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 Perfect stranger || Anna
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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 22 Fév 2018 - 9:30
De toute évidence, parler de son passé apportait beaucoup moins de tristesse à Juliet qu'à Anna. L'artiste s'était comme réveillée d'un seul coup à une simple question, sa voix, ses traits, son corps entier se réchauffait pour y répondre et c'était un étrange spectacle que de la voir s'éveiller pour la première fois. Clairement cette période de sa vie avait fait le plus grand bien à Juliet, même si la fin ramena un léger courant d'air dans la pièce. Une seconde, Anna se demanda ce qui était advenu de cet enfant, mais elle n'avait pas besoin de poser la question pour savoir qu'il valait mieux éviter ce sujet si elle tenait à ce que la conversation reste légère. La réponse que Juliet aurait à donner importait peu, c'était un sujet sensible ne serait-ce que pour Anna et elle ne voulait pas prendre le risque de voir sa propre bonne humeur s'envoler soudainement. Car elle était. Ça venait de la frapper tout à coup, mais ça n'en restait pas moins vrai : elle se sentait bien, peut-être pas complètement heureuse, mais détendue oui. La pluie continuait de frapper contre le toit et couvrait les grognements, l'ambiance était calme et la conversation se faisait presque toute seule. « La vie a de drôles de façons de nous ramener brusquement à la réalité, hein... » souffla-t-elle seulement. Son regard jaugea encore un instant le visage de Juliet pour glisser finalement sur son corps, s'arrêtant un peu plus longtemps sur ses mains. Pas d'alliance. Peut-être y avait-il une trace plus pâle qu'elle ne voyait pas, peut-être le papa n'était-il pas resté en apprenant la nouvelle ou s'était enfui plus tard. Peut-être que rien de tout cela n'avait d'importance, au fond.

« Jamais mariée ? » s'entendit-elle pourtant demander avant de pouvoir le retenir. Ses sourcils se froncèrent un instant et son regard remonta brusquement sur le visage de la brune, espérant y trouver un air toujours serein. Gâcher le moment n'était pas dans ses projets, réellement et ce fut sans doute pour cela qu'elle s'empressa de reprendre la parole, comme si parler du désastre de son propre mariage pouvait tout arranger. « Arthur et moi, on s'est rencontrés au lycée et on s'est mariés presque à la seconde où on en est sortis. » lança-t-elle, surprise de sentir ses lèvres s'étirer dans un nouveau sourire, toujours timide, toujours un peu flou, mais réel. « La pire idée que j'ai jamais eu, je crois... Même s'il nous aura fallu huit ans pour le comprendre. » Elle lâcha un léger rire, presque silencieux. « Divorcée à vingt-six ans, c'est pas commun, comme situation. » Elle laissa passer un court silence, comme pour laisser le temps à Juliet de savourer toute l'ironie de la situation alors qu'il n'y avait franchement rien de très appréciable dans un divorce. Surtout pas dans le sien.

« C'était un homme vraiment parfait, gentil... mais il voulait des enfants et la nature en avait décidé autrement pour moi, alors tout à coup, on a réalisé tous les deux que se marier à dix-huit ans, c'était peut-être une décision un peu précipitée. » reprit-elle, plus tristement. « Et puis, je crois que le fait que je rêvais secrètement de me faire ma meilleure amie n'a pas trop aidé à apaiser les tensions entre nous. » Un autre rire perça et la jeune femme cessa finalement de parler. Elle se confiait avec une facilité déconcertante. Et n'en ressentait presque aucune gêne, comme si tout cela n'était finalement pas sa vie, pas vraiment en tout cas. Ça remontait à trop loin, avec tout ce qui était arrivé en deux ans, l'existence ayant précédé l'apocalypse ne conservait aucune réalité tangible. Le moment aurait tout de même semblé idéal pour changer de sujet, poser une autre question pour espérer détendre l'atmosphère et insister sur l'indifférence qu'Anna portait désormais à toute cette histoire, mais elle ne trouvait rien de plus à dire et ne chercha pas à se forcer.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Dim 25 Fév 2018 - 15:50
C’était étrange de repenser au passé à cet instant, étrange également de constater qu’après tout ce temps, ce n’était peut-être plus aussi douloureux d’en parler à voix haute. Oh bien sûr, elle avait été stupide, avait fait des choix terribles qui avaient pesé, et pesaient encore, sur sa vie, mais dont elle semblait s’être enfin remise. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, Juliet n’éprouvait aucune difficulté à aborder ce passé révolu avec Anna, qui se confiait elle aussi comme si elles étaient des amies de longue date. A la remarque de la jeune femme, la brune hocha la tête, façon silencieuse de rallier son point de vue. Oui…la vie avait parfois de drôles de manières de jouer avec eux, comme s’ils n’étaient que de simples pantins, suivant un plan dont ils n’avaient même pas connaissance.

Quand la jolie chasseuse de primes lui demanda si elle était mariée, Juliet esquissa un léger sourire en coin. Quand elle était ado, gavée aux histoires d’amour à l’eau de rose et autres contes de princesses qui avaient fait son enfance, elle ne rêvait que de ça, d’un beau mariage, d’elle dans sa robe blanche, des vœux qu’elle prononcerait, de cet amour éternel qu’elle promettrait à l’homme qui faisait battre son cœur. Et puis, elle avait grandi, mûri aussi, et le mariage lui était davantage apparu comme une convention que comme un réel acte d’amour et d’engagement. Qui avait besoin d’une cérémonie et d’un anneau pour s’engager, et prouver son amour à la personne aimée ? De toutes façons, il fallait bien avouer que la situation personnelle de Juliet ne lui avait pas vraiment permis d’épouser qui que ce soit non plus. Elle avait foiré sa seule vraie relation sérieuse, et avait passé les dix années suivantes bien trop attachée à Logan, et pleine d’espoir, pour vivre pleinement une autre relation. Il n’y avait que Kelly qui s’était accrochée contre vents et marées, avec le résultat désastreux qui s’en était suivi. Pourtant, le sourire que Jules avait accroché sur son visage ne l’avait pas quitté, alors qu’elle lâchait finalement une simple réponse, du bout des lèvres. « -Jamais. Je n’en ai pas eu l’occasion. » Façon détournée de dire qu’elle n’avait pas eu de relation assez sérieuse pour envisager un mariage.

Néanmoins, Juliet fut assez surprise d’entendre Anna enchaîner avec son propre mariage, bien qu’elle n’en montra rien. Et la façon dont la jeune femme lui racontait sa propre histoire d’amour arracha un franc sourire à la brune, animée par le rire de son interlocutrice, qui semblait amusée par ce qu’elle était en train de lui raconter, alors même que les propos en question n’étaient pas forcément les plus gais qui soient. La fin d’une histoire d’amour n’était jamais une partie de plaisir. C’est vrai que ce n’était pas banal d’être divorcée à vingt-six ans, mais ça ne l’était pas vraiment non plus de se marier à dix-huit ans, à croire que leur histoire était assez hors-normes dès le départ. Jules resta silencieuse, alors qu’Anna enchainait assez rapidement, pour lui parler de cet homme, qu’elle avait aimé, mais qu’elle avait fini par quitter. Elle fut une nouvelle fois étonnée des confidences de la jeune femme, de cette façon si détachée qu’elle avait de lui expliquer la fin de son mariage, des raisons qui l’avait éloigné de son Arthur, de cette façon qu’avait Juliet de comprendre qu’elle n’avait jamais pu avoir d’enfant. Il valait mieux éviter de rebondir sur ces événements tristes qu’elle lui décrivait, et la suite de son récit étonnait bien moins la brune, qui laissa la commissure de ses lèvres s’étirer dans un sourire en coin.

Là, en revanche, elle n’était pas vraiment surprise d’apprendre qu’Anna avait été attirée par sa meilleure amie. Il suffit d’entendre les propos qu’elle avait à son égard pour se douter qu’il y avait eu plus qu’une simple amitié entre elle et sa Louise. Juliet la fixa un petit moment en souriant doucement, avant de se demander si elle voulait réellement se montrer aussi indiscrète que la question qui lui brûlait les lèvres depuis la révélation d’Anna le supposait. Elle se laissa un peu affaisser contre la tête du lit, fixant encore quelques secondes la brune avant de se jeter à l’eau. « -Et pourquoi tu ne l’as pas fait ? Tu aurais pu quitter Arthur pour être avec elle si tu étais amoureuse d’elle. Parce que…c’était bien le cas, non ? » demanda-t-elle finalement en plissant légèrement les yeux, bien consciente de franchir une limite qu’Anna ne l’avait pas autorisé à franchir. La vie était trop courte pour passer bêtement à côté des gens qu’on aimait, et c’était une leçon que Juliet avait apprise chèrement.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 26 Fév 2018 - 12:21
Toujours allongée sur le lit, Anna se décida finalement à se détourner de Juliet, roulant doucement pour se mettre sur le dos et laisser son regard se perdre sur le plafond. C'était étrange. Vraiment étrange. Elle refusait généralement de parler de Louise ou d'Arthur. Elle refusait même de seulement penser à eux, en fait. Mais là... C'était presque comme si les mots sortaient tous seuls. Comme si elle ressentait vraiment le besoin de tout lâcher pour se débarrasser pour de bon de toute cela. Dieu, elle venait même d'admettre à voix haute et à une parfaite inconnue avoir été attirée par une femme. C'était la première fois. Anna avait trente-deux ans et, de toute sa vie, c'était la première fois qu'elle admettait devant quelqu'un être attirée par les femmes. Et ça lui était égal. Elle réalisait tout à coup que ça n'avait aucune importance et qu'elle avait été stupide de le cacher pendant presque toute sa vie. Juliet n'était qu'une jeune femme croisée au hasard de sa survie, elles ne se reverraient sûrement jamais après aujourd'hui. Et même si elles devaient se revoir, qu'est-ce que ça changeait ? Personne n'en avait rien à faire. Et pour le coup, Anna ne se sentait presque pas mal à l'aise. Seulement un peu étrange, de réaliser ce qu'elle venait de faire, de dire. La facilité avec laquelle elle l'avait dit, avec laquelle elle avait parlé de son passé. Et ce sentiment plus perturbant encore de parler de quelque chose qui ne la concernait même pas vraiment.

