La question était tombée, et comme pour elle, il avait le droit de ne pas lui répondre s’il n’en avait pas envie. C’était sous-entendu, mais c’était un fait.

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Dernière édition par Shea McLaughlin le Ven 20 Oct 2017 - 21:27, édité 1 fois
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Mer 18 Oct 2017 - 12:30

Les premières explications de Shea restaient tout à la fois floues et pourtant assez claires pour Logan. Il appréciait les choses concrètes, les réponses claires et les problèmes précis. C'était même, probablement, l'une des raisons qui expliquaient la présence de ces cicatrices sur son bras : le besoin de transformer un sentiment intangible en quelque chose de réel, qu'il pouvait voir, comprendre et donc traverser. Ce que lui disait la jeune femme manquait profondément de cette réalité tangible. Il s'était attendu à ce qu'il y ait une chose précise, un événement qui l'ait poussée à se faire du mal, mais il n'obtint pas cette consistance au départ et ça le laissait assez perplexe, un peu perdu à vrai dire, confirmant simplement qu'elle devait vivre avec une souffrance horrible, du genre de celles qu'on aurait voulu pouvoir soulager à tout prix, mais dont on ne pourrait jamais vraiment se débarrasser.

Il acquiesça quand même quand elle lui demanda s'il voyait de quoi elle parlait, plus par réflexe qu'autre chose, comme un signe pour l'encourager à poursuivre, ce qu'elle fit sans trop se faire prier malgré ses hésitations. Son sang se glaça brièvement lorsque, enfin, la sentence palpable qu'il attendait tomba. Ses yeux se relevèrent aussitôt sur le visage de la jeune femme, une mine crispée, interdite, se peignant sur son visage. Elle n'avait pas dit le mot, elle n'avait rien dit du tout à vrai dire, mais elle n'en avait pas vraiment besoin. C'était une évidence, écœurante, qui ne le surprenait malheureusement pas vraiment, un problème auquel il ne faisait pas face pour la première fois non plus et qui réveillait chez lui une rage profondément enfouie. « T'as pas à t'excuser. » lâcha-t-il rapidement, peut-être un peu plus durement qu'il ne l'aurait voulu, quand elle lui en laissa l'occasion. Il ne manquerait plus que ça, qu'elle se sente obligée de culpabiliser d'oser dire la vérité. « Je le connais pas, mais mon petit doigt me dit que t'es encore sympa en le traitant seulement d'enfoiré. » Il tenta un sourire, essayant de retirer un peu de tension à cette conversation, sans y croire vraiment.

Cette conversation insufflait une atmosphère assez lourde qu'il n'avait pas prévu en voyant la jeune femme s'installer près de lui tout à l'heure. Logan essayait de rester calme, compatissant, mais cette nouvelle révélation le mettait sur les nerfs. Que pouvait-on dire d'une telle chose ? Surtout en tant qu'homme, peut-être, il ne se sentait pas spécialement à sa place de donner son avis sur ses pairs capables de telles immondices. « Je suis désolé de ce qui t'est arrivé. » osa-t-il tout de même, assez timidement. Ça ne changeait rien, il ne se faisait aucune illusion à ce sujet, mais il était sincère malgré tout et c'était la chose la moins gênante qu'il puisse se permettre de dire en une telle occasion.

