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 Perfect stranger || Anna
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Juliet I. WhitmanAdministrateur
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MessageSujet: Perfect stranger || Anna    Dim 17 Déc - 16:34
Les leçons de conduite qu’Isha avait bien voulu lui donner n’avaient pas été très probantes, du moins au début, mais Juliet s’était accrochée, jusqu’à réussir à tenir sur sa moto, et même à rouler sans plus aucune crainte. Elle n’avait plus vraiment le choix maintenant que Joshua était en possession de sa voiture, ou qu’il l’avait abandonnée quelque part dans Détroit, sans juger utile de déposer l’adresse en question dans la boîte aux lettres de la jeune femme. Désormais, Dieu seul savait ce qu’il était advenu de sa fidèle voiture, et Jules se contentait de se déplacer avec la moto offerte par les bons soins d’Isha, sans qu’elle ne sache pourtant ce qui l’avait poussé à lui faire un tel cadeau. Mais la brune devait bien admettre qu’elle aimait ça, et qu’elle s’habituait bien volontiers à cette sensation de liberté qu’elle ressentait quand le vent s’engouffrait dans ses cheveux, et que la vitesse provoquait de délicieux petits tourbillons dans son estomac. A vrai dire, elle profitait de chaque excuse, de la moindre occasion, pour pouvoir enfourcher cette bécane et quitter pendant quelques instants le camp.

Aujourd’hui, elle n’avait trouvé aucune autre excuse que celle de faire un tour dehors dans l’espoir d’apporter quelques ressources utiles à l’infirmerie. Juliet n’ignorait pas que ce n’était pas vraiment malin, ou même prudent, de se promener seule dans les rues de Détroit, encore moins avec un Joshua qui traînait toujours, à l’affût d’une nouvelle victime sur laquelle pouvoir exercer son exécrable personnalité. Mais elle n’arrivait pas à se résoudre à rester gentiment enfermée dans le camp. Maddie était de retour depuis près de deux semaines, et Logan avait bien d’autres chats à fouetter pour s’inquiéter des allées et venues de Jules, qui en profitait largement. Il fallait dire que depuis les leçons de combat que Lïnko lui avait donné, elle se sentait bien plus capable d’affronter ce monde pourri, même si elle ne doutait pas qu’elle ferait bien moins la maline si elle se trouvait dans une situation délicate.

Juliet n’avait pas quitté Fort Hope depuis bien longtemps, sans doute un quart d’heure tout au plus, quand elle arrêta la moto, qu’elle essaya de cacher du mieux qu’elle put derrière une carcasse de voiture. Elle sortit le kunaï offert par l’islandais, par pure précaution, avant de s’approcher d’une pharmacie, dont les portes étaient entrouvertes. La brune pensait que les lieux avaient déjà dû être pillés, elle n’en doutait pas un seul instant, mais il fallait bien qu’elle commence quelque part, après tout. Elle nettoya la poussière qui obscurcissait les vitres extérieures du magasin vide, et colla son visage contre la fenêtre, pour voir ce qui se trouvait à l’intérieur. Rien ne semblait bouger là-dedans, tant mieux pour elle, mais la jeune femme se recula malgré tout de quelques pas, avant de se planter devant la porte, et de s’y engager. Elle plissa le nez en sentant l’odeur qui régnait dans les lieux, au silence pénétrant. Comme soupçonné, les étagères avaient été pillées, renversées au sol, la caisse vidée par des imbéciles qui avaient cru jusqu’au bout que leur monde pourrait un jour se relever de cette crise.  Elle passa un moment seule dans cette pharmacie, sans pour autant trouver quoi que ce soit de bien utile. Mais cela ne découragea pas Juliet pour autant, elle savait même à quoi s’attendre quand elle y avait mis les pieds, et elle quitta la pharmacie pour poursuivre sa quête.

Elle ne prit pas vraiment la peine de reprendre sa moto, qu’elle estimait suffisamment bien cachée pour l’instant, et continua donc sa quête à pieds, sans pour autant croire qu’elle était en train de faire une balade de santé. La brune restait sur ses gardes, bien qu’il ne semblait y avoir aucune menace à l’horizon. Du moins, pour l’instant. Juliet poursuivit donc sa route, s’arrêtant de temps en temps quand elle jugeait qu’une devanture, désormais noircie de poussières, lui inspirait un peu plus de confiance ou d’espoir qu’une autre. Mais force était de constater que ses petites emplettes se révélaient infructueuses, et qu’elle rentrerait probablement les mains vides à Fort Hope. Et elle ne put s’empêcher de ressentir une pointe de satisfaction à l’idée de savoir que cela lui donnait la parfaite occasion de pouvoir refaire un tour dehors.

Juliet entreprit donc de retourner vers l’emplacement où elle avait laissé sa moto, refaisant le trajet inverse de celui qu’elle avait parcouru ce qui ressemblait à des heures plus tôt. Mais à l’angle d’une rue, alors que la brune s’apprêtait à tourner, elle aperçut ce qui ressemblait à un petit groupe de rôdeurs, quelques mètres devant elle. Ils n’étaient pas si nombreux que ça, peut-être cinq ou six, mais un peu trop nombreux pour elle toute seule, si bien qu’elle décida de faire demi-tour, se disant qu’elle allait soit attendre quelques instants dans une maison quelconque, soit qu’elle ferait un détour suffisamment large pour pouvoir éviter ces foutus macchabées. Elle s’introduisit donc dans un jardin pour éviter d’avoir à faire un trop long trajet, puis ressortit dans une petite ruelle assez sordide, dans laquelle elle ne traîna pas.

Quelques mètres plus loin, Jules savait qu’elle tomberait de nouveau sur une plus grande rue, qui lui permettrait d’atteindre sa destination. Mais elle n’atteignit jamais le bout de l’allée qu’une silhouette ne tarda pas à se détacher à l’extrémité de celle-ci, tandis qu’instinctivement, Juliet rangeait le kunaï pour sortir son arme à feu. L’inconnue, une jeune femme qui devait avoir environ son âge, ne semblait exprimer aucune émotion à voir Juliet la menacer de son arme, aucune crainte, aucune surprise non plus. Peut-être l’avait-elle repérée au cours de cette longue promenade qu’elle s’était offerte, peut-être devinait-elle à l’expression de son visage qu’elle n’avait jamais tiré sur qui que ce soit, ou bien encore qu’à voir ce à quoi ressemblait son arme, Jules ne représentait pas une réelle menace. « -Il est peut-être rose, mais il tire quand même ! » se sentit-elle obligée de préciser, sans trop savoir d’ailleurs pourquoi, ne doutant pas un seul instant que la survivante avait du remarquer ce léger détail. Juliet ne cherchait pas d’ennui, elle n’avait pas particulièrement envie de faire feu d’ailleurs, elle espérait juste que chacune d’entre elle reprendrait sa route de son côté, sans provoquer d’histoire.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mar 19 Déc - 0:14
D'un air dépité, la jeune femme jeta un nouveau regard au contenu de son sac à dos, accompagnant son geste d'un soupir las, agacé, en voyant le peu de ressources qu'il contenait. Le plan d'Anna était pourtant simple, établi clairement dans son esprit depuis si longtemps qu'on aurait pu l'accuser d'être en train de virer obsédée : elle ramasserait tout ce qu'elle trouverait d'utile et elle continuerait sa route, pour fuir aussi loin que possible de cette ville qu'elle détestait depuis toujours. Mais malgré sa bonne volonté, force était de reconnaître que les choses ne se passaient pas du tout comme prévu, bien loin de là. Amasser des ressources, ça n'était pas le plus compliqué. Le plus difficile, c'était de les conserver et au hasard de ses rencontres, la jeune femme avait peut-être un peu trop abusé d'une générosité enfouie en elle depuis si longtemps qu'elle en avait oublié l'existence. Son sac presque vide le lui rappelait cruellement.

Son regard abandonna finalement le sac pour balayer rapidement un grand bâtiment orné d'une enseigne en néon brisée qui pendait dangereusement sur ses liens. Elle s'arrêta quelques secondes de plus sur une fenêtre du premier étage, où les vitres couvertes de papier journal laissaient apercevoir des ombres vacillantes à l'intérieur. Silencieusement, la brune engagea un décompte dont on ne pouvait voir les signes qu'à ses lèvres qui bougeaient rapidement et, lorsqu'elle arriva à zéro, elle s'agenouilla rapidement au sol pour se cacher derrière la carcasse d'une voiture et attendit, le regard fixé au travers de la fenêtre du véhicule, que la silhouette qu'elle avait observé sorte par l'entrée de l'immeuble. Elle attendit encore quelques instants de voir l'homme disparaître au coin de la rue avant de se relever et de filer aussi rapidement que possible vers l'endroit d'où il venait de sortir.

Il ne le savait certainement pas, mais l'homme avait croisé Anna quelques jours plus tôt, alors qu'il prenait d'assaut une pharmacie qu'elle-même convoitait depuis un moment. Mais le temps qu'elle ne mette un plan d'attaque en place et qu'elle ne se lance, monsieur avait déjà vidé les lieux sans rien laisser derrière lui que son ombre fuyante dans les rues de Détroit. Elle l'avait suivi, observé, elle avait hésité pendant des jours et maintenant... C'était mal et elle le savait parfaitement, mais pour survivre, il fallait bien accepter parfois de repousser certaines limites, pas vrai ? En à peine dix minutes, la jeune femme avait rejoint l'étage et s'était frayée un chemin au milieu du désordre laissé par l'inconnu dans l'appartement qu'il squattait depuis un moment, fouillée dans le bazar jusqu'à trouver le sac plastique rempli des médicaments qu'il avait ramassé. Tous ne venaient certainement pas de cette fameuse pharmacie, mais elle n'avait pas tellement le temps de faire le tir. Cela ne l'empêcha pas d'hésiter tout de même un instant, beaucoup trop long, avant de se décider à rebrousser chemin. Elle n'avait pas la moindre idée de ce que ce type allait faire dehors chaque jour, mais il ne partait jamais très longtemps. Sa petite balade était tellement rapide, en fait, que lorsque Anna retrouva le trottoir, il venait tout juste de réapparaître au bout de la rue.

« HEY ! » Tenant toujours le sac plastique dans sa main, Annalise lui jeta un regard, bref, seulement le temps d'aviser l'arme qu'il venait de sortir pour la pointer sur elle, avant de partir en courant, usant de toutes ses forces pour tenter de le semer. Si elle n'avait pas grandi dans cette ville et chassé des criminels dans ces rues presque toute sa vie, la tâche aurait certainement été moins aisée. Heureusement, elle savait où elle allait et elle parvint rapidement à mettre un peu plus de distance entre eux, mais certainement pas à convaincre son poursuivant d'abandonner. La situation se révélait assez critique, d'autant plus avec les obstacles qui se dressaient régulièrement en travers de son chemin,qu'il s'agisse de simples objets oubliés en travers de la voie ou de cadavres s'éveillant sur son passage. Et même quand elle entra dans une rue un peu plus tranquille, bordée d'habitations décrépies, elle n'eut aucune chance de pouvoir s'arrêter pour reprendre son souffle, tombant nez à nez avec une silhouette dont l'immobilité la désignait comme une vivante. Un autre canon, d'un rose criard qui lui fit écarquiller les yeux, lui donna bien envie de faire demi-tour aussi sec, mais on entendait encore le pas précipité de l'homme s'approcher dangereusement. Pas le choix, si elle voulait s'en sortir, Anna allait devoir affronter l'un ou l'autre et finalement, son choix s'arrêta sur la jeune femme. Une arme rose, tenue par une main légèrement tremblotante, l'air incertain de la tireuse... ça ne donnait franchement pas l'impression d'un véritable danger à l'ancienne chasseuse de primes. Des sales types, elle en avait croisé, des armes, on en avait pointé sur elle. Celle-ci ne l'effrayait clairement pas autant que le plus gros calibre qui menaçait d’apparaître d'une seconde à l'autre dans son dos. L'avertissement assez piteux que lui lança la jeune femme quand elle arriva à sa hauteur finit de convaincre Anna qu'elle avait fait le bon choix. Elle s'arrêta presque malgré elle devant la brune, la jaugeant de haut en bas sans se cacher avant de planter ses yeux dans ceux de la tireuse. « Vraiment ? J'espère pour toi, parce que si tu bouges pas très vite, tu vas pas avoir le choix. »

De nouveau, Anna jeta un regard en arrière avant de s'intéresser encore à la femme. Une partie d'elle se disait qu'elle n'avait aucune raison de se préoccuper de cette inconnue. Après tout, non seulement elles ne se connaissaient pas, mais en plus, madame était armée et elle voulait tellement faire croire qu'elle savait se servir de son jouet qu'un petit côté pas très sympathique de la brune lui donnait envie de la laisser faire, juste pour voir. Mais... Eh bien, ce flingue ressemblait tout de même sacrément à un jouet et celui de l'homme à sa poursuite n'en avait vraiment pas l'air, ni de près, ni de loin. Elle venait de commettre un acte suffisamment discutable aujourd'hui, avoir le poids d'une vie innocente pour peser sur ses épaules ne lui faisait vraiment pas envie. « Baisse ce truc, s'il te plaît ! » lança-t-elle à l'inconnue, alors qu'elle attrapait son poignet de sa main libre et reprenait sa course, abandonnant pour de bon le bout de la rue pour bifurquer plutôt vers l'une des maisons bordant le trottoir. Le temps d'enfoncer la porte d'entrée d'un coup de pied bien senti et elles parvenaient à s'abriter juste à temps pour se dérober aux yeux de l'homme qui entrait à son tour dans la rue, hurlant un juron probablement destiné à Anna, elle qu'on confondait si souvent avec une femme de peu de vertu comme il le faisait en ce moment. « Les hommes, j'te jure ! » souffla-t-elle tranquillement en relevant les yeux vers le boulet qu'elle venait de s'attacher consciemment à la cheville.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 21 Déc - 22:43
Malgré son avertissement, la brune continua d’avancer vers elle, tandis que Juliet raffermissait sa prise autour de son arme. Serait-elle vraiment capable de tirer ? Elle essaya de se convaincre que oui, sans aucun doute si sa vie était menacée, tout en tâchant d’ignorer la petite voix qui lui criait qu’elle savait très bien que son index ne parviendrait jamais à se replier totalement sur la gâchette. Tirer sur un rôdeur était une chose, mais faire de même sur un être humain, tout aussi menaçant soit-il, était différent. L’inconnue s’arrêta à quelques pas de Jules, la fixant des pieds à la tête, tandis que l’artiste haussait un sourcil, se sentant légèrement vexée d’être jaugée, et visiblement jugée aussi facilement. Il ne faisait aucun doute que la jeune femme ne la trouvait pas menaçante une seule seconde. Cette dernière ne tarda d’ailleurs pas à prendre la parole, tandis que Juliet fronçait brusquement les sourcils, en se demandant ce qu’elle voulait dire. Comment ça, pas avoir le choix ? Etait-ce une menace ? Allait-elle lui sauter dessus, lui faire une prise de ninja et se barrer avec son flingue rose en la laissant seule dans l’allée ? Ou bien voulait-elle dire autre chose, que Juliet avait visiblement du mal à comprendre ?