Du moins était-ce ainsi qu'elle se sentait jusqu'à ce que la voix de la jeune femme ne vienne perturber ses pensées, posant une question qu'Anna ne s'était certainement pas attendu à entendre de la part de cette femme qui lui semblait pourtant étrangement timide. Son regard se souleva pour la regarder, sans qu'elle n'y parvienne très bien sous cet angle. Et un silence s'installa quelques secondes, alors qu'Annalise cherchait ses mots. Elle aurait pu aussi bien ne pas répondre, à vrai dire. Rien ne l'y obligeait réellement et s'il fallait changer de sujet, elle ne pensait pas que ce soit si difficile. « Je l'ai fait. » souffla-t-elle pourtant. « Le jour-même où mon divorce a été prononcé. Et aussi souvent que possible pour les quatre années qui ont suivi. » Elle continuait de parler de cette façon un peu étrange. Nostalgique sans vraiment l'être. Pensive. Était-elle amoureuse de Louise ? La réponse à cette question était affreusement limpide. Bien sûr qu'elle l'était. Elle l'avait été toute sa vie. Du moins, depuis qu'elle se connaissaient. Elle l'avait aimé dès qu'elle l'avait vu. Et ça lui avait causé tellement de peine, même quand tout allait bien entre elles. « Mais Louise était... compliquée. » souffla-t-elle, finalement. « Je ne pense pas qu'elle était amoureuse de moi, elle avait juste peur d'être toute seule. » Ce qui était affreusement triste et profondément vrai, même s'il avait fallu toutes ces années à Anna pour le comprendre.

Un nouveau silence s'imposa alors que la chasseuse de primes se plongeait de nouveau dans ses pensées toutes tournées vers celle qui avait été sa meilleure amie. Et tout à coup, l'impression que tout cela n'était rien de plus qu'un souvenir lointain commença à s'estomper. Elle n'aimait pas ça, elle n'aimait pas ça du tout. Un soupir s'échappa d'entre ses lèvres et elle cligna des yeux plusieurs fois pour chasser toutes ces images, toutes ses pensées qui ne servaient plus à rien. « Et toi ? » demanda-t-elle, donnant un faux air décontracté à sa voix. Une petite vengeance, peut-être ? Probablement que oui. « Parle-moi de tes histoires d'amour. Donnant-donnant. » D'accord, Juliet ne l'avait absolument pas obligée à se lancer sur cette pente glissante, mais maintenant que c'était fait, elle renvoyait la balle dans l'espoir que ses propres démons soient noyés sous ceux d'une autre.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 8 Mar 2018 - 23:05
De ce duo improbable qu’elle formait avec sa meilleure amie, Juliet était celle des deux qui était réservée, qui évitait de poser des questions indiscrètes, de mettre les pieds dans le plat, ou de se faire remarquer. La taciturne, c’était elle, elle l’avait toujours été. Pourtant, à cet instant précis, et après s’être brièvement fait la remarque que sa question ne la regardait absolument pas, et qu’Anna aurait tous les droits du monde de lui dire d’aller se faire voir, elle avait quand même posé cette question à laquelle elle était pourtant persuadée d’avoir sa réponse. C’était les mots qu’elle avait employé pour décrire Louise qui lui avaient mis la puce à l’oreille, cette façon dont elle parlait d’elle avec cet attachement, cette admiration, même. A sa question, Anna enchaîna avec un long silence, peut-être était-elle en train de réfléchir à la meilleure manière de dire à Juliet qu’elle devait s’occuper de ses affaires, et arrêter de poser des questions débiles.

Pourtant, ce fut une toute autre réponse que la brune entendit, une réponse qui la surprit, bien qu’elle tenta de ne rien en montra. Alors comme ça, elle avait avoué ses sentiments à sa meilleure amie ? Elle ne s’y était pas attendue, pas non plus à la suite de ses révélations. Elle lui parlait de quatre années…quatre années où elles avaient été en couple ? Jules n’osa pas demander de précisions, se contentant d’accueillir les confidences qu’Anna acceptait de partager avec elle. Pourtant, elle dû bien admettre que la suite des paroles de la jeune chasseuse de primes lui fit légèrement froncer les sourcils. Elle comprenait, peut-être à tort, que les choses n’avaient pas très bien fini entre elles, et qu’Anna n’avait jamais vraiment été certaine des sentiments de Louise à son égard. Ce qui pouvait rendre facilement dingue, Juliet elle-même l’avouait bien volontiers. S’interroger sans cesse sur les sentiments de l’autre, ou ce qu’il pouvait ressentir, était un combat épuisant. Et sans qu’elle ne comprenne d’où venait cette sensation, la jeune galeriste se sentit soudainement triste pour cette jeune femme qu’elle ne connaissait même pas, et cette histoire qui avait eu l’air de connaître autant de hauts que de bas. Elle espérait ne pas avoir plombé l’ambiance avec sa question, et elle voulait s’excuser de s’être montrer si curieuse, alors qu’elle n’aurait clairement pas dû se mêler de ce qui ne la regardait pas.

Pourtant, les mots moururent sur ses lèvres, elle ne savait pas comment exprimer ses remords, et s’excuser n’avait jamais été la chose la plus aisée du monde pour elle. Juliet respecta le silence d’Anna, persuadée qu’elle avait involontairement fait remonter des souvenirs pas forcément agréables à la jeune femme, et ne connaissant pas suffisamment son interlocutrice pour réparer ses maladresses. Pourtant, après un temps de silence que Jules n’aurait su juger, la jeune brune ne tarda pas à lui demander à son tour de lui raconter ses histoires d’amour, ce qui ne manqua pas d’étirer légèrement, discrètement, les lèvres de Juliet : « -C’est de bonne guerre. » Elle referma les bras sur sa poitrine, sachant très bien par où elle allait commencer. Il fallait dire que concernant ses histoires d’amour, Juliet estimait qu’il n’y avait pas grand-chose à dire de vraiment intéressant.

La brune resta silencieuse à son tour quelques instants, avant de se lancer enfin. « -J’ai rencontré quelqu’un quand j’ai déménagé à Burlington. On a commencé à se fréquenter timidement, et puis…on a passé les cinq années suivantes ensemble. On était deux gosses amoureux, qui rêvaient de leur future vie ensemble, de la maison où on voulait vivre, des enfants qu’on aurait ensemble… » C’était étrange de repenser aussi précisément à tout ce qu’ils avaient pu se dire dans la chambre d’étudiante de Juliet, à la fac, ou dans cet appartement où elle avait fini par emménager, avec Logan. Elle avait l’impression que ce passé là appartenait à une autre vie, vu tout ce qu’il s’était passé depuis cette époque lointaine. Jules soupira légèrement, avant de hausser négligemment une épaule. « -Sauf que je suis tombée enceinte beaucoup plus tôt que prévu, et…et j’ai tout simplement paniqué. J’ai quitté Logan, et je suis rentrée à Détroit, où notre fille est née. Mon père avait énormément d’influence sur moi à l’époque, et j’étais tellement paumée que je l’ai laissé me manipuler à sa guise, et m’éloigner de l’homme que j’aimais. » Elle plissa les yeux, alors qu’elle pouvait revisualiser toutes les disputes qu’elle avait eu avec Charles au sujet du mécanicien, pour qui il avait très peu d’estime, sans jamais chercher à le cacher, même pas devant Logan.

« -J’ai mis trois ans à présenter à Logan sa fille, et ensuite….ensuite, on a essayé de…je sais même pas…de vivre un semblant de vie de famille, Eulalie a appris à connaître son père, elle a fini par passer des week-end chez lui. C’était bancal, on s’en est pas toujours sortis, mais on a vraiment essayé. Enfin, j’imagine… » C’était compliqué de se remémorer tous ces instants qui ne s’étaient pas toujours très bien passés, ces déceptions, ces peines qu’ils s’étaient infligés à tour de rôle, et cette incapacité qu’elle avait eu d’aller totalement de l’avant, et de vivre enfin sa vie, à elle. « -Je suis restée attachée à lui bien trop longtemps pour songer à fréquenter réellement d’autres personnes, à essayer d’avoir de vraies histoires sérieuses. » Est-ce qu’elle avait l’impression avec le recul, d’avoir gâché des années de sa vie ? C’était difficile à dire. Et en règle générale, Juliet évitait d’y pensait, elle tâchait même de refouler ça au plus profond de son esprit, sans doute parce que maintenant, elle n’y pouvait plus rien. « - La femme que je fréquentais l’année dernière a dû en avoir assez de pas savoir exactement où on allait ensemble, et sans que je comprenne comment on en est arrivées là, on a fini par ne plus se comprendre. Elle est partie du jour au lendemain, et…enfin, j’espère qu’elle a trouvé ce qu’elle cherchait entre temps, c’était une chouette fille. » Qui méritait bien mieux que ce que Juliet lui avait offert, et qu’elle regrettait profondément. Elle ignorait désormais où était Kelly, si elle avait trouvé une femme capable de l’aimer comme Jules n’avait pas réussi à le faire quand elles étaient encore ensemble. Elle s’en voulait de ne pas avoir traité la jeune femme comme elle le méritait, et c’était un fait sur lequel elle ne pourrait désormais plus revenir. Comme bien d’autres regrets qui continuaient de la ronger malgré elle.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 12 Mar 2018 - 13:26
Il devait exister des millions de choses plus importantes aujourd'hui que de triviales histoires de cœur. Ne faire qu'y penser n'était même plus dans les habitudes d'Anna depuis un moment. Et pourtant, elle relançait le sujet elle-même, invitant Juliet à partager ses expériences comme Anna venait de le faire. Ça avait quelque chose d'agréable, de ne pas se concentrer sur la survie pour une fois. L'espace d'un instant, être seulement une femme, tout ce qu'il y a de plus normal et penser à des choses qui n'avaient plus leur place dans ce monde. Et là où Anna s'était montrée incroyablement concise malgré l'intimité du sujet, Juliet se faisait plus bavarde. L'histoire qu'elle racontait semblait compliquée, mais ne l'étaient-elles pas toutes ? Anna ne valait sans doute pas mieux avec son histoire avec Louise, bien qu'il n'y ait jamais eu d'enfant impliqué, d'innocent blessé. À part peut-être Arthur, mais les raisons en étaient bien différentes.