Une nouvelle question lui fila un frisson et il détourna les yeux, plongeant son regard sur la large étendue d'eau noire devant eux. « 27. » répondit-il presque aussitôt, neutre, presque glacial, comme s'il exposait un fait simple. Pas la moindre hésitation ne le prenait, chaque ligne était associée à un visage qu'il n'oublierait sûrement jamais. Il ne savait même pas si Shea posait cette question en sachant déjà de quoi il s'agissait ou non, mais peut-être qu'elle avait deviné vu les questions qui venaient ensuite. « Je sais pas vraiment si je les regrette... On est tous ici, en vie et en sécurité grâce à ça donc... Ça a coûté la vie de 27 personnes, certaines le méritait, d'autres pas du tout, mais après les deux premiers, je crois que c'est devenu impossible d'éviter les suivants. C'était soit eux, soit nous, alors ce que ça laisse comme trace dans ma vie, qu'est-ce que ça peut faire ? » Il marqua une pause, essayant de décider si oui ou non il assumait vraiment ces marques et les meurtres – car on ne pouvait pas appeler ça autrement – qui allaient avec et reprit finalement. « En tout cas, j'espère qu'il n'y en aura jamais une de plus. » Jusqu'à maintenant, il y arrivait plutôt bien, mais il ne sortait plus non plus, ça diminuait grandement les risques. S'il fallait le refaire, il savait déjà qu'il le ferait sans hésiter vraiment. Malgré ses principes, malgré ses désirs, le Fossoyeur avait raison au moins sur un point : parfois, il s'agissait seulement de tuer ou d'être tué. Il se sentait assez mal à l'aise de devoir parler de ça avec tellement... d'indifférence, d'autant plus à quelqu'un qui ne partageait pas vraiment son intimité. Mais elle était là depuis un moment, maintenant, elle savait ce qu'il avait fait aux Punishers et à d'autres, elle savait qui il était pour le monde extérieur et pour certains ici, tout le monde le savait et qu'ils approuvent ou non, ils continuaient de le suivre jusqu'à maintenant.

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Shea McLaughlin
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Ven 20 Oct 2017 - 19:58

Ces révélations provoquaient toujours des réactions assez étranges chez les gens à qui elle en parlait. Tout du moins, selon son expérience en tout cas. Si elle avait eu peu d’interlocuteur à ce sujet, elle parvenait très souvent à prévoir ce qu’elle aurait en face : colère, déni, tristesse, dégoût. Difficile de savoir si tous ces sentiments étaient contre elle ou contre son agresseur cependant. Avant tout ça, c’était le genre de secrets que les autres n’avaient, en vérité, aucune envie de connaître. Parce que c’était trop lourd à porter, trop compliqué de réconforter une personne qui en souffrait, trop difficile de savoir comment réagir devant, sans faire un faux pas qui ferait plus de mal que de bien. Les victimes, idéalement, devaient souffrir en silence, parce que c’était mieux pour le petit confort des autres.

Et c’était ce qu’avait fait Shea, de la première minute jusqu’à sa première confession. Un an entier, sans pouvoir se l’avouer concrètement. Un an durant lequel ça l’avait bouffé de l’intérieur. Matt avait été le premier, et la réaction n’avait pas été tout à fait celle qui lui avait fait du bien. Se savoir victime, se dire victime, c’était un pas énorme. Un pas dans un gouffre. Pour une personne sensible, qui se refusait à être faible, dont la sensibilité exacerbée la détruisait à petit feu, à défaut de l’inspirer et la pousser à bouger pour vivre pleinement sa vie. Elle s’était éteinte cette nuit-là. Une flamme a l’intérieur était morte, étouffée, asphyxiée.

Et ce qu’il y avait de bien avec Logan, c’était qu’il ne venait pas s’appesantir sur ça. Il n’y avait pas cette culpabilité crasse qui l’empêchait de déglutir. Cette honte qui lui revenait en plein visage, comme une claque. Dans ses souvenirs, les mots de l’infirmière qui lui avaient recousu les poignets après sa tentative de suicide, et qui l’avait fait passer pour une égoïste inconsciente. Une autre, qui en découvrant les mots de sa collègue, s’était senti désolée de temps d’insensibilité. Il y avait toujours une raison au désespoir. Une raison pour toutes les mutilations qu’ils s’infligeaient. On ne souffrait jamais pour le plaisir, ça n’était pas un fétiche. C’était du pouvoir, rien de plus, rien de moins.

« Ouais… Moi aussi. » Lui souffla-t-elle avec un petit sourire en coin.

Désolée pour ces vingt-sept cicatrices, soigneusement alignées. Désolée qu’il soit obligé d’avoir ça sur la conscience, quand bien même ça ait été une nécessité, ou autre chose. Elle pinça les lèvres avant qu’un bruit d’eau ne la fasse se retourner. Dans la pénombre, elle discerna son chien foncer droit dans la flotte avant d’en ressortir en se secouant comme un diable. Le chat sur les genoux de Logan se crispa légèrement, et Shea poussa un long soupir : Matt allait la découper en petits morceaux, parce qu’Hulk allait refaire l’appartement.