Elle observa sans un mot l’inconnue regarder derrière elle, comme si elle s’attendait à voir surgir à tout instant un rôdeur, une horde, ou peut-être simplement un être humain si on en jugeait les bruits que Juliet commençait à entendre. Des pas précipités visiblement, des jurons également, un homme pas très content qui devait sans doute poursuivre la brune. Celle-ci ne tarda pas à s’adresser une nouvelle fois à Jules, finissant même par lui attraper le poignet et par se mettre à courir, entraînant une Juliet interloquée à sa suite. Elle n’eut plus l’occasion de pointer son arme sur qui que ce soit, et suivit la demoiselle sans poser la moindre question, jusqu’à ce qu’elles s’arrêtent devant une maison close, dont la porte ne résista pas au coup de pied que lui envoya l’inconnue. Les yeux de Juliet s’écarquillèrent légèrement, mais elle tâcha de garder une mine détachée, tandis qu’elle entrait à son tour dans la maison, et refermait précipitamment la porte derrière elle. A peine une poignée de secondes plus tard, un nouveau juron retentit, beaucoup plus proche celui-ci, tandis que la brune fixait la porte, comme si elle s’attendait à voir surgir l’homme, furieux, à tout instant.

Mais la porte resta close, et la voix de l’inconnue brisa le silence de la maison, dans le dos de Juliet. Cette dernière tourna lentement son visage, sans savoir vraiment quoi répondre. Voilà une drôle d’entrée en matière, et une rencontre pour le moins imprévue. La survivante se décida finalement à ranger son arme, se disant que si la brune avait de mauvaises intentions envers elle, elle serait encore dans la ruelle à cet instant, peut-être même entre les mains de la brute qui semblait parcourir les rues pour retrouver l’inconnue. Juliet ouvrit la bouche, pour le refermer presque aussitôt quand elle entendit un râle bien significatif, du genre de ceux qui ponctuaient leurs vies depuis trop longtemps déjà. Sans même réfléchir, elle sortit son kunaï, puis s’avança prudemment vers la première pièce sur leur gauche, dont les sons semblaient provenir. Dans cet espèce de vieux salon démodé depuis au moins une décennie, un rôdeur semblait être sorti de sa torpeur en les entendant, et tentait péniblement de s’extirper de derrière la table basse derrière laquelle il semblait coincé. Juliet s’approcha, puis posa sa main sur la poitrine du macchabée, et le poussa contre le mur, avant d’enfoncer la lame acérée dans sa tempe. Le cadavre s’affaissa au sol, définitivement refroidi, alors qu’elle posait son regard sur le reste de la pièce, qui était vide de toute présence, vivante ou non. Elle retourna dans l’entrée tandis qu’un nouveau juron et des bruits de ferrailles renversées, sans doute une poubelle qui faisait les frais des nerfs du type dehors, se faisaient entendre.

Jules détailla à son tour l’inconnue comme elle l’avait fait elle-même quelques minutes plus tôt, avant de hausser un sourcil en avisant le gros sachet qu’elle avait. « -Tu connais des gens charmants, dis-moi. J’imagine que ça ne doit pas être totalement étranger à la colère de Monsieur. » Alors c’était ça ? Elle avait volé quelque chose que le mec dehors semblait convoiter également, et sur quoi il semblait déterminer à remettre la main. Ça promettait une suite intéressante si les deux finissaient par retomber nez à nez, une suite à laquelle Juliet n’était pas certaine de vouloir assister. Même si pour l’instant il semblait qu’elle n’avait pas d’autre choix que d’attendre dans cette maison, aux côtés de l’inconnue. La jeune femme s’adossa contre le mur, se disant qu’elle n’avait sans doute plus qu’à attendre que le silence revienne dans la rue, et que le mec en rogne finisse par aller chercher l’objet de sa colère ailleurs. Devait-elle la remercier de ne pas l’avoir laissée dans la ruelle ? Ou bien se contenter de garder le silence jusqu’à ce que leurs chemins se séparent ? Bonne question. « -Je m’appelle Juliet au fait. » lança-t-elle finalement pour toute alternative, sans trop savoir ce qui lui prenait, ni même ce détail intéresserait un tant soit peu l’inconnue.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 25 Déc - 22:20
De l'intérieur de la maison, on pouvait encore entendre l'homme dehors perdre patience en refusant pourtant d'abandonner. Si les deux femmes restaient discrètes, peut-être qu'il finirait par accepter l'idée de laisser tomber, mais pour le moment, il hurlait à en réveiller les morts, ce qui finirait sans doute par arriver littéralement, toute une collection d'insultes tournées vers le sexe féminin qui commençait d'ailleurs à manquer d'originalité. Anna, plantée au milieu du couloir de l'entrée de la maison, tendait l'oreille d'un air moqueur particulièrement mal venu en ce moment. Mais elle connaissait les hommes dans son genre quand ils venaient à s'agacer et ça ne la surprenait plus tellement d'entendre tout ça. Sans le flingue d'envergure qu'il tenait entre ses mains agacées, elle serait même sortie pour l'embêter un peu plus.

Elle suivit à peine des yeux la jeune femme qu'elle venait d'entraîner avec elle dans ce supplice et qui filait vers le salon où quelques grognements plaintifs devaient avoir attiré son attention. C'était sans doute un peu stupide de tourner le dos à un inconnu et encore plus de ne pas le garder dans son champ de vision en toutes occasions, mais très sérieusement, avec son joujou rose et sa très mauvaise imitation d'une dure à cuir, Anna n'était pas inquiétée, même pas un tout petit peu. Elle la laissa donc vivre sa vie, surveillant simplement d'une oreille distraite que madame ne se débattait pas trop difficilement avec le rôdeur et s'approcha plutôt d'une petite fenêtre couverte d'un rideau en dentelle blanc absolument infect tant il était sale, le déplaçant un peu pour regarder à l'extérieur et observer son poursuivant avec plus d'intérêt.

La jeune femme revint vite et elle semblait aller très bien, peut-être même mieux que ça vu comme elle observait Anna avec insistance. Surprise de ce soudain élan, cette dernière se redressa et fit face à la brune, écartant légèrement les bras et se tenant bien droite, comme pour permettre qu'on l'observe correctement. Son regard glissa sur le sac plastique qu'elle serrait fermement dans son poing, avant de se reposer sur l'inconnue. « On est en désaccord sur le titre de propriété de ce sac depuis quelques jours. » admit-elle, non sans bouger un peu sa main pour la planquer derrière sa cuisse, comme pour dérober le sac à la vue de la jeune femme. Si une troisième personne entrait dans le combat, ils n'allaient jamais s'en sortir, même si celle-ci donnait moins l'impression de pouvoir l'emporter. Et elle se présentait, maintenant. Anna l'observa un moment sans rien dire, assez étonnée du comportement de cette femme, même si elle tâchait de n'en rien montrer. Peut-être que le problème venait d'Anna elle-même, mais... toute cette politesse, cette étrange passivité, ça ne ressemblait sérieusement pas aux survivants qu'elle croisait habituellement. « D'où est-ce que tu sors, Juliet ? » demanda-t-elle, pensive, en gardant les yeux fixés sur la jeune femme. « T'es la personne la plus polie que j'ai croisé depuis des mois. » précisa-t-elle, sentant que sa question risquait de vexer madame.

Les insultes et autres sons témoignant de l'agacement de l'homme cessèrent finalement, ne laissant place qu'à un long silence presque étourdissant, l'espace d'un instant beaucoup trop court avant que la rafale de plusieurs coups de feu tirés au hasard dans la rue ne résonnent tout à coup. Anna sursauta et abandonna son observation un peu trop intense de cette étrange femme pour se tourner vers la porte, presque exactement au moment où les coups de feu s'arrêtaient aussi. Dernier indice bruyant de l'agacement dans lequel se trouvait monsieur, sans doute. « Quel crétin, putain ! » grinça la brune entre ses dents serrées. Elle retourna tirer un peu sur le rideau pour regarder dehors. Plus de trace de l'homme, mais autre chose de beaucoup moins appréciable s'offrait à son regard : des cadavres, attirés par le bruit, donc certains déjà morts reposaient au sol. Ça expliquait les coups de feu, au moins. Ça rendait aussi la situation beaucoup moins sympathique. « Suis-moi. » lança-t-elle à Juliet, sans l'attendre réellement. À elle de voir, après tout. En attendant, Anna, elle, fit un rapide tour de la maison et monta finalement à l'étage, jusqu'à soupirer joyeusement en trouvant une trappe menant au grenier. Ça n'était pas génial, mais une manière efficace de s'éloigner durablement des cadavres.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 25 Déc - 23:55
Sans même cacher ses intentions, Juliet fixa ouvertement le sachet bien rempli que la jeune femme tenait en main, cherchant à deviner ce qui pouvait bien se cacher à l’intérieur, et pourquoi l’homme dans la rue était aussi furieux que la brune le lui ai dérobé. Mais il n’y avait aucune inscription particulière sur le sachet, qui n’était qu’un sac banal, dans lequel la jeune femme arrivait à distinguer quelques boîtes. La voix de l’inconnue résonna à nouveau, tandis que Juliet relevait son regard azur vers son visage, non sans remarquer qu’elle cachait désormais le sachet derrière sa jambe, comme si Juliet allait soudainement l’oublier sous prétexte qu’elle ne l’avait plus sous les yeux. Pour toute réponse, elle fit un bref hochement de tête, avant de lâcher un vague « -Hm, je vois… » Elle comprenait surtout que ce sachet n’appartenait pas encore à la jeune femme quelques instants plus tôt, et que c’était pour cette raison que le type dehors était si furieux de se voir déposséder. Jules en déduisit qu’il s’agissait sans doute de quelque chose de valeur pour leur vie de survivants, et elle glissa un nouveau coup d’œil, qui ne lui indiqua pas davantage ce que contenait le paquet. De la nourriture ? Des munitions ? Il n’y avait, à la façon dont la jeune inconnue tenait le sachet, aucune chance que Juliet le découvre.

Jules ne put s’empêcher d’arquer un sourcil quand l’inconnue, au lieu de se présenter à son tour comme n’importe qui d’autre l’aurait sans doute fait, lui posa une question qu’elle trouva assez…étrange. C’était une drôle de réaction que Juliet avait inspiré, et qu’elle ne comprenait pas forcément, pas plus qu’elle ne s’expliquait le regard insistant de la jeune femme à son égard, jeune femme à laquelle elle ne pouvait toujours pas donner le moindre prénom. Cette dernière précisa finalement ce qui avait provoqué une telle question de sa part, et qui n’était autre que la politesse dont l’artiste faisait preuve. Celle-ci haussa une épaule, avant de répondre vaguement : « -Détroit. » Elle n’était pas certaine qu’il ne s’agissait pas d’une question entièrement rhétorique qui n’appelait aucune réponse, ou si la jeune femme attendait vraiment que Juliet lui dise d’où elle sortait comme ça. Dans un cas comme dans l’autre, elle savait d’avance qu’elle clamerait qu’elle était une survivante solitaire, qui errait de ville en ville pour trouver des vivres, ou une autre connerie du même acabit. Hors de question qu’elle mêle Fort Hope à ses rencontres fortuites. « -En même temps, si tu rencontres que des mecs comme ça, je dois vraiment ressembler à la personne la plus polie du monde. » grimaça-t-elle, après une nouvelle flopée d’insultes hurlées depuis la rue.

Pourtant, les mots doux que l’homme s’évertuait à balancer à la brune moururent quelques instants plus tard, très vite remplacés par des coups de feu qui firent sursauter Juliet malgré elle. Elle fronça les sourcils, et se rapprocha instinctivement de la fenêtre à son tour, pour comprendre ce qu’il se passait dehors. Ce n’était pas une nouvelle explosion de rage, mais seulement la tentative du mec furieux pour essayer de refroidir définitivement quelques rôdeurs qu’il avait rameuté avec tout le raffut qu’il avait fait. Juliet serra la mâchoire en voyant les macchabées bien décidés à bouffer de l’humain, qui compliquaient davantage cette petite sortie qu’elle s’était offerte. Ils étaient nombreux, suffisamment pour réussir à convaincre la jeune femme de rester gentiment terrée dans cette maison pour l’instant, avec pour seule compagnie l’inconnue, et un rôdeur qui souillait le tapis du salon. Cette dernière ne tarda d’ailleurs pas à s’adresser une nouvelle fois à Jules, l’incitant à la suivre, sans pour autant que la brune lui emboîte le pas. Elle avait un petit côté autoritaire qui provoquait quelques réticences de la part de Juliet, qui posa son regard tout autour d’elle, en quête d’une réponse. Et finalement, ses pieds décidèrent seuls, l’entraînant dans le sillage de l’inconnue, qui grimpa à l’étage. Elle ouvrit la trappe qui donnait sur le grenier, puis quand toutes deux furent en haut, elles refermèrent derrière elles, se coupant du reste de la maison.

En haut, Juliet fit un tour sur elle-même, pour observer les lieux, et découvrir ce qui ressemblait à une vieille chambre d’ado, si on en croyait la décoration relativement douteuse des lieux. Il y avait deux velux qui dispensaient pas mal de lumière dans la vaste chambre, un grand lit dans un coin de la pièce, un bureau, un canapé, une vieille télévision hors d’usage, et partout où il était possible d’en accrocher, des tas et des tas de posters, de films, de groupes de musiques, et de nanas à moitié dénudées. Juliet se rapprocha de l’un d’entre eux pour l’observer plus attentivement, avant de finir par retirer son sac à dos pour le poser sur le canapé, oubliant pendant quelques secondes l’inconnue. Mais les coups de feu reprirent une nouvelle fois, bien qu’ils semblaient plus lointains, tandis qu’elle détournait le regard pour le poser sur la trappe désormais close. Il y avait très peu de chances que l’inconnu les retrouve ici, Juliet en avait bien conscience, ou alors, il aurait fallu qu’elles aient toute la malchance du monde de leur côté.