Sans un mot, la jeune femme écouta Juliet jusqu'à la fin, sans s'attendre à découvrir quoi que ce soit d'autre qu'une banale histoire d'amour avec un homme qui, peut-être, pouvait même bien finir. Qui sait ? Mais quand il fut question d'une femme, Anna sentit comme un léger sursaut. Elle releva les yeux vers Juliet, un rire silencieux secouant ses épaules. Ça, elle ne l'avait pas vu venir, tiens. La vie était pleine de surprise, finalement, même encore aujourd'hui. « Une femme ? » demanda-t-elle, comme pour confirmer qu'elle avait bien compris. Ce qui n'était pas exactement le but de sa question, en fait. Juste une manière de noter sa surprise, de l'exprimer. « C'était quoi, une expérience ? Un accident de parcours ? » Il n'y avait pas de jugement de valeur dans sa voix. Qui était-elle pour juger, après tout ? Elle assumait à peine ce qu'elle était, ce qu'elle voulait, elle ne se serait jamais permise de dire à qui que ce soit comment vivre sa vie et encore moins sur ce sujet. Mais peut-être y avait-il quelque chose de rassurant à se dire qu'elle n'était pas la seule pauvre idiote au monde à avoir préféré un homme ne serait-ce que par habitude, par facilité, par... manque de courage ?

« Comment on fait, pour trouver l'amour dans un monde comme ça ? » reprit-elle finalement, l'une de ses mains abandonnant son ventre pour désigner vaguement la pièce autour d'elles. C'était quelque chose qui lui échappait totalement. Trouver le temps et surtout une personne à qui confier ainsi sa personne. Elle n'y arrivait pas, elle, en tout cas. Mais elle n'était pas faite de marbre et bien sûr, la chaleur humaine lui manquait parfois. Plus souvent qu'elle n'aurait voulu l'admettre probablement. Mais les gens qu'elle croisait depuis deux ans... Ils étaient tous voués à mourir, n'est-ce pas ? Il lui manquait quelque chose, la confiance, la sécurité, une liberté à s'engager auprès de quelqu'un sans craindre chaque seconde de la perdre. « Ça doit être... compliqué. Et effrayant. » conclue-t-elle finalement, pas tant pour Juliet que pour elle-même.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mar 13 Mar 2018 - 21:33
Lorsqu’Eulalie était morte, quelques mois plus tôt, Juliet s’était refermée comme une huître, se coupant énormément des autres survivants de son camp, Kelly en tête. Alors qu’elle aurait dû accepter le soutien de sa compagne, ses attentions et ses paroles réconfortantes, la brune s’était éloignée, passant de longues nuits hors de leur maison, alors que la jeune militaire avait fini par fuir leur chambre pour dormir au salon, puis par fuir la bâtisse dans laquelle elles vivaient toutes les deux, et enfin, fuir la vie de Jules. Cette dernière n’avait rien fait pour la retenir, accepter la mort de son unique enfant avait été une épreuve dont elle se remettait doucement, et la survivante restait persuadée qu’elle n’arrivait pas à aimer Kelly comme elle le méritait, comme elle aurait dû le faire. Alors, elle l’avait laissée partir, convaincue que c’était la meilleure chose à faire pour le bonheur de la petite rouquine. Avec le recul, Juliet avait l’impression que ça c’était passé il y avait une éternité, à une période lointaine dont quelques pans lui échappaient.

Perdue dans ses pensées par forcément très joyeuses, elle fut surprise d’être ramenée à la réalité de la chambre par le rire d’Anna. Quoi…elle avait dit une bêtise ? Jules fronça légèrement les sourcils, avant que la chasseuse de primes ne précise ce qui semblait tant l’amuser. Et si la brune aurait pu se montrer vexée par de tels propos, ce fut pourtant un sourire malicieux qui étira le coin de ses lèvres. Hum…c’était plutôt une habitude, à vrai dire. « -Pas exactement, non. Il m’a fallu du temps pour m’en rendre compte, et encore plus pour arrêter de lutter contre, mais ça fait quelques années que j’ai accepté mon attirance pour les femmes. » Elle adressa un nouveau sourire à la survivante à ses côtés. Il n’avait pas été aisé de mettre de côté les préjugés des autres, de ne plus craindre les remarques déplacées, désobligeantes, de ne plus se préoccuper de la réaction de Charles, face à la bisexualité de sa fille. Pourtant, Juliet y était parvenue, se décidant à faire de son bonheur un élément plus important que l’opinion que l’on pouvait avoir d’elle. Et elle n’avait pas regretté une seule fois, depuis.

La nouvelle remarque d’Anna lui arracha un léger froncement de sourcils, alors que la brune relevait spontanément les épaules dans un vague haussement. « -Kelly et moi, on se connaissait d’avant. On avait déjà eu une…histoire, il y a quelques années. » Elle n’était pas certaine d’avoir répondu exactement à la question de la jeune femme. Mais il ne fallait pas imaginer une Juliet en mal d’amour, parcourant les rues infestées de rôdeurs de Détroit en quête de quelqu’un à aimer, et qui l’aimerait en retour. Ça ne lui ressemblait pas vraiment. Et puis…elle commençait à s’habituer à cette solitude que le départ de Kelly lui avait imposé. Elle s’humecta les lèvres, réfléchissant aux paroles d’Anna pendant quelques instants. « -Ca ne l’était déjà pas avant ? » Répondit-elle, aux paroles de la brunette qui affirmait que trouver l’amour de nos jours devait être compliqué et plutôt flippant. Elle n’avait sans doute pas tout à fait tort, et maintenant qu’Anna soulevait la question, Juliet devait bien admettre qu’elle ne trouvait aucune réponse satisfaisante.  Peut-être parce que c’était une question qu’elle ne s’était plus vraiment posée depuis le départ de Kelly.

Dans une vie de camp, comme celle que vivait l’artiste, il était peut-être plus facile de trouver quelqu’un à aimer, et avec qui partager cette vie de survivant qui était la leur, bien que cela n’ai pas été très probant pour Juliet jusqu’à maintenant. Finalement, elle laissa échapper un petit rire, avant de lever les mains en signe d’impuissance : « -Tu sais, si y’a bien une chose à retenir de mon histoire, c’est que je suis loin d’être une experte en amour ! » Elle adressa un sourire à Anna, avant de fixer l’un des posters face au lit, sans doute l’une des dernières images que l’occupant des lieux devait avoir avant de s’endormir. Puis, le regard dans le vague, elle rajouta, peut-être autant pour elle que pour la jeune femme à ses côtés : « -Peut-être que le secret, c’est de pas lâcher l’affaire quand tu tombes sur quelqu’un qui te plaît vraiment, et de te donner les moyens d’y arriver… » De mettre de l’eau dans son vin, de faire des concessions, d’accepter d’abattre ses barrières et de laisser l’autre prendre dans sa vie la place qui lui revenait. Tant de choses que Juliet n’avait pas su faire avec Kelly, et qu’elle n’aurait plus jamais l’occasion de réparer.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Ven 16 Mar 2018 - 10:18
Le sourire d’Anna s’envola aussi vite qu’il était venu et son regard sérieux scruta Juliet quelques secondes, alors que la jeune femme lui avouait que son attirance pour les femmes datait de quelques années. Que ça n’avait pas été facile à accepter pour elle non plus. Leurs expériences différaient certainement beaucoup. Anna n’avait pas seulement eu du mal à l’accepter, elle ne l’avait jamais vraiment fait. Il y avait toujours eu Louise, quelques femmes quand elle voyageait pour son travail, mais rien de réel, rien d’assumé et ce sentiment plus profond, étrange, qui accompagnait toujours ses quelques tentatives d’assumer ce qu’elle était. Un genre de culpabilité, de gêne, elle n’aurait pas su le dire. Et c’était suffisamment perturbant pour elle, qui se révélait pourtant une femme sûre d’elle dans le reste de sa vie. Mais ça avait quelque chose de rassurant de se dire qu’elle n’était pas la seule, que même si leur expérience avait été différente dans les faits, Juliet se révélait mieux placée qu’une autre pour comprendre.

Pour un instant, Anna décida pourtant de chasser toutes ces pensées qu’elle n’était pas encore certaine de savoir comment gérer ou formuler et se permit d’autres questions. Un sujet légèrement différent, sans l’être vraiment. Il n’y avait pas de formule magique et Juliet ne se sentait pas à sa place pour parler en experte, mais Anna avait envie de la détromper sur ce coup. “Encore faut-il tomber sur quelqu’un. Dans ce monde, c’est plus compliqué que jamais.” Tellement compliqué que ça n’était pas arrivé à Anna en deux ans, mais peut-être qu’elle n’avait juste pas assez regardé. Elle se redressa finalement, s’asseyant à son tour et se tourna vers Juliet. De nouveau, son regard scruta la jeune femme avec insistance sans qu’aucun mot ne vienne perturber le silence qu’elle imposait. Personne ne devait se considérer comme un expert de l’amour, pensa-t-elle, mais tout le monde en avait besoin dans le fond. L’amour ou une pâle copie, du moment qu’on se sentait un peu moins seul et dans ce monde, la solitude devenait monnaie courante.