« J’espère pour toi que tu n’auras pas à porter ça. » Fit-elle en revenant vers lui, ignorant royalement son animal de compagnie qui s’amusait de toute façon bien plus tout seul. « Tu es un bon leader. » Certifia-t-elle.

Shea appuya son regard sur celui du brun en face d’elle. Si elle ne faisait pas confiance aux hommes, si elle gardait ses distances avec la majorité d’entre eux, il fallait des exceptions. Matthew était la première. Et Logan était en voie de devenir la seconde.

« Je crois que quand on a conscience que la sécurité des siens peut coûter celles d’autres gens, et qu’on ne veut pas l’oublier... On ne peut pas être mauvais. » Ajouta-t-elle.

Ses doigts se serrèrent doucement, elle les tordit, un peu comme à chaque fois qu’elle se sentait gênée.

« Si j’avais senti que tu pouvais être comme lui de près ou de loin, je ne serais jamais restée ici… » Termina-t-elle en baissant le regard timidement.

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Jeu 26 Oct 2017 - 3:13

La différence était légère, à peine palpable, mais bien là. Dès l'instant où la question s'était retournée contre lui, Logan s'était fermé imperceptiblement, son regard posé sur le lac refusait de se relever sur Shea et la mauvaise foi qui l'habitait un peu trop souvent prenait toute la place, repoussant au loin chaque mot agréable que la jeune femme pouvait lui servir. Il la savait sincère, pourtant. Ne serait-ce que dans sa démarche de le rassurer sur un sujet qui le hantait si visiblement. Qu'il soit un bon leader ou non, il ne se posait que très rarement la question à vrai dire. Mais il était là, entouré de toutes ces personnes prêtes à le suivre dans ses projets, prêtes à donner leurs vies pour mener ses batailles, en échange d'un royaume tranquille qu'il ne lui plaisait même pas de diriger. Alors peut-être bien qu'elle avait raison, que son avis était partagé par le plus grand nombre et tant mieux. Mais de là à dire qu'il restait une bonne personne...

« C'est plus compliqué que ça. » lâcha-t-il, accompagnant cette réponse d'un petit rire sans joie, proche du reniflement moqueur, tourné contre sa propre personne. Pour le bien de Fort Hope, pour le bien des survivants de toute la ville, pour un avenir meilleur. Des excuses faciles, des excuses logiques, que chacun pouvait comprendre et accepter, qui l'aidaient à dormir la nuit. Il y avait eu une part de vrai dans tout ça, au début du moins. Mais pas toujours. S'il avait tué les deux premiers, ça n'était pas pour sauver qui que ce soit, mais par colère, par vengeance. S'il avait tué Bruce, ça n'était pas pour mettre fin à son règne de terreur, mais par vengeance là encore, par fierté, sa relation avec le Fossoyeur avait toujours plus tenu d'un combat d'ego que d'une véritable quête pour le bien de tous. C'était une vendetta dictée par son orgueil qu'il pouvait enrober du sucre d'excuses plaisantes à entendre, de la douceur d'un but plus grand dont chacun voudrait faire partie. Il n'avait pas manipulé les survivants de son groupe consciemment, loin de là, mais s'il étudiait avec objectivité ce qu'il reprochait réellement à Bruce, les attaques personnellement tournées contre lui avaient plus de poids que le mal qu'il faisait à la ville en général. Il se servait de cela comme moteur chaque fois qu'il avait eu à prendre une vie, ses humiliations, sa soif de rendre la pareille à son ennemi, rendant chaque nouveau crime un peu plus facile que le précédent, un peu plus satisfaisant aussi. Et c'était avec ça qu'il devait lutter encore aujourd'hui : la capacité de faire la part des choses et de trouver le bon équilibre entre l'implication désintéressée dans une grande cause et l'orgueil démesuré qui l'animait. Mais après tout, peut-être qu'il fallait un peu des deux pour faire un bon leader, on avait rarement entendu parler d'un dirigeant au cœur totalement pur et sans le moindre narcissisme, même sous-jacent, guidant son peuple avec bonté et refusant qu'on érige des statues en son honneur ou qu'on compose des poèmes à sa gloire. C'était juste plus difficile pour Logan de prendre conscience de ses propres défauts, comme ça devait l'être pour quiconque n'ayant pas été entraîné à les assumer en pleine lumière.