Elle soupira, avant d’aviser une nouvelle fois la jeune femme. « -Hé bah…on dirait qu’on risque d’être coincées ensemble un petit moment… » Elle haussa son épaule une nouvelle fois, avant d’aviser la pièce, qui n’était sans doute pas si mal pour une retraite forcée, dont la durée leur échappait encore. Juliet tourna le dos à l’inconnue pour aller farfouiller dans la grande armoire qui se trouvait dans un coin de la pièce. « -Ce serait peut-être plus pratique pour discuter si tu finissais par me dire ton prénom, mais bon, tu fais comme tu le sens… » Sans avoir échangé plus de quelques mots avec elle, Juliet se doutait qu’elle ne devait pas être le genre de femme à faire autre chose que ce qu’elle-même avait décidé, et encore moins à se laisser dicter sa conduite par quelqu’un d’autre. Elle trouva dans l’armoire l’objet qu’elle recherchait, et après s’être emparée du drap en question, elle vint l’étendre sur le canapé, nouant les extrémités aux pieds du meuble pour que le tissu reste en place, et leur évite d’inspirer trop de cette poussière qui couvrait tout ici. Puis elle s’installa sur le canapé avant de reporter son regard sur la brune. Quitte à devoir rester enfermées, autant faire en sorte de rendre les choses aussi confortables que possible, non ?

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mar 26 Déc - 10:46
À peine les deux jeunes femmes furent-elles à l'abri dans le grenier, que de nouveaux coups de feu résonnaient à l'extérieur, plus lointain, prouvant certainement que l'homme prenait enfin la fuite pour s'éviter de finir en casse-croûte pour une horde de monstres affamés de chair fraîche. Qu'il s'éloigne était une bonne nouvelle, la raison pour laquelle il le faisait laissait à Annalise une certaine colère et, au lieu de s’appesantir sur la sécurité certaine qu'offrait leur nouvelle cachette, elle fonça directement vers le velux de la pièce, s'accrochant autant que possible aux rebords pour essayer de jeter un regard dehors. Ça ne servait à rien du tout, elle n'arrivait pas à voir un seul morceau de la rue en bas, mais il suffisait de tendre l'oreille pour deviner que la situation était devenue plus que critique. Et elle savait, hélas, qu'il faudrait certainement s'armer de patience pour que les créatures ne se dispersent finalement. Ça pouvait prendre des heures, des jours, avant qu'elles n'aillent voir ailleurs et qu'il n'en reste plus qu'un nombre facilement abordable avec sa seule arme et le peu de balles qu'elle possédait.

Lâchant un soupir qui trahissait l'agacement que faisait naître cette situation pour elle, la jeune femme s'éloigna tout de même de la fenêtre et jeta un regard circulaire sur la pièce autour d'elle, avisant les lieux décorés à outrance dans un goût très spécial qui dévoilait facilement de quoi devait avoir l'air l'ancien propriétaire. Au moins, si elles devaient rester coincées ici longtemps, elles seraient confortable. Le problème viendrait certainement quand il faudrait se nourrir, mais ça n'était pas la peine de s'en inquiéter pour le moment. Ce qui inquiétait un peu plus Anna, actuellement, c'était Juliet et surtout, sa manière d'agir qui manquait tellement de méfiance. D'accord, elles allaient être coincées ensemble quelques temps, mais est-ce qu'il fallait qu'elles deviennent copines pour autant ? L'humanité dont faisait preuve la jeune femme mettait Anna assez mal à l'aise tant elle n'avait pas vu ça chez quelqu'un depuis longtemps. Mais ça faisait d'elle l'emmerdeuse, pour le coup. Elle poussa donc un nouveau soupir avant d'aller s'asseoir à côté de la jeune femme qui venait de leur installer un petit coin sur le canapé qui trônait dans la pièce.

Pendant quelques secondes, Anna se contenta d'observer Juliet du coin de l’œil, conservant son air tendu et inquisiteur, essayant de décider s'il ne s'agissait que d'un rôle pour l'inconnue ou si elle agissait réellement comme ça au quotidien. « Je m'appelle Anna. » lança-t-elle au bout d'un moment, incapable de trouver une bonne raison de se méfier. « Désolée de t'avoir embarquée là-dedans. » Elle détourna rapidement le regard pour le poser sur le mur face à elle, recouvert de posters dont elle ne connaissait même pas la moitié des artistes qu'ils représentaient. Le silence lui pesait, lui rappelant assez douloureusement une époque pas si lointaine où elle était une personne plutôt sympathique et sociable, envolée à cause de ce monde. « Détroit, hein ? J'imagine que t'as très bien compris que c'était pas ma question ? Enfin peu importe... T'étais déjà ici avant... tout ça ? »

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mar 26 Déc - 12:30
Les soupirs que poussait l’inconnue laissaient sous-entendre à Juliet que rien dans cette situation ne semblait lui convenir, et elle pouvait aisément en comprendre les raisons. Se retrouver coincée avec une illustre inconnue pendant un temps incertain ne devait sans doute pas représenter une réelle partie de plaisir. Pourtant, face à la menace rôdeurs qui déferlait actuellement dans la rue qui donnait sur la maison, et sans doute sur les rues alentour également, elles n’avaient d’autre choix que de s’armer de patience, et d’attendre que les macchabées continuent leur progression, et s’éloignent suffisamment de la maison pour que les deux jeunes femmes puissent en sortir en toute sécurité.

Juliet avait renoncé depuis longtemps a essayé de contrôler des choses qui n’étaient pas de son fait, et puisqu’à cet instant précis, elle ne pouvait rien faire d’autre que de patienter calmement, elle avait arrangé le canapé pour qu’il puisse être utilisé par les deux jeunes femmes, même si l’inconnue brune restait pour le moment assez statique. Est-ce qu’elle se méfiait d’elle ? Ça aurait été assez inédit comme situation, Juliet n’inspirant généralement aucune méfiance, ou crainte, à qui que ce soit. Mais contre toute attente, elle vint finalement s’installer à ses côtés sur le canapé, avant de reprendre cette étrange surveillance, ou observation, Jules n’aurait su le dire. Elle tourna malgré tout ses yeux azurs vers la jeune femme quand elle daigna enfin lui dire son prénom, la brune hochant simplement de la tête, comme pour affirmer qu’elle avait entendu. En revanche, ce à quoi Juliet ne s’attendait pas vraiment, c’était à recevoir des excuses de la part d’Anna. Sans trop savoir pourquoi, elle s’était imaginé que ce n’étaient sans doute pas le genre de mots qui pouvaient quitter ses lèvres. Elle s’était visiblement fait une image erronée de la demoiselle, à tort. « -T’aurais pu te barrer et me laisser dans la rue, où le type me serait sans doute tombée dessus. Je suis pas certaine que tu aies besoin de t’excuser de quoi que ce soit… » Elle ponctua ses propos d’un nouveau haussement d’épaule. Vu la fureur que le mec de la rue semblait ressentir, Jules ne doutait pas un seul instant que les choses se seraient sans doute mal passées pour elle, si elle avait trainé dans cette ruelle un peu trop longtemps. Mais Anna l’avait entraînée loin des envies de vengeance du mec en question, et même s’il était vrai qu’elles étaient coincées dans un grenier poussiéreux pour échapper à des rôdeurs affamés, elles s’en sortaient sans doute pas trop mal au vue des circonstances.

Après un silence plus ou moins long durant lequel Juliet passa en revue les différents posters qui s’offraient à sa vue, Anna reprit la parole, tandis que la brune rivait une nouvelle fois ses yeux bleus sur elle. Elle esquissa un léger sourire en coin quand l’inconnue lui fit remarquer qu’elle avait compris que Jules avait répondu à côté de la plaque assez volontairement, ce qu’elle ne nia pas. En revanche, elle fut un peu plus étonnée que la jeune femme cherche à en apprendre davantage sur elle, elle qui n’avait pas semblée très encline à faire la conversation, ni même à lui donner une information aussi banale que son prénom. Quoiqu’il en soit, Juliet s’installa en tailleur, tournée de trois quarts vers la jeune femme, avant de se lancer dans son récit. « -Ouais. J’ai toujours vécu à Détroit…enfin, si l’on excepte quelques années que j’ai passé à Burlington. » Quand elle était encore jeune faillit-elle rajouter. Elle était à Détroit lorsque l’épidémie s’était déclarée et avait vite échappé au contrôle des autorités compétentes, et elle n’avait jamais quitté la ville depuis, malgré quelques changements de camps.

A son tour, Juliet conserva le silence un petit moment, aux prises avec des souvenirs qui s’imposaient à son esprit, de leur fuite dans les rues bondées de morts de Détroit, de ce premier rôdeur qu’elle avait tué pour de bon, et de cette lente acceptation que la situation n’était pas prête de changer. Elle secoua légèrement la tête comme pour chasser ces mauvaises pensées, avant de glisser un nouveau regard vers la brune. « -Et toi, Anna, t’étais où quand tout ce merdier a commencé ? Tu courrais pour échapper à des gros lourds pas très à cheval sur la politesse ? » Elle releva l’une de ses jambes contre elle, l’entourant de son bras. Il lui semblait que la jeune femme restait sur la réserve, ce que Juliet pouvait comprendre parfaitement au vu des circonstances, mais le temps allait vraiment passer très lentement si elle décidait de se murer dans un silence, ou d’ignorer la présence de la brune.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 28 Déc - 0:52
Un fin sourire étira brièvement les lèvres d'Annalise alors que la jeune femme à ses côtés repoussait ses excuses par des arguments pour le moins convaincants. La chasseuse de prime n'était pas certaine de partager l'opinion de sa nouvelle amie, se disant tout simplement que n'importe qui au monde devait avoir mieux à faire que de se retrouver coincé ici, elle la première d'ailleurs, mais elle n'insista pas plus que cela sur le sujet, préférant détourner rapidement le sujet de conversation dans l'espoir de briser un peu le malaise qu'elle ressentait sans parvenir à se l'expliquer. Il était rare qu'Anna rencontre des gens, elle se tenait loin, très loin, des vivants depuis un moment maintenant et surtout depuis qu'elle avait remis les pieds à Détroit. Son but étant de partir de cette ville au plus vite, mieux valait éviter de s'attacher à quelqu'un, de prendre le risque qu'un étrange élan de pitié ou de sympathie ne la pousse à vouloir s'intéresser à une nouvelle personne qui contrecarrerait ses plans, volontairement ou non.

Elle y parvenait très bien pour le moment, mais quitte à devoir rester ici pour un moment qui risquait d'être long, autant faire en sorte que ça ne soit pas trop désagréable, pas vrai ? Et si le silence lui pesait déjà maintenant, inutile de dire qu'elle finirait par préféré foncer dans la horde au plus vite plutôt que de passer des heures dans cette ambiance. Une question, donc, d'une inutilité flagrante, mais qui aurait au moins le mérite d'engager une conversation suffisamment sans intérêt pour être agréable. La preuve en était que Juliet y répondait avec des détails qu'Anna n'attendait pas spécialement, la poussant à jeter un regard au profil de la brune. Originaire de Détroit, donc. Elles semblaient avoir le même âge, c'était amusant dans le fond, de se dire qu'elles auraient pu se croiser avant que le monde ne devienne ce qu'il était, mais ça n'avait visiblement pas été le cas. « J'étais à Détroit aussi. » répondit-elle à la question que Juliet lui renvoyait, en quelques sortes, avec ce qui ressemblait à de l'humour. « Effectivement occupée à courir, mais derrière les gros lourds à l'époque. » précisa-t-elle dans un sourire. « Mais je me suis tirée très loin d'ici quand les choses ont commencé à mal tourner, ça ne fait que quelques mois que je suis de retour dans cette ville infecte. »

Imitant inconsciemment son interlocutrice, Anna bougea un peu jusqu'à appuyer son dos sur l'accoudoir du canapé qui les accueillait, faisant un peu plus face à la jeune femme et elle se permit, une fois de plus, de l'observer un instant sans rien dire, mesurant seulement maintenant des choses qu'elle n'avait pas pris la peine de souligner plus tôt. À commencer par le fait que cette femme était du genre jolie, même si elle continuait d'être frappée par l'évidente santé qui la caractérisait. Réalisant qu'elle devait sembler bien impolie à scruter quelqu'un comme ça, Anna secoua légèrement la tête et porta son regard ailleurs, ses doigts se posant sur le dossier du canapé où ils jouèrent distraitement avec le rebord du draps que Juliet avait installé pour elles. « Qu'est-ce que tu faisais ici toute seule ? » demanda-t-elle finalement, sans prendre la peine de relever les yeux vers elle.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 28 Déc - 22:23
Juliet ne se cacha pas pour soulever ses sourcils d’un air étonné lorsque Anna lui précisa qu’elle était elle aussi originaire de Détroit. La coïncidence avait de quoi la tiquer, qui sait si elles ne s’étaient pas croisées au détour d’une ruelle, dans un café, ou dans n’importe quel autre endroit public. C’était sans doute le genre d’interrogations auxquelles elle n’aurait jamais de réponse. La brune ne tarda pas à lui indiquer qu’avant la période rôdeurs, elle était déjà en contact avec des gros lourds, mais que c’était vraisemblablement elle qui leur courait après, et pas encore l’inverse à l’époque. Jules fronça légèrement les sourcils suite à cette révélation, mais se garda bien de poser la moindre question, malgré l’envie qui la démangeait. Elle observa Anna pendant que celle-ci lui révélait qu’elle avait quitté leur ville peu après les premiers drames qui s’y étaient déroulés, et l’artiste ne put s’empêcher de détourner le regard pour fixer son genou quand elle lui parla de Détroit comme d’une ville infecte. L’était-elle vraiment ? Juliet, elle, n’avait jamais quitté réellement cette ville, et encore moins depuis le début de l’épidémie. Elle se sentait comme un arbre, dont les racines profondément ancrées l’empêchaient de s’aventurer trop loin. Coincée était peut-être le mot qui convenait dans cette situation.

Jules garda le silence suite aux révélations de la demoiselle, se sentant étrangement nostalgique tout à coup, sans trop savoir se l’expliquer. Elle posa son menton sur son genou, cogitant à ce qu’Anna venait de lui dire, jusqu’à ce que cette dernière brise une nouvelle fois le silence, par une question qui mit Juliet légèrement mal à l’aise. Elle détestait mentir, c’était absolument contre ses principes, mais elle ne voulait pas évoquer ce camp dans lequel elle vivait, au contact d’autres survivants. « -Je cherchais des médicaments. Des compresses…quelque chose d’utile… » Elle se montra assez vague dans sa réponse, bien que ce n’était pourtant pas totalement un mensonge, puisque c’était réellement le but premier de sa sortie. La seule petite subtilité résidait dans le fait que ces médicaments, et autres, étaient pour l’infirmerie de Fort Hope, et non pour son petit confort personnel. Ça ne faisait pas grande différence au fond, n’est-ce pas ? A la suite de ses paroles, Juliet quitta finalement la contemplation de son genou, pour tourner une nouvelle fois son visage vers Anna, qui semblait également avoir pris ses aises.