“Je n’ai jamais vraiment fait mon coming-out.” lâcha-t-elle au bout d’un moment, sans trop savoir pourquoi elle continuait de parler. Pourquoi elle parlait de ça. “Louise et moi, c’était toujours en privé, à l’extérieur, devant les autres on était seulement amies. Et les autres… Je trouvais toujours une excuse pour justifier : l’alcool, la solitude, n’importe quoi du moment que je n’avais pas à dire aux yeux du monde ce que je voulais réellement.” Elle détourna le regard et se terra de nouveau dans le silence, s’offrant quelques secondes pour mesurer ce qu’elle venait de dire, pour se repasser le film pathétique des six dernières années et du comportement ridicule qu’elle avait eu tout ce temps. Tout avait changé, maintenant. Plus personne ne la regardait, ne pourrait la juger, parce qu’il n’y avait plus personne. Cette idée lui arracha un frisson. Elle releva les yeux vers Juliet, en même temps que ses bras cessaient d’encercler ses genoux et que les paumes de ses mains venaient s’appuyer contre le matelas. En une seconde, peut-être deux, Anna s’était redressée, agenouillée devant la jeune femme. Et avant d’avoir le temps de réaliser, de regretter, ses lèvres trouvèrent celles de Juliet, la plongeant dans une paralysie étrange qu’elle n’avait pas vu venir.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 19 Mar 2018 - 21:59
A mesure que Juliet évoquait ses hésitations passées, ces incertitudes qui l’avait fait se questionner plus d’une fois, ces doutes qui s’étaient emparés d’elle au point qu’elle avait joué le rôle d’une autre pendant une éternité, les souvenirs lui revenaient, peu à peu. La première femme qui avait réellement retenu son attention, le premier baiser échangé avec l’une d’entre elles, sa première nuit dans les bras d’une infirmière rencontrée à une réunion avec la maîtresse de sa fille. Tant de flashbacks qui faisaient leur apparition, sans que Juliet n’ai vu quoi que ce soit venir. Et avec ce flot de souvenirs, s’imposa à elle ce fameux dimanche midi, où Eulalie et elle étaient allées manger chez les Whitman, accompagnée de celle qui partageait la vie de l’artiste à ce moment-là. Ce jour où elle avait pris la décision d’assumer sa bisexualité devant sa famille. La brune pouvait encore se souvenir du regard interloqué de sa mère, et de la fureur de son père, qui avait pris son assiette et était allé manger dans son bureau, sans repointer le bout de son nez de l’après-midi. Oh certes, Juliet s’était sentie mal pour la jeune femme qui était venue avec elle, mais au fin fond d’elle, elle était malgré tout légèrement ravie d’avoir agacé son père, et d’avoir emprunté une voie différente de celle qu’il lui avait prévu, et qu’il n’avait, pour le coup, certainement pas vu venir. A la pensée du visage rubicond de son père, de ses yeux exorbités, Jules esquissa un léger sourire en coin, avant d’être rappelée à l’instant présent par Anna, qui la regardait d’un drôle d’air.

La jeune femme n’avait sans doute pas tort, rencontrer quelqu’un, de nos jours, n’était pas chose aisée. Et si, par hasard, votre route croisait celle d’un autre survivant, rien ne garantissait qu’il ne s’agisse pas d’une personne hostile, ou qui ne rêverait pas de vous grignoter en hamburger. Et même s’il ne s’agissait pas d’un survivant dangereux, il fallait encore que l’alchimie fasse son œuvre, que l’entente soit là, et bien sûr, l’attirance aussi. Les sentiments viendraient sans doute dans la foulée, avec le temps, mais encore fallait-il que l’occasion se présente, et que personne ne se fasse croquer par un rôdeur entre temps. Un programme qui semblait, sur la distance, difficile à tenir. Et puis…qu’en était-il des rencards post-apocalyptiques ? Anna avait entièrement raison, les chances de réussir à s’écrire un happy-ending dans le monde dans lequel ils vivaient désormais étaient relativement minces. Mais était-ce une raison suffisante pour ne plus y croire du tout, ou pour renoncer ? Sans doute pas. Il y avait des causes qui méritaient que l’on se batte jusqu’au bout, et celle-ci en faisait sans doute parti.

Le regard azur de Juliet ne quitta pas la jolie brune du regard tandis qu’elle se redressait, et s’asseyait finalement sur le lit à son tour. Ses yeux marrons fixaient la jeune femme d’une lueur que Jules avait du mal à interpréter, pourtant, elle ne posa aucune question, se contentant de regarder à son tour longuement Anna, qui semblait en proie à des pensées qui échappaient totalement à la peintre. Elle avouait n’avoir jamais fait son coming-out, mais n’était-ce pas exactement ce qu’elle venait de faire, avec Juliet ? Elle était une simple inconnue, et pourtant, elle venait de lui confier avec une facilité assez déconcertante qu’elle était attirée par les femmes, et qu’elle avait vécu une histoire tumultueuse avec celle qu’elle considérait comme sa meilleure amie. « -Tu viens juste de le faire, Anna. » Et qu’importait que Juliet en soit la seule témoin, et que le reste de l’humanité ne connaisse jamais les penchants de la jeune femme, qu’est-ce que cela changeait, au fond ? Si elle parvenait à le dire à une parfaite inconnue, à voix haute, c’était comme si elle l’acceptait, et c’était tout ce qui comptait, non ? Mais sans même prendre en compte sa remarque, d’ailleurs Jules doutait même qu’Anna l’ai entendu, cette dernière enchaîna une nouvelle fois, expliquant qu’elle n’avait jamais trouvé le courage de s’admettre, à elle-même, qu’elle était attirée par les femmes, et que cette révélation, elle n’avait donc pas pu l’assumer en public. Un léger pincement au cœur fit frissonner Juliet, qui s’imaginait à quel point la situation avait dû être délicate à gérer, pénible même, voire douloureuse. Jamais elle n’aurait pu aimer quelqu’un dans l’intimité d’une chambre, et prétendre n’être qu’une fidèle amie aux yeux du monde.

Elle ne connaissait pas réellement Anna, et pourtant, elle ressentait de la peine pour elle, à l’idée que les choses aient pu se passer comme ça, entre Louise et elle. Le silence qui s’ensuivit, le regard d’Anna qui la quitta pour se poser sur le lit, ou dans le vague, firent légèrement grimacer Juliet, qui pour le coup, ne savait pas vraiment quoi dire. Elle était une spécialiste en ce qui concernait les regrets, et elle mieux que personne savait qu’il était désormais bien trop tard pour rattraper leurs erreurs du passé. Aujourd’hui, ils ne pouvaient qu’accepter, et aller de l’avant, en évitant de refaire les mêmes bêtises. Le cerveau de l’artiste semblait carburer à cent à l’heure, alors qu’elle cherchait quels mots employer pour alléger la situation, et redonner le sourire à Anna. Elle releva subitement les yeux vers cette dernière quand elle gigota dans le lit pour se mettre à genoux, et sans que rien n’ai pu prédire ce geste, la brune s’avança, jusqu’à poser ses lèvres sur celles de Juliet.

Stupéfaite, la jeune femme resta interdite pendant à peine une ou deux secondes, avant que son instinct reprenne le dessus, et qu’elle rende à Anna son baiser surprise. Doucement, Juliet l’embrassa à son tour, et pendant l’espace de quelques secondes, elle oublia que la survivante était une inconnue, elle oublia la pluie qui martelait le velux, et les rôdeurs qui se pressaient dans les rues aux alentours. Peut-être même qu’à cet instant, elle se rendit compte à quel point sa propre solitude pouvait lui peser, au quotidien. Avec la même douceur, elle se recula lentement, alors qu’un léger sourire en coin étirait finalement ses lèvres. « -Hé bien, c’était…inattendu. » souffla-t-elle, d’une voix légère, se demandant pourquoi une telle initiative de la part de la jeune femme. Juliet s’éloigna un peu, alors qu’elle scrutait Anna du regard, comme si elle pouvait lire sur ses traits le pourquoi du comment, ou si elle regrettait sa soudaine spontanéité. Mais elle ne la connaissait pas. Peut-être qu’un jour, si leurs chemins venaient à se croiser plus d’une fois, elle aurait la faculté de deviner ses pensées à son expression, ou à son regard, mais il n’en était, aujourd’hui, absolument rien. Les paroles toutes récentes de la jeune femme revinrent en tête de Juliet, qui plongea ses yeux dans ceux de la brunette, alors qu’elle lui demandait finalement : « -Et là…c’est quoi ton excuse pour justifier ? » Son ton était doux, peut-être légèrement interrogatif, mais il n’y avait aucune agressivité ou aucun jugement de valeur dans les mots que Juliet venait de prononcer. Seulement l’envie de savoir d’où venait ce baiser qu’elle n’aurait jamais pu prédire, mais qu’elle avait pourtant apprécier, sans savoir s’il en était de même pour Anna.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 22 Mar 2018 - 12:13
Le moment n’avait probablement rien de magique et, à vrai dire, Anna se sentait un peu plus stupéfaite par ce qu’elle venait de faire qu’autre chose. Pas de véritable feu d’artifice derrière ses paupières closes, de noeud dans son ventre, c’était seulement… Un geste impulsif, pas forcément très clair même pour elle et elle fut presque surprise de ne pas être immédiatement repoussée, pas autant qu’elle le fut de sentir Juliet répondre à son baiser comme s’il n’y avait finalement rien de mal ou d’étrange à ça. Après quelques secondes, Anna s’éloigna, laissant reposer son poids sur ses chevilles et son regard ne fit qu’effleurer Juliet un instant avant de se poser juste au-dessus de ses yeux, créant l’illusion qu’elle la regardait sans avoir à affronter réellement son regard. Le silence pesait lourd, mais elle ne savait pas vraiment quoi dire pour le briser et rendre l’atmosphère plus légère. Son premier réflexe avait été de s’excuser, mais elle y renonça finalement. Elle n’était plus une adolescente perdue, désormais, mais une femme indépendante qui ne réclamait l’aide et la pitié de personne depuis bien longtemps. Il était largement temps qu’elle s’accepte comme elle était, largement temps qu’elle s’assume et qu’elle s’impose et après avoir réussi à dire à voix haute ce qui faisait une bonne partie de sa personne, ça lui semblait totalement ridicule de faire un immense pas en arrière.