« Ce type, tu sais ce qu'il est devenu ? » demanda-t-il finalement, acceptant enfin de regarder Shea pour de vrai. La comparaison, même si elle était à son avantage, l'avait un peu frappé, assez pour qu'il en profite pour changer le sujet de la conversation et les faire revenir sur un terrain qui l'impliquait moins. « Je me dis... tu sais... que tu pourrais trouver un genre de paix à savoir que malgré tout, t'es encore là, tu t'es battue et t'as réussi à survivre, quand tellement d'autres n'ont pas eut cette force. » Il marqua une pause, cherchant ses mots, tandis que ses doigts filaient inconsciemment vers son paquet de clopes pour s'en allumer une nouvelle. « Ça peut semble un peu moche, ce que j'dis, mais... J'crois qu'il faut beaucoup de courage et beaucoup de force pour continuer à vivre dans un monde comme celui-là alors que ce serait tellement facile de lâcher l'affaire. Et tu le fais, alors... C'est peut-être bien la preuve que t'es assez forte, finalement. C'est une bonne chose, non ? »

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We have ashes, fire and hope
Shea McLaughlin
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Jeu 2 Nov 2017 - 12:18

Tout était plus compliqué que ça. Logan pouvait en attester, comme elle. Parce que lorsqu’il s’agissait d’humain, le mot simple ne pouvait pas exister. Il n’était plus lisible, il ne correspondait à rien. C’était tout le problème dans cette vie où plus rien n’avait vraiment de sens. Surtout lorsqu’on était déjà un peu brisé, en peu en morceaux. Surtout lorsque tous avaient vécu des choses horribles et ne parvenaient pas à rassembler les pièces ensembles. Ça n’était plus cohabiter avec l’autre qui posait soucis : c’était vivre avec soi-même, en acceptant ce qui avait été fait, et ce qu’on avait subi.

« Quand j’ai quitté Seattle, il était… Toujours en couple avec ma meilleure amie de l’époque… » Expliqua-t-elle à Logan lorsqu’il lui posa sa première question. « Je n’ai pas cherché à avoir des nouvelles d’eux, j’ai simplement… Fui, quand j’ai pu. »

Shea s’en voulait. La majorité du temps, elle regrettait d’être partie. L’autre moitié du temps, elle se disait qu’elle n’aurait pas pu faire autrement. Et lorsqu’elle posait son regard sur Matthew, elle était sûre d’avoir bien fait. En d’autres circonstances, elle n’aurait jamais pu le rencontrer, lui. Si elle n’osait admettre qu’il avait plus qu’une place inédite dans sa tête, l’homme avait aussi élu durablement domicile dans sa peau, dans son cœur. Il était le seul qu’elle tolérait à ses côtés, même si ça n’était pas toujours facile.

Elle était forte pour être arrivé jusqu’ici, mais ça n’était pas que de son fait. S’il n’y avait pas eu cette personne à ses côtés, ainsi que June, Shea était sûre qu’elle aurait tout simplement jeté l’éponge. Elle survivait depuis assez longtemps pour savoir quand arrêter de forcer les choses. Parfois, la vie ne voulait juste pas de nous, alors… Pourquoi lutter ?

« C’est pas… aussi simple. » Souffla-t-elle à Logan, avec un petit sourire en coin. « C’est ce que je me dis dans les bons jours. » Admit-elle parce qu’il avait raison sur ce point. Elle était forte, elle n’avait pas lâché l’affaire. Tout le monde ne pouvait pas en dire autant. « Sauf que y’en a beaucoup moins que des très mauvais jours. »

Le chaos n’était pas qu’extérieur. Il était dans sa tête, et il avait foutu un sacré bordel là-haut. Sauf que ça ne datait pas du début de la fin. C’était plus ancien que ça, plus profond aussi. C’était un profond dégoût d’elle-même avec lequel elle devait cohabiter. Une estime de soi qui frôlait le zéro pointé. Une perte de tout ce qui l’avait jusqu’alors défini en temps que personne et qui ne voulait plus rien dire aujourd’hui. La personne qu’il avait en face d’elle n’était née qu’il y a quatre ans. Elle était jeune. Très jeune.