A son tour, la brune la regarda un long moment, comme si elle était en même temps en train de fouiller sa mémoire, pour savoir si elle avait déjà croisé ces traits fins auparavant. Ce qui était bien sûr totalement impossible à savoir. Les quelques révélations faites par la jeune survivante, son attitude, les gestes qu’elle avait eu donnaient à Juliet envie de poser tout un tas de questions, et elle ne put retenir un sourire en coin en pensant que Maddie, elle, ne se serait pas embarrassée, et les aurait toutes posées, les unes après les autres. Pourtant, de toutes celles qui taraudaient Jules, il y en avait une qui ressortait malgré tout du lot. « -C’est comment…ailleurs ? » Sa voix était bien plus faible que précédemment, comme si elle craignait déjà la réponse qu’Anna allait lui donner, et dont pourtant, elle se doutait déjà. Se devait être le même merdier, ailleurs qu’à Détroit, les mêmes dangers, la mort, partout. « -Enfin, dans les autres villes, je veux dire… » Elle ne doutait pas vraiment que la survivante avait compris où elle voulait en venir, mais Juliet avait la mauvaise manie de laisser tout ce qui lui traversait l’esprit quitter ses lèvres quand elle se sentait un peu gênée.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Sam 30 Déc - 13:57
Un sourire désabusé accueillit la réponse de Juliet sur ce qu'elle faisait dehors toute seule, alors qu'Anna jetait un regard en coin au sac plastique posé sur le sol juste sous ses pieds, rempli de médicaments que quelqu'un de plus agréable aurait certainement partagé sans difficultés, sachant qu'elle n'aurait jamais besoin de la moitié de ce qu'il contenait. Finalement, elle ne s'était pas trompée en se disant un peu plus tôt qu'une troisième personne viendrait porter trop d'intérêt à ce sac... Mais pour le moment en tout cas, Anna n'avait aucune intention de partager ses biens et encore moins de faire savoir à la jeune femme qu'elle possédait sans doute ce qu'il fallait pour faire ressortir un minimum de positif de cette journée. Son regard abandonna donc rapidement le sac, bien avant que Juliet ne puisse saisir la brèche et se posa au hasard sur la pièce qui s'étendaient autour d'elles, baignée de poussière et du bazar hétéroclite qu'on retrouvait certainement dans n'importe quelle chambre d'adolescent.

Le silence était retombé sans qu'elle n'y prête vraiment attention, mais ça ne la dérangeait pas tellement à vrai dire. De toutes façons, les grognements qui s'élevaient dehors avaient mis fin à tout silence depuis longtemps et même si Anna ne les entendait pas si bien que cela à l'abri dans ce grenier, ils continuaient de peser et elle continuait d'y fixer son attention sans y prendre tellement garde. Jusqu'à ce que la voix de Juliet ne s'élève de nouveau, moins assurée tout à coup, pour poser une question qui fit froncer les sourcils à Anna. Elle posa son regard sur la jeune femme, ne sachant tout d'abord pas tellement comment répondre. Même si Juliet précisait inutilement sa pensée, ça n'aidait franchement pas. Comment pouvait-elle répondre à cela ? Il aurait fallu être bien naïf pour croire que les choses pourraient être différentes ailleurs. Et pourtant, elle n'avait pas l'impression que cette question lui soit posée avec la moindre naïveté... Ou peut-être juste qu'elle refusait de le croire, difficile à dire.

« C'est exactement pareil qu'ici. » répondit-elle après une seconde d'hésitation, gardant son regard fixé sur Juliet, sans défaillir. « Moins pollué selon la taille de la ville, mais tout aussi mort. » Elle ne prenait pas de pincettes pour annoncer les choses, mais quel intérêt ? Se bercer d'illusion n'aidait pas et elle l'avait appris à la dure, en suivant les fuyards tellement persuadés que les choses seraient différentes au Canada. C'était une erreur stupide qu'Anna avait commise en rejoignant l'exil, autant que cette expérience serve à quelqu'un d'autre. « Si t'es le genre à rêver que l'herbe est plus verte chez le voisin, abandonne tout de suite, tu risques d'être vraiment déçue. » Elle n'essayait pas d'être méchante pour autant, même si son ton pouvait sembler un peu dur, mais seulement réaliste et la réalité était douloureuse. « Pourquoi est-ce que t'es jamais allée voir par toi-même ? » demanda-t-elle finalement, en tâchant de s'adoucir un peu. C'était tout de même un peu étrange de se dire qu'on pouvait rester dans la même ville toute sa vie, jusqu'à ce que le monde vienne à mourir réellement... Surtout quand la ville en question était Détroit, une usine sans charme, grise et triste, violente...

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Sam 30 Déc - 22:22
Elle avait posé la question tout en se doutant déjà de la réponse qu’elle entendrait : c’était la même misère partout, des cadavres, des tas de cadavres putréfiés qui n’avaient d’autre but que de bouffer de l’humain, sans concession. Juliet se doutait bien que si la situation était différente ailleurs, cela se serait su depuis bien longtemps, il y aurait eu des rumeurs au moins, mais puisqu’il n’en était rien, elle en était venue à la conclusion que la même horreur se jouait partout. Ce qu’Anna ne tarda d’ailleurs pas à confirmer, tandis que la brune soutenait son regard, sans ciller. Juliet hocha légèrement de la tête, comme pour dire qu’elle avait compris, puis elle détourna le regard pour fixer la trappe par laquelle elles étaient entrées. Mais la voix de la jeune survivante ne tarda pas à emplir une nouvelle fois le grenier, alors que Jules tournait une nouvelle fois son regard vers Anna, haussant un sourcil, avant de s’autoriser un bref rictus sans joie. Elle n’était pas certaine d’être le genre de femmes qu’Anna décrivait, à espérer que les choses allaient mieux ailleurs, et elle ravala ses paroles avant de dire qu’elle n’était pas certaine que quelque chose puisse encore la décevoir, ou qu’elle soit encore capable de rêver. « -Non, c’est pas mon genre. De toutes façons, je crois que je m’attendais à ce genre de réponse. »

La nouvelle question posée par la demoiselle la laissa sans voix quelques instants, tandis qu’elle fixait longuement Anna, en plissant légèrement les yeux. Finalement, Juliet esquissa un sourire triste, et détourna le regard avant de se lever, et de faire quelques pas dans le grenier, pour aller jusqu’au bureau pas très loin. Elle détailla de son regard azur tout ce qui se trouvait là, les livres empilés, un vieux mp3, des crayons balancés là, et oubliés depuis longtemps. Elle-même se posait parfois la question, de savoir ce qu’elle foutait encore là à Détroit, de ce qui la rattachait encore à cette ville, où elle avait l’impression d’avoir tant perdu. Et puis, les raisons pour lesquelles elle restait ne tardaient pas à la rattraper. « -Ma famille est…enfin, était à Détroit elle aussi, quand tout a commencé. » Elle se trouvait assez injuste de parler de sa famille au passé, alors que des personnes auxquelles elle tenait vivaient toujours dans cette ville, dans le même camp qu’elle. Pourtant, Juliet estima qu’il valait mieux se montrer vague, et éviter de préciser qu’il restait des gens qui lui étaient chers dans le coin. Anna avait beau ne pas se montrer particulièrement hostile ou agressive envers elle, Jules préférait éviter d’en dire trop. Au moins pour l’instant. De toutes façons, elle ne désirait pas s’étendre davantage sur les raisons qui expliquaient qu’elle n’avait jamais quitté Détroit, et son foyer.

La brune laissa son regard glisser sur le bureau encore quelques instants, avant de se détourner pour le poser une nouvelle fois sur Anna, à quelques pas d’elle. Juliet s’adossa contre le meuble désormais derrière elle, les mains en appui sur le bois usé. Elle vrilla Anna de son regard, avant de se décider à changer de sujet. « -Et toi, alors, qu’est-ce que t’es venue faire ici, si tu trouves que la ville, est…attends, c’est quel mot que t’as utilisé déjà…ah oui, infecte ? » Elle pouvait bien se montrer curieuse elle aussi après les questions d’Anna, non ? Et puis, Juliet devait bien avouer que les quelques éléments que la brune lui avait livré avaient provoqué en elle des questions pour l’instant sans réponse.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mar 2 Jan - 21:51
Oh, sujet sensible ? À voir Juliet se lever tout à coup pour marcher sans but dans la pièce, à s'éloigner en fait, il fallait croire que oui. Les sourcils d'Anna se froncèrent une petite seconde en la voyant faire, mais elle n'ajouta rien, préférant laisser la gêne reprendre ses droits sur leur situation que de prendre le risque de devoir encore s'excuser. Elle ne pouvait pas deviner non plus que sa question poserait problème et elle ne l'avait certainement pas posée pour gêner la jeune femme, après tout. Mais ça la fascinait réellement. Peut-être pas à ce point-là, mais c'était intriguant, non ? Pourquoi passer sa vie entière au même endroit quand le monde s'offrait si facilement ? Anna n'avait jamais su tenir en place, ça lui avait causé tellement de problèmes dans sa vie, dans son mariage principalement, alors non, elle ne comprenait vraiment pas qu'on puisse vouloir rester au même endroit éternellement. Et puisqu'il n'y avait rien de mieux à faire que de parler pour le moment, pourquoi se retenir ? Bon, elle le regretterait certainement si Juliet refusait de lui parler par la suite, mais pour le moment, ça ne l'inquiétait pas plus que cela et elle attendait patiemment en observant le profil de la jeune femme, profitant d'avoir plus de place sur le canapé pour replier ses genoux contre elle à son tour, les encerclant de ses bras.

Une réponse, vague certes, mais une réponse quand même arriva finalement, faisant baisser les yeux à Anna, prise d'une pudeur étrange qu'elle ne s'expliquait pas toute seule. L'idée de la mort ? Non, elle n'était plus touchée par cela depuis longtemps. Mais le deuil, la tristesse des autres... ça, c'était vraiment parfait pour la mettre mal à l'aise. « Désolée... » souffla-t-elle, forme de condoléances timides qui ne changeraient rien, mais que pouvait-elle dire de plus ? Les choses étaient ainsi, tristes et moches pour tout le monde. Fallait faire avec ou ne pas faire du tout. Mais cette réponse laissait Annalise finalement plus perplexe encore. Si Juliet employait le passé pour justifier sa présence à Détroit, pourquoi était-elle encore là, alors ? Cette question aurait aussi bien pu s'appliquer à Anna elle-même, quelque part et après encore de longues secondes d'un silence vraiment trop profond pour être agréable, ce fut presque exactement ce qui se passa.

Y avait-il une forme de mépris dans la manière dont Juliet venait de reprendre les mots de la chasseuse de primes ? De là où elle se trouvait, Anna aurait parié que oui, mais loin de la vexer, cela lui tira plutôt un petit sourire amusé. Effectivement, vu comme la jeune femme en parlait, difficile de comprendre ce qu'elle faisait encore là. Pourtant, elle possédait toute une collection de bonnes excuses pour se justifier auprès d'elle-même chaque jour qu'elle perdait ici. La vérité... Elle la connaissait aussi, mais ça n'était jamais rien de plus qu'une pensée qu'elle contournait soigneusement de peur de finir par agir et être déçue. Ironique. Sans répondre d'abord, Anna passa une main dans ses cheveux, réfléchissant sérieusement à la manière dont elle voulait répondre. Son geste s'arrêta dans sa nuque et ses doigts revinrent s'accrocher à son genou alors qu'elle relevait les yeux vers Juliet. « Je voulais voir si quelques personnes que j'ai connues traînaient encore dans le coin. Et en profiter pour rassembler quelques trucs avant de repartir. » admit-elle, choisissant finalement de donner de manière égale ses mensonges et la vérité. « Mais c'est moins facile que je le croyais, presque toute la ville a été pillée. On dirait qu'il y a pas mal de survivants, dans le coin. » Ça n'avait rien d'étonnant, après tout, Détroit étant la dernière véritable grande ville avant la frontière, de nombreux survivants désireux de poursuivre leur exil au Nord devaient s'être arrêtés ici en comprenant l'inutilité de leur quête. « Faut croire que cette ville a quelque chose, finalement. Pour qu'on y vienne et qu'on y reste tous... » souffla-t-elle, détournant le regard pour le poser sur un mur au hasard. « T'as jamais eu envie de te tirer ? Sérieusement ? »

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 4 Jan - 20:50
Juliet croisa finalement les bras sur sa poitrine, rivant son regard azur sur Anna, qu’elle ne quittait plus des yeux. Elle avait été intriguée par la remarque de la demoiselle, qui ne semblait pas tenir Détroit en grande estime, et qui pourtant se retrouvait malgré tout dans la ville, alors qu’elle avait eu la possibilité d’aller ailleurs. Si c’était si nul ici, infecte même, pourquoi s’infliger de rester ? La brune ne doutait pas qu’elle ne tarderait pas à recevoir la réponse à cette question qu’elle venait de poser à la jeune femme, repoussant les limites de la curiosité. Jules plissa légèrement les yeux en voyant la survivante se passer une main dans les cheveux, comme si elle était en train de réfléchir à ce qu’elle comptait dire. A moins que ce ne soit un signe de gêne ? Il y avait plus d’une personne dans son entourage qui avait le réflexe de faire ce geste dès qu’ils se sentaient mal à l’aise, et Juliet ne pouvait s’empêcher de se demander si ce n’était pas également le cas d’Anna.

Pourtant, quand cette dernière consentit à lui répondre, Juliet haussa légèrement ses sourcils, avant d’esquisser un fin sourire, en se rendant compte qu’elle avait droit à une réponse aussi vague que celle qu’elle-même avait fourni un peu plus tôt. C’était sans doute de bonne guerre, après tout. Elle n’avait pas tort en ce qui concernait le nombre de survivants dans le coin, et il fallait bien avouer qu’il n’était pas rare de tomber sur d’autres êtres humains au cours de sorties éventuelles, pas toujours très avenants. Preuve en était qu’aujourd’hui encore Juliet était tombée sur Anna par pur hasard, ou l’inverse, et qu’Anna elle-même avait fait la connaissance du mec de la ruelle. Détroit était pourtant une grande ville, mais les humains y étaient encore présents en nombre conséquent, sans pour autant que Jules puisse savoir si c’était une bonne chose ou pas. Elle ne put retenir un rictus cynique quand la jolie survivante annonça finalement que Détroit devait avoir un petit quelque chose en plus, que les autres villes n’avaient pas, et qui expliquait peut-être pourquoi tant de monde y vivait, sans jamais aller ailleurs. C’était peut-être le cas, Juliet n’était pas certaine d’être la mieux placée pour pouvoir en juger, alors qu’elle n’avait connu qu’une seule autre ville, assez brièvement. Et même si c’était le cas, il ne restait pas assez de Détroit d’antan pour vraiment apprécier d’y vivre encore, de nos jours.