Ce fut finalement Juliet qui brisa le silence en premier et, à la grande surprise de la chasseuse de prims, elle ne semblait toujours pas particulièrement troublée par ce qui venait de se passer. Elle sonnait même presque amusée aux oreilles d’Annalise, qui finit par se laisser tenter par un mince sourire à son tour. Inattendu, oui, c’était le bon mot pour cette situation étrange. Elle n’accepta de relever les yeux qu’à une nouvelle question, retenant un rire trop franc de lui échapper. “La solitude qui pèse depuis deux ans.” souffla-t-elle, très honnêtement. “Et un désir d’expérimenter quelque chose.” Pourquoi mentir, après tout ? Juliet était une belle femme, une très belle femme et la première qu’Anna rencontrait depuis le début de toute cette merde qui admettait être elle aussi attirée par les femmes. Et si ce n’était quand elle se battait pour une ressource ou pour la paix, elle n’avait pas touché un autre être humain depuis deux ans. Il n’y avait rien d’autre là-dessous, pas de coup de foudre soudain, pas d’arrière-pensée, simplement… Une occasion qui se présentait d’être un peu plus elle-même maintenant qu’elle n’avait plus aucune excuse de se cacher ou de se sentir honteuse d’être ce qu’elle était. “T’en fais pas.” reprit-elle rapidement, désireuse de mettre fin à un possible malaise avant qu’il ne s’installe trop confortablement. “C’est juste… agréable de ne pas être seule, pour changer. Mais y a pas besoin d’en faire tout un drame.”

Un sourire plus franc étira ses lèvres et elle se détourna finalement, retrouvant sa position précédente, allongée sur le lit à regarder le plafond comme si de rien était. Et c’était le cas, après tout. Il n’y avait réellement pas de quoi en faire un drame, elle n’attendait rien, n’espérait rien. Elle avait juste fait quelque chose pour elle et ça lui convenait très bien comme ça. “Ce flingue rose, tu l’as déjà utilisé ou c’est juste pour faire joli ?” demanda-t-elle finalement, plus légère maintenant que le moment était passé. Il pleuvait encore et rien que ça représentait une très bonne raison pour rester enfermées ici encore un moment, mais il faudrait bien qu’elles se résoudent à reprendre leur route à un moment et quand il serait venu… Anna n’avait pas spécialement envie d’être prise par surprise par des rôdeurs ou son pote de la pharmacie. Et une arme rose, autant dire que ça ne faisait pas très sérieux et franchement pas peur, d’autant plus quand on se souvenait des mains tremblantes de Juliet quand elle le tenait.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 26 Mar 2018 - 21:55
Inattendu, c’était bien le mot. Juliet ne voyait pas vraiment comment la situation était passée d’une conversation posée sur leur bisexualité, qu’elles avaient eu du mal à assumer, ou n’assumait pas encore totalement, à ce baiser sorti de nulle part. Oh, Jules ne se plaignait pas, il y avait pire dans la vie que de se faire embrasser par une jolie fille comme Anna. Elle était simplement surprise que les choses aient pris cette tournure si subite, alors que rien ne le laissait présager jusque-là. Elle ne connaissait pas Anna, mais elle crut sentir la jeune femme gênée lorsqu’elles s’éloignèrent l’une de l’autre, alors qu’elle semblait ne pas réussir à croiser son regard. Il n’y avait pas de raison, pensa Juliet, elle l’avait simplement embrassé, et n’avait rien fait d’aussi gênant que de déclarer sa flamme, ou elle ne savait quoi d’autre. Ce n’était qu’un baiser, et aussi agréable avait-il été, le moment semblait désormais passé.

Juliet eut l’impression qu’il se passa une éternité avant qu’Anna ai enfin une réaction, et qu’elle semble sortir de cette espèce de torpeur dans laquelle son geste impulsif semblait l’avoir plongée. Un fin sourire, c’était mieux que rien après tout, non ? En revanche, s’il y avait une chose à laquelle la brune ne s’était pas attendue, c’était à cette réponse que lui livrait désormais la jeune femme, qui avouait avoir voulu rompre cette solitude qu’elle semblait endurer depuis deux ans…et qui fit légèrement froncer les sourcils de Jules. « -Tu veux dire que ça fait deux ans que…que t’as connu personne ? » Ce n’était sans doute pas très délicat à demander, elle en convenait volontiers, mais Juliet avait toujours été du genre spontanée, même si dans certains cas, cela lui avait causé quelques soucis. Elle avait du mal à imaginer ce que pouvait représenter tant de temps seule, et elle se sentait désolée pour Anna, tout en sachant qu’elle ne pourrait rien faire pour apaiser cette solitude qu’elle semblait ressentir.

Lorsque la brune reprit la parole, comme pour tenter de dissiper un malaise qui n’existait de toutes façons pas, Juliet haussa une épaule, alors qu’elle secouait légèrement la tête, laissant un léger sourire flotter sur ses lèvres. « -C’était pas mon intention. » Non, elle n’avait aucunement l’intention d’en faire un drame, pas plus qu’elle n’allait faire une scène, ou de déduire elle ne savait quoi sur ce que pouvait penser Anna. Ce baiser n’était que le fruit d’une pulsion, et Jules le comprenait parfaitement. Sans un mot de plus, Juliet observa la jolie chasseuse de primes retrouver sa position initiale dans le lit, et continua encore un peu plus longtemps après ça. Si elle se sentait si seule que ça…devait-elle lui parler de Fort Hope ? Cette communauté qui comptait plusieurs dizaines d’habitants, et où Anna n’aurait plus vraiment l’occasion de vivre cette solitude qui lui semblait quotidienne. Elle se mordilla la lèvre inférieure, en proie à des questions qui restaient pour l’instant sans réponse, et qu’elle n’avait jamais eu à se poser auparavant.

Elle fut détournée de ses interrogations par la voix de la jeune femme qui retentit de nouveau pour poser une question à laquelle elle ne s’était pas attendue, et qui la fit se renfrogner légèrement. « -Ah…ça… » Elle poussa un long soupir, avant d’aviser l’arme rose, qui reposait sur le dessus de son sac, prête pour ce moment où Juliet quitterait le grenier pour mettre un terme à cette parenthèse inattendue, et retourner à la vie réelle. Elle savait bien que Maddie n’avait pas pensé à mal en lui trouvant cette arme rose, ornée de Hello Kitty, et qu’elle avait juste tenté de dédiaboliser l’arme à feu aux yeux de Juliet, mais…et bien…ce n’était pas très probant. Elle n’avait jamais tiré une seule fois, et ce n’était pas plus mal, à vrai dire. Inutile de dire qu’elle n’effrayait personne avec ce machin-là, et elle ne doutait d’ailleurs pas que s’ils étaient en capacité de le faire, même les rôdeurs se seraient moqués d’elle. « -C’est, hum…un cadeau de ma meilleure amie. Je crois que ça la rassurait de savoir que son empotée d’amie avait un flingue sur elle, par les temps qui courent. » Juliet serra légèrement la mâchoire, avant de se forcer à avoir un sourire, qui réchauffa à peine son expression. « -Ils ont tendance à me trouver légèrement empotée dans mon entourage… » Et même si elle évitait d’en parler, ou d’en faire la remarque, cela ne manquait jamais de blesser Juliet, quand on la jugeait incapable de se défendre toute seule. Elle avait bien survécu pendant deux ans après tout, non ? « -Oh…je sais que tu t’es dit la même chose, toi aussi. Qu’une nana avec un flingue rose ne pouvait être qu’une gourde pas très débrouillarde. C’est bien pour ça que t’as pas attaqué, et que tu m’as emmenée avec toi, non ? Parce que t’as jugé en un coup d’œil que j’étais loin d’être une menace. » Et c’était la vérité. Face à une femme comme Anna, qui avait couru après des criminels toute sa vie, elle ne ferait jamais le poids, et elle le savait bien. Elle l’acceptait. Elle trouvait simplement agaçant que cette étiquette lui colle à la peau, quoi qu’elle fasse, et même avec des inconnus, qui parvenaient à se faire une opinion d’elle en une fraction de seconde.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Jeu 5 Avr 2018 - 9:47
Juste une seconde, Anna leva les yeux vers la jeune femme, une légère grimace déformant ses traits tandis qu’elle prenait le temps de peser ses mots. Que ce soit au sens large ou simplement d’intérêt romantique, la chasseuse de primes n’était pas tout à fait certaine de savoir ce que Juliet demandait exactement quand elle parlait de deux ans sans connaître personne. Après tout, qu’y aurait-il eu de surprenant à découvrir qu’Anna n’avait pas profiter de la fin du monde pour diversifier ses intérêts romantiques ? La question reposait donc forcément sur une connaissance au sens large. “J’ai croisé plusieurs survivants, je suis restée avec quelques petits groupes. J’étais avec un homme, dernièrement, mais il est mort il y a quelques jours.” souffla-t-elle finalement, du ton le plus détaché qui soit. Elle refusait de sentir une fois encore la douleur d’avoir perdu Leroy l’accabler. Ce monde était ainsi, ils ne pouvaient rien y faire et regarder en arrière ne changerait rien, au contraire ça ne ferait que rendre le tout plus difficile. “Mais il y a une différence entre partager une planque avec de quasi inconnus et avoir une relation plus… intime avec quelqu’un. Donc, non, je n’ai pas eu de relation particulièrement intime, que ce soit physique ou affectif, avec qui que ce soit depuis deux ans.” conclue-t-elle finalement. Et elle ne croyait pas que ce soit particulièrement étrange, vraiment. Triste, oui, mais bizarre ? Elle s’était d’abord concentrée sur sa survie avant de s’intéresser aux autres survivants. Rien que de très normal.