« Tu sais… J’ai l’impression de vivre avec… Quelque chose en moins à l’intérieur de moi. J’étais pas comme ça, avant. J’ai honte d’avoir peur de tout, même quand je n’ai pas de raisons d’avoir peur. » L’image parlait : Shea vivait avec un poumon en moins, donc moins d’air pour pouvoir respirer. Elle vivait avec une plaie constamment ouverte, pleine de pue. « J’étais une artiste, j’avais beaucoup de choses à découvrir, à apprendre, de gens à rencontrer. » Elle haussa les épaules. « Je suis passée à côté de tout ça, à cause de lui, et je ne pourrais jamais rattraper ce temps perdu. J’ai vécu d’autres choses, que je ne regrette pas. J’ai rencontré Matthew et June. Je vous connais tous ici. Je suis à l’abri. »

Il y en avait des bonnes choses. Et d’autres encore à vivre.

« Mais ce n’est pas comme ça que j’aurais aimé le vivre. Pas loin de celle que j’étais avant ça. Pas en repoussant tout ce qui était bon pour moi, par peur d’en profiter. La personne qui survit en face de toi, je ne sais pas qui elle est. » Expliqua-t-elle.

Même si elle n’était pas sûre d’être claire.

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Sam 11 Nov 2017 - 12:06

Un sourire légèrement amusé étira les lèvres de l'homme. Pas aussi simple... Ils étaient au moins d'accord là-dessus. Rien n'était jamais aussi simple qu'on l'aurait voulu, mais il fallait faire avec, pas vrai ? Trouver d'autres façons de supporter la vie à laquelle on avait droit, faire avec les épreuves. Logan n'aurait jamais eu l'idée de comparer sa souffrance à celle de la jeune femme assise près de lui, il était sûr d'une chose, c'est qu'il ne comprendrait jamais ce que cette épreuve lui avait arraché. Mais la façon qu'elle avait de l'expliquer lui parlait un peu, quelque part, il comprenait le sentiment d'être quelqu'un d'autre et de ne pas savoir vraiment qui. Et il croyait même avoir réussi à retrouver un peu de la personne qu'il aurait voulu être en laissant Joy partir, mais ce conseil ne s'appliquait certainement pas à Shea.

« Faut que tu le découvres, alors. » lança-t-il, aussi positif que possible, souriant toujours timidement. Ça semblait plus facile à dire qu'à faire, mais il ne se voyait pas la conforter dans sa peine non plus. « Comme tu l'as dit, t'es en sécurité ici, alors profites-en pour te retrouver un peu. Qui sait ce que tu pourrais découvrir... » Son soutire se fit un peu plus mystérieux, mais il détourna le regard rapidement pour le reposer sur l'eau, tirant sur sa clope quelques secondes, cherchant sans s'en rendre vraiment compte des idées sur ce qu'elle pourrait faire pour se sentir un peu mieux. Il ne se faisait pas vraiment d'illusions, ce ne serait pas aussi facile que ça, mais elle pouvait bien y arriver. Elle avait tout le temps du monde, des gens autour d'elle pour l'y aider, la sécurité de son côté... « Et si tu veux nous faire quelques œuvres à Fort Hope, fais-toi plaisir ! » Un peu de couleurs, ça ferait du bien à tout le monde, pas vrai ? Il n'avait jamais été vraiment fan des tags, aussi artistiques soient-ils, mais toutes les choses positives étaient bonnes à prendre, surtout si ça permettait à Shea de se sentir un peu mieux et de sortir de sa coquille, au moins un peu.