La brune n’avait même pas remarqué qu’elle fixait depuis quelques secondes déjà le tapis au sol, quand la voix d’Anna retentit une nouvelle fois, teintée d’une certaine incrédulité, qui arracha un sourire triste à Juliet. Si elle n’avait jamais eu envie de se tirer ? La réponse était plutôt claire. « -Chaque jour. » souffla-t-elle finalement, en plantant son regard dans celui de la jeune survivante. Elle avait eu envie de quitter cette ville quand Charles exerçait encore sur elle cette pression constante, et elle l’avait fait dès qu’elle en avait eu l’occasion, à ses dix-huit ans, quittant la ville qui l’avait vu naître pour rejoindre Burlington, loin de ses parents trop envahissants. Mais sa grossesse, et la peur qu’elle avait fait naître chez la jeune femme, faisaient qu’elle était rentrée chez ses parents, repentante, et complètement paumée. Puis la vie avait repris son cours, et Juliet s’était acheté une galerie, et avait emménagé au-dessus avec sa fille, qui avait ses habitudes dans cette ville, son école, ses copines. Au fond, ce n’étaient sans doute que des excuses que la brune se donnait pour ne pas avoir à admettre la stricte vérité : elle n’avait jamais été assez courageuse pour aller se faire une vie ailleurs. Et maintenant que les rôdeurs étaient devenus plus nombreux que les humains, elle ne se sentait toujours pas de taille à quitter Détroit. Elle savait que Maddie refuserait de rester en arrière, de laisser sa meilleure amie aller mener sa vie ailleurs, et Juliet ne se sentait pas de cœur à l’éloigner de son laborantin. La brune soupira distraitement, avant de hausser les épaules : « -J’ai jamais été du genre très aventurière. Je suis née à Détroit, j’ai vécu toute ma vie à Détroit, et je suis prête à parier que je mourrais aussi à Détroit. C’est pas très folichon, mais c’est comme ça. » Malgré toutes ses envies de découverte du monde, Juliet n’était jamais vraiment allée nulle part, et ce n’était sans doute pas maintenant que la situation allait changer.

Elle esquissa un léger sourire en constatant le sérieux de la conversation qu’elle était en train d’avoir avec une illustre inconnue, et de la facilité avec laquelle elle parvenait à parler de ses choix de vie, parfois bancals. La brune acheva par dégager un espace sur le bureau suffisant pour qu’elle puisse s’y assoir, avant de croiser les jambes, les doigts crochetés au bord du bureau. « -Amis, ou famille ? Les gens que tu as connu, mais que tu n’as pas retrouvé ? » Il était très peu probable que Juliet les connaisse, mais Fort Hope commençait à devenir une communauté assez conséquente, et si par un heureux hasard, auquel elle ne croyait pourtant pas forcément, les personnes que cherchaient Anna pourrait s’y trouver, elle trouvait cela dommage de ne pas poser la question.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Sam 6 Jan - 13:57
L'ironie de cette conversation, de toute la vie d'Anna à vrai dire, dessinait un sourire léger sur les lèvres de la jeune femme, comme si elle savourait une plaisanterie particulièrement bien construite bien qu'elle soit la seule à en saisir toutes les implications. De toute sa vie, la jeune femme n'avait su apprécier cette ville, pleine, grise, les usines, les centrales et les épais nuages de fumée blanche dans le ciel. Ça n'avait rien de vendeur, ça ne faisait pas rêver et, dès qu'elle avait obtenu son diplôme, elle s'était empressée de fuir aussi souvent que possible. Et pourtant, pourtant... En écoutant Juliet, elle se retrouvait étrangement dans ses mots. Comme elle, Anna était née à Détroit. Comme elle, elle y avait passé sa vie, malgré les voyages réguliers pour pourchasser des criminels sans grand intérêt prêts à tout pour échapper à leur procès. Comme elle, il y avait finalement toutes les chances qu'elle y pousse son dernier soupir. Et pourtant, la voilà assise ici, le regard pesant sur une inconnue à qui elle donnait un genre de leçon sur la vie comme si elle valait mieux, tout en sachant pertinemment que ça n'était pas le cas.

Et puis, une nouvelle question tomba, forçant Anna à percer le regard de Juliet du sien pendant un instant, au cours duquel elle laissa un silence pesant s'installer. Amis ou famille ? Elle-même ne savait pas répondre à cette question, peut-être. Elle ne savait plus, en tout cas et ça ne changeait plus rien de toutes manières. Qu'importe ce qui était arrivé, Louise et Arthur restaient introuvables, alors... Un jour ou l'autre, elle accepterait bien leur mort et tournerait la page, reprendrait sa route sans plus se soucier du passé et irait mourir ailleurs, loin de cette ville morne. « Un peu des deux, je suppose. » souffla-t-elle finalement, la voix basse, alors que son regard fuyait loin de celui de la jeune femme. Elle marqua une pause, hésitante, avant de rajouter : « Mon ex-mari et ma... ma meilleure amie. » C'était loin, si loin de définir correctement ce qu'avait été Louise dans sa vie, mais aussi ridicule cela soit-il, même maintenant que le monde n'était plus qu'un tas de ruines et les préjugés certainement enterrés dessous, Anna n'arrivait pas encore à assumer totalement. À assumer tout court, visiblement. « Mais c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, pas vrai ? » Un haussement d'épaules plus tard, elle se forçait à afficher un nouveau sourire, presque convaincant, chassant au loin ces pensées, ces souvenirs qu'elle n'avait aucune envie de ressasser pour le moment.

« Enfin, peu importe, dès que mon sac à dos sera plein et que j'aurais mis la main sur une voiture qui fonctionne, je me tirerai d'ici et j'irai finir mes jours dans un endroit un peu moins pourri que Détroit. » Un ton un peu plus animé accompagnait ces paroles. Ce serait certainement long, certainement compliqué, elle en avait parfaitement conscience, mais il fallait bien conserver une raison de vivre dans un monde comme celui-ci, n'est-ce pas ? Ils finiraient tous par mourir, que ce soit à cause des rôdeurs ou d'autre chose, c'était la malédiction de chaque être vivant et quitte à vivre avec une date d'expiration, autant vivre au mieux pendant le temps qui nous était imparti. Son regard caressa Juliet de haut en bas une seconde et elle lâcha finalement, pas vraiment sérieuse, pas vraiment blagueuse non plus : « Si t'as envie de mourir ailleurs qu'ici, fais-moi signe. »

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 8 Jan - 21:49
Juliet remarqua le regard affûté que lui adressa Anna, et pourtant, au lieu de s’excuser d’aborder un sujet qu’elle devinait délicat, ou de dire à la jeune femme qu’elle n’était pas obligée de répondre si elle n’en avait pas envie, la brune se contenta de la fixer, la tête légèrement penchée, en attente d’une réponse qui peinait à arriver. Pourtant, ce n’était pas le but de Juliet, elle ne voulait pas rendre Anna mal à l’aise, et si cette dernière jugeait qu’elle avait franchi la ligne de ce qui la regardait, ou pas, Jules l’accepterait sans broncher. Quel autre choix aurait-elle, de toutes façons ? Pourtant, la voix de la jeune survivante ne tarda pas à rompre une nouvelle fois le silence du grenier, provoquant un nouveau haussement de sourcils de la part de la brune. Toujours ces mêmes réponses, on ne peut plus vagues, qui arrachèrent un léger sourire à Juliet tant elle se retrouvait dans ce procédé. Mais Anna ne tarda pas à préciser davantage sa pensée, à lui révéler qu’elle était à la recherche de son ex-mari, ainsi que de sa meilleure amie. La situation lui fit malgré elle penser à elle-même, qui restait justement à Détroit pour ces mêmes raisons, à quelques détails près. Les raisons qui avaient poussé Anna à revenir étaient celles qui poussaient Juliet à rester, et cela lui fit pousser un discret soupir.

L’ambiance était soudainement en train de devenir pesante dans ce grenier saturé de poussière, et Juliet sentait cet état de fait peser sur ses épaules. C’était une conversation bien trop sérieuse, avec une personne qu’elle ne connaissait absolument pas. Mais Anna reprit bientôt la parole, d’un ton moins lourd, qui sembla alléger l’atmosphère de la pièce. La brune fit un distrait hochement de tête, avant de glisser un regard sur la survivante installée sur le canapé. « -J’espère que tu finiras par les retrouver malgré tout… » souffla-t-elle pourtant, en espérant sincèrement qu’Anna recevrait des nouvelles de son ex-mari et de sa meilleure amie, avant que son sac soit plein, et elle-même fin prête pour le grand départ de Détroit. Elle ne put retenir une moue mi-amusée suite à la dernière réplique de la jeune femme, tandis qu’elle secouait légèrement la tête. « -Ah ouais ? Et où est-ce qu’il serait plus agréable de mourir, dis-moi ? » Elle devinait aux paroles précédentes d’Anna, à l’expression de son visage à cet instant qu’elle pensait à partout, plutôt qu’ici, et elle n’avait peut-être pas tort.

Incapable de rester en place, Juliet quitta le bureau pour venir rejoindre une nouvelle fois le canapé, où elle s’installa rapidement, rejetant la tête sur l’appui derrière elle, tandis qu’elle fixait le plafond. « -J’ai jamais été à la plage. Mourir les pieds dans l’eau, ça peut peut-être rendre les choses moins effrayantes… » Elle n’en était pourtant pas vraiment convaincue, et c’était assez visible sur son visage. Il y aurait tellement de choses sur la liste de ses dernières volontés qu’il serait sans doute facile de s’y perdre, et bien impossible de tout accomplir.  Elle resta silencieuse un instant, avant de tourner sa tête vers Anna, proche d’elle. « -On devrait arrêter de parler de la mort, où l’ambiance risque de devenir sacrément glauque. » Elle s’autorisa malgré tout un léger sourire, prenant quelques secondes, peut-être un peu trop longues, pour détailler les traits du visage de la jeune femme. Il lui fallut quelques instants de plus pour se décider à détourner le regard, et fixer à la place un détail sur le plafond. « -Tu faisais quoi à courir après des sales types ? T’étais quoi, une sorte de justicière des temps modernes ? » Elle continua de fixer le plafond, ne doutant pas un seul instant que vu leur proximité, Anna avait parfaitement entendu la question que Juliet venait de lui adresser.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mer 10 Jan - 16:34
Un simple sourire répondit à Juliet, alors que cette dernière lançait quelques mots qui se voulaient certainement sympathique. Mais repenser à Arthur et à Louise n'était vraiment pas ce que voulait Anna maintenant. Elle s'efforçait même de ne surtout pas le faire la plupart du temps. Ressasser, qu'y avait-il de pire au monde ? Il fallait aller de l'avant, encore plus maintenant que le monde s'écroulait un peu plus sérieusement chaque jour. Et malgré tout, la jeune femme avait encore des projets pour l'avenir, qu'elle s'empressa de partager avec Juliet, dans l'espoir de remettre un peu de légèreté à leur conversation. Mais la brune ne lui semblait pas tellement convaincue. Difficile à dire, à vrai dire, mais la manière dont elle demanda à Anna où il ferait bon mourir selon elle poussa la jeune femme à se mordiller la lèvre pour retenir un nouveau sourire désabusé étirer ses lèvres. « Je pensais à une plage californienne. Pas celles pleines de surfeurs qu'on voit à la télé, mais plus un endroit perdu du genre Big Sure ou quelque chose comme ça... Dans la nature. » Loin des morts, loin des survivants, s'empêcha-t-elle d'ajouter. C'était cela surtout qu'elle voulait fuir. L'humanité, à son pire, respirant encore ou non ça revenait au même. Elle savait qu'elle n'y survivrait pas longtemps, mais l'important restait le voyage plus que la destination...

Et puis cette fois, Juliet semblait un peu moins moqueuse à l'aveu d'Anna, admettant que mourir les pieds dans l'eau pourrait être moins désagréable. C'était bien sur cela que comptait la chasseuse de primes, à vrai dire. Et elle espérait ne pas se tromper là-dessus, gardant tout de même à l'esprit que, qu'importe où elle irait, le monde serait tout aussi mort. Il suffisait de revoir ses attentes à la baisse. Et si, pour l'heure, penser à ce projet, aux plages du pacifique baignées de soleil toute la journée, lui apportait un certain réconfort, il n'en allait visiblement pas de même pour sa compagne d'infortune. Là où Juliet voyait la mort, Anna voyait l'espoir, sans trop savoir pourquoi. Mais ainsi soit-il, elle accepta de laisser tomber ce sujet pour répondre plutôt à une nouvelle question de la brune. « Quelque chose comme ça, oui. » souffla-t-elle, souriant à l'image. Une justicière des temps modernes... Belle façon de voir les choses, si l'on oubliait que sans un très beau chèque à la clé, Anna ne se serait certainement pas donné la peine de rendre justice d'une quelconque manière. « J'étais chasseuse de primes, je ramassais les petits criminels sortis sous cautions qui se barraient pour échapper à leurs procès. » expliqua-t-elle plus en détails. Un boulot de rêve, sans doute. « Ça m'a permis de voir du pays. J’empochais une partie de la caution si je les ramenais à temps et eux, quelques belles années dans une prison fédérale pour s'être tirés. Donnant-donnant. »

Un air pensif s'installa sur ses traits quelques secondes, avant qu'elle ne secoue la tête légèrement pour revenir au moment présent. Ne pas ressasser ses souvenirs, avait-elle dit. Et si elle se mettait à repenser à son job, ça n'allait plus s'arrêter. Arthur finirait forcément par entrer dans l'image et elle ne voulait surtout pas que ça arrive. « Et toi, tu faisais quoi ? » demanda-t-elle rapidement. « Non, attends, laisse-moi deviner. » Elle prit quelques secondes pour l'observer, la détailler correctement. Une jolie femme à l'air un peu précieux... « Je dirais instit' ou... Allez, infirmière. » En tout cas, quelque chose qui lui aurait permis d'exprimer toute sa douceur naturelle, clairement.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Dim 14 Jan - 19:22
Est-ce que c’était si étrange que cela de vouloir rester à Détroit, malgré tout ce qui s’y était déroulé, le bon, comme le mauvais ? Juliet n’avait jamais été une grande aventurière, certes, mais elle aurait quand même voulu pouvoir rajouter quelques chouettes destinations aux quelques endroits qu’elle avait visités, assez peu nombreux à son goût. Elle avait rêvé de voir la plage, d’y amener Eulalie, de se baigner dans l’océan sans penser à tout ce qui allait de travers à Détroit, ou dans sa vie. Mais la pandémie en avait décidé autrement, et au regard de toutes ces vies qui s’étaient éteintes, les rêves de voyages brisés de Jules n’étaient qu’une vaste plaisanterie.