D’un haussement d’épaule, Anna fit savoir combien tout cela lui passait au-dessus. Elle mentirait si elle prétendait ne pas se sentir seule parfois, mais ça n’avait aucune véritable importance. Pourtant, elle sentait un certain malaise, tout à coup. Rien d’énorme, mais suffisamment gênant pour qu’elle pense enfin sérieusement au moment où il faudrait sortir d’ici. La pluie frappait encore suffisamment sur le toit et probablement qu’à défaut de trouver quelque chose d’autre à se mettre sous la dent dans les environs, les rôdeurs continuaient d’arpenter la rue devant la maison… Mais elles n’allaient pas passer le reste de leur vie ici, n’est-ce pas ? Et dans l’espoir que la conversation sur ses relations avec les autres survivants prenne fin dès maintenant, Anna s’empressa de ramener un sujet plus léger sur le devant de la scène, s’inquiétant de savoir à quel point Juliet savait se servir de l’arme rose qu’elle avait pointé sur la chasseuse de primes tout à l’heure.

La réponse n’était pas exactement à la hauteur de ses espérances. La jeune femme se mordit la lèvre d’un air pensif tandis qu’une fois encore, elle cherchait une façon de dire les choses qui ne serait pas trop cassante. “Je me suis surtout dit qu’il y avait de grandes chances qu’on se fasse tuer toutes les deux si ce mec nous tombait dessus avec son automatique. Et j’ai vu suffisamment de gens mourir pour le reste du mois.” souffla-t-elle avec précautions. “Mais j’admets que tu ne m’as pas vraiment fait peur, sur le coup…” Un sourire moqueur étira ses lèvres, rien de particulièrement méchant, juste comme on se serait moqué gentiment d’une amie. “C’est bien beau d’avoir une arme, mais si tu ne sais pas t’en servir, tu risques de te blesser toi plutôt que de te défendre avec… Tes amis devraient penser à ça.” Il n’y avait pas de jugement de valeur dans sa voix, ça n’était là que les faits. L’une des premières leçons qu’on lui avait apprise en lui mettant une arme entre les mains, des siècles plus tôt. Mais l’apprentissage de Juliet ne lui revenait pas, après tout.

Sans rien ajouter, la jeune femme se redressa finalement et sortit du lit pour s’approcher de la fenêtre. Elle se redressa sur la pointe des pieds pour regarder dehors. Elle ne voyait pas grand chose, à vrai dire, mais suffisamment de rôdeurs sur le trottoir d’en face pour qu’une nouvelle grimace ne lui échappe. “J’imagine qu’ils s'inquiéteront quand même s’ils ne te voient pas rentrer ce soir ?” demanda-t-elle sans attendre de véritable réponse. “Je peux essayer de t’aider à sortir avant la tombée de la nuit, mais… Le mieux serait probablement de faire profil bas encore quelques heures, voire toute la nuit à ce compte-là. Ces foutues bestioles sont tenaces.” Elle abandonna son observation de la fenêtre pour se tourner vers Juliet, attendant de connaître sa décision.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mar 17 Avr 2018 - 21:32
Juliet fronça les sourcils quelques instants, avant que les traits de son visage ne se détendent subitement face aux paroles d’Anna. Elle aurait mieux fait de ne pas poser de questions, plutôt que de ramener la jeune chasseuse de primes vers cette perte qu’elle avait vécu récemment, avec le décès d’un survivant qu’elle fréquentait. « -Je suis désolée de l’apprendre. J’aurai dû éviter d’aborder le sujet, ça ne me regardait pas. » Un peu comme tout ce qu’elle avait demandé depuis le début de cette étrange conversation, non ? Mais Anna avait sans doute raison. Accepter de partager son quotidien avec quelques survivants pour qu’ils s’en sortent mieux, tous ensemble et améliorent leurs conditions de vie, et accepter de partager son cœur avec une personne suffisamment particulière pour vouloir tenter le coup étaient deux choses totalement différentes. Sans doute même diamétralement opposées. La brune hocha légèrement la tête face aux paroles d’Anna, se rendant compte pour la première fois depuis qu’elles étaient enfermées dans ce grenier qu’elle avait réellement dépassé les bornes avec la jolie demoiselle. Elle faisait sa Maddie, à mettre ses gros sabots partout sans invitation, à croire que sa meilleure amie déteignait sur elle bien plus que Jules ne pouvait s’en rendre compte. Finalement, l’artiste préféra ne pas rebondir sur la réponse d’Anna, sans doute parce qu’elle craignait de finir par dire quelque chose de réellement blessant, ou qui gênerait la brunette, ce qui était loin d’être son intention.

Après quelques instants de silence, la survivante finit par reprendre la parole, expliquant à Juliet les raisons pour lesquelles elle l’avait entrainé avec elle quand elles étaient tombées l’une sur l’autre dans cette ruelle. Jules esquissa une moue cynique, se retenant de ne pas demander si elle n’avait pas plutôt vu suffisamment de gens mourir pour toute une vie. Car c’était le sentiment qu’avait la jeune femme, un sentiment tenace qui ne la quittait que très rarement. Elle voulait bien croire Anna quand celle-ci lui disait qu’elle ne lui avait pas fait peur, parce que Juliet savait très bien qu’elle pouvait refléter pleins de choses, mais certainement pas celle-là. Pourtant, un léger sourire triste vint étirer les lèvres de la jeune femme face à cette constatation, alors qu’elle se rendait compte que même une illustre inconnue avait réussi à la cerner en un coup d’œil. Malgré tout, la brune ne tarda pas à répondre aux paroles de son interlocutrice. « -Oh, ils m’ont appris. Le maniement, comme recharger, nettoyer l’arme, mais…je sais pas, je ne m’y fais pas. » Elle haussa une épaule, sachant pertinemment qu’elle avait seulement appris le B.A-BA, et ne serait jamais tireuse d’élite. Ce qui lui allait parfaitement.

Son regard azur suivit Anna alors que cette dernière quittait le lit pour aller se poser devant la fenêtre, et qu’une grimace déformait les traits de son visage. Jules n’avait besoin d’aucun mot pour comprendre ce que cela signifiait. Elles avaient sans doute encore de la compagnie, et leur retraite stratégique dans le grenier n’était pas prête de toucher à sa fin. La chasseuse de primes ne tarda pas à reprendre la parole, alors que Juliet fronçait les sourcils, et répondait aussitôt, presque un peu trop vivement : « -Non ! » Elle refusait qu’Anna prenne le moindre risque à cause d’elle. Elle aussi, elle avait vu suffisamment de morts comme ça, et ne voulait pas que la brune vienne s’ajouter à la liste. Elle sonda pendant quelques secondes le regard d’Anna, avant de secouer légèrement la tête. « -Maddie se rendra même pas compte de mon absence, elle…enfin, peu importe. J’ai pas envie que tu risques ta peau à cause d’une illustre inconnue, Anna. » Finalement, Juliet détourna le regard, se rendant bien compte qu’elle choisissait sans doute la solution de facilité, et prenait cette porte grande ouverte qu’on lui offrait pour passer un peu de temps loin de Fort Hope, et de ses drames. Elle agissait sans doute égoïstement, elle s’en rendait bien compte, mais elle avait besoin de temps pour elle seule. Cette sortie hors du camp en était d’ailleurs la preuve même.

Finalement, la jeune femme se redressa dans le lit, et ramena ses jambes contre sa poitrine, les enserrant de ses bras. Son regard glissa un instant sur la brune, avant que Juliet soupire légèrement. « -Tu peux y aller, tu sais. Tu parviendras à te faufiler plus facilement seule que si tu dois veiller sur quelqu’un. Et…j’imagine que demain matin, la rue sera devenue moins fréquentée, et que je pourrais partir à mon tour… » Elle n’avait pas besoin qu’Anna veille sur elle, ou perde son temps à être coincée là où elle ne voulait pas être. Elle était débrouillarde, cela se voyait à des kilomètres, et elle pourrait parfaitement s’en sortir et regagner son refuge, alors que Juliet pourrait passer la nuit sans souci. Il suffisait pour cela de bloquer la trappe menant au grenier, pour éviter l’arrivée inattendue de tout visiteur non désiré.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Mer 18 Avr 2018 - 15:15
La réponse de Juliet fusa si rapidement qu’Anna se retrouva à froncer les sourcils en l’observant. Peu à peu, la surprise s’estompa tout de même, laissant la place à un fin sourire sur les lèvres de la chasseuse de primes, qui eut la sympathie d’essayer de le cacher. Les explications qui venaient avec cette réaction si soudaine étaient… mignonnes ? Peut-être un peu trop. Pour le moment, Anna tentait de les prendre avec recul et détachement, mais l’idée lui laissait un goût amère et elle fit de son mieux pour ne pas s’attarder. Le principal restait qu’elle n’aurait pas besoin de trouver une quelconque tactique pour les sortir de là sans finir en buffet à volonté pour une bande de cadavres animés par le feu de l’Enfer. “Ok, très bien. On reste alors.” souffla-t-elle simplement, croisant ses bras contre sa poitrine avant de détourner son regard de Juliet pour le faire passer sur le reste de la chambre. Elles en avaient assez fait le tour l’une comme l’autre pour que rien de nouveau n’attire l’oeil de la jeune femme, mais elle se sentait bien moins gênée de regarder autour d’elle que de soutenir le regard de Juliet et son air un peu paumé.