Finalement, il écrasa ce qu'il restait de sa cigarette sur la pelouse et tourna son regard vers la jeune femme. « Il commence à se faire tard, je vais devoir aller sauver Alex de ma fille... » murmura-t-il avec humour. Il resta quelques secondes de plus sans bouger, observant vaguement sa maison dont une faible lueur transperçait une fenêtre au rez-de-chaussé. Il imaginait sans mal sa meilleure amie en train de grogner toute seule à l'intérieur, qu'il n'était qu'un sale con de l'avoir laissé toute seule avec la petite qui pouvait se montrer vraiment infernale quand elle devait aller dormir. Il avait eu droit à sa petite pause, il ne fallait pas en abuser. Alors, il attrapa le chat et le posa doucement sur l'herbe pour se remettre debout. « Mais si t'as pas encore envie d'aller dormir et que tu veux continuer à discuter, je dois avoir de la bière cachée quelque part à la maison, t'es la bienvenue. » proposa-t-il. Ça l'embêtait un peu de la laisser toute seule après cette conversation pour le moins surprenante et intense, mais ça ne le dérangeait pas d'avoir de la compagnie encore un moment, d'autant plus que sa colocataire devrait bientôt aller prendre son tour de garde pour la nuit.

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Bella luna, my beautiful
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We have ashes, fire and hope
Shea McLaughlin
Matricule n°001
We have ashes, fire and hope
Sam 18 Nov 2017 - 12:01

Il faudrait qu’elle le découvre, oui. Shea avait souvent l’impression de se construire progressivement, comme si elle sculptait dans la glaise une autre elle-même. Ça prenait du temps : beaucoup. Mais elle était aussi bien lotie que tous les membres de ce campement, que Logan notamment. Lui aussi devait se reconstruire après tout ça. Et si elle avait l’impression que les fondations de l’homme étaient solides, elle n’avait pour autant aucune certitude. Au moins, ils étaient entourés. Bien entourés. Ils avaient une famille, faite de pièces rapportée. Ils recomposaient chacun de leur côté un tout qui les aidait à tenir. Un équilibre fragile, certes, mais qui DEVAIT compter, absolument.

Elle esquissa un vrai sourire complice à l’homme lorsqu’il lui signifia devoir rentrer chez lui pour s’occuper de son entourage. La pause n’aura été que de courte durée, et elle s’en était accaparée une bonne partie. Un peu coupable de ça, elle ne s’en excusa pas pour autant. Logan ne l’avait pas chassé parce qu’elle le dérangeait. Il était pourtant homme certain de ses aptitudes, de ses atouts, avec un caractère qui pesait suffisamment pour savoir agir en conséquence. Si elle l’avait embêté, il n’aurait pas manqué de le lui dire. Sauf qu’elle prit la décision de ne pas tirer davantage sur cette corde : il ne fallait pas abuser des bonnes choses.

« C’est gentil Logan, merci. » Souffla-t-elle d’une petite voix en se redressant doucement. « Je vais plutôt rentrer, Matthew va être inquiet sinon. Et June, je t’en parle même pas… » Blagua-t-elle.

La petite sœur de Matthew était originale, il fallait l’admettre. Bien plus qu’il ne pouvait l’imaginer. Si la jeune femme était plus agée qu’elle, elle avait parfois l’impression d’être la plus grande entre les deux. Notamment parce qu’elle avait vieilli d’un coup, qu’on l’avait contrainte à grandir. Avant, Shea était plutôt comme elle : libre, souriante, douce. Elle s’était perdue en route, mais ça lui reviendrait forcément…

« Hm… Peut-être qu’on rediscutera comme ça, à l’occasion. » Glissa-t-elle en tirant sur les manches de son pull, timide toujours. « C’était… Chouette. » Admit-elle.

L’effort était notable, Logan devait s’en rendre compte. Et Shea fut d’autant plus satisfaite d’avoir réussi à faire ça pour lui : à dire qu’elle n’avait pas été malheureuse le temps d’une discussion. Et que tout ça lui avait fait du bien. Maintenant, elle devrait lutter pour récupérer son chien et le secher avant d’aller se coucher. Une autre aventure qui démarrait pour elle, et qui lui prendrait quelques heures. Elle salua l’homme d’un signe de la main, avant de tourner les talons et de partir plus ou moins rapidement. Notamment pour rattraper son compagnon à quatre pattes, plutôt décidé à lui en faire voir de toutes les couleurs.

FIN

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a car, a torch, a death

And then I felt chills in my bones, the breath I saw was not my own... I knew my skin that wrapped my frame wasn't made to play this game. Then I saw him, torch in hand, he laid it out, what he had planned and then I said, I'll take the grave, please just send them all my way...
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