Elle ne chercha pas à retenir une expression impressionnée quand Anna lui apprit finalement qu’elle était chasseuse de primes, et immédiatement, Juliet ne put s’empêcher de l’imaginer aux prises avec des sales types, qu’elle pourchassait aux quatre coins du pays. C’était une vie tellement éloignée de celle, un peu trop rangée, que la brune avait mené ces dernières années. Une vie qu’elle s’imaginait trépidante, sans temps morts, sans la moindre petite parcelle d’ennui. C’était sans doute bien loin de la réalité du travail d’Anna, mais la survivante se rendait compte qu’elle lui avait posé tout un tas de questions depuis qu’elles étaient enfermées dans ce grenier, somme toutes assez personnelles, et elle ne voulait pas donner l’impression à la jolie brunette de passer un interrogatoire. « -Tu devais pas t’ennuyer. » commenta-t-elle seulement à voix haute, en se faisant la remarque qu’elles devaient sans doute être sacrément différentes toutes les deux, et avoir un caractère plutôt opposé.

Bientôt, Anna lui renvoya sa question, avant de se reprendre aussitôt pour couper Juliet, et lui demander l’opportunité de pouvoir trouver seule la réponse à sa propre question. Jules n’y trouva rien à redire, et elle ne broncha pas quand le regard de la survivante la scruta avec attention, comme si elle pourrait lire le métier qu’elle exerçait autrefois sur les traits de son visage. Un léger sourire releva finalement timidement le coin des lèvres de la brune, alors qu’Anna prenait quelques secondes de plus, avant d’annoncer son verdict. Une réponse qui accentua davantage le sourire de Juliet, qui secoua légèrement la tête pour signifier à la survivante qu’elle s’était trompée dans ses déductions. Ce n’était que maintenant que le monde c’était effondré qu’elle s’intéressait aux merveilles du corps humain, même si elle savait parfaitement qu’elle n’aurait pas pu en faire son métier, des années plus tôt. « -J’avais une galerie d’art. » Elle fit cette confession dans un sourire, alors que l’image de ce lieu qui lui avait appartenu s’imprimait sous ses yeux, cet endroit pour lequel elle s’était battu, et qui l’avait rendue si fière. « -J’exposais des peintures, des photographies, quelques sculptures, aussi. J’organisais des vernissages, des expos sur des artistes, je les aidais à vendre leurs œuvres. Un métier beaucoup, beaucoup plus calme que celui de chasseuse de prime. » Elle eut un nouveau sourire en coin, tandis qu’elle se mettait en tailleur, et fixait de nouveau l’un des nombreux posters qui ornaient le mur. A ce rythme-là, elle finirait par connaître les goûts douteux du gamin qui vivait là aussi bien que lui-même.

La survivante resta silencieuse quelques instants, essayant de s’imaginer si elle aurait pu emprunter les chaussures d’Anna, et mener la vie qui avait sans doute été celle de la jeune femme. Et la réponse sauta bien vite aux yeux de Juliet : elle n’était pas courageuse, ou du moins ne l’était pas plus que la moyenne avant le début de l’apocalypse, et à l’époque, elle n’était pas très débrouillarde non plus, il fallait bien l’admettre. Certes, elle avait changé, même si elle s’en rendait difficilement compte, mais jamais elle n’aurait pu faire autre chose qu’être galériste. C’était tout ce qu’elle aimait, de toutes façons. « -T’as du voir pas mal de trucs ces dernières années, avec un métier comme ça. Raconte-moi la plus folle de tout, ton cas le plus dingue. » Elle se tourna une nouvelle fois vers Anna, tandis qu’elle posait ses yeux azurs sur le visage de la jeune femme, et l’encourageait d’un petit sourire léger. Quitte à devoir passer des heures enfermées dans ce grenier avant que les rôdeurs ne se dispersent, il serait sans doute plus agréable d’aborder des sujets légers, plutôt que de trucs aussi morbides que l’endroit où elles aimeraient pousser leur dernier soupir.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 15 Jan - 13:32
Un hochement de tête négatif informa Anna qu'elle n'avait pas visé juste dans sa tentative de deviner à quoi Juliet occupait sa vie autrefois. Dommage, elle était pourtant assez certaine de deviner correctement, incapable d'imaginer la jolie brune faire autre chose qu'une tâche douce et tranquille. Elle ne savait même pas dire à quoi elle fiait son jugement, mais il ressortait de Juliet un genre de douceur et de calme, quelque chose de délicat qui collait parfaitement aux propositions de la chasseuse de primes. Et pourtant, il n'en était rien et elle avait du mal à imaginer la jeune femme comme chef d'entreprise capable de négocier avec poigne des contrats et des ventes dont les montants devaient vite devenir exorbitant quand on parlait d'art moderne. Finalement, elles faisaient presque la même chose, mais tandis qu'Anna chassait de mauvaises graines, Juliet fouillait la ville à la recherche d'un talent ignoré. « Ça devait être intéressant. » commenta-t-elle assez sobrement. À vrai dire, elle s'imaginait mal de quoi devait avoir l'air le quotidien de la jeune femme, mais pour choisir la voie de l'art, il fallait forcément en avoir la passion.

Après cet échange, la conversation menaça peut-être de s'essouffler, aucune des deux jeunes femmes ne décidant de reprendre la parole pour enchaîner sur autre chose. Bien malgré elle, Anna se surprenait à penser encore une fois à son passé dans cette ville, aux bons moments, aux mauvais, à toutes sortes de petits détails qui lui semblaient tellement ridicules dans le moment présent. Elle était complètement occupée à cela lorsque la voix de Juliet la tira de nouveau vers la réalité, pour lui demander – ou exiger, difficile à définir – qu'Annalise lui raconte l'expérience la plus folle qu'elle ait vécu au cours de sa longue vie de chasseuse de primes. Un sourire étira les lèvres de la brune à cette requête. La plus folle ? Il y avait eu tellement de choses, honnêtement... « Hmm... » Elle leva les yeux vers le mur face à elle quelques instants, le temps de fouiller ses souvenirs et de trouver l'histoire vraiment intéressante à raconter. Et puis, sa mémoire lui imposa l'image parfaite, celle qui finissait bien et qui avait apporté les plus grands moments de solitude et d'exaspération d'Anna. Elle se permit de rire légèrement avant de se lancer dans son histoire.

« Il y a quelque chose comme huit ans, je crois, les flics ont arrêté cette nana complètement bourrée près d'Hazel Park. Elle était en plein divorce, je crois, un truc dans le genre. Bref, elle est sortie avec ses copines à Détroit, a totalement abusé de l'alcool et a fini complètement ivre sur la voie publique. Un flic l'a approchée et elle a essayé de lui faire des avances assez brusquement, genre vraiment pas subtile quoi. Il l'a embarqué pour attentat à la pudeur, elle a passé une nuit en cellule avant qu'une copine ne vienne payer sa caution. » Les détails de l'histoire lui échappaient peut-être un peu, mais elle s'étonnait d'en garder un souvenir tout de même aussi précis. Jusque dans la longue chevelure rousse et la poitrine imposante de la donzelle. « Ça aurait pu en rester là, le procès était prévu pour deux ou trois jours plus tard, mais la nana a quitté la ville et n'est jamais venue, donc on m'a envoyée la chercher. Je l'ai retrouvé à Dallas où elle vivait avec son ex-mari, à faire la fête tous les soirs. Elle me rendait folle, j'te jure. J'ai fini par la coincer et la ramener avec moi. On a bien parlé sur le chemin, c'est vraiment super long Dallas-Détroit en voiture... Une vraie pipelette, j'avais presque envie de l'oublier sur une aire de repos... Mais finalement, après qu'elle m'ait raconté par le menu qu'elle traversait une grosse crise avec son divorce et une fausse couche, j'ai finalement compris qu'elle n'avait juste pas vérifiée la date du procès sur sa citation à comparaître... C'était pas ma mission la plus compliquée, mais sûrement la plus marquante. » Son sourire ne l'avait pas quittée bien que l'histoire soit terminée. Pourtant, ça avait été une période assez compliquée pour elle aussi, sa première grossesse, sa première fausse-couche et le début de la fin pour son mariage. Il lui était arrivée si souvent de repenser à cette Maddie ensuite, à cette conversation horrible qu'elles avaient eu dans la voiture.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 22 Jan - 22:00
Intéressant. Oui, ça l’était, sans doute même plus que ça. C’était exaltant, c’était exactement tout ce que Juliet aimait, et qui lui donnait de parfaites raisons pour se lever chaque matin avec l’envie d’aller travailler. Elle avait aimé ce métier du premier jour où elle avait commencé, jusqu’à ce que leur monde s’effondre, avec la même passion dévorante, chaque nouvelle journée qui s’offrait à elle. Certes, ce n’était sans doute pas exactement le métier qu’elle avait rêvé de faire toute sa vie, mais c’était ce qui y ressemblait le plus, et quel mal y avait-il si elle n’avait pas vécu exactement ses rêves, tant que ça la faisait autant vibrer, malgré tout ?

Juliet ne put retenir un petit sourire quand elle entendit le léger rire d’Anna, en se faisant la remarque que cette histoire serait sans doute plaisante à entendre. La brune s’installa donc confortablement sur le canapé, tournant son regard azur vers la survivante à ses côtés, toute ouïe, un sourire plaqué sur son visage. La jeune chasseuse de primes commença son récit sous l’oreille attentive de l’artiste, dont le sourire se figea, petit à petit. Elle tâcha de rester stoïque, mais cette histoire trouva immédiatement une certaine résonnance en elle. Sans doute parce que la personne qui avait sorti la fêtarde éméchée aux tendances exhibitionnistes de taule n’était autre qu’elle-même. Elle baissa ses yeux azurs sur ses mains jointes, tandis qu’Anna poursuivait son histoire, continuant de persuader Juliet que la jeune femme qui avait manqué de rendre la survivante chèvre durant cette affaire n’était autre que Maddie, elle-même. Dieu, que le monde était petit. Juliet écouta malgré tout la fin de cette aventure qu’elle connaissait pourtant déjà de la bouche de sa meilleure amie, sans interrompre la brunette qui semblait amusée de se remémorer tout ça. La brune se souvenait parfaitement que la rouquine lui avait raconté l’histoire de cette Annalise qui était venue la traquer jusqu’à Dallas, et à qui elle s’était confiée dans la voiture, durant le trajet du retour.

Le sourire d’Anna ne semblait plus vouloir s’effacer du visage de la jeune femme, ce qui était assez contrastant avec leurs premiers échanges, plus tôt dans la journée. Est-ce qu’il fallait qu’elle admette qu’elle-même connaissait Maddie, ou devait-elle prétendre que l’histoire était amusante, et que ça ne faisait que confirmer l’idée qu’Anna n’avait pas dû s’ennuyer dans sa vie précédente ? Jules avait beau retourner la question dans sa tête, elle avait du mal à trouver une réponse satisfaisante à cette question somme toute pas forcément importante. Par réflexe, elle laissa un nouveau sourire léger étirer le coin de ses lèvres, en repensant elle aussi à cette fameuse soirée, qui n’avait pas tout à fait terminé comme escompté, mais qui restait malgré tout mémorable. « -On s’amuse nettement moins, dans une galerie d’art. » commenta-t-elle néanmoins, même si Juliet la passionnée devait bien admettre qu’elle ne s’y était jamais ennuyée non plus.

Elle préféra éviter de révéler qu’elle connaissait cette femme qu’elle avait poursuivi, gardant l’information pour elle pour ne pas avoir à mentir en prétendant qu’elle ignorait désormais où se trouvait Maddie, ou ce qu’elle était devenue. Au fond, Jules avait simplement peur de finir par parler trop, et que le sujet Fort Hope finisse par arriver sur le tapis, ce qui était la dernière de ses envies. Anna restait une inconnue, même si elle avait fait un bref passage éclair des années plus tôt dans la vie de la rouquine, qui l’avait trouvée plutôt sympathique.

L’attention de Juliet fut soudain détournée d’Anna par des petits bruits qui résonnèrent sur le velux de la chambre, des petits « plocs » qui lui firent froncer les sourcils, avant qu’elle réalise soudain de quoi il s’agissait. Le ciel s’était assombrit sans même qu’elle ne s’en aperçoive dans la semi-pénombre qui régnait dans le grenier, et un orage était en train d’éclater sur les rues de Détroit. Le ciel se zébra, un vague bruit de tonnerre se fit entendre, alors que la pluie redoublait sur les petites fenêtres du toit pentu. Merde…il faisait pourtant tellement beau quand elle avait quitté le camp, des heures plus tôt. Il régnait certes une chaleur écrasante et presque étouffante, mais jamais la brune n’aurait pu soupçonner qu’il finirait par y avoir un orage. Elle fronça le nez, se demandant si ces trombes d’eau qui tombaient du ciel disperseraient les rôdeurs plus rapidement. Sans doute pas. Jules glissa finalement un regard vers la survivante à ses côtés, alors qu’elle lui lançait sans même savoir pourquoi un léger sourire désolé. « J’espère que tu es du genre patiente… » L’était-elle, elle-même ? Oui, cela ne faisait aucun doute.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Ven 26 Jan - 10:16
Un léger rire échappa à Anna alors que sa compagne faisait remarquer que l'on s'amusait beaucoup moins dans une galerie d'art. Sans doute était-ce vrai, ça n'avait rien de surprenant à vrai dire. Même si, dans l'esprit de la chasseuse de primes, il n'en restait pas moins qu'il doive y avoir quelques bonnes histoires à raconter quand même. Des toiles ou autres œuvres particulièrement originales, des acheteurs prêts à mettre une somme exorbitante dans une croûte que même un enfant aurait pu créer... Des choses qui effleuraient les clichés que l'on pouvait se faire sur l'art, mais chaque cliché venait de quelque part, n'est-ce pas ? Pourtant, loin de poser la question, la brune resta silencieuse, levant simplement les yeux vers le velux lorsque la pluie commença à battre sur le toit et que Juliet lui demandait si elle était patiente. Pas le choix, n'est-ce pas ? Entre les rôdeurs et l'orage, il faudrait bien qu'elle prenne son mal en patience. Quoi qu'elle ne ressentait pas urgemment le besoin de partir, à vrai dire. Passer du temps avec quelqu'un qui soit suffisamment agréable pour simplement discuter sans chercher plus loin, ça ne lui était pas arrivé depuis... Des semaines, à vrai dire. Il y avait bien Leroy, mais le vieil homme manquait pas mal de conversation et de bonne humeur, il ne fallait pas se mentir et l'étrange duo qu'ils formaient passait peu de temps à discuter sagement sans qu'il ne soit question d'une stratégie à mettre en place.