Elle n’avait pas encore terminé de faire le tour de la pièce que la jeune femme reprenait la parole et, de nouveau, les sourcils d’Anna se froncèrent alors qu’elle reportait toute son attention sur elle. Pourquoi voudrait-elle prendre le risque de se tirer maintenant alors qu’une horde se tenait au pied de la maison et qu’elle se trouvait actuellement dans un endroit qu’aucun rôdeur ne pourrait jamais envahir ? “Si ça ne te dérange pas, je préfèrerais rester. C’est pas tant pour veiller sur toi que pour m’assurer que je serais encore en vie quelques heures de plus.” précisa-t-elle tout de même. S’attacher à quelqu’un n’était pas dans les projets d’Anna pour le moment, même si ça ne l’empêchait en rien de se montrer sympathique avec la survivante et encore moins de partager sa vie quelques heures. Haussant les épaules comme pour rejeter toute tentative de débattre davantage à ce sujet, Anna se remit finalement en mouvement et alla fouiller dans son sac jusqu’à retrouver de quoi se nourrir. Elle ne possédait pas grand chose au monde, mais n’ayant pas grand chose de passionnant à faire le lendemain de toute façon, ça ne la dérangeait pas vraiment de vider ses réserves ce soir.

Elle jeta un paquet de gâteaux dont la date de péremption devait être dépassée depuis longtemps sur le matelas devant Juliet et se laissa tomber sur le canapé poussiéreux qu’elles avaient occupé au début pour s’attaquer à un autre. “Mange, dors un peu et je suis sûre que demain, rien au monde ne nous empêchera de reprendre le cours de nos vies.” souffla-t-elle en s’efforçant d’adresser un sourire joyeux à la jeune femme. “Je peux dormir sur le canapé.” lança-t-elle en s’attaquant à ses gâteaux. La saveur n’était plus tellement au rendez-vous, mais ça suffirait à lui remplir l’estomac pour tenir encore quelques jours. Elle mangea en silence ensuite, s’offrant le luxe de laisser ses pensées divaguer aussi loin que possible vers l’avenir qu’elle comptait se fabriquer, se demandant une fois encore de quoi aurait l’air le reste du monde quand elle s’autoriserait enfin à quitter Détroit.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Dim 6 Mai 2018 - 18:33
Juliet haussa un sourcil face à la réponse d’Anna, ne voyant pas vraiment pourquoi elle serait dérangée qu’elle reste là, dans ce grenier, en sécurité. Au contraire, elle préférait savoir la jeune femme à l’abri des rôdeurs, ou des survivants mal intentionnés, même si elle ne la connaissait pas vraiment. A quelques exceptions près, Joshua en tête, la brune était d’avis qu’aucun survivant ne méritait de mourir, et encore moins grignoté par des macchabées putréfiés. Elle leva donc les épaules pour toute réponse, alors que son regard se détournait de la chasseuse de prime pour se fixer un instant sur la trappe. Elles seraient en sécurité ici, et il n’y avait pas à douter un seul instant, aucun bouffeur de chair ne viendrait leur rendre une visite surprise.

Finalement, Juliet retira ses chaussures, et s’installa en tailleur sur le lit, pensant malgré elle à sa colocataire, à Fort Hope. Maddie s’était-elle seulement rendu compte que Jules n’était pas encore rentrée ? Qu’elle se trouvait toujours en dehors des portes fortifiées de leur camp, ou avait-elle déjà fuit dans sa chambre, pour s’y cacher en espérant qu’elle s’y sentirait plus en sécurité, bien naïvement ? Dire qu’elles ne s’étaient pas réellement parlé depuis le retour de la rouquine crevait le cœur de la brunette, parce que sa meilleure amie semblait la fuir, comme la peste, alors qu’avant, elles étaient capables de se parler de tout, même des choses douloureuses.

Ce fut le bruit sourd de quelque chose qui tomba sur le lit qui détourna la jeune femme de ses pensées, alors qu’elle posait le regard sur le paquet de gâteaux qu’Anna venait visiblement de lui lancer. Elle ne s’attendait pas à ce qu’elle reprenne la parole pour lui faire part du programme de la soirée, tandis qu’elle tendait le bras pour attraper lesdits gâteaux. « -Comme tu veux. Y’a de la place pour deux dans le lit. » Elle ouvrit son paquet, et croqua un biscuit, en remerciant la jeune femme.

Un certain silence tomba finalement sur elles, alors que chacune grignotait ce qui ressemblait à leur repas du soir. Elle venait tout juste d’entamer son deuxième gâteau quand elle décida de pousser ses investigations en ouvrant le tiroir de la table de nuit, pour en découvrir son contenu : beaucoup de bordel, sans doute comme dans toutes les tables de nuit du monde, et un petit carnet à la couverture élimée. Elle hésita quelques secondes, avant de s’en emparer, et d’en tourner les premières pages. Juliet n’était pas du genre voyeuse, si elle voyait que le petit livret contenait la vie du gamin, couchée sur ses pages blanches, elle le reposerait sans chercher à mettre son nez dans la vie de ce garçon. Mais il ne semblait pas y avoir écrit ses états d’âme, ou sa vie compliquée de lycéen, non, il y avait des calculs, des tas et des tas de calculs qu’elle ne comprenait pas, des dessins, parfois à peine esquissés, d’autres fois vraiment soigneusement travaillés, et des schémas, des tableaux, des réflexions qui échappaient totalement à Juliet. La jeune femme feuilleta le carnet pendant plusieurs pages, tout en grignotant tranquillement ses biscuits dans son coin.

Au bout d’un instant, elle reposa le petit carnet, pour aller récupérer son sac, près de la trappe, revenant vers le lit avec toutes ses affaires. Elle en sortit à son tour le petit carnet qui se trouvait dedans, qui contenait ses propres dessins, et qu’elle avait mis des mois à retrouver après le décès d’Eulalie. Son regard azur détailla ensuite les traits effectués des mois plus tôt, alors que sans vraiment y faire attention, elle reprenait sa position initiale dans le lit. Elle releva une jambe contre sa poitrine, avant de glisser distraitement son regard sur la brune installée sur le canapé. « -T’as jamais pensé à t’installer à long terme dans un groupe de survivants ? »

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 14 Mai 2018 - 20:15
Un moment, il n’y eut rien d’autre que le bruit de mastication peu avenant produit par Anna alors qu’elle dévorait les gâteaux, autrefois secs et désormais pâteux, perdue dans ses pensées sans chercher à relancer la conversation. Il semblait que ni l’une ni l’autre des deux femmes ne soient gênées de devoir partager l’espace de ce grenier le temps d’une nuit et dans le fond, le silence n’avait rien de vraiment dérangeant non plus. L’idée de partager le lit, cela dit… Anna n’était pas encore décidée à ce sujet et ce fut pour cette raison qu’elle décida de ne rien répondre à cette offre légèrement surprenante. Elle était largement capable de se contrôler, il n’y avait aucun problème avec ça, mais la conversation qu’elles avaient entretenue ce soir venait tout de même jeter une ombre menaçante sur une telle proximité. À force de tergiverser sur tout et surtout sur rien, Anna en avait presque oublié Juliet et elle sursauta légèrement lorsque la jeune femme reprit la parole pour lui poser une question qui lui arracha un frisson sans qu’elle ne parvienne vraiment à s’expliquer pourquoi.

Sans un mot, Anna reposa le paquet de gâteaux désormais presque vide sur les coussins du canapé et leva les yeux vers la brune, la jaugeant avec un peu trop d’intensité sans doute. Oh, elle avait déjà pensé souvent à rejoindre un groupe stable, mais existait-il seulement quelque chose qui puisse encore tenir ce qualificatif de nos jours ? “J’en sais rien.” souffla-t-elle au bout d’un moment. “J’ai souvent du mal à trouver ma place dans ce genre de groupes.” Quoi qu’elle n’ait jamais réellement appartenue à une communauté établie, elle avait voyagé avec plusieurs groupes au cours des deux dernières années et ne s’y était jamais vraiment sentie à sa place. Alors pourquoi se donner tant de mal ? Finalement, Anna se releva et revint s’asseoir près de Juliet sur le lit, jetant un regard clair sur le carnet qu’elle feuilletait, avisant vaguement les dessins qui figuraient sur les pages. “Je ne suis pas vraiment du genre facile à vivre, je tape vite sur les nerfs de mes compagnons de route, alors…” Elle haussa les épaules au lieu de terminer cette phrase à voix haute, se disant qu’il n’y avait pas vraiment besoin d’exprimer l’idée par des mots. “Et puis, quel bien ça peut faire de s’attacher à des lieux, à des gens, alors qu’on peut les perdre d’une seconde à l’autre ?” Rien à perdre, rien à craindre, voilà la philosophie selon laquelle vivait Anna depuis deux ans. Depuis que tout ce qu’elle aimait, tout ce qui comptait pour elle, lui avait été arraché par l’Apocalypse. “Tu crois que ton groupe adopterait quelqu’un dans mon genre ?” demanda-t-elle finalement, un rire passa vaguement dans sa voix.

De nouveau, elle posa les yeux sur le carnet dans les mains de Juliet et s’y pencha d’un peu plus près, cette fois. Tellement, en fait, qu’elle se pencha réellement en avant pour mieux voir les dessins. “C’est à toi ?” demanda-t-elle. L’instant suivant, elle tendait la main pour récupérer ledit carnet, dépassant probablement les bornes au passage, mais elle ne sembla pas vraiment gênée par ce geste. “C’est joli.” souffla-t-elle en tournant une page. Elle s’arrêta presque aussitôt lorsqu’un visage apparu sur la page suivante et, vraiment, quand bien même Anna n’était pas la plus grande amoureuse des arts au monde, il y avait clairement du talent chez l’artiste. “Qui est-ce ?” reprit-il, toujours parfaitement insensible aux limites de l’intimité.