« Il le faudra bien... » souffla-t-elle vaguement en reposant son regard sur les murs. Elle attendit encore quelques secondes sans rien dire et se leva finalement, étirant légèrement ses muscles avant de se mettre à arpenter la pièce d'un pas léger, passant près de chaque mur et de chaque meuble en observant les objets, en ramassant certains. Elle s'empara finalement d'un manga poussiéreux posé sur une étagère, dont le dessin trop adorable et rose de la couverture lui tira un froncement de sourcils et la poussa à ouvrir une page au hasard. Son regard balaya tout juste l'intérieur avant qu'elle ne le referme précipitamment en riant. « Oh mon Dieu, je ne savais même pas qu'on pouvait faire ça avec un costume de tigre.... » souffla-t-elle en essayant de calmer son fou rire. « Le gosse qui vivait ici devait avoir quelques problèmes. De quoi il avait l'air, d'après toi ? » demanda-t-elle à la jeune femme en l'observant brièvement. Ça n'était pas non plus la personne la plus bavarde qu'Anna ait connu et pour le coup, elle trouvait cela un peu dommage. Ça aurait pu être cent fois plus agréable, juste pour aujourd'hui, de discuter avec quelqu'un comme si le monde tournait encore rond. Mais ce serait toujours impossible, pas vrai ? On cachait tous quelque chose, désormais, l'endroit où l'on se cachait, nos possessions, nos talents... Tout ce qui aurait un minimum d'intérêt pour un agresseur, tout ce qui risquait de nous faire blesser ou de dévoiler une faiblesse.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Dim 28 Jan - 21:34
Juliet fixait le velux, observant les gouttes d’eau tomber et s’écraser sur le carreau, en faisant un petit bruit bien significatif à chaque fois. Elle ne s’en plaignait pas vraiment, elle avait toujours adoré la pluie, ça lui donnait envie de s’enrouler dans un plaid, avec une tasse de café, et un bon livre. Peut-être même était-ce exactement ce qu’elle aurait fait si elle avait choisi de passer l’après-midi à Fort Hope, avec Maddie, qui n’aurait d’ailleurs pas été contre un peu de compagnie, malgré ce qu’elle continuait à clamer, haut et fort.

Quoi qu’il en soit, Anna semblait faire preuve d’autant de patience que Jules, ce qui serait sans doute plus que nécessaire dans une situation telle que celle dans laquelle se trouvait à présent les deux jeunes femmes. Entre les rôdeurs qui arpentaient toujours les rues autour de la maison, et cet orage qui éclatait soudainement, il était difficile de savoir quand est-ce que les deux demoiselles allaient être capables de pouvoir reprendre leurs routes, si bien que leur patience serait peut-être mise à rude épreuve, sans qu’elles ne puissent rien y faire, pour autant.

Juliet suivit des yeux la silhouette d’Anna lorsqu’elle quitta le canapé, alors qu’elle s’étirait légèrement, et partait à la découverte de cette grande chambre, en silence. Elle prenait un objet, l’observait, le reposait pour en prendre un autre, et la brune finit par détourner le regard, tandis qu’elle farfouillait dans son sac à dos durant quelques secondes, bientôt interrompue par le rire d’Anna, qui l’interpella. Tiens, qu’avait-elle trouvé de si drôle ? Le visage de Jules exprima immédiatement son incompréhension face à ces propos de costume de tigre, qui titillait sa curiosité au possible. Mais de quoi parlait-elle ? Juliet n’en avait tout simplement aucune idée, mais à voir la façon dont la brunette avait du mal à retenir son fou rire, ça devait valoir le coup d’œil.

La jeune femme esquissa un léger sourire quand la chasseuse de primes clama haut et fort que l’ado qui vivait ici devait avoir de sacrés problèmes, et qu’elle enchaînait en lui demandant à quoi il devait ressembler, à son avis. Jules plissa les yeux, tandis qu’elle lâchait un long « hmm », qui traduisait sa réflexion. A son tour elle se leva, et se planta au beau milieu de la pièce, les mains sur ses hanches, tandis qu’elle détaillait une nouvelle fois les lieux, d’un œil nouveau, observant le bureau, les nombreux, trop nombreux posters même, alors qu’elle finissait par se tapoter la tempe. « -Je l’imagine avec les cheveux longs. On dirait qu’il y a pas mal de groupes de hard rock sur les murs, comme ça, il pouvait faire voltiger ses cheveux dans tous les sens en écoutant leur musique. » Son doigt quitta sa tempe pour se poser sur ses lèvres, alors qu’elle continuait ses réflexions sur celui qui vivait ici, dans le passé. Elle se rapprocha de l’un des posters avant de se tourner vers Anna, sans pouvoir retenir un sourire en coin. « -Timide. Il était timide, pas du genre à aimer se mêler aux autres, et il cultivait une certaine…tu sais…part de mystère. Le regard ténébreux, et tout ça. » Elle plissa les yeux, sans pouvoir retenir un léger sourire, alors qu’elle essayait de se faire une meilleure image du gamin qui vivait là. Elle se rendait bien compte que sa description tendait à la caricature et aux clichés, mais à qui est-ce que ça importait réellement ? Ce n’était pas comme si l’habitant des lieux allait s’offusquer de l’image qu’il provoquait dans son esprit. « -Je suis certaine qu’il faisait parti d’un groupe, du genre à se réunir dans le garage de l’un d’entre eux pour répéter des chansons affreuses. Si ça se trouve, il en a même écrit une pour la nana sur qui il fantasmait en secret. »

Tout en parlant, elle s’était rapprochée du bureau, dont elle observa une nouvelle fois le contenu, avant de s’avancer vers la bibliothèque, ses yeux glissant sur les titres des bouquins, alors qu’elle ne connaissait pas un seul des ouvrages. Ça ressemblait à de la littérature fantastique pour ados, enfin…le genre de livres qui n’avait jamais trouvé sa place dans la main de Juliet, mais qui semblait pourtant faire le grand bonheur du type qui vivait ici. Quoi qu’il en soit, il ne semblait pas être le genre de personnes à accepter de se faire enfermer dans une case, dans un moule conforme, du moins, c’était ce que semblaient indiquer les objets présents dans la pièce, ses goûts musicaux ou même littéraires. Juliet se rapprocha finalement du lit, s’asseyant sur le bord, avant d’attraper le cadre qui traînait sur la table basse, passant son pouce sur le verre pour en retirer l’épaisse couche de poussière. Et ce qu’elle y vit lui arracha un rictus amusé. « -Finalement, je me suis peut-être trompée ! » Et elle tendit le cadre photo à Anna, ce cliché où l’on voyait un garçon à l’apparence joviale, arborer un large sourire alors qu’il semblait tenir un prix entre les mains, où Juliet lisait difficilement qu’il était champion d’échecs. Il portait une coupe de cheveux gominée qui lui donnait l’air d’être un gentil garçon, un peu premier de la classe sur les bords, mais loin de l’image que Juliet avait construite de lui.  

Alors qu’Anna s’emparait de la photo, Jules posa sur elle son regard bleuté, se mettant à la fixer un peu trop longuement, sans même s’en apercevoir, glissant ses yeux sur la silhouette de la jeune femme. Il lui fallut quelques instants de plus pour remarquer ce qu’elle était de faire, à moins que ce ne fut le regard interloqué de la survivante qui lui fit comprendre qu’elle la fixait avec un peu trop d’entrain. « -Oh, euh…excuse-moi. J’étais en train d’essayer de m’imaginer comment tu pouvais être à son âge. » Elle sembla gênée un instant, comme si elle craignait que son coup d’œil un brin trop insistant ne mette Anna mal à l’aise, ce qui était loin d’être son intention.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 1 Fév - 9:14
Au rythme des paroles de Juliet, Anna continuait de tourner autour de la pièce et d'inspecter, dans l'indifférence totale, les objets dispersés dans la pièce. Dans son esprit se dessinait vaguement l'image fantomatique du jeune homme qu'elle lui décrivait et qu'elle voyait presque évoluer sous ses yeux dans cette chambre, se laisser tomber sur son lit pour écouter la musique trop fort ou lire l'un de ses romans étranges... L'exercice avait quelque chose d'amusant, de reposant aussi. C'était inutile et vain, mais Juliet, pour la première fois depuis qu'elles étaient coincées ici, se montrait particulièrement généreuse sur les détails et sa voix parvenait presque à bercer Anna. Cette dernière eut tôt fait de terminer son tour du propriétaire, revenant se planter devant la narratrice pour attraper le cadre photo qui présentait un jeune homme finalement très différent de ce qu'elle s'imaginait une seconde plus tôt. Elle observa la photo quelques secondes en silence, avant de laisser retomber mollement son bras contre sa hanche et de relever les yeux vers Juliet, redevenue incroyablement silencieuse et qui l'observait fixement. Cela lui fit froncer les sourcils une petite seconde, avant qu'elle ne retrouve un air impassible et que la brune s'excuse si promptement de ce geste. Ça n'était pas très poli, certes, mais ce ne serait pas à Anna de lui jeter la pierre sur ce sujet et elle étira plutôt un sourire, contournant le lit pour reposer la photo sur la table de chevet.

Dès que ce fut chose faite, la chasseuse de primes se laissa tomber sur le matelas, posant sa tête sur un oreiller poussiéreux sans trop s'en offusquer. Des lits comme ça, qui appartenaient à des inconnus et dans lesquels personne ne dormait plus depuis des mois, elle en avait visité assez pour ne plus tellement se prendre la tête à s'arrêter sur les détails. Quelques secondes, elle conserva le silence tandis que l'une de ses mains effleurait son visage pour y chasser les signes légers de la fatigue qui menaçait de s'installer pour de bon. « J'étais le genre adolescente lambda et sans intérêt. » souffla-t-elle finalement en posant son regard sur le plafond. « Pas spécialement populaire, pas spécialement rejetée. Élève moyenne, quelques amis, un copain dévoué. Une vie et une personnalité d'une banalité affligeante... » Pas d'histoires, pas de drames. Tout cela n'avait frappé sa vie que bien plus tard, à l'âge adulte, mais adolescente Anna n'était personne d'important, personne de spécial. Elle laissa un silence s'installer un moment, permettant aux souvenirs d'affluer un peu dans sa mémoire, jusqu'à ce qu'ils ne reviennent inlassablement à une version plus jeune et plus heureuse d'Arthur. « Et toi ? » demanda-t-elle pour chasser cette image de son crâne rapidement.

Sans trop savoir pourquoi, elle s'imaginait une réponse assez similaire de la part de Juliet, mais qui sait, elle pourrait peut-être encore être surprise... « Dans quel lycée tu allais ? » demanda-t-elle rapidement. Elles avaient grandi toutes les deux à Détroit, après tout et visiblement ne s'étaient jamais croisées même vaguement une seule fois en toute une vie. Ça aurait été amusant d'apprendre qu'elles aient fréquenté le même établissement, quoi qu'Anna n'y croyait pas tellement. Pour une étrange raison, elle imaginait plutôt la jeune femme avoir grandi dans un quartier plus aisé, peut-être même fréquentée des écoles privées. Quelque chose de très précieux, de très propre. Comme elle donnait l'impression de l'être au milieu de ce carnage sanglant et pourrissant qu'était devenu leur monde.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Ven 9 Fév - 19:09
Finalement, même si le jeune homme qui avait vécu dans les lieux ne semblait ressembler en rien à la description que Juliet venait d’en faire, il n’en demeurait pas moins qu’avoir dû l’imaginer avait été un moment divertissant, qui avait eu au moins le don de lui changer les idées pendant quelques instants, et de chasser de son esprit les rôdeurs amassés dans la rue, l’orage qui venait d’éclater, ou même le type qui s’était lancé à la poursuite d’Anna. C’était comme un interlude récréatif dans cette retraite stratégique qu’elles opéraient dans ce vieux grenier poussiéreux. Jules observa la jeune survivante s’emparer de la photographie qu’elle lui tendait, et constater par elle-même que l’ado qui vivait là était finalement bien différent de l’image produite par l’imagination de la brune.

Il lui fallut quelques longues secondes pour remarquer qu’elle fixait son interlocutrice avec un peu trop d’insistance, ce dont Juliet s’excusa rapidement, en détournant le regard. Pourtant, ça n’avait pas vraiment l’air d’offusquer Anna, qui garda pourtant le silence quelques instants, préférant venir s’installer sur le lit, ou s’y laisser tomber plutôt comme le ressenti la jeune femme déjà assise sur le lit. Jules prit quelques secondes pour fixer les gouttes de pluie qui s’écrasaient, puis coulaient, sur le velux, y trouvant un petit côté hypnotisant. Pourtant, la voix d’Anna ne tarda pas à retentir dans son dos, alors que la brune s’arrachait finalement à sa contemplation pour se tourner vers la jeune femme, en s’installant en tailleur. Elle plissa doucement les yeux, essayant de s’imaginer une version plus jeune de la survivante, qu’elle avait du mal à imaginer si banale que ça. Aujourd’hui, dans ce grenier, elle ne ressemblait en rien à une jeune femme banale, bien au contraire, et vu les choix de carrière qu’elle avait fait, cela ne faisait que renforcer le doute de Juliet.

Quand Anna lui retourna naturellement sa question, Juliet prit quelques instants pour y réfléchir, avant de détourner subitement le regard face à la nouvelle question de la jeune femme. Dans quel lycée elle allait ? Ce n’était pas vraiment une question à laquelle Jules aimait répondre, sans doute parce qu’elle craignait toujours que l’on se fasse une idée sur elle après sa réponse. Une idée totalement fausse. Pendant quelques brèves secondes, l’idée, l’envie même, de ne pas dire la vérité lui traversa l’esprit, avant qu’elle soupire discrètement. A quoi bon ? Le passé était déjà écrit, elle ne pouvait plus rien faire pour changer cela. « -J’étais à Greenhills School, à Ann Arbor. » Un lycée privé où Charles avait absolument tenu à l’inscrire, contre sa volonté, sans doute parce qu’envoyer sa fille unique là-bas lui accordait un prestige supplémentaire, qui échappait totalement à Juliet. Elle eut un sourire triste, avant de se décider à en dire davantage, comme Anna l’avait fait un peu plus tôt. « -Je détestais cet endroit. J’avais du mal à m’y retrouver, à me lier aux autres lycées qui allaient là-bas. » Et qui eux aimaient cette situation, et pouvoir dire à qui voulait bien l’entendre qu’ils étaient dans un lycée privé, on ne peut plus bon chic, bon genre. Elle eut l’impression d’être projetée des années en arrière, alors que chaque jour, elle gagnait son lycée, dans son uniforme ridicule, et qu’elle s’armait de patience pour affronter ces nouvelles journées. « -Je me mêlais pas trop aux autres, en fait, ça ne me dérangeait pas d’être seule. Enfin…je parlais bien à quelques personnes, mais bon…la plupart du temps, j’étais dans mon coin, avec mes écouteurs, et mon carnet à dessins. Et ça me convenait parfaitement. » Elle haussa une épaule, comme pour accentuer le fait que cette solitude qu’elle s’imposait parfois avait été loin d’être un fardeau pour elle.

Elle commença à jouer distraitement avec le rebord de son haut, repensant à cette époque où la pression de Charles était toujours beaucoup trop présente sur les épaules de Juliet, mais contre laquelle elle luttait chaque jour davantage, jusqu’à cette décision qu’elle avait prit, dans le secret de sa chambre d’ado, de s’inscrire dans une université, loin, très loin de Détroit, pour étudier les arts. Et elle ne put retenir un léger rire quand elle se souvint de la grosse colère qu’avait fait son père, ce jour-là, quand elle avait annoncé qu’elle partait pour Burlington. « -J’étais loin d’imaginer que ma vie serait comme ça à trente-quatre ans. » Mais en même temps, qui aurait pu soupçonner que le monde aurait pris cette tournure inattendue, et si dramatique ? Elle s’accorda un sourire, tâchant d’éloigner au fin fond de son esprit ce qui était douloureux, et contre lequel elle ne pouvait plus rien, pour ne penser qu’à ces instants passés qu’elle parvenait toujours à chérir. Juliet plissa doucement le nez, alors que dans un nouveau sourire en coin, elle ne tarda pas à rajouter, non sans une légère hésitation : « -Tu sais…j’ai du mal à t’imaginer si banale que ça…Enfin je veux dire, tu as l’air tout sauf banale, maintenant. » La brune se déplaça, pour venir coller son dos contre l’appui-tête du lit, alors qu’elle se remettait une nouvelle fois en tailleur, s’installant un peu plus confortablement.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mer 14 Fév - 9:26
Sans aucune surprise, le nom du lycée qu'Anna avait demandé tomba après un silence et la jeune femme allongée sur le lit baissa les yeux du plafond une seconde pour observer Juliet. Elle aurait du parier, juste pour avoir le plaisir de gagner quelque chose en retour, mais trop tard, il faudrait se contenter de la satisfaction d'avoir vu juste. Et comme si Juliet avait deviné, elle aussi, que cette réponse ne lui attirerait en rien les faveurs de la jeune femme, elle se sentit rapidement obligée de se justifier, d'assurer que ce n'était pas un endroit dans lequel elle se retrouvait à l'époque. Une solitaire... La brune coula un nouveau regard vers Juliet, son visage ne laissant rien paraître de plus qu'un léger étonnement. Ça, elle ne l'aurait pas deviné et c'était un peu différent aussi de ce qu'elle imaginait toute seule, mais n'ayant aucune raison de douter ou d'en avoir quelque chose à faire, elle ne répondit rien, laissant Juliet continuer sur sa lancée. Une dernière remarque, assez incongrue, arracha un sourire à la jeune femme. « Je crois que personne ne l'avait vu venir, cette vie. » souffla-t-elle, sur un ton étrangement... Joyeux ? Il n'y avait aucune tristesse dans sa voix, en tout cas, seulement cette étrange impression d'amusement. Mieux valait en rire qu'en pleurer, n'est-ce pas ? C'était un tournant tragique pour tout le monde, mais à défaut de pouvoir y faire quelque chose, on s'adaptait ou on mourrait. Annalise avait choisi de s'adapter, bien trop effrayée à l'idée de laisser tomber. Révoltée, plutôt. Mourir, elle savait que ça viendrait, mais quitte à ce que ça arrive, elle voulait que ce soit à sa façon, comme pour beaucoup d'autres choses dans sa vie à vrai dire.

Juliet parlait encore et bougeait aussi, poussant Anna à la suivre des yeux, surprise de la voir s'approcher à ce point. Elle ne s'était pas allongée à ses côtés, mais ça restait surprenant de la voir assise là, si proche qu'Anna aurait pu la toucher, ce dont elle se garda bien. Elle ne s'empêcha pas de se déplacer à son tour, cela dit, se couchant sur le flanc, un bras replié sous sa tête pour la lever vers la jeune femme et l'observer. Un sourire s'imprima sur ses lèvres tandis qu'elle cherchait un moyen de s'exprimer qui ne serait pas profondément déprimant. « Je l'étais pourtant, c'est vrai. » lança-t-elle d'abord, comme s'il fallait qu'elle se justifie. « C'est à la fac, que j'ai changé. » Son regard se détacha légèrement de Juliet pour se poser dans le vague, alors que les souvenirs affluaient malgré les efforts pour les repousser. « J'ai rencontré cette fille... Louise. Elle était... complètement différente. Vivante, assurée, indifférente à tout. Un peu égocentrique. Tout devait être une aventure pour elle et moi, j'étais la petite brune timide qui se tenait dans son ombre, je profitais de son rayonnement pour me réchauffer, de son énergie pour me révéler. C'est même elle qui a eu l'idée de mon choix de carrière, si tu veux tout savoir... Elle était mon modèle, ma meilleure amie... » Elle était, sûrement, la première personne qu'Anna ait jamais aimé. Réellement aimé. Un petit air triste passa sur son visage, très vite chassé alors que la jeune femme clignait des yeux plusieurs fois. Tâchant de chasser les souvenirs, ce baiser dans les toilettes de l'université, le sourire de Louise toujours tellement rayonnant, cette façon qu'elle avait de parler, de marcher, comme si le monde entier devait lui laisser la place et la regarder faire. Comme si tout et tout le monde lui appartenait, Anna plus que n'importe qui d'autre. Une relation probablement toxique dont Anna n'était pas parvenue à se défaire avant que le monde ne s'écroule. « Pour être auprès d'elle, j'ai du sortir de ma coquille, elle était trop bien pour la petite fille sage et timide alors je suis devenue quelqu'un qui méritait d'être dans sa vie. » conclue-t-elle finalement, comme s'il n'y avait rien de malsain là-dedans. Pourtant, même elle pouvait le voir, du moins aujourd'hui.

Un silence étrange suivit, au cours duquel Anna écouta simplement la pluie frapper contre le toit et résonner dans les combles, son regard posé sur Juliet ne la voyant pas vraiment. Tout cela lui semblait à la fois si lointain et encore si proche, comme arrivé la veille, mais pendant une immense beuverie qui rendait les souvenirs flous et légèrement déformés. Finalement, la chasseuse de primes secoua la tête, tâchant de se reprendre et de ne pas laisser tout cela l'abattre. C'était du passé, une porte fermée pour toujours qu'elle ne rouvrirait plus jamais. Elle cligna des yeux encore une fois, se forçant à retrouver une contenance et parvint même à étirer un nouveau sourire alors que son regard revenait sur Juliet pour s'y accrocher réellement cette fois. « Et toi ? La fac, c'était comment ? » demanda-t-elle, comme pour renvoyer la balle de la nostalgie à la jeune femme plutôt que de la laisser lui brûler les doigts. Elle venait de se confier sur la chose la plus intime et la plus particulière de sa vie à une parfaite inconnue et ça lui faisait drôle de le réaliser. Le manque de contact humain l'y avait poussé, sans doute. Elle pouvait prétendre le vivre très bien au quotidien, la vérité était toute autre et malgré l'affection qu'elle portait à Leroy, il n'était pas l'homme le plus concerné et le plus bavard qui soit.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Dim 18 Fév - 16:42
Juliet joua des épaules quelques instants, les faisant rouler en espérant dissoudre la tension qui les habitait, bien trop souvent à son goût, mais elle savait que le soulagement n’était en général que temporaire. Elle n’avait pu s’empêcher d’avouer à Anna qu’elle ne la trouvait pas banale, ou du moins que l’image qu’elle renvoyait d’elle, maintenant qu’elle était adulte, n’était pas celle d’une jeune femme banale, qu’on ne remarquait pas. La brune ne s’attendait cependant pas à ce que de cette remarque naissent tant de confidences de la part de la chasseuse de primes, qui lui livra des bribes de son passé, sans sembler particulièrement contrariée de parler de ça avec une illustre inconnue. Maintenant qu’elle y repensait, Jules elle-même avait réussi à se confier assez facilement à la jeune femme, malgré le fait qu’elles ne se connaissaient pas du tout. Peut-être que c’était ça, la clé pour réussir à se confier réellement, le faire avec quelqu’un qu’on se connaissait pas vraiment, et qui ne nous verrait pas différemment au quotidien, puisqu’il y avait de grandes chances pour que la route des brunes ne se recroisent jamais.

Alors qu’Anna continuait de lui parler de la jeune étudiante qu’elle avait été, Juliet plia l’une de ses jambes contre son torse, ne quittant pas la jeune femme des yeux alors qu’elle écoutait d’une oreille attentive ce qu’elle acceptait de lui livrer. Elle se montrait à l’écoute, pensant deviner dans les paroles de la brunette l’attachement qu’elle semblait avoir pour cette Louise, et à quel point elle avait compté pour elle. A quel point ça devait être important pour la jeune chasseuse de primes de retrouver celle qu’elle appelait sa meilleure amie. Et une nouvelle fois, Juliet espéra en silence que la jeune femme retrouverait sa Louise dans cette grande ville en ruines qu’était Détroit. Elle ne s’attendait pas à ce que son interlocutrice continue sur sa lancée, et ses nouvelles révélations ne manquèrent pas d’étonner Jules, qui tâcha pourtant de ne rien en montrer. De ce qu’elle comprenait, la jeune Anna avait dû changer, renoncer à celle qu’elle avait été jusque-là pour rester l’amie de cette Louise, et quelque chose là-dedans interpellait Juliet. Peut-être même comme ces mots qu’utilisait la demoiselle, ou cette façon qu’elle avait de penser qu’elle ne pouvait pas plaire à son amie comme elle était, ou qu’en étant simplement elle-même, elle ne méritait pas l’amitié de Louise. Mais après tout, qui était-elle pour la juger ? N’était-ce pas tout l’intérêt de se confier à une inconnue, éviter d’être jugée ? Et puis, en matière de relations foireuses, Juliet n’avait certainement aucun commentaire à faire à la jeune femme.

Les mains de la brune se posèrent une nouvelle fois de part et d’autre de sa nuque, alors qu’elle pressait la pulpe de ses doigts sur la peau de son cou, appréciant ce silence qui s’étirait une nouvelle fois entre elles, et qui n’avait rien de dérangeant. Et finalement, Anna lui renvoya sa question, lui demandant comme c’était passé la fac pour elle. Juliet y réfléchit quelques instants, alors qu’un sourire étirait peu à peu ses lèvres, au fur et à mesure que les souvenirs revenaient dans son esprit. « -C’était la liberté ! » commença-t-elle d’un ton enjoué qui sembla la surprendre elle-même. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas eu l’occasion de repenser à ces années-là de sa jeunesse. « -Je suis partie de chez mes parents sans leur accord, et je me suis installée à Burlington. Je me suis trouvé une chambre, dans une résidence étudiante, où j’avais une coloc plutôt sympa. Et je bossais dans un café du coin pour payer tout ça. » C’était compliqué de résumer en quelques phrases ce qui avait été cinq ans de sa vie, avec tout ce qu’elle avait vécu, les rencontres qu’elle avait pu faire, les changements qui s’étaient opérés en elle. « -C’était exaltant, de réaliser quelque chose par moi-même, de pouvoir enfin faire ce que j’aimais, sans avoir de comptes à rendre à personne, de pouvoir me gérer seule. » De pouvoir se passer de papa et maman, pour la première fois depuis qu’elle avait vu le jour. Juliet pouvait enfin prendre ses décisions seule, sans avoir à en référer à qui que ce soit, sans craindre que Charles ne vienne lui faire la morale, lui passer un savon, ou lui interdire tout bonnement de faire quelque chose. La liberté, c’était bien le mot qui résumait le plus ces années passées loin de Détroit. « -J’adorais la filière que j’avais choisi, la ville aussi…Ca m’a vraiment permis de m’affirmer, de découvrir qui j’étais, aussi. Oh…et…j’y ai vécu ma première vraie histoire d’amour, aussi. » Ou peut-être aurait dû-t-elle dire la seule. Pourtant, malgré la tristesse de certains des événements de cette période, Juliet ne pouvait se départir de son sourire, malgré la nostalgie qui menaçait de l’envahir à chaque instant.

Elle secoua légèrement la tête, pas vraiment pour se changer les idées, alors qu’immanquablement, les années qui avaient suivi son séjour à Burlington lui revenaient en tête. Elle se mordilla un instant la lèvre inférieure, avant de hausser une épaule, comme si elle venait de prendre silencieusement une décision seule. Si Anna s’était confiée à ce point, Juliet pouvait bien faire un effort elle aussi, même si elle était loin d’en avoir l’habitude, ou d’avoir de l’aisance pour parler ouvertement. « -Enfin…je n’ai pas pu finir mes études…pas tout de suite, en tout cas. Je suis tombée enceinte, et…enfin, voilà. Ça a un peu changé mes plans de vie de devenir mère. Je voulais devenir peintre, à la base…mais finalement, galeriste, ça s’en rapprochait pas mal…et je pouvais toujours continuer les peintures par plaisir. » Ca faisait beaucoup de confessions d’un coup pour qui connaissait réellement la jeune femme, mais elle se sentait assez à l’aise, à cet instant précis, pour aborder ces sujets, à croire qu’Anna la mettait en confiance, pour une raison qui lui échappait.

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