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 21 Mai 2018 - 21:34
Après tout, si elles arrivaient à parler de leurs vies passées, de ces personnes aimées qu’elles avaient désormais perdues, de celles qu’elles étaient lors de l’adolescence, il n’y avait pas de raison valable qui empêchait Juliet de poser la question à Anna, et de lui demander si elle avait déjà pensé à survivre au sein d’un groupe. La brune ne doutait pas un seul instant des capacités de survie de son interlocutrice, mais il y avait tout un tas d’inconvénients et de désagréments liés à la vie de solitaire qui lui venaient soudainement en tête, alors même qu’elle n’avait pas survécu seule. Au début, c’était juste Eulalie et elle, mais cela n’avait duré qu’un temps restreint, avant qu’elles ne rejoignent l’hôpital, et depuis, Jules n’avait jamais réellement été vraiment seule. Du moins, pas physiquement. Elle releva son regard bleu sur la chasseuse de primes quand cette dernière consentit à lui répondre, une réponse relativement vague, qui aiguillait pourtant Juliet sur ce que la brune ressentait réellement sur le sujet.

Elle l’observa se lever, puis la rejoindre sur le lit, alors qu’Anna continuait ses explications, et posait une question à laquelle la galeriste trouvait plusieurs réponses, quasi immédiatement. Elle n’avait pas tort, il y avait bien des risques que l’on prenait, consciemment ou non, lorsqu’on intégrait un groupe, mais il y avait aussi tellement à gagner. « -Ca fait du bien, d’avoir des gens avec qui parler à la fin de la journée, des gens sur qui compter, avec qui oublier pendant quelques instants que dehors c’est si dégueu. Mais tu as raison, des fois ça fait un mal de chien, quand quelqu’un ne rentre pas…les journées doivent quand même être bien pénibles si elles se résument toutes à voir une nouvelle fois le soleil se coucher, et à simplement…survivre. » Juliet n’était pas certaine qu’elle aurait la force de se battre pour sa vie, si elle devait se contenter de trouver un endroit où dormir, à manger, et répéter cela la journée d’après. Elle savait qu’il lui fallait plus.

Un sourire éclaira brièvement le visage de la brune quand Anna lui demanda si son groupe accepterait de la compter parmi les siens. Avait-elle réellement mentionné depuis qu’elles s’étaient rencontrées qu’elle vivait quelque part avec d’autres survivants ? « -Hé bien…tu sais manier les armes, tu es débrouillarde, tu sais défoncer les portes comme personne, et tu sais maintenir les gros balourds impolis à distance. Tu serais plus que la bienvenue dans notre groupe. » Elle ponctua sa phrase d’un nouveau sourire, pourtant bien sérieuse concernant la dernière partie de ses propos. Il était aisé de voir qu’Anna était une survivante plus qu’aguerrie, et de toutes façons, Jules n’était pas certaine que l’entrée de Fort Hope soit refusée à qui que ce soit, à moins bien sûr que des cas comme Joshua s’y présentent.

En revanche, une chose à laquelle Juliet ne s’attendait pas, c’était de voir Anna se pencher soudainement, ses yeux vissés sur le carnet que la jeune femme tenait entre les mains, ce vestige de sa vie d’avant, qui quittait rarement son sac à main à l’époque. Ledit carnet se retrouva bien vite entre les mains de la chasseuse de primes, qui commençait déjà à découvrir ce que contenaient les pages du petit livre. « -Merci… » souffla doucement Jules en réponse au compliment d’Anna. C’était étrange, personne n’avait jamais réellement vu ce qui se cachait dans le carnet, sans que la brune puisse s’expliquer exactement pourquoi. Comme s’il était un jardin secret, ou quelque chose comme ça.

Elle quitta le carnet des yeux pour les poser sur le visage de la survivante, qui semblait vraiment intéressée par ce qu’elle découvrait, visage qu’elle détailla peut-être avec un peu trop d’insistance. A tel point que quand Anna lui parla d’un dessin en particulier, il ne fut pas compliqué de comprendre que Juliet ne suivait pas la progression de la jeune femme. « - Qui ça ? Ah…c’est Monsieur Zelazny. Il venait tous les jeudis après-midi à la galerie, et s’asseyait toujours en face du même tableau, pendant des heures et des heures. Il ne me parlait beaucoup, mais il racontait toujours des tas d’histoires à Eulalie…à ma fille. La plupart étaient sans doute totalement fausses, mais elle ne s’en est jamais offusqué… » Elle eut un léger sourire à la mention de ce petit vieillard à lunettes, qui l’attendait de pied ferme tous les jeudis devant sa boutique pour faire l’ouverture de l’après-midi, et qui allait toujours s’installer sur ce fauteuil que Jules avait fini par installer juste en face de ce qui semblait être son tableau préféré. « -Le dessin date de quelques jours avant que tout s’effondre… » Cela n’avait sans doute pas la moindre importance, mais les mots avaient quittés les lèvres de Juliet trop vite pour qu’elle les retienne. C’était un vestige de son passé qu’elle n’avait pas réussi à laisser derrière elle, sans même savoir pourquoi. Il contenait des paysages, des détails d’architecture, ce qu’elle avait le plus de mal à dessiner, des fleurs, des visages, de gens qu’elle avait connu, qui l’avait marqué, et pour certains, qui faisaient encore parti de sa vie. Toujours proche d’elle, Juliet releva une nouvelle fois ses yeux azurs sur Anna, alors qu’elle rebondissait finalement, sans doute à retardement sur les paroles qu’avait eu la brune : « -Tu sais…tu n’as pas vraiment l’air si compliquée à vivre que ça… »

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MessageSujet: Re: Perfect stranger || Anna    Lun 28 Mai 2018 - 14:19
Simplement survivre… C’était leur but premier, non ? Anna était bien d’accord avec Juliet, ça n’avait rien de bien passionnant et ça rendait la vie beaucoup plus sombre, mais… Elle ne voyait pas ce qu’elle pourrait espérer de plus de l’existence. Pas dans les circonstances actuelles. Finalement, elle réalisait aussi qu’elle s’était tellement convaincue que rien de plus que la mort ne l’attendait à la fin de ce voyage qu’elle n’arrivait plus à envisager autre chose. À envisager de vivre au lieu de survivre. Elle n’était peut-être pas heureuse, mais il y avait toujours pire, n’est-ce pas ? Se lancer dans ce débat lui semblait dangereux, raison pour laquelle elle se contenta de hausser les épaules pour répondre à Juliet. Inutile de se faire du mal et de se prendre à espérer pour rien. Quoi qu’il était peut-être déjà un peu tard, à en croire la question qu’elle posa ensuite. Est-ce qu’on l’accepterait, de là où venait la brune ? Elle n’y croyait pas tellement ou peut-être s’y refusait-elle simplement. Mais Juliet prétendait le contraire et Anna eu du mal à retenir un sourire. “Laisse-moi ta carte de visite en partant, alors.” souffla-t-elle sans parvenir à mettre autant d’humour dans sa voix qu’elle ne l’aurait voulu. “Je viendrais jeter un oeil et déposer une demande si ça me plait.”

Elle ne s’attendait pas à ce que ce soit possible. Elle refusait de croire que ça le soit, c’était plus simple pour ne pas être déçue. Et au lieu de penser plus longtemps à cette possibilité, Anna se concentra plutôt sur le carnet à dessins de la jeune femme, se l’appropriant sans aucune gêne pour en feuilleter les pages. Quelques instants, par le biais des traits esquissés sur les pages et les explications de la propriétaire, elle eut droit à une vision plus précise de ce qu’avait été la vie de Juliet et il y avait finalement plus de sourires que de larmes dans ces souvenirs. Peut-être qu’on finissait par se faire une raison, que le passé resterait perdu à jamais et qu’il fallait vivre avec cette idée. Anna n’était pas certaine d’être aussi prête à cela qu’elle le prétendait. Après tout, elle ne faisait rien d’autre que prendre la fuite et elle s’éternisait pourtant à Détroit depuis des mois. Toujours avec une bonne excuse, mais quand même.

Elle reposa finalement le carnet et releva les yeux vers Juliet qui osait avancer que, peut-être, Anna n’était pas si insupportable qu’elle le prétendait. “Tu me connais depuis quelques heures, à peine. Ça aide.” souffla-t-elle en étirant un sourire. Elle commençait à se sentir un peu moins à l’aise, à force de constater que toutes ses belles paroles et ses grandes convictions sur leur nouveau monde n’étaient finalement rien d’autre qu’un écran de fumée. Un moyen de se protéger de ses propres craintes, de ses propres doutes. “On devrait dormir.” décida-t-elle finalement. C’était une façon un peu abrupte de mettre fin à la conversation, mais elle ne se sentait pas prête à admettre ses torts non plus. Ne plus parler, c’était tellement plus simple. Dans le silence et dans ses mensonges, elle était en sécurité. Sans rien ajouter, la jeune femme s’allongea et tourna le dos à Juliet pour se mettre en position de dormir. Quelques instants, elle resta silencieuse, sans fermer les yeux pour autant et contempla ce qu’elle voyait encore de la pièce. Même si elle l’avait voulu, elle ne se sentait pas vraiment capable de dormir avec quelqu’un près d’elle. Ça n’était pas arrivé depuis si longtemps et il y avait quelque chose d’angoissant à sentir une présence dans son dos. Elle ne pouvait jamais vraiment se permettre de dormir sur ses deux oreilles de toute façon.

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Perfect stranger || Anna
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